‹ Vie de Mgr de Laval [microforme] (volume 2)Chapitre 48 sur 95 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Coup d'œil sur l’Eglise du Canada, au moment où Mgr de Laval en abandonne l'administration à son successeur. — L'ancien et le nouvel évêque demeurent ensemble au séminaire durant plusieurs mois, — Mgr de Saint-Valier, résolu de réformer le système de cures établi par son prédécesseur. — Règlements du duc de Beauvilliers. — Vertu de Mgr de Laval. 1688-1689.

Nous touchons à un point délicat de la vie de Mgr de Laval: ses rapports avec son successeur. Pour mieux les comprendre et les apprécier, jetons un coup d’æil sur l'Eglise du Canada, au moment où, se retirant définitivement des affaires, il passe la conduite du diocèse à Mgr de Saint-Valier.

On peut dire que l'Eglise du Canada, telle qu’elle sortit de ses mains, à part la colonie de Montréal, s’identifiait

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avec le séminaire de Québec. Sans y être absolument obligé, comme nous l'avons vu, tout le clergé faisait partie du séminaire, et pratiquait la désapproypriation, c’est-àdire, donnait au séminaire ses revenus ecclésiastiques, et souvent m:ne ses biens de famiile 1; on en recevait, en retour, la vie et l'entretien, en santé comme en maladie.

Le séminaire avait la charge de toutes ics paroisses, choisissait parmi ses membres, de concert avec l’évêque, les prêtres pour les desservir, soit comme sim: los missionnaires, soit comme curés résidents, et recevait tous les revenus.

Il était gros décimateur. Mais, à l’opposé d’un grand nombre de corporations qui portaient ce titre plus ou moins odieux en France, il faisait partout, loyalement et généreusement, toutes 1c;s dépenses nécessaires pour le culte divin.

L'île de Montréal était en dehors de ce mouvement. Mais le séminaire de Saint-Sulpice y exerçait en petit ce que faisait le séminaire de Québec pour tout le reste du diocèse. C'était le même système de cures sous la direction des sulpiciens.

Au moment où Mgr de Saint-Valier devient évêque de Québec, il y a, dans tout le diocèse, à part Montréal, une trentaine de cures ou missions, disséminées sur les bords du fleuve Saint-Laurent ou de la rivière Richelieu. Elles sont toutes desservies par des prêtres du séminaire. Ces curés rendent compte au séminaire de leurs revenus. Ce

1 — Latour, Memoires sur la vié de M. de Laval.

sont les directeurs de cette maison qui reçoivent les gratifications royales, et les distribuent suivant les besoins. Presque tout le matériel des églises et des presbytères, meubles, ornements sacrés, chapelles portat‘ves, appartient au séminaire. C’est au séminaire que se retirent les curés quand ils sont infirmes ou malades; c’est là qu’ils vont se retremper, par la retraite, dans la vie ecclésiastique. En un mot, le séminaire de Québec est vraiment l’âme du diocèse : il est le centre d’une grande et féconde unité.

Dans ce système de tout un clergé uni et agré;;é à un séminaire, pratiquant l'esprit de détachement, et ne formant pour ainsi dire qu’une seule famille dont l’évêque était le père, il y avait quelque chose de merveilleux et digne des temps apostoliques.

Ce clergé du Canada, c'était bien le presbyterium antique, tel que l’avaient imaginé et établi saint Augustin, à Hippone, saint Martin, à Tours. (

‘ Dans ces temps reculés, dit l’abbé Sicard, on ne concevait guère que la vie ecclésiastique fût possible en dehors du presbyterium ou société des prêtres réunis dans la cité épiscopale. Voilà des siècles que nos curés de campagne sont seuls au milieu de leur peuple, souvent dans l'isolce ment le plus complet; voilà des siècles qu’on leur demande de s’y montrer dignes de leur vocation et de l'Eglise, d’édifier leur troupeau jar leurs conseils, et plus encore par leurs exemples, de vaincre le découragement, l’ennui, les dangers du désœuvrement, d'entretenir au fond de leur solitude, comme une lampe mystique, la flamme d’une vie

morale intense qui a en Dieu son foyer et les ardeurs d’un zèle que ne lassent ni l'hostilité ni l'indifférence. Voilà des siècles qu'on leur demande cela et qu’on l’obtient, à côté

de quelques défaillances partielles.

