‹ Vie de Mgr de Laval [microforme] (volume 2)Chapitre 59 sur 95 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Mgr de Laval, ange de la paix dans l'Eglise de la Nouvelle-France. — Sa bonté pour les jésuites. — Heureux résultats de la mission du Mississipi. — Mort de Frontenac.

Les difficultés entre les jésuites et le séminaire des Missions étrangères de Paris durent avoir de l’écho au Canada, malgré le soin avec lequel on se garda bien d'intervenir dans ces querelles regrettables. Il y eut un peu de refroidissement entre les jésuites et le séminaire de Québec ; et ce refroidissement se fit sentir surtout par rapport aux missions du Mississipi: elles donnèrent de l’ombrage aux jésuites 1;

Mais dans cette circonstance, comme toujours, Mgr de Laval fut l’ange de la paix et de l’union pour le clergé du Canada.

Dans une lettre qu’il écrit de Parisau pieux prélat, en 1702, le P. Lamberville se réjouit de voir que Dieu lui a rendu la santé; et il espère qu’il le conservera encore longtemps

1 — Lettre du P. Gabriel Marest au P. Lamberville, 1700. (Relation des Affaires du Canada, New-York, 1865.) — Lettre de M. Tremblay à un jésuite sur les Affaires de Chine, 1705, (Archives du sémi-

naire de Quebec. )

pour le bonheur de la Nouvelle-France. Le P. La Chaise lui écrit en même temps pour le conjurer d'intervenir afin de conserver ou de rétablir la bonne entente entre le séminaire des Missions étrangères et la Compagnie de Jésus. Cite lettre venant d’un personnage si considérable, nous croyons devoir la reproduire toute entière, parce qu’elle

établit d’une manière irréfragable ‘'astime et la haute confiance dont jouissait Mgr de Laval « Paris.

‘J'ai reçu, dit-il, avec bien du respect et de la reconnaissance les deux lettres dont vous m'avez honoré, du 8 et 24 novembre dernier. J'ai bien béni Dieu de ce qu’il vous a conservé pour sa gloire et pour le bien de l'Eglise du Canada, dans le temps de la mortalité; et je le prie bien tous les jours de vous conserver encore plusieurs années pour son service, et pour la consolation de vos anciens amis et serviteurs.

* J'espère que vous leur conserverez jusqu’à la fin vos bonnes grâces et votre protection, sans que ceux qui voudraient les leur faire perdre puissent y causer aucun changement.

‘ Vous jugerez aisément du désir que j'ai que nos Pères

puissent mériter la continuation de vos bontés, et conserver

une parfaite union avec messieurs de votre séminaire, par le sacrifice que j'ai voulu qu’ils leur fissent, à votre considération, et d’une partie de leur petite école, qu’ils avaient entière depuis quarante ans, et du poste de Tamarois, malgré toutes les raisons et la facilité même qu’il y avait de les leur conserver.

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‘Mais j'ose vous dire qu’il est d’autant plus nécessaire que vous obligiez ces messieurs à conserver la paix et l’union, et à ne plus inquiéter ces Pères, qu’il ne faut pas attendre qu’on leur inspire ces sentiments du côté de MM. les directeurs du séminaire de Paris, dont les emportements contre notre Compagnie, et la conjonction et liaison étroite avec tous ses ennemis et ses persécuteurs, donnent tous les jours des scènes scandaleuses dans toute l'Eglise, par lesquelles ils se font assurément plus de tort qu’à nous, et causent un préjudice extrême au bien de la Religion, au salut des âmes et à l'édification publique !.

‘ Tout l’objet de leur zèle, aujourd’hui, est de détruire notre Compagnie, en se détruisant eux-mêmes, par un aveuglement que tout ce qu’il y a de gens de bien et d’honnêtes gens ne peuvent comprendre et encore moins approuver.

