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“ Elle ne servira pas peu pour Ja commodité publique, ajoutait la Relation, soit pour l'épargne des boissons enivrantes..., soit pour conserver dans le pays l'argent qui en sort par l'achat qu’on fait en France de tant de boissons, soit enfin pour consommer le surabondant des blés, qui se sont trouvés quelquefois en telle quantité, que les laboureurs n’en pouvaient avoir le débit.”
Le roi, qui s’intéressait beaucoup à l'avenir du Canada, y envoyait chaque année un certain nombre de colons, Avec son agrément, et celui de leur vaillant colonel et propriétaire, M. de Salière, plus de quatre cents soldats du régiment de Carignan ainsi que plusieurs officiers se fixèrent au pays. Afin de les encourager, on leur fit des conditions avantageuses.
Le nombre des mariages augmentait, et par suite le chiffre de la population. Dans la seule paroisse de Québec, il y en eut 93 dans l’espace de trois ans (1666-68). Le premier recensement du Canada, fait au commencement de 1666, accusait une population de 3,148 âmes, qui devait s'élever dix ans plus tard à 8,515 âmes 1. La colonie française était entrée dans une ère de progrès matériel.
Mais ce furent surtout les missions sauvages qui prirent alors un élan admirable. ‘‘ Depuis que nous jouissons du bienfait de la paix, écrit Marie de l’Incarnation, nos missions fleurissent et prospèrent. C’est une chose merveilleuse de voir le zèle des ouvriers de l'Evangile. Ils sont tous
1— Collection de documents de la Nouvelle-France, Québec, t. I, pr.:185 et 261.
partis pour leurs missions avec une ferveur et un courage qui nous donnent sujet d’en espérer de grands succès.”
Dès l’été de 1667, plusieurs pères jésuites s'étaient envolés vers le pays des [roquois pour y gagner à la cause de Jésus- Christ ceux que l’on venait de soumettre à la couronne de France. Ce pays avait déjà vu la lumière de la Foi ; mais elle y était presque éteinte. Il avait même été arrosé du sang des martyrs: c'est là que le P. Jogues avait eu à endurér d’horribles tortures (1644). Ce sang des martyrs allait devenir la semence de nouveaux chrétiens, et la lumière de l'Evangile, briller de nouveau sur ces plages lointaines.
Les jésuites arrivent; et bientôt des chapelles s'élèvent, des missions s'organisent dans les cinq bourgades iroquoises : la mission des Martyrs, dans le pays des Agniers; la mission de Saint-François-Xavier, chez les Iraquois d’Onneyoüt ; celle de Saint-Jean-Baptiste, chez les Onnontagués, où commande le brave capitaine Garakontié; la mission de Saint-Joseph, chez les Iroquois d'Oyogouin ; et enfin celle de Saint-Michel chez les Tsonnontouans.
Ce dernier peuple, le plus éloigné de Québec, est aussi le plus populeux. Les jésuites y établissent bientôt deux autres missions ; de sorte que, dès l'automne de 1668, il y a déjà sept missions chrétiennes au milieu de cette nation iroquoise qui s’est toujours montrée si rebelle aux enseignements de la Foi.
Ces missions sont fréquentées d’abord principalement par les nombreux captifs chrétiens, de race algonquine ou huronne, qui sont répardus parmi les Iroquois, et ont
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VIE DE MGR DE LAVAL 511 conservé la pratique de la prière. Mais peu à peu ce noyau se grossit d’un bon nombre d’Iroquois.
Les jésuites baptisaient chaque année beaucoup d’enfants, et aussi plusieurs adultes dangereusement malades. Mais ils se montraient, avec raison, difficiles, quand il s'agissait de baptiser les adultes en santé. Ils exigeaient auparavant des preuves sérieuses de la sincérité de leur conversion.
Beaucoup d'obstacles s’opposaient, en effet, à la conversion des Iroquois, entre autres, la croyance invétérée aux songes et à la jonglerie, le vice impur, qui les tenait sous la puissance du démon, l'instabilité de leur caractère, et aussi, vers cette époque, la guerre qu’ils avaient à soutenir contre la nation des Loups, dispersée sur les bords de l'Hudson. Ce peuple sauvage leur faisait payer cher l’acharnement barbare avec lequel ils avaient eux-mêmes poursuivi autrefois le pauvre peuple huron, qu’ils avaient complètement exterminé en 1649.