‘* L'expérience a tourné en faveur des curés de campagne. Mais longtemps on mit à la tenter une extrême prudence ; longtemps la vie commune dans un presbyterium, où l’on est entraîné par une règle généraie, où la ferveur de chacun s’alimente de celle de tous, parut la condition des vertus ecclésiastiques pour le clergé séculier comme pour le clergé régulier... De là les fondations d'ordres, de couvents, de chapitres, qui pullulent au moyen âge 1.”

L’évêque, à la tête de son presbyterium, pourvoyait aux besoins religieux de son peuple. Il députait des membres de son clergé pour desservir, par mission temporaire, les fidèles de sa cité épiscopale et de tout le territoire de sa juridiction.

Il devint bientôt nécessaire de fixer des prêtres dans les églises rurales les plus éloignées; mais, ‘autant que possible, on y envoyait un certain nombre d’ecclésiastiques qui formaient presbyterium et comme un centre dont la foi rayonnait dans tout le pays d’alentour 2.”

Quelques-uns de ces presbyteria, abbayes, couvents ou chapitres, avaient un très grand nombre de paroisses à

1 — Les Curés avant 1789, étude publiée dans Le Correspondant, 10 février 1890.

2 — Ibid.

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desservir. Ils étaient gros décimateurs. Les missionnaires n'avaient qu’une pension alimer’.ire ou portion congrue.

Une organisation de ce genre était utileet presque nécessaire dans les commencements de l'Eglise du Canada, alors que le pays était si pauvre, et que les missionnaires laissés à leurs propres ressources, n'auraient pu subsister par eux-mêmes. Elle engageait les hommes de dévouement à se consacrer au service du diocèse, en les assurant qu’ils pourraient y pratiquer l'esprit sacerdodal dans toute sa perfection, tout en n’ayant rien à craindre pour leur subsistance.

Mgr de Suint-Valier, dont l’âme était ouverte à tout ce qui était noble et grand, n’avait pu s'empêcher d’admirer le bel ordre qui régnait dans l'Eglise de la Nouvelle-France, la charité qui unissait tous les membres du clergé, la vertu à laquelle le séminaire donnait partout l'élan. Tout d’abord, il avait même déclaré qu’il ne changerait rien au système de cures établi par son prédécesseur 1.

Mais on conviendra, cependant, que ce système, tout admirable qu'il était en lui-même, devait présenter plus tard bien des inconvénients ?.

1 — Etat présent de l'Eglise.

2— M... yJenonville, quoique fort sympathique à Mgr de Laval et au séminaire, écrivait en 1686 :

‘“ Il serait bien à propos que le séminaire de Villemarie, en l’île de Montréal, eût la direction de toutes les cures qui sont depuis Sorel, inclusivement, en remontant des deux côtés du fleuve, jusqu’à Montréal ; car il est très difficile que celui de Québec puisse y envoyer tous les secours nécessaires pour maintenir toutes les choses comme il faut, à cause de l'éloignement et des difficultés qui se rencontrent dans la navigation : c’est une chose à ménager entre M. notre évêque et

M. l'abbé Tronson,”” (Lettre de M. de Denonville au ministre, 11 novembre 1686. )

On conviendra, surtout, qu’il ne pouvait durer toujours, qu'il avait un caractère essentiellement provisoire, et n’était pas conforme à la discipline ordinaire reçue dans l'Eglise. A mesure que les paroïsses augmentaient en nombre et en importance, que les revenus devenaient plus solides et plus rémunérateurs, beaucoup de curés, tout en n'ayant pas le courage de le dire tout haut, devaient regretter de ne pas être sur le même pied que leurs confrères de France ; et cette raison pouvait même empêcher quelques bons sujets de se fixer au Canada.

La Cour de Versailles, d’ailleurs, réclamait depuis plusieurs années l’établissement de curés inamovibles et indépendants du séminaire.

Il y avait en France un mouvement très prononcé contre les gros décimateurs. Le système des paroisses fixes et indépendantes avait prévalu depuis des siècles sur celui des églises desservies par des presbyteria. Mais, chose étrange, un très grand nombre de chapitres, de corporations ou d’abbayes, tout en n'ayant plus charge des paroisses, gardaient les revenus des dîmes, et souvent même nommaient aux cures, se contentant de donner aux desservants des paroisses un très minime traitement. On voyait même des seigneurs laïques constitués par l’usage gros décimateurs 1.