‘* Vous voulez bien que je m'épargne la peine de vous en faire le détail, que vous n’apprendrez que trop d’ailleurs. Ils ont bien voulu, de leur grâce, nous faire savoir qu’ils savaient gré à nos Pères de Québec du secours et de la consolation qu’ils avaient tâché de donner à votre séminaire dans la désolation de l'incendie, dont vous m'avez fait l’hon-

1 — Au sujet de la querelle des jésuites avec les prêtres des Missions étrangères sur les cérémonies chinoises, Fénelon écrivait, en 1702, au P. La Chaise: ‘‘ Plût à Dieu que les jésuites et leurs adversaires n’eussent jamais publié leurs écrits, et qu'on eût épargné à la Religion une scène si affreuse ! Plût à Dieu qu’ils eussent donné de concert et en secret leurs raisons au pape, et qu’ensuite ils eussent attendu en paix et en silence sa décision ! ” (Histoire de Fénelon, par le card. de Bausset, t. III, p. 155.)

neur de m'écrire. Mais pour nous mieux marquer par des effets leurs véritables sentiments à notre égard, ils ont publié en même temps et distribué partout avec fureur deux éditions d’un imprimé le plus injurieux, le plus artificieux et le plus rempli de calomnies atroces, que les hérétiques des derniers temps eussent pu inventer contre notre Compagnie.

‘Je prie Dieu qu’il leur pardonne ces excès, et ne laisserai pas de rendre à MM. de votre séminaire et à ceux mêmes de Paris tout le service qu’il me sera possible, dans toutes les occasions où je le pourrai faire sans préjudicier au bien de la Religion.

‘# Il faut espérer que Dieu tirera la gloire de tout, et que ces messieurs, revenus des préventions que les ennemis de notre Compagnie, auxquels ils se sont entièrement livrés, leur ont données contre nous, tourneront leur zèle à de meilleures œuvres, et plus dignes d’eux que celles qui les occupent aujourd'hui.

‘Je compte du moins, monseigneur, sur votre zèle apostolique, pour empêcher qu’on ne ressente, dans votre Eglise, des effets de leur mauvaise volonté, et qu’ils n’y détruisent pas, comme ils font ailleurs, tout ce qu’on peut entrepren-

dre de bien pour le service de Dieu.

‘* J'espère que Dieu vous fera cette grâce, et que vous serez toujours l’ange de paix de l'Eglise de la Nouvelle-

France, à quoi je contribuerai, de mon côté, de tout mon possible 1...”

1 — Lettre du P. La Chaise à Mgr l’ancien évêque de Québec, 22 mai 1702. (Archives du séminaire de Québec. )

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N'oublions pas que le P. La Chaise qui écrivait cette lettre, dont le ton peu mesuré trahit assez l'inquiétude qui torturait son âme, est celui-là même qui, quelques années auparavant, avait été l’un des juges de Mgr de Laval. Il avait concouru, avec François de Harlay, aux célèbres ordonnances de 1679 sur l’eau-de-vie et sur la dîme, quele pieux prélat avait été obligé d'accepter pour éviter un pisaller, mais dont le caractère rétrograde et sans nerf avait dû blesser son âme d’apôtre. De concert avec le même François de Harlay, il avait été aussi le juge du séminaire de Québec, et, par le règlement de 1692, avait fait modifier complètement l’œuvre de Mgr de Laval.

Harlay, riche de famille, gorgé de bénéfices, arrivé aux plus hauts honneurs ecclésiastiques, était mort subitement !, frappé d’une attaque d’apoplexie. Le P. La Chaise, encore en faveur auprès de la Cour, et doué de vertus réelles, mais à la veille de recevoir une profonde blessure par les décrets de Rome qui allaient condamner les jésuites dans la question des rites chinois, se tourne vers l’ancien évêque de Québec, cet humble et pauvre missionnaire qui s’est dépouillé de tout, même du gouvernement de son Eglise, et qui vit maintenant, dans cette contrée lointaine, entouré de l’auréole du désintéressement, de la vertu et de la sainteté.