Ajoutons à ces obstacles à la conversion des Iroquois le commerce des boissons pratiqué par les colons de la Nouvelle-Angleterre. ‘Si l’eau-de-vie était bannie de chez les sauvages, dit M. Dollier, nous aurions des milliers de conversions. Cette liqueur est un appât si diabolique, qu’il attrape tous les sauvages aui sont proche des Français.…. On voit tout périr par ce malheureux commerce 1...”
Les Iroquois eux-mêmes s’émurent à la vue de ce désordre, qui faisait parmi eux de si grands ravag"s; et, sur
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1 — Histoire du Montréal.
l’avis du P. Pierron, ils s’adressèrent au gouverneur de New-York pour le prier d’y apporter remède. Nousavons la réponse de M. François Lovelace: elle est digne d’un gouverneur chrétien ; il l’adressa au P. Pierron. En voici, dit la Relation de 1669, “ les propres termes tirés mot à mot de l'original. ”?
‘Père, j'apprends votre complainte, laquelle est secondée par celle des capitaines Iroquois..., comme il appert plus ouvertement par leur requête enclose dans la vôtre, touchant la grande quantité de liqueurs que quelques-uns d’Albany prennent la liberté de vendre aux Indiens; en ce faisant, que de grands désordres se sont commis par eux, et qu'il est à craindre davantage, si l’on n’y prévient. Pour réponse, vous saurez que j’ai pris tout le soin possible, et y continuerai sous de très sévères amendes, à restreindre et empêcher de fournir aux Indiens aucun excès. Je suis fort aise d’entendre que de telles vertueuses cogitations procèdent des infidèles, à la honte de plusieurs chrétiens. Mais cela doit être attribué à vos pieuses instructions, vous qui étant bien versé en ,une étroite discipline, leur avez montré le chemin de mortification, tant par vos préceptes que pratique. ”
Malgré tous les obstacles que les jésuites rencontraient daxs l’exercice de leur apostolat, ils réussirent à produire beaucoup de fruits de salut. :
Les Ir quois qui ne se convertissaient pas dans leur pays, venaient souvent chercher la grâce de la foi à Québec ou à Montréal. Répandus dans le Canada pour la traite des
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fourrures, ils rencontraient les pères jésuites, qui tâchaient de les attirer à leurs missions de la Praierie ou de Notre- Dame-de-Foye. les fixaient aussi longtemps que possible dans ce milieu où ils étaient hors des atteintes desjongleurs, les instruisaient, et en faisaient d'excellents chrétiens.
Mgr de Laval n’avait pas de plus grand bonheur que de baptiser lui-même ces pauvres enfants des bois. Obligé de rester au centre de son troupeau, incapable de s'éloigner pour partager les travaux apostoliques de ses missionnaires, il aimait, du moins, à mettre la dernière main à l'œuvre de sanctification des Iroquois qui venaient se réfugier près de lui. ‘En une seule année, il baptisa luimême à Québec et confirma plus de soixante sauvages.
Il y avait souvent parmi ces néophytes des exemples d'un héroïsme admirable.
‘ Une Iroquoise du bourg Saint-François-Yavier avait entendu parler de la Foi à son mari, Huron de nation,
baptisé autrefois par nos Pères, dit la Relation de 1668.
Ces paroles lui avaient donné au cœur, et laissé un grand désir de pouvoir s’aboucher avec quelque Père pour être éelairée plus particulièrement sur les mystères dont son mari l’entretenait. Plusieurs années s’écoulèrent sans qu’elle pût contenter ses dési:s, et elle avait déjà lié partie avec te bon Huron pour aller avec lui faire la chasse du côté de Montréal, et de 1à donner jusqu'à Québec, pour y trouver ce qu’elle souhaitait depuis si lonrtemps.
Comme ils sont prêts à partir, ajoute la Relation, voilà ane nouvelle qu’on anporte dans le bourg: une Robe noire
vient d'arriver; c’est le P. Bruyas.... Notre Iroquoise se fait écolière du Père, et celui-ci réciproquement se fuit son écolier, pour apprendre les secrets de la langue iroquoise, pendant qu’il lui découvrira ceux de son salut.
