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Le roi décide ensuite que l’évêque ou ses successeurs ne pourront aliéner les biens-fonds du séminaire, sans le consentement du supérieur, des deux assistants et du procureur; puis il ajoute:
‘* Pour maintenir tous les ecclésiastiques de ce clergé dans une totale soumission à leur évêque, et remédier à quantité d’inconvénients que produit quelquefois la stabilité des cures, dont le changement ne dépend point des supérieurs, nous approuvons et voulons que tous ceux qui seront délégués dans les paroisses, églises et autres lieux en toute la Nouvelle-France, pour y faire les fonctions curiales et autres auxquelles ils auront été destinés, soient amovibles, révocables et destituables, toutes et quantes fois que le dit seigneur évêque et les successeurs évêques du dit pays lo trouveront à propos, conformément à la sainte pratique ‘les premiers siècles, dont l’usage se conserve encore en Llusieurs diocèses de notre royaume, à la charge que le dit séminaire entretiendra de toutes choses nécessaires les dits ecclésiastiques, tant en santé qu’en maladie, soit dans les paroisses ou autres lieux où ils seront envoyés, soit dans la communauté lorsqu'ils y seront rappelés, et qu’il paiera les frais de leurs passages et de leur retour, lorsqu'ils seront tirés de France, ou qu’ils y seront envoyés.”
Le roi termine sa lettre en reconnaissant au séminaire de Québec tous les droits civils généralement accordés aux communautés ecclésiastiques de son royaume, et l’exempte
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de tous droits d'amortissement. Puis il revient encore une fois sur le sujet des dîmes, afin de donner encore plus de force, si possible, à son ordonnance.
‘“Voulant et entendant de rechef que !e dit clergé et séminaire jouisse de la totalité des dîmes, grosses et menues, anciennes et nouvelles, de tous les fruits généralement quelconques et sans aucune distinction, qui proviendront sur toutes les terres dans le dit pays de la Nouvelle- France ou Canada 1.”
Après avoir obtenu une approbation si entière de son œuvre, Mgr de Laval se hâta, comme nous l'avons vu, de revenir au Canada, et fut reçu à Québec avec une grande joie. Son petit clergé, surtout, fut heureux d'apprendre l'établissement du séminaire. L’ermitage de Québec allait changer de nom, mais nullement de vie ni de pratiques spirituelles. De nouvelles recrues venaient le renforcer. On allait y voir une belle efflorescence de piété et de vertus.
On se logea comme l'on ‘put dans la petite maison que Mgr de Laval avait achetée l’année précédente, et qui était située, nous l’avons déjà dit, à peu près à l’endroit du presbytère actuel.
Jetons un regard à l’intérieur de cette humble demeure. Nous y verrons M. de Bernières, dont les vertus aussi bien que le nom rappellent à tous le fondateur de l’ermitage de Caen ; M. Thomas Morel, ce missionnaire si zélé, qui était
1— Edits et Ordonnances, t, I, p. 35.
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arrivé -ope l’année précédente ! ; M. Jean Dudouvyt, ‘ Ju: . plus grands seclésiastiques, dit Latour, que M. de Laval ait employés au Canada ” ; MM. Morin et Jolliet, éncore aspirants au sacerdoce ; puis MM. de Maizerets et Pommier, et les trois ecclésiastiques ? qui viennent d’arriver d'Europe: au milieu d'eux, Mgr de Laval, comme un père au milieu de ses enfants. Voilà le noyau du séminaire de Québec; voilà, à part les jésuites et les messieurs de Saint-Sulpice, à peu près tout le clergé du Canada.
M. de Bernières fut nommé premier supérieur du séminaire, ‘et commença la liste de ces hommes d'élite qui, jusqu’à ce jour, se sont signalés à l'envie, par les travaux les plus utiles à la religion et à la patrie 3.” Lui et M. Ango de Maizerets gouvernèrent alternativement le séminaire pendant plus d’un demi-siècle #.
‘ Rien, dit Latour, ne représente mieux la primitive Eglise, que la vie de ce petit clergé. Biens de patrimoine, bénéfices simples, pensions de la Cour, présents et honoraires, ils mirent tout en commun.”
‘Nos biens étaient communs avec ceux de l’évêque, écrit M. de Maïzerets. Je n’ai jamais vu faire parmi nous
1— M. Morel vint au Canada, ‘‘ avec Denis Roberge, élève et domestique de M. de Bernières de Louvigny, qui, plein de l'esprit de son maître, alla par zèle au Canada, se donner à M. de Laval, et le servit jusqu'à sa mort.” (Latour, p. 32.)
2 — Le Journal des jésuites nous fait connaître les noms de deux de ces ecclésiastiques : MM. Forest et Lechevalier.
