‹ Vie de Mgr de Laval [microforme] (volume 2)Chapitre 58 sur 95 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Mgr de Laval donne son concours à Mgr de Saint-Valier pour l'étaillet blissement de la mission du Mississipi. — Il s’entremet pour pré-

dans parer les jésuites à cet événement. — Approbation du livre du P. Le Tellier. — Saint François de Sales, second patron du sémi-

cclé- naire, 1698.

mité,

hord Du fond de sa solitude, où il se faisait un devoir de rester, afin de pas créer d’embarras à son successeur, Mgr de

scott Laval suivait avec intérêt les pieux développements de

é bn l'Eglise du Canada. Il joignait sa prière ardente à celle de

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son successeur. Plusieurs fois aussi il lui apporta son précieux concours pour les œuvres de zèle qu’il avait entreprises.

M. de la Colombière se plaît à nous représenter l’ancien et le nouvel évêque travaillant de concert pour le bien de la Religion.

‘ Ne vous souvient-il pas, s’écrit-il, d'avoir vu ces deux prélats, l’un arrivant de France où il était allé pour le bien de son diocèse, l’autre sortant de son désert où il priait sans cesse pour le bien du même diocèse, entrer en communauté de zèle et de travaux, tantôt pour l’établissement de l’'Hôpital-Général de Québec, tantôt pour celui des Trois-

Rivières, une fois pour les petites écoles, une autre fois pour les missions du Mississipi ?

‘‘ T1 me semble que j'entends ces deux prélats s’entredire l’un à l’autre ce que l’épouse dit à l’époux, dans les Cantiques: Veni, dilecte mi, ingrediamur in agrum ; venez, mon bien-aimé, entrons dans le champ de ce vaste diocèse, au service duquel nous nous sommes tous les deux dévoués. Ne pourrions-nous pas trouver quelque ouverture pour percer les ténèbres dans lesquelles vivent tant de nations nouvellement découvertes? N'y aurait-il pas ici de sujet propre pour aller porter le flambeau de la Foi dans ces régions si reculées, et pour accomplir les desseins de bénédiction que le Ciel nous inspire pour le salut de ces pauvres gens 1?”

Les nations nouvellement découvertes dont parle ici M. de la Colombière, c’étaient les sauvages qui habitaient la vallée du Mississipi, depuis le pays des Illinois jusqu’au golfe du Mexique. Les expéditions de M. de la Salle dans ces régions reculées, que Jolliet et Marquette n'avaient fait pour ainsi dire qu’entrevoir, avaient ouvert un vaste champ au zèle des ouvriers apostoliques. Mais l’on manquait de missionnaires.

Le P. Lamberville écrivait en 1696:

‘ Le P. Gravier, qui a passé six ans chez les Illinois, est venu à Québec pour les affaires de sa mission. Ii dit qu’il est ravi de la ferveur de cette Eglise naissante, où ‘! compte plus de 2000 personnes, qu’il y a baptisées, et qui vivent

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dans la simplicité et la piété des premiers chrétiens. Il m'en entretenait, tout pénétré de Dieu, et ravi des succès que Dieu avait donnés à ses travaux; et son regret est de n’avoir point de missionnaires qui le secourent pour étendre le royaume de Jésus-Christ dans les nations circonvoisines, et qui parlent la même langue, et qui prient qu’on les vienne instruire.”

Ce zélé missionnaire des Illinois, le P. Gravier, avait obtenu ses pouvoirs de Mgr de Saint-Valier; ma ‘il n'était que le continuateur des PP. Marquette et Allouez, qui avaient été envoyés dans ce pays par Mgr de Laval. Il vint à Québec en 1696; et, en s’en retournant l’année suivante, il écrivit de Montréal à l’ancien évêque:

‘ Je supplie Votre Grandeur de me pardonner la liberté que je prends de lui demander encore sa bénédiction, qui m'attirera celle de Dieu, pour arriver heureusement à ma chère mission, après un si long exil.

