‹ Vie de Mgr de Laval [microforme] (volume 2)Chapitre 61 sur 95 · PRIE RE TR ST · texte numérisé non relu

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ils employaient leur fortune à cette pieuse fondation. Ils faisaient apprendre des métiers aux jeunes gens, et leur donnaient la meilleure éducation possible 1.

Mgr de Laval portait le plus vif intérêt à cette institution toute de charité et de dévouement, qui lui rappelait, par quelques-unes de ses fonctions, son école des arts et métiers de Saint-Joachim. Il l’affectionnait de tout cœur; et son séminaire était avec elle en relation de services et

de prières.

‘ Qu'on me laisse aller mourir dans la maison de ces Frères, disait-il un jour ; c’est un ouvrage qui a été tout visiblement inspiré de Dieu. Je mourrai content, pourvu qu’en mourant je puisse contribuer quelque chose à former

ou soutenir cette maison ?. ”

Ecrivant un jour à M. Tremblay, il lui disait :

‘“ Le bon M. Charron nous donna, l’an passé, un de leurs frères, qui a rendu de grands services à la mission (du Mississipi), et il nous en a fourni encore un cette année. Ces donnés épargneront beaucoup aux missionnaires...

‘“ Je vous prie de témoigner bien de la reconnaissance à ce bon serviteur de Dieu, qui est aussi porté d’affection pour les missions et les missionnaires que s’il était de

1— Edits et Ordonnances, t. 1, p. 277, Etablissement d'un hôpital à Montréal, 15 avril 1694. — Cet établissement n'ayant pu se soutenir, fut remplacé par l’Institut des Sœwrs Grises, fondé par Mme d’Youville. Celle-ci prit l'administration de l’Hôpital-Général de Montréal vers 1748. Märie-Marguerite Dufrost de la Jemmerais (Mme d’Youville) était née à Varennes le 15 octobre 1701. Elle a été nommée la Françoise de Chantal du Canada. (Abeille, vol. I, No 34.)

2 — Eloge funèbre.

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notre corps. Nous avons même le dessein, aussi bien que lui, de former, dans la suite, une communauté de leurs frères, pour aider les missions et accompagner les missionnaires dans leurs voyages.

Il va en France, et jusqu’à Paris, pour trouver et emmener avec lui quelques bons sujets pour l’aider à former sa communauté... Rendez-lui tous les services qu’il vous sera possible, comme aux missionnaires mêmes. C’est un véritable serviteur de Dieu.

‘“ M. de la Colombière demeure dans sa communauté une grande partie de l’année, et y fait beaucoup de bien 1.”

Le pieux prélat applaudit aussi de tout cœur à la fondation du monastère des ursulines aux Trois-Rivières, en 1697. Le lecteur se rappelle que pendant longtemps il avait espéré que ces religieuses s’établiraient un jour à Montréal. La Providence en ayant décidé autrement, il fut heureux de les voir se fixer aux Trois-Rivières.

Comme la ville n'avait pas encore beaucoup de ressources, on confia aux mêmes religieuses l’enseignement de la jeunesse et le soin de l'hôpital. Mgr de Saint-Valier dota la nouvelle institution avec une charité et une libéralité admirables.

Les fondatrices du nouveau monastère quittèrent Québec le 23 octobre. Mais, sur la recommandation de l’évêque, elles allèrent, la veille de leur départ, faire leurs adieux

1 — Lettre de Mgr de Laval à M. Tremblay, 1699,

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aux autorités civiles et militaires, ainsi qu'à toutes les

communautés de la ville.

‘ Mgr de Saint-Valier, dit une annaliste, les conduisit lui-même au séminaire, pour rendre leurs hommages à Mgr de Laval. Notre vénérable évêque et toute sa maison furent ravis de les voir ; et elles reçurent en cette occasion, de la part des MM. du séminaire, tous les témoignages de la charité la plus cordiale 1...”

