‹ Vie de Mgr de Laval [microforme] (volume 2)Chapitre 44 sur 95 · CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME

Mgr de Laval désiré au Canada. — Premières difficultés, à Paris, avec M. de Saint Valier. — Opposition au retour de l’ancien évêque au Canada. — Son admirable résignation à la volonté de Dieu, — Sages recommandations de MM. de Brisacier et Dudouyt au séminaire de Québec. 1687.

Il n’y avait eu qu'un sentiment de regret dans tout le pays, lorsqu'on avait appris que Mgr de Laval avait donné au roi sa démission d’une manière irrévocable. Ce sentiment ne fut un peu soulagé que par l'espérance de le revoir bientôt au Canada.

En effet, le prélat avait clairement manifesté son intention de venir terminer ses jours au milieu des siens. Il voulait que sa dépouille mortelle reposât dans la chapelle de son séminaire.

On se ferait difficilement une idée de l’estime profonde, disons mieux, de la vénération que non seulement le clergé, mais tous les fidèles du Canada avaient pour lui. Son absence fut d'autant plus regrettée, que la colonie passait alors par une de ces époques critiques où elle s'était déjà vue à deux doigts de sa perte.

M. de la Barre, en acceptant des Iroquois une paix hon-

teuse, par laquelle il abandonnaïit à leur vengeance les Illinois, ses alliés, avait compromis la dignité du nom français 1. Son successeur, M. de Denonville, avait ordre de soutenir les alliés de la France, et d’humilier les Iroquois. Il comprit bientôt, à la fierté et à l’arrogance de ce peuple, qu'il était impossible de l'avoir pour ami, et qu’il fallait absolument le soumettre, ou le tenir en respect par la terreur des armes.

Mais les Iroquois étaient soutenus par les Anglais, qui avaient fondé des colonies florissantes sur les côtes de l'Atlantique. Ceux-ci s'étaient déjà emparés de plusieurs postes français de la baie d'Hudson. Ils convoitaient également tous les pays situés au-dessous des grands lacs et sur les bords du fleuve Saint-Laurent, ainsi que l’Acadie.

Les Anglais soulevaient contre le Canada les bandes iroquoises, et leur fournissaient des armes. Il fallait, par quelque entreprise militaire, leur apprendre à respecter les droits de la France.

M. D'Iberville s’en chargea. On connaît sa célèbre expédition de 1686 à la baie d'Hudson. Parti de Montréal avec une poignée de Canadiens, il fit une marche de plus de deux cents lieues, enleva aux Anglais les Forts Monsipi, Ruvyert et Quitchitchouan, leur captura plusieurs navires

1 — ‘* La guerre de M. de la Barre, commencée et mal soutenue, a fait tout notre malheur, et a réuni les Iroquois avec les Anglais, qui prennent le véritable moyen de détruire la colonie en peu d’années, lui ôtant et ses alliés et le commerce. ” (Lettre de M. de Denonwille, 16 nov. 1686.)

de guerre, et par des exploits immortels acquit à la France toute la partie méridionale de la baie d'Hudson.

Pendant ce temps, M. de Denonville se préparait à aller porter la guerre dans le pays des Iroquois. Mais pour en imposer à l'ennemi, il fallait lever en Canada des forces suffisantes ; car on n'avait guère de secours à attendre de la mère patrie. Or la colonie était encore bien faible sous le rapport de la population: elle avait besoin de tous ses enfants pour le travail de l’agriculture.

Le gouverneur avait donc raison de redouter un appel aux armes !. Il se prit à regretter amèrement que Mgr de Laval ne fût pas au Canada pour lui prêter son concours.

‘Il est certain, écrit-il au marquis de Seignelay, qu’il y aura de grands ménagements à avoir avec les peuples; et sur cela, monseigneur, je suis obligé de vous dire que Mgr de Laval, l’ancien évêque, serait ici d’un très grand secours. 11 me paraît, par toute la colonie, qu’il a si fort le cœur de tout le peuple, que sa présence serait ici très utile pour persuader avec douceur de faire de bon gré ce que l’on serait obligé de faire faire par force ?. ”

Quelle preuve plus convaincante pourrions-nous avoir de l’ascendant que Mgr de Laval possédait au Canada, et de l'estime affectueuse qu’il avait su inspirer à toute la population par ses vertus, ses travaux et son zèle aposto-

1 — Dans une lettre au ministre, du 8 juin 1687, il parle d’un mandement du grand vicaire d'alors, qu’il l’a beaucoup aidé pour le succès de son expédition ; car les peuples paraissaient peu portés à aller en guerre, à cause de l’insuccès de M. de la Barre.

2 — Lettre de M. de Denonville au ministre, 1686.

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