‘“ Rien ne me l’a plus adouci, monseigneur, que la bonté que Votre Grandeur a eue de vouloir bien me témoigner, dans les visites que j’ai pris la liberté de lui rendre, qu’Elle y prenait part. |

‘ Si Mgr de Québec a pour nous les mêmes sentiments, comme nous l’espérons tous, nous ferons nos fonctions dans nos missions outasuaises plus paisiblement que nous n'avons fait depuis quelques années, et nous serons à couvert des menaces que nous fait M. le comte de Frontenac, de nous chasser de nos missions, comme il a déjà fait de celle de l’Ange-Gardien des Miamis, à Chicago,

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dont Mgr de Québec m’a confié le soin, en me confiant le soin des missions des Illinois, des Miamis et des Sioux, et confirmant le pouvoir que Votre Grandeur avait donné au P. Marquette et au P. Allouez, qui sont les premiers missionnaires de ces nations du Sud 1,”

On ne peut expliquer la conduite de Frontenac à l'égard des jésuites, dans la mission illinoise, que par le désir qu’il avait de les remplacer par les récollets, et de favoriser ainsi ces religieux dont il était le protecteur. Les récollets avaient suivi M. de la Salle dans ses expéditions, et voulaient faire établir dans la Louisiane et toute la vallée du Mississipi un ou plusieurs vicariats apostoliques indépendants du diocèse de Québec.

Mgr de Laval traitait cette question dans son mémoire de 1685, envoyé de Paris au séminaire de Québec. Il démontrait que ces pays, quelque éloignés qu’ils fussent, dépendaient de la juridiction de l’évêque de Québec, et qu'il fallait les y maintenir. Il allait jusqu’à dire que cette affaire lui paraissait si importante, qu’elle lui aurait fait entreprendre le voyage de France, quand même il n'aurait pas eu en vue de donner sa démission ?.

On ne peut douter que la même considération n'ait été

pour beaucoup dans la détermination que prirent, en

1697, les messieurs du séminaire, d'envoyer, avec la permission de Mgr de Saint-Valier, des missionnaires au

1 -- Relation des affaires du Canada, New-York, 1865, De la mission Litinoise en 1696, par le P. Gravier.

2 — Voir plus haut, p. 362.

VIE DE MGR DE LAVAL 467 nt le Mississipi. Il fallait y soutenir la juridiction de l’évêque x, et de Québec; il fallait y faire acte de présence et de zèle. é au Ajoutons que cela était tout à fait conforme à l'esprit du niers séminaire des Missions étrangères. Mgr de Saint-Valier

venait de réduire le séminaire de Québec aux proportions gard ordinaires d’un séminaire épiscopal pour la formation des désir jeunes gens destinés au sacerdoce. La Providence semblait vori- indiquer aux directeurs de cette institution un nouveau Les champ peur exercer leur zèle apostolique, ajouté à celui ions, qu'ils cultivaient déjà, l’Acadie.

te la Ils proposèrent donc à Mgr de Saint-Valier, aussitôt ques après son retour d'Europe (1697), le projet qu’ils avaient

formé de faire les frais d’une mission au Mississipi; et le

noire vénérable prélat, heureux de leur témoigner une grande ce. Il bienveillance, après les difficultés qui les avaient si longsent, temps séparés, leur accorda volontiers la permission que ec, et réclamait leur zèle.

cette ‘ Sur ce qui nous a été représenté, dit-il, par les supékb fait rieur et directeurs des Missions étrangères de Québec, urait qu’il y a beaucoup de nations au delà et en deça du fleuve Mississipi, et tout le long de ce fleuve et des rivières qui se t été déchargent dedans, et ont communication avec les dits i, en lieux ; et que leur institut étant de s’employer au salut des . per âmes des infidèles, ils auraient un grand désir de pouvoir 99 travailler à la conversion d’un si grand nombre de nations, qui périssent malheureusement dans l’infidélité dans tous ission ; ces pays si étendus et si peuplés, manque d’être secourues ;

qu'étant, pour cesujet, dans le dessein d'aller faire dans

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les dits lieux les établissements et missions qu’ils jugeront être nécessaires et avantageux au bien de cette œuvre, ils nous prient de leur accorder les pouvoirs nécessaires pour y aller dès à présent commencer les dits établissements et missions ;

