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Comme le séminaire craignait d'être inquiété au sujet de la somme de 4000 francs qu'il avait toujours reçue chaque année, Mgr de Laval crut devoir lui donner une déclaration, dans laquelle il exprimait les raisons qui l'avaient engagé à attribuer cette somme au séminaire de Québec.
C’est une pièce magistrale, absolument exempte de passion, et écrite avec le plus grand calme. Elle fuit voir que, le séminaire ayant la charge des cures, dont la plupart n'avaient qu'un revenu insuffisant, il était naturel qu’on lui donnât cette somme. Du reste, il faut qu’un séminaire épiscopal ait un revenu. Or, cette somme de 4000 francs ne constitue pas même un revenu suflisant. Tous les autres revenus du séminaire sont plutôt des charges que des revenus Î.
Il donna cette déclaration à son séminaire, puis se renferma dans sa réserve habituelle ?, se contentant de prier pour le soutien de son œuvre, s’abandonnant à la divine Providence, et versant quelquefois son chagrin dans le cœur de quelques amis qu’il avait en France, et qui partageaient ses vues.
Le clergé, en général, était attaché au séminaire, et les projets de Mgr de Saint-Valier avaient causé de la peine à plusieurs.
Le mécontentement avait même gagné Montréal, où,
1— Déclaration au sujet de l'attribution d’une somme de 4000 francs pour le curé et les prêtres du séminaire de Québec, 11 novembre 1689. (Archives du séminaire de Quebec. )
2 — M. de la Colombière, Eloge funèbre.
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depuis deux ans, paraît-il, l'évêque refusait aussi le supplément aux curés unis à Saint-Sulpice !,
‘ Plus il semble que l’on apporte d'opposition à l'union que vous connaissez Ôtre si utile, et si absolument nécessaire pour le bien de cette Eglise, et du salut des âmes, écrivait encore Mgr de Laval à M. de Denonville, plus il paraît que la grâce de cette union prend un nouvel accroissement, et se fortifie de plus en plus dans le cœur de tous les ecclésiastiques qui en connaissent les avantages et la nécessité. ”
Puis il fait part de sa douleur à son ami :
‘Mgr de Québec, dit-il, n’entreprend ce voyage que dans l’unique but de détruire entièrement cette union ; se persuadant qu’il ne peut pas rendre un plus grand service à Dieu et à cette Eglise, il croit qu'il n’y a pas de meilleur moyen pour en venir à bout, que de réduire cette maison à la dernière extrémité...
‘ Les voies qu'il a tenues cette année y conduisent tout droit, et plus on tâche de déférer, et d’adoucir son esprit, plus il s’aigrit et se porte à des extrémités plus grandes, sans qu’on puisse s’apercevoir quel fondement il en peut avoir, sinon que son principe est, que tant qu’il y aura la moindre union et rapport à cette maison, il ne peut avoir l'empire et la domination qu’ilexige des ecclésiastiques, et qu'il se persuade être d’une nécessité absolue à son égard.
‘ Si Dieu permet que les vues de ses amis ne réussissent pas, et qu’il revienne en ce pays, il est comme impossible que cette Eglise ne tombe pas dans un renversement total.”
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Il ajoutait avec son abandon ordinaire à la Providence :
‘“Notre-Seigneur et sa sainte mère en disposeront comme il leur plaira. J’ai une grande confiance qu’ils continueront à protéger cette pauvre Eglise, que vous connaissez bien remplie de l'esprit de Notre-Seigneur. Je ne doute point que vous n’ayez la charité et la bonté de lui rendre tous les bons offices que vous pourrez, selon les ouvertures que ia Providence de Dieu vous en fournira, et les besoins pressants qu’elle en a 1. ”
L'ancien gouverneur du Canada, M. de Denonville, était bien digne de l’amitié et dela confiance que lui témoignait le prélat 2:
‘ Le Seigneur vous visite, lui répond-t-il, par les endroits les plus sensibles de votre cœur. Vous avez donné votre bien, votre vie et tout votre travail pour une Eglire que vous aimez: vous y recevez des croix ; mais en vous sanctifiant, elles seront les fondements et l’appui de cette même Eglise. Je ne vois à faire, de votre côté, que de prendre patience, avec confiance que Dieu ne détruira pas ce que vous avez commencé pour contribuer à Le faire honorer...”
Il y avait beaucoup de malentendu entre le séminaire et Mgr de Saint-Valier, comme il arrive si souvent dans les contestations de ce genre, même entre les personnes les plus saintes et les mieux disposées. Ce n’était pas la destruction du séminaire que voulait l’évêque ; son but était
1 — Lettre de Mgr de Laval à M. de Denonville, 20 novembre 1690.
2 — M. de Denonville, de retov en France, fut nommé précepteur des enfants du roi. Son père et sa mère s’étaient convertis de l’hérésie. Il avait une fille aux carmélites.
plutôt de le réduire à n’être qu’un séminaire ordinaire, une maison de formation ecclésiastique.
Le prélat voulait gouverner son Eglise par lui-même, être maître de ses cures, y nommer les curés qu’il jugerait convenables, sans avoir besoin du consentement du sémi= naire. Il voulait avoir la haute direction de son séminaire épiscopal. En un mot, il voulait être évêque du Canada, comme on l’est généralement ailleurs.
A l’époque où nous écrivons, tout cela semble si naturel, qu’on a peine à croire qu’on y ait fait objection.
