Confesseur du duc de Bourgogne
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terres de Saint-Joachim, et des chapelles portatives. Il ne trouvait pas juste qu'on lui laissât la charge de tous les prêtres malades, sans lui assurer les gratifications affectées pour cet objet.
Que faisait, pendant ce temps, Mgr de Laval? ‘‘ Témoin de discordes qui menaçaient, dit un mémoire du temps, de ruiner le séminaire, objet de ses affections et de ses sacrifices, il ne pouvait que verser des larmes amères. Il se tenait à l'écart, s’abstenant même de paraître en récréation ou au réfectoire, et de faire aucune fonction publique. ”
Cependant, il n’affectait nullement d'éviter la rencontre de Mgr de Saint-Valier. Celui-ci l’ayant invité le 25 janvier 1689, jour anniversaire de sa consécration, à assister à une grande cérémonie aux ursulines, la translation solennelle d’une relique insigne de saint Paul, il s’y rendit et et s’assit à ses côtés.
On fut alors témoin d’un spectacle touchant : le nouvel évêque, après avoir donné la bénédiction à son peuple, invitant son prédécesseur à en faire autant, et celui-ci bénissant à son tour la foule agenouillée. ‘ Mgr de Saint- Valier, dit une chronique, reçut lui-même mille bénédictions de ce peuple, qui, parlant assez haut pour être entendu, disait : ‘ Que Dieu bénisse notre nouvel évêque “ de faire ainsi honneur à notre ancien et saint prélat 1! ”
Quelques mois plus tard, on retrouvait encore les deux évêques réunis ensemble dans la chapelle des ursulines, pour l’ordination de M. Tremblay.
1 — Archives du séminaire de Québec.
Il est possible que Mgr de Saint-Valier, dans le juste désir qu’il avait de gouverner son diocèse par lui-même, suivant les dictées de sa conscience, ait quelque peu dépassé les bornes d’une sage modération.
On ne peut supposer, par exemple, que Mgr de Laval l’accuse absolument à tort, dans sa correspondance, d’exercer une inquieition si rigoureuse, qu'il allait jusqu’à ouvrir les lettres de son clergé. Il n’était pas lui-même à l'abri de cette inquisition, puisque Mgr de Saint-Valier lui avait envoyé quelque temps auparavant un paquet tout ouvert !. On se mit € isuite à employer des caractères de convention, quand on écrivait au séminaire de Paris pour des affaires dont on voulait absolument dérober la connaissance au prélat ?.
Dans l'hiver de 1689, Mgr de Saint-Valier alla jusqu’à prier son prédécesseur de vouloir bien se retirer à Saint- Joachim. Puis il ôta à MM. de Bernières et de Maizerets leur titre de grands vicaires, et nomma à leur place MM, de Merlac et Glandelet. Des procédés aussi rigoureux, même lorsqu'ils s'appuient sur les meilleures intentions, ne sont guère propres à calmer les esprits.
Quoi qu’il en soit, le séminaire attendit patiemment la réponse de la Cour aux articles qu’on lui avait envoyés. Cette réponse arriva au printemps de 1689: elle n’était pas de nature à plaire à Mgr de Saint-Valier, car elle donnait raison au séminaire sur plusieurs points.
1 — Lettre de Mgr de Laval, 17 avril 1691.
2 — Histoire manuscrite du séminaire de Quebec.
M. de Brisacier, en communiquant cette décision à ses , Î
confrères de Québec, leur recommandait de s’en tenir
strictement à ce qui avait été réglé, puis de témoigner
toujours à l’évêque toute la confiance possible, de ne jamais
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lui résister en face et de ne rien lui refuser qu'après lui
avoir demandé pardon trois ou quatre fois,
Il écrivait en même temps à Mgr de L:val: ‘ Il a plu à Dieu, sans que je m'en sois presque mêlé, d'inspirer nos juges, et ils ont prévenu par leur équité tout ce que j'aurais pu souhaiter. Je vous envoie une copie de ce qui a été arrêté par eux, et je leur ai promis que nos messieurs s’y soumettraient en tout.”
Mgr de Laval écrivit, de son côté, à M. de Beauvilliers : ‘* Si les articles étaient bien observés de part et d'autre, ce serait le véritable moyen de conserver la paix dans cette Eglise.”
Mais on s'était grandement trompé, si l’on s'était flatté que ces articles empêcheraient Mgr de Saint-Valier de poursuivre le but qu’il avait résolu d'atteindre, la suppression de l'union: du clergé et des cures au séminaire. Il n'était pas homme à s'arrêter ainsi dans ce qu’il croyait être le chemin du devoir. Ces articles, il n'avait consenti à les envoyer à la Cour que dans l’espérance d’une déci- sion favorable. Comme elle lui était contraire, il ne voulut pas s’y soumettre, disant qu’elle ne l’obligeait pas.
Tout fut donc à recommencer. Dans sa douleur, Mgr de Laval écrivait à M. Milon:
‘ Vous apprendrez que les règlements qui sont venus
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de France pour apaiser les différends et conserver la paix
dans cette pauvre Eglise, qui en avait fait pendant trente ans toute la bénédiction, n’ont pas eu sur l’esprit de Mgr de Québec l’effet qu’on en devait attendre, et qu’il a formé de nouveaux sujets de peines plus considérables que les premiers. C’est le calice qu'il plaît à Notre-Seigneur de nous donner à boire.
‘Vous jugez bien que, s’il y a jamais eu une croix amère pour moi, c’est celle-ci, puisque c’est l'endroit où j’ai toujours dû être plus sensible, je veux dire, le renversement du séminaire, que j’ai toujours considéré, comme en effet il l’est, comme l’unique soutien de cette Eglise, et de tout le bien qui s’y est fait, et qui s’y peut faire à l’averir, et par conséquent la rupture et ruine totale de l’union que nous avons pris tous les soins imaginables de conserver pendant trente ans.
‘ Mais, au milieu de toutes ces agitations, nous ne devons pas nous abattre. Si les hommes ont du pouvoir pour détruire, la main de Notre-Seigneur est infiniment plus puissante pour édifier. Nous n’avons qu’à lui être fidèles, et le laisser faire. Continuez, mon cher monsieur, votre affection pour cette œuvre qui la mérite, et qui est digne de compassion. Priez Notre-Seigneur et sa sainte mère pour lui et pour moi 1.” |
On voit par cette lettre combien Mgr de Laval était convaincu de la nécessité du séminaire, tel qu’il l’avait fondé,
pour le soutien de l'Eglise du Canada, et combien par
1 —- Lettre de Mgr de Laval à M. Milon, 1689.
conséquent il dut souffrir de voir son successeur suivre une route toute différente de la sienne, et s’employer à renverser son œuvre.
D'un autre côté, on ne peut qu’admirer son abandon à la divine Providence, et son aimable confiance en Notre- Seigneur: ‘* Nous n’avons, dit-il, qu’à lui être fidèles, et le laisser faire. ”
Cette Providence, à laquelle il s’abandonnait d’une manière si parfaite, cette Providence, dont l’action embrasse le présent, sans doute, mais aussi l’avenir impénétrable aux faibles regards des hommes, se servait précisément de Mgr de Saint-Valier pour donner au séminaire la véritable forme qu’il devaitavoir. Elle voulait dès lors, quelque prématuré que cela pût paraître aux meilleurs esprits, élaguer de cette nstitution tout ce qui pouvait la détourner de sa mission principale, celle de former des citoyens vertueux et des prêtres dévoués pour le bien du pays.