3 — Discours de M. l'abbé Antoine Racine, maintenant évêque de Sherbrooke, 200e anniversaire de la fondation du séminaire.
4 — Voir à la fin dut. II, la liste des supérieurs du séminaire de |
Québec jusqu’à nos jours.
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aucune distinction du pauvre et du riche, ni examiner la paissance et la condition de personne, nous regardant tous comme frères 1, ”
Cette union admirable qui existait entretous les membres du clergé frappa Mgr de Saint-Valier, lorsqu'il arriva au Canada ; et il écrivit: ‘‘ Tous les ecclésiastiques, chanoines, curé, séminaire, ne composent qu’une communauté, dont la sainteté attire le respect de tout le monde 2.”
Ni M. de Lauson-Charny, qui demeurait encore chez les jésuites %, ni M. Le Bey, chapelain de l’Hôtel-Dieu, ni M. de Saint-Sauveur, ne paraissent, cependant, avoir jamais fait partie du séminaire. Cela confirme ce que dit l’auteur de l'Histoire manuscrite de cette institution :
‘T1 ne faut pas croire que Mgr de Laval obligeât aucun de ses prêtres à faire partie de son séminaire. Il se contentait de les exhorter à entrer dans l'héritage de l’Enfant- Jésus, et de leur montrer tous les avantages spirituels et temporels qu’ils en devaient attendre. Il fallait demander soi-même avec instance d’y être admis, et offrir de remplir les conditions requises, savoir, de rendre compte de tous ses revenus fixes et casuels au supérieur, et de ne point quitter son bénéfice sans l’agrément du séminaire. ”?
Dans ces conditions de liberté laissée aux prêtres de saffilier ou de ne pas s’affilier, l’organisation du clergé séculier du Canada en un corps ecclésiastique appelé sémi-
1 — Lettre à M. de Denonville.
2— Latour, p. 34.
3 — Journal des jésuites.
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384 VIE DE MGR DE LAVAL naire, offrait encore bien moins d’inconvénients que si elle eût été de rigueur pour tout le monde.
Au reste, ce qui prouve le grand attachement des prêtres au séminaire de Québec, et le cas qu'ils faisaient des avantages que leur procurait l’afliliation à cette institution, c’est le cri général de douleur qui se fit entendre, lorsque plus tard il fallut briser cette union du clergé avec le séminaire, établir des cures fixes, séparer les frères d’avec leurs frères, les enfants d’avec leur père. Mais n’anticipons pas sur les événements.
Voici les principaux règlements qui furent faits pour le séminaire, par Mgr de Laval, conformément à l’ordonnance d’érection:
1. Tous les ecclésiastiques seront très soumis à la conduite du supérieur, sous la direction de l’évêque.
2. Ils ne se regarderont pas comme propriétaires de ce qui leur sera assigné pour leur subsistance ; mais afin de pratiquer le détachement, ils rendront compte tous les ans de leur temporel.
8. Ils mèneront une vie si pure, qu’on n'ait pas sujet de les retrancher d’un corps dont ils sont les membres.
4. Pour entretenir leur ferveur, ils viendront tous les ans faire une retraite au séminaire, qui, pendant ce temps-là, fera desservir leur paroisse. k
5. Le séminaire les regardera comme les enfants de la maison; ils y seront reçus et traités avec charité quand ils viendront à Québec pour maladie ou affaires nécessaires.
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6. On pourvoira à leurs besoins en santé et en maladie, et l'entretien sera uniforme pour tous les ecclésiastiques, de quelque rang qu’ils soient.
7. Pour les soutenir et les consoler dans l'éloignement, on entretiendra avec eux une parfaite correspondance de charité.
8. Si l’âge, les travaux, les infirmités les rendent invalides, ils trouveront un asile assuré dans le séminaire jusqu’à leur mort, après laquelle on fera pour eux les prières communes 1,
On respire en lisant cette page un parfum délicieux de désintéressement ; et l’on croirait entendre comme un écho des conseils évangéliques donnés par Notre-Seigneur à ses disciples.
C'étaient des caractères fortement trempés, ces illustres fondateurs du séminaire de Québec, qui s'étaient imposé un code si merveilleux.
Mgr de Laval, qui l'avait fait, s’y soumit tout le premier, Il était le plus pauvre de tous dans ses habits et ses meubles. Extrêmement mortifié dans sa nourriture, ne cherchant qu’à se retrancher toute jouissance sensible, il courait pour ainsi dire après les occasions de crucifier la nature, Ilne se contentait pas des sacrifices qu'il avait constamment à faire dans l'exercice si pénible de ses fonctions, il y ajoutait des mortifications volontaires qui montraient la haine qu'il avait de lui-même, et son ardent désir
1— Latour, p. 94.
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