‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 114 sur 163 · FAT A MR · texte numérisé non relu

FAT A MR

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et judiciaire du pays; le gouverneur était l’exécuteur de ses volontés.

‘On peut dire que Mgr de Laval fut l’âme et la vie du Conseil souverain, dont il avait été le véritable fondateur. Le Conseil était son œuvre, presque au même titre que le séminaire de Québec. C’est lui qui avait contribué à le faire établir par le roi, qui en avait nommé le président dans la personne du gouverneur de son choix, qui en nomma aussi tous les membres et tous les officiers. C’est lui qui le mit en mouvement et qui dirigea les premiers travaux de cette grande institution, dans laquelle étaient concentrées toutes les forces vives de la colonie.

Quelle reconnaissance le Canada ne doit-il pas à son premier évêque, pour cette institution qui établit ici le règne de l’ordre et de la justice, rendit pour la police tant d'ordonnances sages et admirables, et fut comme l’aurore du régime constitutionnel parmi nous! Si en effet les membres du Conseil n'étaient pas nommés directement par le peuple, ils le représentaient du moins à un certain degré, écoutaient ses demandes, faisaient connaître ses besoins ; et le pays n’avait pas à subir le joug dela tyrannie.

À cette époque de notre histoire, le rôle politique de Mgr de Laval fut donc considérable.

L'avait-il recherché? Rien, absolument rien n'indique qu’il l’ait fait; pas plus qu’il n’avait recherché l’honneur de nommer le gouverneur du Canada. Ce rôle politique s'était imposé à lui tout naturellement par les circonstances. Il le devait à ses rares vertus, plus encore qu’à sa

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aissance et À son nom ; il le devait à ses éminentes qualités, aux services rendus, et à la confiance sans bornes qu'il avait su inspirer au souverain, malgré les accusations injustes dont il avait été déjà l’objet 1,

Mais, dira-t-on peut-être, ce prélat si vertueux, de l’aveu de tout le monde, si morüfié et si désintéressé, ne devait-il pas repousser absolument tout ce qui aurait pu le faire soupçonnér d’ambition? Ne devait-il pas refuser toute participation aux affaires politiques et civiles, pour ne s'occuper que des intérêts spirituels de la colonie ?

N'oublions pas que nous sommes en plein dix-septième siècle, à une époque où rien ne paraissait plus naturel, dans les pays catholiques, que de faire une large part à l'Eglise dans l’administration des affaires publiques ?. Personne ne songeait alors à nier aux membres du clergé leur titre et leurs droits de citoyens; comme tels, leur influence politique était en proportion de leurs lumières, de leurs talents et leur expérience.

En France, Richelieu, après avoir dirigé si longtemps les affaires, avait été remplacé par un autre homme d'église, Mazarin. Le clergé exerçait alors u..e très grande influence politique ; et cette influence s’accentua davantage lors de

1— ‘M, Gaudais avait instruction de s'enquérir, avec soin et prudence, de la canduite de l’évêque et des raisons pour lesquelles les jésuites avaient demandé le rappel de M. D’Avaugour.” Faite. The Old Regime in Canada, p. 136.)

2— Un siècle auparavans (1548), Charles-Quint avait envoyé au Pérou un ecclésiastique do d savoir et de beaucoup de vertu, Pierre de la Gasca, ‘‘ avec le titre de président de la justice pour toute la colonie.” (Wie de S. Thuribe, Paris, 1872, p. XVI.)

LA la réunion des états généraux. Il n’y avait pas moins de

! douze conseillers ecclésiastiques au parlement de Paris, Qui pouvait trouver étrange que Mgr de Laval eût sa place au Conseil souverain de Québec ? Il ne faisait d’ailleurs que remplacer le supérieur des jésuites, qui siégeait depuis nombre d'années dans l’ancien Conseil.

A une époque où l'Eglise était si intimement unie À l'Etat, son influence pour le bien de la Religion était en proportion de son influence politique. Négliger cette influence, se désintéresser des affaires publiques et temporelles, c'eût été faire un acte de faiblesse et compromet-

tre gravement les intérêts les plus sérieux dela Religion.