Mais il ne faut pas oublier que la chose pouvait alors offrir plus d’une difficulté. Le séminaire de Québec avait été établi, tel qu’il était, par les autorités religieuses et civiles 1. Il avait des droits acquis, et de nobles états de service. Il avait fait l'Eglise du Canada ce qu’elle étuit, et le clergé s'était profondément attaché à cette institution, ainsi qu’au gouvernement paternel de Mgr de Laval. On ne pouvait briser tout cela sans froisser bien des intérêts et bien des préjugés.
Peut-être aussi Mgr de Saint-Valier, en voulant rompre avec le système de cures établi par son prédécesseur, comme c'était son droit incontestable, n’apporta-t-il pas assez de ménagements, surtout vis-à-vis de certaines personnes que tout le monde avait appris à vénérer, comme dans le cas de MM. de Bernières et de Maizerets.
1 — Mandement de Mgr de Laval, établissa,* le sém naire et le clergé, 26 mars 1663, — Edit du roi, approuvant cet étai lissement, avril 1663. (Edits et Ordonnances, t. T, p. 33. — Jugements ar. Conseil Souverain, t. I, p. 18.)
Nous avons vu qu’en 1689 il leur enleva leur titre de
grands vicaires.
En 1691, il destitue M. de Maizerets comme supérieur de l’'Hôtel-Dieu, sous prétexte ‘‘ qu’il est incapable de garder un secret, et qu’il inspire aux religieuses de la défiance
contre leur évêque ; ” et il le remplace par son grand vicaire, M. de Merlac, que certains mémoires du temps accusent ouvertement de jansénisme, et sur lequel pèsent ‘ plusieurs autres reproches très graves 1.
Le mécontentement des religieuses fut extrême: ‘‘ Le prélat, dit la sœur Juchereau, avait des démélés assez vifs avec le séminaire; le contre-coup en retomba sur nous. Pour leur faire sentir son mécontentement, il leur Ôôta la supériorité de notre maison, et nous donna un prêtre qui n’était pas de leur corps. La supérieure s’y opposa : elle ne croyait pas ce prêtre propre à conduire une communauté... Mais, malgré nos remontrances, il lui donna, par un simple billet, tous ses pouvoirs, dont celui-ci se servit, comme il lui plut, pendant l’absence de l’évêque 2... ”
Cet homme resta supérieur de l’Hôtel-Dieu jusqu’en 1694. IL repassa alors en France, et fut remplacé par M. de la Colombière, qui avait dirigé quelque temps les hospitalières de Montréal, et ‘‘ était, dit la sœur Morin, un prêtre d’une vertu et d’un mérite tout distingué.”
En partant pour la France, au printemps de 1691, Mgr de Saint-Valier ne songea pas même à nommer un admi-
1 — Lettre de Mgr de Laval à Mgr de Saint-Valier, 1696. 2 — Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec.
nistrateur du diocèse. Il se contenta de donner une simple commission aux supérieurs des jésuites et des récollets 1, ainsi que des séminaires de Québec et de Montréal 2, de conférer la juridiction nécessaire à leurs sujets respectifs seulement.
Personne n’était chargé de la conduite générale du diocèse, ni même autorisé à réprimer les désordres des laïques: tout se trouva bientôt dans la plus triste confusion.
Si grand était son éloignement du séminaire, qu'il ne jugea pas même à propos d’y aller faire une visite d'adieu, avant de partir. Il fit signifier à M. de Maïzerets, par un notaire, son prochain départ. Le séminaire, de son côté, lui fit réponse que tous ses intérêts étaient confiés à Paris à M. de Brisacier 5.
Mgr de Laval était alors retiré à Saint-Joachim, où il vivait dans la plus grande solitude, gémissant sur les maux qui affligeaient l'Eglise du Canada. Il s’y était déjà rendu l'automne précédent, peu de temps après la levée du siège de Québec; et c’est de là qu’il avait écrit à MM. de Denonville et Boudon les lettres que nous avons citées. IL revint passer l'hiver à Québec, mais retourna de bonne heure le printemps suivant à sa ferme modèle du cap Tourmente.
Il écrivit de nouveau le 16 avril 1691 à M. de Denonville, pour lui confier ses peines. Après lui avoir annoncé le
1 — Le P. Dablon et le P. Exupère Dethune.
2 — M. de Maizerets et M. Dollier de Casson.
3 — Histoire manuscrite du séminaire de Québec.
départ de Mgr de Saint-Valier pour la France par les vaisseaux qui ont hiverné à Québec, afin de faire terminer le différend qu’il a avec le séminaire :
‘Il y a plus de deux mois, lui dit-il, que je me suis retiré ici, pour n'être pas présent à ce qui se passe de la part de ceux qui font beaucoup souffrir cette pauvre Eglise... Notre-Seigneur, par sa miséricorde, me fait la grâce de jouir d’une grande paix intérieure de cœur et
d'esprit, ayant une entière confiance, avec le secours de sa
très sainte mère et des saints anges etsaints protecteurs de cette Eglise, qu’il fera tout réussir pour sa gloire.”
Il n’y a que les saints qui puissent tenir un pareil langage. Frappés dans ce qu'ils ont de plus cher, ils se tiennent toujours dans le calme et la paix ; ils sont préparés à tous les événements, parce qu’ils regardent tout comme venant de la main de Dieu. Diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum !.
1— ‘‘ Pour ceux qui aiment Dieu, tout coopère au bien.” (Rom., VIII, 28.)
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