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Les esprits inquiets qui avaient aigri M. D’Avaugour, et lui avaient fait dissoudre d’une manière illégale le Conseil d'alors, agirent de la même manière sur M. de Mésy.
Péronne Dumesnil était encore à Québec 1: et dès la troisième séance du Conseil, il présentait une requête renouvelant ses accusations de vol et de concussion contre quatre des conseillers, MM. de Villeray, de la Ferté, D’Auteuil et Tilly?. Il ne mentionnait pas Bourdon; mais c’est à lui, surtout, e à Villeray qu’il en voulait. Ce sont eux principalement qu’il accusait de s'être enrichis aux dépens de la Compagnie et du public. L'affaire fut renvoyée au commissaire royal. M. Gaudais, qui, nous l’avons vu, trouva les accusations si futiles, qu’il ne voulut pas s’en occuper. /
La cause véritable de la persécution dont Bourdon et Villeray furent alors les victimes, c’est qu’ils étaient les amis de l’évêque et des jésuites, et que leur vie honorable et chrétienne condamnait la conduite de beaucoup d’hommes politiques d’alors.
Voici ce que la Vénérable Mère de l’Incarnation écrit de Bourdon, en particulier :
“M. Bourdon était procureur du roi, charge qui lui fut donnée à cause de sa probité et de son mérite. Il avait avec moi une liaison de biens spirituels ; car, sous son habit séculiér, il menait uno vie des plus régulières. Il:
1 — 11 n'était plus, cependant, l'agent de la compagnie des Cent. associés, puisque celle-ci avait cessé d'exister. 2 — Conseil in, t. I, P. 6.
avait une continuelle présence de Dieu et union avec sa divine majesté. Il a une fois risqué sa vie pour faire uñ accomm”Alement avec les Hollandais, à l’occasion de nos captifs français, car cet homme charitable se donnait entièrement au bien public. C'était le père des pauvres, le consolateur des veuves et des orphelins, l’exemple de tout le monde. Enfin, depuis qu’il s’est établi en ce pays, il s’est consommé en toutes sortes de bien et de
bonnes œuvres 1. ”
‘’ Jean Bourdon, dit l’abbé Ferland, était un homme énergique, plein de bon sens et de ressources, dévoué à son pays d'adoption, et toujours prêt à lui rendre service. Tour à tour ingénieur, arpenteur, légiste, soldat, ambassadeur,
découvreur ?, conseiller, il se montra toujours digne des
fonctions qui lui furent confiées . Mais avant tout il était honnête homme et bon chrétien {.” Voilà celui que Dumpssnil accusait de n'avoir pas
voulu rendre compte à la compagnie des Cent associés d’une immense quantité de peaux de castors, estimée à 800,000 francs, et d’avoir en mains plus de 37.000 livres appartenant à la même compagnie.
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1 — Lettre historique 61e.
2 — 11 reçut de la Cour, en 1656, la commission d’aller explorer la baie d'Hudson. Il était parti de Tadoussac, et avait parcouru toute la côte du Labrador. Puis il avait pénétré par le 73e degré dans cette baie immense, dont il avait pris possession au nom du souverain.
3 — Il avait même été pendant quelque temps gouverneur des Trois- Rivières (Journal des jésuites, août 1645) 4 — Ferland, t. I, p. 342.
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Pour ce qui concerne Villeray, qui fut l’objet, non seulement des accusations de Dumesnil, mais aussi de persécutions de la part des gouverneurs de Mésy, Courcelle et Frontenac, la Cour elle-même se chargea de rétablir sa haute réputation.
Frontenac l'avait expulsé du Conseil, et pour se justifier avait écrit à Colbert: ‘‘ M. de Villeray est un de ceux qui, sans porter l’habit de jésuite, ne laisse pas d’en avoir fait les vœux.” Le ministre lui répondit, en faisant le plus bel éloge de Villeray, et le représentant comme un homme très probe, très capable, qui avait rendu de grands services au Canada, et qui, après avoir beaucoup travaillé, ne s'était point enrichi!, mais jouissait seulement d’une honnête médiocrité ?.
Dumesnil ne se contenta pas de chercher à noircir la réputation des hommes publics du Canada. Ayant appris que le Conseil demandait aux commis et receveurs des deniers de la communauté, de rendre leurs comptes pour les deux dernières années, et redoutant sans doute la lumière qui pourrait se produire, il fit forcer l’étude de M. d’Andoüart, greffier de l’ancien Conseil, et enlever certains registres ainsi que les pièces justificatives dont on pouvait avoir besoin pour cette reddition de comptes à,
Le Conseil usa alors d'autorité. Il chargea MM. Villeray
1-— M. Parkman, cependant, l’apnelle ‘‘ the richest man in Canada.” (The Old Regime, p. se
2 — Relations inédites des jésuites, t. IL, p. 362. 3— Conseil Souverain, t. I, p. 4.
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et Bourdon d'aller saisir tous les papiers de Dumesnil, et après les avoir scellés, de les mettre sous bonne garde, puis de le forcer lui-même à quitter la maison où il habitait et qui appartenait au gouvernement,
M. de Mésy appuya la décision du Conseil, et donna à MM. de Villeray et Bourdon une escorte de soldats pour leur permettre de remplir avec plus de sûreté leur mission périlleuse.
L'ordre fut exécuté avec toute la fermeté nécessaire; et Dumesnil se décida, peu de temps après, à s’embarquer pourla France.
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