Il y avait déjà assez de politiques qui cherchaient à asservir l'Eglise. Celle-ci devait être toujours sur sesgardes, n’abdiquer aucune des influences à sa disposition, et s'efforcer de maintenir la société civile aussi près que possible de cet état de société catholique parfaite, où l'Eglise doit être réellement l’âme du gouvernement, et où celui-ci doit se regarder comme inférieur et soumis à l’autorité religieuse 1.

Au Canada, surtout, cette colonie naïssante et toute catholique, qui s'appuyait particulièrement sur la Religion,

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il convenait que l'Eglise eût une large part d'influence. C'était le temps où les questions si vitales de la dîme, des cures, de la traite de l'eau-de-vie, ges soulevées

4: L'empereur, disait ge À amoige est au dedan È à de l'Eglise, mais il n’est pas au-desaus d ol gl a éuelon dans son Discours pour le sacre de Pictelr ogne.)

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de nouveau, où les rapports de l’Egliseet de l'Etat allaient être discutés et réglés pour l'avenir, où le Conseil devait

s'occuper de la distribution des deniers publics, et où les

institutions religieuses allaient avoir à réclamer leur part. Combien n’importait-il pas que l'Eglise fût représentée au Conseil pour le règlement de toutes ces questions ? Et qui pouvait la représenter plus dignement et plus efficacement que son premier pasteur? Il faut donc louer et bénir Mgr de Laval d’avoir accepté courageusement le rôle politique qui lui fut attribué par le roi dans la Nouvelle-France, et d'avoir essayé d’en tirer le meilleur parti. possible pour le bien de Uglise.

Mais n’a-t-il pas abusé de son rôle politique ? N’a-t-il pas cherché à étendre son autorité au delà des bornes? N’a-t-il ° pas été trop absolu dans ses idées ?

On le voit, nous posons nettement la question, car nous ne craignons+pas la réponse. Cette réponse nous est suggérée par la simple lecture des cahiers du Conseil souverain, et elle est toute favorable à Mgr de Laval. En voyant ä l'œuvre M. de Mésy et l’évêque de Pétrée, il n’est pas difficile de dire de quel côté se trouvent le bon sens, la dignité, l’honneur, la fidélité aux principes de la justice.

Il n’est pas si aisé de comprendre parfaitement la véritable origine de leur mésintelligence.

Comment s'expliquer que ce gouverneur, qui devait tout

A Mgr de Laval, position, honneurs, preuves constantes

d'une amitié sincère, acquittement de dettes aux.frais du

trésor royal 1, se soit tourné si complètement contre som bienfaiteur et son ami ? Comment cet homme, dont les vertus et la piété avaient gagné la confiance du prélat, au point de le lui faire proposer comme gouverneur de la Nouvelle- France, put-il se décider tout à coup à suivre une ligne de conduite qui attrista si profondéraent tout ce qu’il y avait d’âmes srintes et honnêtes dans l'Eglise du Canada ?

Se laissa-t-il surprendre par ce sentiment de malaise

indéfinissable que fait éprouver quelquefois le fardeau de

la reconnaissance ? Fut-:il jaloux de la haute position politique faite au prélat à côté de la sienne, et de la confiance toute particulière que lui avait témoignée le souverain ? Ou bien, prêta-t-il trop facilement l'oreille à la médi-

sance, qui, d’après Marie de l’Incarnation, s’attaquait au x

citoyens les plus respectables, et faisait tant de mal à la

colonie? Se persuada-t-il que ces citoyens étaient réelle-

ment ce que les avait représentés Dumesnil, et que l’évêque

avait voulu le tromper en les lui proposant pour faire partie du Conseil ?

Il est probable qu’il y eut un peu de tout cela dans la conduite de M. de Mésy, et qu’il subit l'influence des préjugés qu’on avait soulevés dans son esprit contre les jésuites, contre l’évêque et les principaux membres du Conseil.

U—(eIl (M. dé Laval) obtint du roi, dit la sœur Juchereau, de grosses gratifications, capables de libérer M. de Mésy, afin de lever toutes les difficultés qu'il opposait au voyage.” (Histoire de l'Hôtii- Dieu de Québec, p. 149.) k

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