Singulier retour des choses d’ici-bas! L'ancien juge de Mgr de Laval se fait son humble solliciteur. Il l'appelle

1 — Le 5 août 1695.

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l'ange de paix de la Nouvelle-France ; il le conjure de ménager et de maintenir toujours une bonne intelligence entre les Pères de la Compagnie de Jésus et le séminaire de Caébec, persuadé que lui seul en est capable.

Et comme pour faciliter cette œuvre de conciliation, la

Providence a voulu que les nouvelles conditions faites au séminaire de Québec par Mgr de Saint-Valier l’ont rendu

un peu moins solidaire des sentiments et des actes an séminaire de Paris. Tandis qu’en France les jésuites et les prêtres des Missions étrangères sont divisés sur des ques-

tions très graves, au grand détriment de la charité sacerdotale; au Canada, grâce surtout à la douce influence de

Mgr de Laval, la paix et la bonne entente, malgré quelque

refroidissement temporaire, continuent à régner entre le

séminaire de Québec et les jésuites.

Le prélat ne cessa de témoigner à ceux-ci la plus grande bienveillance.

Le P. Gravier, missionnaire des Illinois, étant allé lui

faire visite au séminaire à plusieurs reprises, il se dépouilla

du peu de vaisselle d'argent qu’il avait encore en sa pos-

session, pour lui procurer le moyen de faire fondre un ciboire pour sa missiOn. Il lui promit aussi un ostensoir.

Touché jusqu'aux larmes, à la vue d’une si grande charité, le P. Gravier lui écrivit, de Montréal, pour lui exprimer sa reconnaissance. Rien ne prouve mieux que L.. cette lettre le grand intérêt que portait Mgr de Laval aux ll missions sauvages, et l'attachement que les jésuites avaient pour sa personne.

‘“ Je ne dois pas attendre, dit-il, que le beau ciboire dont Votre Grandeur fait présent à la mission des Illinois, soit fait, pour l’en remercier au nom de ces pauvres sauvages. C’est votre mission, monseigneur, p..squ'elle est sous la protection de l’Immaculée-Conception de Notre-Dame, que Votre Grandeur a choisie pour le jour de son sacre, et qu’'Elle a prise pour patronne de son diocèse Le P. Marquette ne pouvait rien faire de plus conforme à l'intention de Votre Grandeur que de mettre lu mission des Illinois sous la protection de l’Immaculée-Conception de Notre- Dame; et quoique vous ayez toujours été le père de toutes nos missions, celle-ci, monseigneur, vous doit être attachée particulièrement, et parce que c'est l’Immaculée-Conceptior. de la sainte Vierge, et par le beau présent que vous lui faites.

‘Ne doit-on pas croire que le ciboire que Votre Grandeur lui donne est d’un grand prix, puisqu'il faut fondre toute sa vaisselle d'argent pour le faire? Aussi nous sera-t-il infiniment précieux, et nous ne pourrons rien avoir dans nos missions, que nous estimions davantage.

‘ Une écuelle qui vous avait servi si longtemps, monseigneur, car c’est là toute votre vaisselle d'argent, avec une petite tasse, ne devait être appliquée qu'aux saints autels. L'on ne devait pas la destiner à d’autres usages ; et, à proportion que le nombre des communions augmentera dans cette mission, le nombre de ceux qui prieront Dieu pour Votre Grandeur, d’avoir logé le Sauve - du monde dans un si beau ciboire, augmentera aussi. Et, puisqu’Elle à bien voulu me promettre un soleil pour

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exposer le saint sacrement à la vénération de ces pauvres sauvages, nous vous serons redevables, monseigneur, de

tous les actes d’adoration que Jésus-Christ recevra au bout du monde parmi les Illinois. ”

Puis il ajoutait ces paroles significatives de ten dresse et d'affection :