1 — Les Curés avant 1789, — ‘* En 1789, les pouillés des diocèses de Toul, de Nancy et de Saint-Dié signalent cent cinquante villages dans lesquels les seigneurs percevaient les dîmes inféodées. ” (Le Correspondant, 10 février 1890, p. 399.)

L'abus était criant. Les évêques, les conciles, la Cour elle-même ne cessèrent de protester, et s’efforcèrent du moins d'améliorer la condition des curés, en faisant augmenter leurs portions congrues. Mais la plaie des gros décimateurs était si enracinée, qu’elle était loin d’être guérie lorsqu’arriva la révolution française.

Certes, il n’y avait rien dans l’union des cures de la Nouvelle-France au séminaire de Québec qui pût faire redouter, du moins pour le moment, l’abus dont nous parlons. La desserte des paroisses était plutôt une source de dépenses que de revenus. Mais à distance on s’exagère souvent les dangers. Il n’y a pas de doute que la Cour de Versailles, qui avait d’abord, avec la meilleure grâce du monde, attribué au séminaire de Québec toutes les dîmes de la Nouvelle-France 1, regretta ensuite l'influence qu’elle avait donnée à cette institution, et que les abus provenant des gros décimateurs, en France, ne furent pour beaucoup dans la résolution qu’elle prit de rendre les cures indépendantes du séminaire, au Canada.

Mgr de Saint-Valier connaissait mieux que personne les désirs et la volonté de la Cour.

Il n’est donc pas étonnant qu’il se soit décidé à réformer le système de cures établi par son prédécesseur, et à mettre son clergé sur le même pied que dans les diocèses de France. Personne ne pouvait lui en contester le droit; et il était seul juge de l'opportunité de ses actes, ou plutôt il n’avait à en rendre compte qu’au souverain pontife.

1— Edits et Ordonnances, t, I, p. 35.

Du reste, il est aisé de voir qu’il n’était pas, par rapport au séminaire, dans la même position que son vénérable prédécesseur. Celui-ci avait fondé le séminaire et l'Eglise du Canada : il dominait son clergé par l’ascendant de ses vertus, par son autorité, par le souvenir impérissable de ses services.

Pour son successeur, la situation n’était pas la même. Pouvait- on supposer qu’il gouvernerait librement son diocèse, en laissant l’administration de toutes ses cures au séminaire comme par le passé? Le séminaire avait à sa tête des hommes de volonté, de caractère et d'intelligence supérieure, comme les de Bernières, les de Maizerets et les Glandelet: n’avait-il pas raison de redoute: un peu leur trop grande influence ?

Mais, d’un autre côté, la réforme du séminaire, immédiate et sans transition, comme voulait l’opérer Mgr de Saint-Valier, ne pouvait se faire qu'avec de grands déchirements. Elle devait nécessairement soulever bien äes murmures et des récriminations dans le clergé. Comment supposer que le séminaire la laisserait faire sans protester contre le ren versement de ce qu’il regardait comme des droits acquis ?

Mgr de Laval lui-même était trop sage et trop prévoyant pour croire que son système de cures, établi conformément à l’édit de 1663, pouvait avoir un caractère permanent. Il lui avait déjà donné, comme nous l’avons vu, quelques modifications. Mais il s'attendait évidemment qu’il durerait encore de nombreuses années, et il le regardait comme essentiel au bon gouvernement de son Eglise, tant qu’elle

ne serait pas assise sur des bases très solides. Il aurait probablement laissé au temps et aux circonstances à réformer avec douceur et ménagement un état de choses qui ne pouvait toujours durer.

Comment supposer qu'il aurait pu voir d’un œil insensible, et sans amertume, la réforme brusque et immédiate de son œuvre, son séminaire des Missions étrangères de Québec privé tout à coup d’une de ses principales fonctions et réduit à n'être qu’une maison de formation ecclésiastique, les curés du diocèse isolés subitement de cette maison comme des branches que l’on enlève à l'arbre qui les a vues naître?

La vertu et la grâce ne détruisent pas la nature sensible ; et les cris de douleur n’ont rien d’incompatible avec la sainteté.