‘ Cette femme eut à souffrir une grande persécution de la part de ses parents, et même de toute la bourgade....On [ui reprochait de hâter sa mort. La Foi, qui avait déjà tué tant de monde, disait-on, ne l’épargnerait pas. A quoi cette généreuse catéchumène répondait: ‘‘ Quand je verrai ‘‘ que ceux qui ne croient pas ne meurent point, j'écouterai ‘vos remontrances; sinon, vous ne gagnerez rien sur mon ‘esprit. ”
‘ Après avoir été suffisamment instruite des mystères de la Religion, elle entreprit le voyage de Montréal ; et là elle fit instance auprès de son mari pour qu’il descendiît avec elle jusqu’à Québec. Elle y fut instruite plus amplement par le Père qui a soin de l’église huronne, et fut si bien disposée, qu'elle se trouva en état, de recevoir en même temps de la propre main de Mgr l’évêque trois sacrements, savoir: les sacrerents de baptême, de mariage et de confirmation. ”
Qui n'admirerait les voies de la Providence pour le salut . de cette pauvre sauvagesse? Dieu connaît ceux qui lui appartiennent, quelque éloignés et quelque barbares qu'ils semblent être. Il veut le salut de tout le monde; mais à certaines âmes privilégiées, probablément à celles qui ont le mieux profité des grâces naturelles, il réserve des trésors de miséricorde. Cette Iroquoise en fit l’heureuse
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expérience, et voulut ensuite faire partager son bonheur aux membres de sa famille. Laissons parler la Rela-. tion:
‘ Cette Iroquoise souhaitait le même bonheur à ses: parents, entre autres à sa tante et à toute sa famille. Elle: presse donc son mari de retourner au plus tôt au pays, afin de les avertir qu'ils fissent le même voyage pour recevoir la même faveur. C’était plus de cent lieues que la charité. leur faisait faire ;. mais Dieu les soulagea par un coup de: providence.
‘ Leur chemin était de retourner par Montréal. Ils y arrivèrent, et, par une rencontre admirable, ils y trouvèrent ceux qu’ils allaient chercher bien loin. La joie fut. égale de part et d'autre; mais parce que les nouveaux. venus n'avaient aucune connaissance à Québec, ils avaient peine à sc résoudre d'y aller: ‘‘ Venez avec moi, leur dit ‘“ notre bonne Iroquoise, je veux vous faire le plaisir tout ‘‘entier; je vous tiendrai bonne compagnie ; et, retournant. ‘ainsi sur mes pas, je ne les crois pas perdus, étant: ‘employés pour un si bon sujet.”
“ Iis vont donc tous ensemble ; et Dieu donna tant de bénédiction au zèle de cette fervente Iroquoise, qu’en peu de temps ils furent parfaitement instruits par le Père, et. trouvés dignes du saint baptême. Ils le reçurent des mains: de Mgr l’évêque, avec une joie toute extraordinaire; puis. ils résolurent de quitter leur pays, où ils étaient dans. l'abondance, et de se fixer à Québec, où ils ne pouvaient. vivre que par aumônes, pour mettre leur foi en plus grande:
sûreté, la préférant à toutes les commodités et les douceurs de leur patrie 1.” ;
On a dit avec raison que l’enthousiasme de la foi donne des ailes. Cela se vérifiait à la lettre pour cette femme intrépide, qui parcourait à pied la longue distance entre Québec et son pays, afin de recevoir ici la grâce du baptême, retournait aussitôt sur ses pas pour aller chercher ses parents et leur faire partager le même bienfait, les rencontrait à Montréal par un hasard tout providentiel, et les amenait elle-même à Québec.
De pareils exemples ne prouvent pas seulement la divi-
* nité de la Religion, ils la font briller d’une manière plus éclatante que le soleil.
La raison qui engageait Mgr de Laval à baptiser luimême les sauvages, c'était, à part l'affection qu’il voulait feur témoigner, le désir de dissiper aussi efficacement que possible un préjugé que le démon avait enraciné dans leur esprit, à savoir, que le baptôme avançait leur trépas. De nos jours, dans nos pays civilisés, il ne manque pas de ehrétiens qui se figurent que les derniers sacrements font mourir plus tôt ceux qui les reçoivent. Chez les sauvages, Yes jongleurs avaient réussi à créer cette fâcheuse impres-
sion, que le baptême était un principe de mort.
Dieu voulut, en plusieurs rencontres, par des prodiges remarquables, aider le pieux évêque à triompher d’un préjugé si absurde et si injuste,
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