‘ Quelque attache que j'aie pour ma mission, j'avoue

que je ferais volontiers le voyage des Outaouais à Québec pour assister à la messe de la 50° année de votre sacre 1, monseigneur, comme j’ai eu le bonheur d'assister à celle de votre prêtrise ?; et je ne puis rien dire à nos Pères des

Outaouais de plus consolant, dans les persécutions que nous souffrons, que de les assurer que Votre Grandeur se porte bien, qu’'Elle nous continue toujours ses bontés, que

nous vivons avec tous les messieurs de votre séminaire

dans une parfaite union, et que vous nous regardez toujours,

monseigneur, comme vos enfants 5. ”

Voilà dans quelle estime Mgr de Laval était tenu par les

révérends pères jésuites ; voilà les sentiments d'affection et de douce fraternité qu’il avait su inspirer à tout le clergé

et à tous les membres de cette grande famille de l'Eglise

du Canada.

Nous n'avons malheureusement aucun détail sur le 50e anniversaire de sa prêtrise, auquel le P. Gravier fait allu-

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1 — Mgr de Laval ne put célébrer les noces d’or de son sacre, qui devaient avoir lieu le 8 décembre 1708: il mourut quelques mois auparavant.

. 2 — Il avait été ordonné prêtre en 1647.

3 — Lettre du P. Gravier à Mgr de Laval, 17 septembre 1697. (Relation des Affaires du Canada. )

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auvres | sion dans sa lettre, et ne savons pas même si Mgr de Saint- k ur, de Valier arriva d'Europe as--7 tôt pour prendre part à cette is u bout fête. Ces noces d’or eurent lieu en 1697: c’étaient les | secondes que l’on célébrait au Canada !. | esse et Nous avons dit que les missions du Mississipi portèrent : quelque ombrage aux Pères jésuites. (C'était surtout la ji avoue mission des Tamarois, où M. de Montigny s'était fixé, 1 juébec qu’ils auraient voulu rattacher à leurs missions illinoises. l acre 1, , Mgr de Saint-Valier fut obligé, en 1701, d'intervenir pour | À celle le bien de la paix. Ecrivant de Paris à ses curés, pour leur | | es des donner des conseils, il avait un mot pour les Pères de la I 18 que Compagnie de Jésus: (fl leur se ‘“ Nous espérons d'apprendre, disait-il, la soumission | és, que volontaire et édifiante des Pères de la Compagnie de Jésus, | î ainaire qui se sont offerts jusqu'ici pour la mission des Tamarois. jours, N'ayant pas été reçus par celui qui représente, quoique | | ( indigne, le Maître de la vigne, qui doit donner entrée à par les ceux qui y peuvent travailler, ils seront employés à 4 fection d’autres missions aussi grandes et aussi nombreuses que clergé celle des Tamaroiïs ?, que nous n'avons pu leur confier, : Eglise parce que nous en avions donné le soin aux missionnaires du séminaire des Missions étrangères de Québec, auxquels à le 50° nr”. l'avons accordée expressément par nos patentes, et de t allu- ” a À … Fee 1 — Le P, Chaumonot célébra ses noces d’or à la cathédrale en 1688, cre, qui 6 ie real 20 rite, fête de PRIDEN none (Archives de l'archevéie ché dé Québec.) — M. de Maizerets céléb:a les siennes en 1712.

(Abeille, vol. 11, No. 16.) 2 — ‘* Il y a autant de monde aux Tamarois qu'à Québec.” (Relu- » 1697 tion de la mission du Mississipi, Lettre de M. Thaumur de la Source.)

nouveau confirmée par nos règlements et ordonnances, portant défenses aux uns et aux autres de faire les fonctions réciproquement dans les missions qui leur ont été confiées, que de l’agrément et consentement des uns et des autres, afin par cette conduite d’entretenir entre eux une plus grande union 1.”