‘ Nous, poussé du désir d’étendre la Foi dans tous les lieux que la divine Providence a confiés à nos soins, et voulant donner des marques de l’affection sincère que nous avons pour le séminaire des Missions étrangères, dont nous désirons étendre les fonctions autant qu’il est en nous, particulièrement en ce qui regarde leur institut, nous avons permis aux supérieur et directeurs du dit séminaire

d'envoyer des missionnaires dans tous les pays ci-dessus mentionnés, pour s'établir dans les lieux qu’ils jugeront le plus à propos, les exhortant de tout notre pouvoir d’y faire des établissements et missions où ils puissent dans la suite envoyer des missionnaires de leur corps, sans qu’il soit permis à d’autres de différents corps d’y faire des établissements que de leur consentement 1...”

Le 16 juillet 1698, trois missionnaires partirent, sous les auspices du séminaire, pour les missions du Mississipi : MM, de Montigny, Buisson de Saint-Côme, et Davion. Le supérieur de la mission était M. de Montigny, celui-là même qui résidait depuis quelques années avec l’évêque, et qu’il venait de nommer de nouveau son grand vicaire,

1 — Permission donnée au séminaire de Québec d'envoyer des missionnaires chez les sauvages du Mississipi, ler mai, 1693,

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en même temps que M. Glandelet !, MM. de Montigny et Davion, non contents de se dévouer à cette mission, voulurent encore lui sacrifier une partie de leurs biens : ils donnèrent 4030 livres ?.

Ils passèrent par Détroit et Chicago, et mirent six mois à se rendre à leur destination.

‘ Nous sommes heureusement arrivés chez les nations que nous cherchions, écrivait, des Akansas, M. de Montigny, après une navigation de six mois, qui n’a pas été interrompue par l'hiver. Ces peuples nous ont reçus avec une joie et un accueil que je ne puis vous exprimer. Les premiers chez qui nous avons cru nous établir, sont les Tonicas, qui sont plus loin de soixante lieues que les Akansas. M. Davion s’y est mis. L'endroit où il est, est assez beau ; et, avec quelques petits villages de quelque autre nation qui sont avec eux, ils sont environ 2000 âmes.

‘“ Une journée environ de chemin plus bas, c’est-à-dire vingt lieues, sont les Taensas, qui parlent une autre langue. Ils ne sont éloignés que d’une petite journée des Natchez, qui sont de la même nation, et qui parlent la même langue.

‘ Pour le présent, je demeure chez les Taensas; mais dans peu je dois aller aux Natchez. Cette nation est fort grande, et plus nombreuse que les Tonicas. Quant aux Taensas, ils ne sont environ que 700 âmes. M. de KSaint- Côme reste aux Tamarois.

1 — Archives de l’archevêché de Québec.

2 — 200e anniversaire de la fondation du séminaire de Québec.

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‘ Les Akansas auraient bien désiré que nous eussions resté chez eux ; mais comme ils n'étaient pas réunis dans un seul village, ce qui aurait été trop difficile à desservir, nous les avons engagés à se rassembler, pour avoir un missionnaire: ce qu’ils doivent faire le printemps prochain. Ils veulent aussi nous faire une maison, pour nous engager à les aller voir, et à demeurer chez eux. Ces peuples sont fort doux ; ils ont grande estime des Français, sont sédentaires, et travaillent à la terre !....”