Mais c’est surtout à la fondation de l’'Hôpital-Général de Québec par Mgr de Saint-Valier, et au développement de cette pieuse institution, que s’intéressa vivement Mgr de Laval. Il avait lui-même, un jour, conçu le dessein d’établir cet hôpital. De nombreux obstacles étant survenus, il y avait renoncé pour le moment *.

On se contenta d'établir à Québec un Bureau des pauvres®. Les citoyens et les différentes communautés de la ville donnaient, chaque année, leurs contributions. On formait ainsi un fonds de secours, que de sages administrateurs, sous la direction du curé de Québec, dispensaient si bien à tous les indigents, qu’on ne voyait point de pauvres mendier: cela était même défendu f.

Mgr de Saint-Valier, cependant, comprit de suite que cette œuvre de charité serait plus eflicace, si elle était

1 — Les Ursulines de Québec.

2 — Mgr de Saint-Valier et l'Hôpital-Gfénéral de Québec.

3 —- Un autre Bureau des pauvres fut établi à Saint-Laurent, île d'Orléans, par le P, Leblanc, de la Compagnie de Jésus, au nom de Mgr de Saint-Valier, (Rapport sur les archives du Canada, 1874.)

4 — Edits et Ordonnances, t. 11, p. 119. — Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec.

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dirigée par des religieuses ; et il la confia tout d’abord à la sœur Bourgeois, qui, sur sa demande, vint s'établir pour cela à Québec.

Mais comme ces fonctions de la charité avaient plus de rapport à l’œuvre des hospitalières de Québec qu’à celle de l'institut de la sœur Bourgeois, il proposa ensuite aux religieuses de l’'Hôtel-Dieu de se charger de la direction de l'Hôpital-Général qu’il voulait fonder.

Les administrateurs laïques du Bureau des pauvres formèrent une opposition considérable au projet de l’évêque ; et l’on peut dire que ce fut Mgr de Laval qui, en cette circonstance, réussit par ses sages conseils à calmer les esprits. Nul plus que lui n’avait d’ascendant sur la société laïque de Québec et sur les différentes communautés ; nul ne comprenait mieux l’importance de confier l'administration des biens des pauvres aux religieuses hospitalières.

Celles-ci acceptèrent la direction de l'Hôpital-Général. Mgr de Saint-Valier acheta le monastère des récollets de Notre-Dame-des-Anges ; et le roi donna des lettres patentes pour la fondation de l'Hôpital-Général de Québec. L'œuvre était fondée !.

Dans l'esprit des religieuses de l’Hôtel-Dieu, cependant, l'Hôpital-Général ne devait être qu’une dépendance de leur maison. Quelle ne fut pas leur surprise, lorsque, le 7 avril 1699, elles reçurent une ordonnance de Mgr de

1— Edits et Ordonnances, t. I, p. 271. Permission du roi d'établir un Hôpital-Général à Québec, mars 1692.

Saint-Valier, séparant complètement les deux maisons, donnant à l’'Hôpital-Général une existence distincte et indépendante, et y établissant par conséquent un noviciat pour le recrutement de la communauté ! ?

Elles s’y soumirent, cependant, du moins en apparence. Mais, se croyant lésées dans leurs droits, et craignant que la fondation d’une nouvelle communauté d’hospitalières à Québec ne nuisît à leur propre maison, elles écrivirent à la Cour pour l’informer de ce qui s'était passé au sujet de l'Hôpital-Général. ,

la sœur Juchereau prétend que les religieuses de l’'Hôtel- Dieu soumirent leurs mémoires à Mgr de Laval, ‘‘ qui, dit-

elle, n’y trouva rien que de vrai et juste

C'était, de leur part, faire acte de sagesse. Le vénérable prélat avait toujours été leur ami et leur protecteur dévoué. Comme elles étaient décidées à faire valoir les raisons qu’elles croyaient avoir de s'opposer à l'établissement d’une

nouvelle communauté d’hospitalières à Québec, n’était-il pas naturel qu’il les guidât en cette circonstance, et leur indiquât la manière la plus convenable d’exposer leurs prétentions devant leur juge, suivant la coutume de

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l’époque ?