Les plus grands saints ont quelquefois différé d’opinion, même publiquement, sur certains sujets. N’a-t-on pas vu, par exemple, un saint Cyprien et un pape saint Damase, un saint Jérôme et un Rufin exposer devant le public, et quelquefois non sans aigreur et vivacité, leurs divergences d'opinion sur des questions controversées dans l'Eglise ?

Mgr de Laval et Mgr de Saint-Valier étaient tous deux des prélats d’une éminente piété. Mais ils ne partageaient pas les mêmes vues au sujet du séminaire et dela conduite de l’Eglise du Canada, ou au moins sur l’opportunité des réformes à y faire pour le moment. Qui pourrait s’en trouver scandalisé ?

Disons de suite que jamais le saint fondateur de notre

Eglise ne montra plus de vertu qu’à l’occasion des changements opérés par son successeur.

Sa douleur et ses déchirements, il garda tout en luimême ; s’il rit part de sa peine à quelqu'un, ce ne fut qu’à des amis particuliers, jamais au public. Il ne cessa de

recommander aux prêtres de son séminaire la charité et le

plus parfait abandon à la Providence.

On le vit plusieurs fois s'éloigner duthéâtre des divisions et se retirer à Saint-Joachim, afin de paraître le moins

possible mêlé aux affaires et de ne créer d’embarras à

personne.

Jamais il ne fit le moindre reproche à son successeur ; ü ou plutôt, s’il lui exprima une fois son sentiment, et avec beaucoup de franchise, ce ne fut qu'après y avoir été provoqué, comme nous le verrons, par Mgr de Saint-Valier

lui-même.

Il n’entre pas dans le cadre de cet ouvrage de raconter l'administration du deuxième évêque de Québec, mais seulement d'indiquer les faits et les circonstances où Mgr de Laval a pu être en contact avec son vénéré successeur.

En arrivant à Québec, celui-ci était descendu au séminaire, où logeait aussi son prédécesseur. Il était encore censé appartenir à cette maison, et n'avait pas renoncé officiellement à la désappropriation de ses biens. Lors de

son premier voyage au Canada, il avait, de lui-même, mis tout en commun, argent, bibliothèque, meubles, afin de vivre, comme les séminaristes et Mgr de Laval, dans un esprit de pauvreté et de détachement.

L'ancien évêque de Québec occupait cette partie du séminaire que l’on appelait la vieille maison ou presbytère, où logeait aussi le curé de Québec !. Il est probable que c’est là que résida également Mgr de Saint-Valier. On allait d’ailleurs, au réfectoire et en récréation au séminaire; et c'est aussi au séminaire que se tenaient les exercices en commun.

Combien de temps les deux prélats demeurèrent-ils ensemble ? Nous ne le savons d’une manière précise. Mgr de Saint-Valier acheta, dès le 12 novembre 1688, le terrain où il voulait bâtir son palais épiscopal; et il est probable que c’est aussi à la même époque qu’il fit l’acquisition d’une maison, où il se retira avec ses prêtres ?, en attendant que fût terminé son évêché, dont il poussa les travaux avec la plus grande activité.

Ce qui est certain, c’est que tout le temps qu’ils vééurent ensemble, l’ancien et le nouvel évêque ne cessèrent d’édifier par l’union de leurs cœurs et la pratique des plus belles vertus.

‘ N’était-ce pas un spectacle digne de l’admiration des anges et des hommes, a dit un des panégyristes de Mgr de Saint-Valier, de voir le premier évêque de Québec et son successeur s’efforcer l’un et l’autre, par une noble émulation et par un combat de ferveur, à qui l’emporterait dans

1 — Histoire manuscrite du séminaire de Québec. — Abeille, vol. V, No 12.

2 — Entr'autres M. de Merlac, son grand vicaire, et son secrétaire M. Foucault.

les exercices de piété? Ne les a-t-on pas vus l’un et l’autre unir et concilier ensemble les fonctions de séminaristes et de chanoïnes: de chanoïnes, par leur assiduité aux heures ‘anoniales, et de séminaristes, en s’abaissant aux plus bas emplois, comme de balayer et de servir à la cuisine 1 ? ”

Oh! le bel exemple d’humilité, de détachement et de vie intérieure donné à leur clergé et aux élèves de leur séminaire! C'est-à-dire que les deux premiers évêques de Québec, habitant sous le même toit, ne craignaient pas, pour se mortifier, de descendre aux plus humbles détails, conime de faire eux-mêmes leur chambre, d'aider à la cuisine, au besoin, et de servir à table, comme le dernier des séminaristes ! |