Il y avait un danger dans l'établissement de la mission du Mississipi: c'était de froisser les jésuites, avec lesquels on avait toujours été en excellents rapports, et qui évangélisaient depuis plusieurs années les sauvages Illinois. Ces sauvages confinaient aux peuplades que le séminaire se proposait d’évangéliser lui-même ; et les jésuites ne pouvaient-ils pas avoir, eux aussi, la noble ambition de pousser leurs courses jusqu’au golfe du Mexique? N'était-ce pas à eux que, dès les premiers temps de son épiscopat, Mgr de Laval s’en était rapporté pour l'instruction et ‘a conversion des sauvages? N'est-ce pas d’eux qu’il avait écrit un jour, qu’ils étaient ‘la bonne odeur de Jésus- Christ, partout où ils travaillaient ? ”

Pour se rendre aux missions du Mississipi, il fallait passer par celles des jésuites. Il y avait surtout la mission des Tamarois, qui touchait à celle des Illinois, et qui pouvait être regardée comme le trait d'union entre Québec et

1 — Relation de la mission du Mississipi, New York, 1861.

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les missions des Akansas et des Natchez, réservées au séminaire. ù

Afin de couper court à toute difficulté, et de témoigner de plus en plus de sa bonne volonté envers les messieurs du séminaire, Mgr de Saint-Valier leur donna une autorisation spéciale pour s’y établir !; et M. de Montigny, le chef de la mission, fixa sa résidence aux Tamarois.

Mgr de Laval donna tout son appui à l’évêque de Québec pour l'établissement de cette mission. Le séminaire avait besoin d’un secours spécial. Les deux prélats s’unirent pour adresser à Mme de Maintenon, à l’archevêque de Paris, et à MM. de Maurepas et de Pontchartrain, ministres de Louis XIV, des lettres très pressantes, afin d’intéresser la Cour à cette œuvre de zèle.

Ils représentaient le grand bien qu'il y avait à faire, les milliers d’âmes qu’il fallait sauver, la difficulté et l’éloignement de cette mission. Les jésuites avaient un crédit de 6000 francs sur les charges du pays, et les sulpiciens une somme égale pour leurs missions de l’île de Montréal : n’était-il pas juste que le séminaire de Québec en reçüût autant pour une mission établie à sept ou huit cents lieues de la colonie ?

À toutes ces raisons, l’ancien et le nouvel évêque en ajoutaient une autre qu'ils jugeaient bien propre à produire une heureuse impression sur le roi et à lui faire

1 — Permission concernant les missions du Mississipi confirmée

et restreinte aux seuls missionnaires envoyés par le séminaire, 14 juillet 1698.

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agréer leur demande: c'était la bonne entente qui existait

entre eux.

‘ Veuillez, disaient-ils au cardinal de Noailles, représenter à Sa Majesté l'importance des nouvelles missions que le séminaire vient d'entreprendre, et l’union parfaite dans laquelle nous vivons, et à laquelle vous avez si fort contribué...” —‘ Nous ne pouvons douter, ajoutaient-ils aux ministres, que vous n'ayez trouvé agréable la très humble prière que vous en font d’un même cœur et d’un même zèle, deux évêques unis ensemble, qui vous regardent tous deux avec respect et reconnaissance, et qui espèrent de continuer de vivre dans ce même esprit d’union 1...”

Mgr de Laval voulut bien, de plus, se charger lui-même de préparer les jésuites à la nouvelle de l'établissement des missions du Mississipi par le séminaire, Il écrivit au P. Gravier, supérieur de la mission illinoise, pour lui recommander de recevoir comme des frères les messieurs du séminaire, et de leur faire le meilleur accueil possible. Nous voyons par la réponse du P. Gravier et par le récit de M. de Montigny lui-même, que l'intervention du pieux prélat ne fut pas sans fruit.

‘ La recommandation de Votre Grandeur, écrit le P. Gravier, nous est un commandement que j’ai reçu avec un profond respect, et que nous avons tâché d’exécuter le mieux qu’il nous à été possible. Nous avons reçu avec une joiesincère ei cordiale ces fervents missionnaires de votre séminaire des Missions étrangères de Québec, avec qui nous

1 —— Archives du séminaire de Québec.