Ce qui est certain, c'est qu'il appuya toujours l'Hôpital- Général lui-même. Nous avons sur ce point le témoignage non suspect des Annales de cette maison.

1— La première religieuse qui prononça ses vœux à l’Hôpital- Général de Québec, fut Angélique Huot, de la Pointe-aux-Trembles de Neuville.

2 — Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec,

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‘* Le 22 juillet 1699, jour de la Sainte-Marie-Madeleine, y est-il dit, Mgr de Laval officia solennellement, assisté de Mgr de Saint-Valier et des principaux membres du clergé. A l'issue de la messe, les deux prélats et leur suite entrèrent à la salle de communauté.

‘“ L'ancien évêque donna aux religieuses de grandes marques d’estime et de bienveillance. Il les exhorta fortement à entretenir entre elles cette union qu'il savait exister déjà, et cet éloignement de l'esprit du monde, qui était une marque certaine que l’esprit de Dieu était avec elles. I] leur promit sa protection, dont il leur donna, dans la suite, de fortes preuves. ”

Or, Mgr de Laval n’était pas homme à jouer double jeu : ce qu'il promettait, il le tenait dans la mesure de ses forces.

Aussi l'historien de l'Hôpital-Général ajoute:

‘ Ce ne fut pas une petite consolation pour les fondatrices, de voir que, dans un temps où cette nouvelle communauté était en butte à la contradiction de la part d’un grand nombre de citoyens, tout ce qu’il y avait de personnes de Dieu et de gens de bien se déclarassent pour elles.

‘ La haute approbation de Mgr de Laval fut surtout un motif de grand encouragement. L'opinion de ce vénérable prélat, encore plus illustre par son mérite et sa haute vertu que par sa noble naissance, était d’un grand poids dans la conjoncture où nos Mères se trouvaient à l'égard du public. ”

Mgr de Laval ne tarda pas de leur prouver la sincérité de ses promesses.

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. Le nouvelle arrive à Québec que la Cour a retiré ses lettres patentes du mois de mars 1692. L'ordre est formel :

la nouvelle communauté est dissoute ; l’'Hôpital-Cénéral n'existe plus, pas même comme dépendance de l’Hôtel- Dieu.

Alors les citoyens se réunissent à plusieurs reprises au château Saint-Louis. La première assemblée a lieu le 30 septembre 1700. Les deux prélats y assistent, ainsi que le gouverneur, l’intendant, et les administrateurs laïques du Bureau des pauvres; mais on ne décide rien.

Dans la seconde assemblée, qui a lieu le 5 octobre, Mgr de Saint-Valier ne paraît point.

Il avait, dit l’annaliste de l’Hôpital-Général, abandonné toute l'affaire à la conduite de Dieu, et se contentait de le prier de faire connaître sa sainte volonté. Il se reposait d’ailleurs sur la sollicitude de Mgr de Laval.

‘Ce prélat qui gémissait de voir une si bonne œuvre à deux doigts de sa perte, avait lui-même demandé une seconde assemblée. Il s’y trouva pour plaider la cause de la Religion et des pauvres 1,”

Les paroles de celui qui avait autrefois sauvé de la ruine un hôpital de la ville de Caen, ne furent pas perdues en cette circonstance.

Quelques jours plus tard, la Providence inspirait au gouverneur et à l’intendant 2 une voie d’accommodement, qui leur permettait de laisser subsister l’Hôpital-Général, en

1 — Mgr de Saint-Valier et l'Hôpital-Général de Québec, p. 137-145. 2 — MM. de Callière et de Champigny.

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attendant de nouveaux ordres de la Cour; et le lendemain même, 10 octobre, Mgr de Saint-Valier quittait Québec pour la France, afin de surveiller lui-même cette affaire, et de voir à ce que les ordres de la Cour lui fussent favorables.

Il plaida si bien, à son tour, la cause des pauvres, que Sa Majesté, par son édit du 31 mai 1701, confirma, et cette fois d’une manière définitive, l’existence de l’Hôpital- Général de Québec.

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