Les messieurs du séminaire firent un grand bien chez les sauvages du Mississipi; et les heureux résultai: de leurs missions consolèrent beaucoup Mgr de Laval dans sa vicillesse. Il en ouvrait un jour son cœur à M. Tremblay, et lui racontait la conversion et la mort édifiante d’un chef de ces sauvages.

‘ La seule peine que je ressens, ajoutait-il, c'est que nos missions ont paru porter ombrage aux Pères jésuites et leur causer du chagrin. Mais le séminaire ne veut pas établir de mission là où ils sont. Ils sont aux Illinois; notre première mission est au pays des Tamaroïs, qui se trouve comme le trait d'union entre Québec et les Akansas ?.”

La plupart des sauvages de la vallée du Mississipi étaient de mœvrs fort douces, mais très corrompues. Les vices contre nature, surtout, y étaient communs.

Il y avait chez ces peuples un certain degré de civilisation qui indiquerait une origine différente de celle des

sauvages situés plus au nord de l’Amérique. Ils avaient

même des temples où l’on honorait certaines divinités. La description que le P. Gravier nous donne d’un de ces

1 — Lettre pastorale de Mgr de Saint-Valier, 7 mars 1701. 2 — Lettre de Mgr de Laval à M. Tremblay, 1699.

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temples nous porte à croire que ces sauvages avaient une origine orientale.

‘‘ Au haut du coteau, dit-il, on découvre une belle prairie ; le chemin le plus battu conduit au village où est le temple; les autres, qui coupent à droite et à gauche, vont à différents hameaux. Il n’y a que quatre cabanes dans celui où est le temple. Il est fort spacieux et couvert de cannes nattées, qu’ils renouvellent tous les ans avec de grandes cérémonies, qu’il serait trop long de marquer ici. Elles commencent par un jeûne de quatre jours, avec des vomitoires jusqu’au sang.

“Il n’y a ni fenêtres, ni cheminée dans ce temple, et ce n’est qu’à la lueur du feu qu’on y voit an peu ; encore faut-il que la porte, qui est fort basse et fort étroite, soit ouverte. Je m’imagine que l'obscurité du lieu leur inspire du respect.

‘ Le vieillard qui en est le gardien y entretient toujours le feu, et se donne bien de garde de le iaisser éteindre. Il est au milieu du temple, devant une espèce de mausolée à la manière des sauvages.

‘Il y en a trois, de huit ou neuf pieds de long, d’environ six pieds de large, et de neuf ou dix pieds de haut. Ils sont soutenus sur quatre gros poteaux revêtus de nattes de cannes en colonnes assez propres, et surmontés d’un plafond de cannes nattées. Cela aurait assez bonne grâce, si tout n’était pas noirci de fumée et couvert de suie.

Il y a une grande natte qui sert de rideau pour couvrir une grande table couverte de cinq ou six nattes de cannes, sur laquelle il y & une grande corbeille qu'il n’est pas

permis d'ouvrir, parce que l'esprit de chaque nation de ces quartiers y repose, dit-on, avec celui des Natchez. Je me sais mauvais gré de n’avoir pas ouvert la corbeille, quoique j'eusse fait de la peine au vieillard d'ouvrir le rideau et de vouloir toucher à cette corbeille.

‘* Il yen a d’autres dans les deux autres mausolées, où ils disent que sont les ossements de leurs chefs qu’ils révèrent comme des divinités !, ”

Cette description d’un temple des Natchez ne nous donnet-elle pas l’idée de quelque mosquée orientale? et ce vieillard, gardien du sanctuaire, n’est-ce pas quelque santon musulman transporté en Amérique ?

Le séminaire fut chargé des missions du Mississipi pendant plus de trois quarts de siècle, et fit pour cette œuvre de zèle de très grands sacrifices.

Plusieurs de ses prêtres furent massacrés par les infidèles qu’ils allaient évangéliser, entr’autres, MM. Nicolas Foucault et Jean-Baptiste de Saint-Côme. La plupart étaient des hommes d’un zèle tout apostolique et d’une ‘ vertu éprouvée; quelques-uns, d’une éminente sainteté.