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avons le bonheur d’avoir une si étroite union; et si nous étions capables d’avoir la moindre peine de voir des étrangérs dans la mission des Akansas, où le P. Marquette semble n'avoir paru le premier que pour en ouvrir l'entrée à ses frères, nous ne pouvons avoir que de la joie que ceux de

‘re séminaire, monseigneur, que nous regardons comme no$ véritables frères, et qui nous font part du mérite de toutes leurs bonnes œuvres, veuillent s’employer à la conversion des pauvres Akansas et des autres nations qui n’ont pas encore la connaissance du vrai Dieu.

‘“ Je vous avoue que nous sommes charmés, le P. Carheil et moi, de la sagesse, du zèle et de la modestie que MM. de Montigny, de Saint-Côme et Davion nous ont fait paraître dans les conférences que nous avons eues ensemble durant sept jours qu’ils ont été ici. Nous avons agi et nous nous sommes toujours parlé avec la même ouverture r” lamême franchise que si nous avions toujours vécu ensemble; et nous supplions Votre Grandeur de croire que nous n’oublierons rien pour la confirmer...”

De son côté, M. de Saint-Côme écrivait à Mgr de Saint- Valier: ‘‘ Je ne saurais vous exprimer, monseigneur, avec combien de cordialité et marques d'amitié les Pères jésuites nous reçurent et embrassèrent pendant le temps que nous eûmes la consolation de demeurer avec eux !. ”

Ces heureuses nouvelles réjouirent beaucoup Mgr de Layal. Ilavait sompté sur les bonnes dispositions des jésuites à son égard; et son espérance n’était pas déçue.

1 — Relation de la mission du Mississipi.

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Que n’avait-il pas fait, de son côté, pour protéger les jésuites et favoriser leurs missions ? Ne s’était-il pas montré en toutes circonstances leur ami sincère, quelquefois même aux dépens de sa propre tranquillité ?

C’est ainsi qu’étant à Paris, en 1687, il avait donné son approbation au livre du P. Le Tellicr !, ‘ Défense des nouveaux chrétiens et des missionnaires de la Chine, du Japon et des Indes, contre deux livres intitulés: La morale pratique des jésuites et l'Esprit de M. Arnauld *.” Le prélat apportait en faveur des missionnaires jésuites le témoignage d’une expérience de vingt-huit ans, et louait ‘‘ leur sagesse, leur droiture, leur désintéressement et la sainteté de leur conduite.”

Voici cette approbation :

‘*Ilest du devoir et du zèle de ceux que Dieu a établis pour pasteurs dans son Eglise, d’arrêter autant qu’il est en eux les scandales qui s’y élèvent. J'’estime que c'en était ur très grand, que l’on voulût rendre suspecte la foi et la piété des chrétiens nouvellement convertis dans les pays étrangers, que l’on décriât la conduite des hommes apostoliques qui leur vont annoncer l'Evangile, et que l’on fournît en même temps par là aux ennemis de Ja religion

1 — Le P. Le Tellier succéda, en 1709, au P. La Chaise, comme confesseur du roi. ‘* Tous les méinoires du temps, dit le cardinal de Bausset, se sont exprimés sur le P. Le Tellier avec une telle sévérité, qu’il est bien difficile de ne pas croire qu’il a mérité, ax mcins en partie, les reproches qu'on a faits à son caractère. Le F. La Caaise, ajoute-t-il, était un homme doux et modéré ; le P. Le Tellier était d’un caractère bien différent. ” (Histoire de Fénelon. )

2 — Paris, 1687, in-12, 668 pages. Il parut en 1688 une 2e élition, avec une réponse à quelques plaintes contre cette Défense.

