CHAPITRE NEUVIÈME
Longue absence de Mgr de Saint-Valier. — L'ancien évêque conservé par la divine Providence pour être le soutien de l'Eglise du Canada. — Mgr de Saint-Valier et le séminaire de Québec. 1700,
L'absence de Mgr de Saint-Valier devait être très longue. Parti de Québec le 10 octobre 1700, il n’y revint que treize ans plus tard.
Après avoir réglé à Paris beaucoup d’affaires concernant l'Eglise du Canada, il se rendit à Rome pour l’union canonique de ses abbayes. Il voulait aussi faire ratifier par le saint-siège l’union de la cure de Québec au séminaire.
Son voyage à Rome fut étonnamment prompt et decourte durée. De retour à Paris, il écrivit à l’intendant qu'il avait été très bien reçu par le souverain pontife !,
Au printemps de 1705, il s’en revenait au Canada, lorsque le vaisseau sur lequel il était monté fut vris par les Anglais. Il resta prisonnier en Anglei:rre, à l'ochesier, d’abord, puis à Farnham, jusqu'en 1718.
Avant de quitter le Canada, il avait confié l’administration de son diocèse à MM. de Maiïizerets et Glandelet.
1 — Lettre de Mgr de Saint-Valier à l’intendant, 15 juin 1703.
L'ancien évêque fut leur conseiller naturel; et c’est alors surtout que l’on comprit la grande faveur qu: 1 divine Providence avait ménagée à l'Eglise du Canada, en lui conservant ce prélat si digne, si saint et si dévoué, pour la consoler de l’absence de son premier pasteur, et lui rendre son veuvage moins cruel.
Mgr de Saint-Valier, se voyant retenu en Angleterre, avait demandé un coadjuteur: la Cour de France refusa. Elle savait que Mgr de Laval était Ià pour faire les ordinations, consacrer les Huiles saintes, et administrer le sacrement de confirmation.
Le pieux prélat s’acquitta de ces fonctions avec bonheur et avec zèle. On le vit, malgré son grand âge et la difliculté du voyage, se transporter plusieurs fois à Montréal, durant cette époque, afin de ne pas priver les fidèles de
cette partie éloignée du diocèse, du grand bienfait de la présence d’un évêque.
‘J'ai reçu de vous une petite lettre de Montréal, lui écrivait M. Tremblay le 15 juin 1703. J'ai été surpris de vous voir entreprendre ce voyage dans un âge si avancé. Mgr de Québec m'a dit qu’il vous était très obligé d’avoir été confirmer, dans ce voyage !, et que cela le met en repos sur le séjour qu’il est obligé de faire en France pour les unions ?. ?
1 — Il est probable que Mgr de Laval ne se contenta pas de contirmer à Montréal, mais qu’il s'arrêta aussi aux principaux endroits le long de la route.
2 — L'union canonique de l’abbaye d’Estrées et celle de l’abbaye, de Bénévent.
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Puis il ajoutait : ‘ Je vous conjure de me donner votre bénédiction, comme les patriarches la donnaient à leurs enfants, et de m’obtenir par vos prières cette force intérieure dont j'ai besoin pour vivre comme un bon prêtre au milieu de tous mes embarras. ”
Rapprochons ces paroles de celles du P. Gravier, que nous avons citées 1. Il fallait que Mgr de Laval fût hautement estimé de tout son clergé, pour luiinspirer des sentiments si touchants. Il était la force et la consolation de ses prêtres. Tous le regardaient comme un père ; et son seul souvenir les ranimait au milieu de leurs peines et de leurs ennuis.
Le prélat, d’ailleurs, se faisait tout à tous, à l’exemple de saint François de Sales, et n’épargnait rien pour consoler les affligés.
La petite vérole éclate dans tout le Canada, durant l’année de 1702, et se répand avec une fureur incroyable ?. Elle succède, presque sans transition, à une épidémie de rhume, qui a fait beaucoup de ravages, et décimé surtout les vieillards 3. Le prélat, déjà épuisé de fatigues par suite de l'incendie de son séminaire (1701), a été lui-même à l'extrémité t,
Qu'importe, le zèle et le dévouement décuplent ses forces.
1 —- Voir plus haut, p. 488.
2 — Elle avait été apportée d’Albany par un chef sauvage, qui en mourut dans l’automne. (Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec.)