M. Marc Bergier mourut aux Tamaroiïs en 1707. Ilavait été nommé grand vicaire en 1699. ‘‘ C'était, dit le P. Marest, de la Société de Jésus, un missionnaire d’un vrai mérite et d’une vie très austère. ”

Lorsque le P. Charlevoix visita la Nouvelle-France, en 1721,la mission des Tamarois était desservie par MM.Thaumur de la Source et Jean Le Mercier. Il parle avec

1 — Voyage du P. Gravier en 1700, New-York, 1859.

éloge de ces deux ecclésiastiques du séminaire de Québec, ‘autrefois mes disciples, dit-il, et qui seraient aujourd’hui mes maîtres.”

‘J'ai vu partir de mon temps, dit Latour, les sieurs Gaston et Courrier, deux jeunes hommes pleins de ferveur et d’une très grande espérance, dont l’un fut massacré par les sauvages, l’autre y vit comme un saint, jusqu’à y faire des choses qu’on a regardées dans le pays comme des miracles.

‘J'ai vu à Québec le sieur Le Riche, qui, après avoir été longtemps chez les Abénakis, et ensuite curé à la campagne, est mort chanoine de la cathédrale, plein de mérite, et le sieur Thaumur de la Source, qui, après plusieurs années de séjour chez les Tamaroiïis, est mort à Québec dans une si grande réputation de sainteté, que tout le peuple, à ses obsèques, allait faire toucher des chapelets à son corps, et déchirait ses habits pour avoir des reliques 1...”

Les Etats-Unis s'étant déclarés indépendants en 1776, le saint-siège nomma un préfet apostolique. Les missions de la Louisiane furent soustraites à la juridiction de l’évêque de Québec, et le séminaire cessa de s’en occuper 2.

L'année 1698, qui avait vu s'ouvrir ces missions, vit disparaître de la scène politique du Canada un personnage qui y avait joué un grand rôle, M. de Frontenac. Mgr de Laval avait souvent eu à se plaindre de ce gouverneur, par rapport

À la question des dîmes et à la traite de l’eau-de-vie.

1 — Mémoires sur la vie de M. de Laval, p. 101. 2 —- 200e anniversaire de la fondation du séminaire de Québec, p. 43,

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Dans sa seconde administration comme gouverneur du Canada, Frontenac paraît avoir montré beaucoup de bienveillance envers le séminaireet l’ancien évêque de Québec 1.

Ii rendit d’ailleurs de grands services à la colonie, en achevant de dompter les Iroquois, et en préparant le traité de 1701, conclu par M. de Callière, qui mit fin pour toujours à la guerre que les Français faisaient à ces barbares depuis le temps de Champlain.

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en Acadie, à Terreneuve et à la baie d'Hudson. Les Anglais furent obligés de conclure la paix de Ryswick, q'ii laissait à la France toutes ses possessions en Amérique, y compris la baie d'Hudson.

‘“ Le comte de Frontenac, dit l'abbé Gauthier, avait cet assemblage de qualités et de défauts qui le firent grand ou petit, selon les circonstances. Mais les défauts de son caractère tranchant, absolu, dominateur, se montrèrent peu dans sa seconde administration; ses qualités prédominèrent, et ses talents rendirent au Canada les plus grands services. Il avait trouvé la colonie affaiblie, attaquée de toutes parts, méprisée de ses ennemis; il la laissa en paix, agrandie, respectée. Aussi c'est à juste titre qu'il a été regardé comme le sauveur de la Nouvelle-France 2.”

‘* La Nouvelle-France, dit Charlevoix, lui devait tout ce qu’elle était, à sa mort ; et l’on s’aperçut bientôt du grand vide qu’il y laissait.”

1 — Histoire manuscrite du séminaire de Québec. 2 — Histoire du Canada.

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