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catholique de quoi contester à l'Eglise la possession où elle a toujours été du vrai zèle et du soin de convertir les peuples, et de les: faire passer de l’idolâtrie à la connaissance et au culte du vrai Dieu.

‘ Les deux livres dont le titre est marqué à la tête de celui-ci produisaient ces méchants effets. C’est ce qui m'a fait prendre avec joie l’occasion que la divine Providence m'a offerte d'ajouter ici à toutes les preuves que l’auteur de cette défense apporte pour mettrela vérité en évidence, le témoignage particulier que je puis rendre de la pureté de la Foi qu'ont embrassée et que conservent par la miséricorde de Dieu les nouveaux chrétiens du Canada, et de la vie vraiment apostolique qu'ont menée les missionnaires qui travaillent parmi eux ; ainsi que je l’ai reconnu certainement par une expérience de vingt-huit années, durant lesquelles il a plu à Dieu de me charger, nonobstant mon indignité, du soin de cette Eglise naissante, où je me suis appliqué à connaître assez à fond toutes les choses qui se sont passées tant de la part des peuples sauvages qui ont reçu l'Evangile, que de la part de ceux qui le leur ont porté.

‘* Je puis assurer en particulier, à l'égard des jésuites, qui y travaillent avec zèle et bénédiction depuis longtemps, que j’ai été témoin de la sagesse, de la droiture, du désintéressement et de la sainteté de leur conduite dans les missions.

Il y à lieu de croire qu’ils agissent partout ailleurs par le même esprit; car c’est ce que prétendent, quoique avec

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malignité, leurs adversaires, quand ils répètent si souvent que, par la conduite des particuliers, il faut juger de l'esprit qui anime tout le corps.

‘* J'ajoute enfin qu’un des souhaits les plus utiles que je croie pouvoir former pour l'Eglise du Canada, c’est que Dieu lui choiïsisse par sa bonté, dans la Compagnie de Jésus, un très grand nombre d’ouvriers semblables à ceux que cette Compagnie lui a déjà fournis, et qui y ont travaillé avec tant de grâce et tant de fruit.

‘# J'ai lu attentivement cet ouvrage, qui porte pour titre ‘ Défense des nouveaux chrétiens et des missionnaires,” et je n’y ai rien trouvé qui ne mérite d’être mis au jour, et ne soit très propre à réparer le mal que les mauvais livres qu’il combat ont causé dans l'Eglise 1.”

Malheureusement, le livre du P. Le Tellier allait trop loin, puisqu'il tendait à justifier complètement la conduite des jésuites, en Chine et au Tonkin, par rapport à certaines pratiques idolâtriques que ces religieux n’avaient pas crues incompatibles avec la Foi chrétienne, et qu’ils avaient tolérées dans le but de faciliter aux infidèles leur conversion ?.

I1 n'entre pas dans notre sujet de traiter la question des

1 — Approbation donnée par Mgr de Laval, premier évêque de Québec, 25 octobre 1687. ( Archives du séminaire de Québec. )

2 — Le pape Alexandre VII avait réglé la question, au moins d’une manière provisoire, en 1656, et donné raison aux jésuites contre les dominicains, en permettant de tolérer certaines cérémonies chinoises, que ceux-ci regardaient comme idolâtriques. Les prêtres des Missions étrangères avaient repris cette question, ct venaient de la soumettre de nouveau au jugement du saint-siège,

vent | Affaires de la Chine. Qu'il nous suflise de dire que, dans les sprit difficultés survenues à ce propos entre les jésuites et les prêtres des Missions étrangères, le saint-siège donna raison ue je à ceux-ci contre les Pères de la Compagnie de Jésus 1, {| t que Le but principal et évident de Mgr de Laval, en donnant L e de son approbation à l’ouvrage du P. Le Tellier avait été de 54 ceux dénoncer lui-même deux livres jansénistes, qu'il regardait À t tra- avec raison comme ‘‘ un très grand scandale” dans l'Eglise, À Jamais il n'aurait voulu approuver, ni même paraître | titre tolérer ce que l'Eglise condamne. :