C'étaient en effet des hommes d'une vertu peu commune. Issus de nobles familles, ils avaient renoncé aux plus légitimes espérances du monde pour se consacrer à Dieu. L'un venait achever au Canada les restes d’une vie toute dépensée au service de cette Eglise ; l’autre, jeune encore ?, avait quitté la Cour, dont il était l’un des aumôniers, et refusé les plus brillantes promesses en France, pour se dévouer aux travaux d’un pénible épiscopat en Amérique. De part et d'autre, le spectacle était grand et sublime. Tous deux avaient des âmes vraiment sacerdotales, des âmes d’apôtres.

En sortant du séminaire, dans l’automne de 1688, pour

1 -— Myr de Saint-Valier et l'H6pital-Général, Oraison funèbre prononcée à la cathédrale par l’abbé Fornel.

2 — Mgr de Saint-Valier était né à Grenoble le 14 novembre 1653.

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aller demeurer chez lui, Mgr de Saint-Valier renonçait à la désappropriation, et reprenait naturellement les biens qu’il avait mis en commun.

Rien n'indique qu'il ait déclaré dès lors sa résolution toute entière; mais cette résolution était bien arrêtée : réformer l'Eglise du Canada à l’image des diocèses de France, briser le système des cures unies au séminaire, et réduire cette institution à n'être qu’une maison ordinaire üe formation ecclésiastique, à savoir, un grand et un petit séminaire.

C'était une réforme radicale. On privait tout à coup le séminaire de droits acquis, et on lui enlevait une grande source de revenus. Les dépenses, il est vrai, allaient être diminuées; mais il n’y avait pas une juste compensation. La réforme, d’ailleurs, brisait d’une manière brusque et violente un système de cures profondément entré dans les habitudes du clergé et du peuple.

Le prélat se mit vigoureusement à l’œuvre, Dans l’automne de 1688, il déplaça, sans consulter le séminaire, quelques curés nommés par son prédécesseur, affirmant ainsi son droit de gouverner par lui-même. Il déclara se réserver la distribution des gratifications royales, notamment celles de 4,000 francs pour les portions congrues, et de 2,000 francs pour les prêtres malades et infirmes, et refusa le supplément à plusieurs curés ou missionnaires, membres du séminaire, sous prétexte qu’ils n’en avaient pas besoin !,

1 — Histoire manuscrite du séminaire de Québec.

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Le séminaire protesta, prétendant que l’évêque lui ôtait les revenus des cures et lui retranchait une partie des suppléments accordés par le roi pour le soutien des missionnaires, tout en lui luissant, sans compensation, le soin des prêtres infirmes et malades. Il alléguait de plus que Mgr de Saint-Valier voulait l’obliger à augmenter ïo nombre des élèves beaucoup au delà de ce que les revenus permettaient.

Vers la mi-novembre 1688, il se tint chez l’évêque une conférence, où se trouva le gouverneur, M. de Denonville, avec MM. de Maiïzerets et Glandelet. On convint de plusieurs articles, où le séminaire et l’évêque abandonnèrent chacun quelques-unes de leurs prétentions, pour le bien de la paix. Ces articles furent envoyés à la Cour, et soumis à l’examen du duc de Beauvilliers ! et du P. Le Vallois ?.

Mais bientôt, après le départ des derniers vaisseaux, les contestations recommencèrent. Mgr de Saint-Valier accusait les MM. du séminaire de vouloir tout gouverner et de se défier de lui. Il prétendait qu’ils étaient trop riches et dépensaient trop en constructions. Le séminaire, de son côté, se plaignaït de ce que l’évêque se regardait commele maître absolu des gratifications royales, ainsi que des

1 — M. de Beauvilliers était un homme de beaucoup d'honneur et de vertu. Il fut nommé, en 1689, gouverneur du duc de Bourgogne, en même temps que Fénelon, avec qui il était très lié, en devenait le précepteur. Très opposé au jansénisme, il fut appelé comme médiateur dans plusieurs affaires ecclésiastiques, entr’autres dans la célèbre queos du cardinal de Noailles avec les évêques de La Rochelle et de

uçon.

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