res,” Aussi, du moment qu’il eut connaissance que le saint- à ir, et siège n’appuyait pas les jésuites dans la question des Rites ivres chinois, et que par conséquent le livre du P. Le Tellier se À trouvait condamné, s’empressa-t-il de dégager sa respon- | loin, sabilité. A la suggestion de M. Glandelet, il n’eut pas de : e des peine à expliquer que dans l'approbation qu’il avait don- ; aines née à cet ouvrage, il n'avait voulu parler que de ce qu’il \ crues avait connu des jésuites au Canada, mais nullement de ce aient qui avait pu se passer ailleurs ?.

nver- C’est l’année même de l’établissemenut des missions du | Mississipi, le 24 février 1698, que Mgr de Saint-Valier permit ‘ ndes au séminaire de Québec de prendre saint François de Sales Le | comme second patron ? ; comme si le pieux évêque avait (fl | ue de be : RNCS : | L d’une 1 — Décrets de Clément XI sur les Affaires de Chine, 25 janvier Ci | tre les 1704 et 25 septembre 1710. nes | noises, 2 — Lettre de M. Glandelet à Mgr de Laval, 11 octobre 1701. | | si issions 3—"Le premier titulaire du séminaire de Québec est la sainte

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voulu mettre ces missions sous la protection spéciale du grand apôtre du Chablais.

On sait quelle tendre dévotion il avait pour le saint évêque de Genève. Il avait été s’agenouiller sur son tombeau, peu de temps avant sa consécration épiscopale; et

l’on conserve encore à Thonon une vieille chronique de la Visitation d'Annecy, où se trouve relaté le pèlerinage de l’évêque de Québec.

‘* Après sa messe, écrit l’annaliste du monastère, il vit notre communauté, et nous entretint un assez long temps des merveilles que Dieu opère pour la conversion de ses pauvres sauvages. Entre tout ce qu’il nous en dit de plus consolant, c’est leur dévotion à saint François de Sales, Ils veulent tous avoir de ses images dans leurs cabanes; et la première chose qu’ils font quand leur évêque ou quelques autres les vont visiter, c'est de leur dire en leur montrant cette image: Tiens, voilà ce que j’aime 1...”

Nous ne savons à quelle date précise avait commencé cette dévotion particulière des sauvages du Canada pour l’évêque de Genève. Mais il faut avoir une reconnaissance spéciale à Mgr de Saint-Valier pour avoir mis sous la protection de ce grand saint, le modèle des pasteurs, son séminaire de Québec, qui devait être la pépinière de tant d’apôtres.

La fête de saint François de Sales s’y célèbre tous les ans avec une grande joie. On y voit accourir bon nombre d’ecclésiastiques du diocèse, qui viennent prier ce saint

1 — Abeille, vol. XI, p. 24.

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patron de leur accorder l’esprit de douceur, de charité et de zèle apostolique dont son âme était remplie, et solliciter! en présénce de ses reliques, sa bénédiction sur leur ministère sacré.

L'existence de ces reliques au séminaire de Québec remonte à l’année 1696. Elles furent envoyées à M. Glandelet, pour la chapelle, par M. Tremblay.

‘ Je vous envoie, lui écrivait-il, des reliques de saint François de Sales, dont un de nos messieurs, qui est près d'Annecy, m’a fait présent. Il les a ol ‘enues des religieuses de la Visitation d'Annecy, et les a demandées pour le séminaire de Québec.

‘ Elles sont authentiques ; et ce qui doit les rendre encore plus estimables, c’est que l’‘vêque de Genève qui a signé cetauthentique (Mgr d’Aranthon) est regardé comme un saint; et l’on a pour lui, depuis sa mort, arrivée l’automne dernier, une estime bien extraordinaire 1...”

1 — Abeille, vol. I, No 18.

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