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cette époque. Un de ses premiers actes, au contrairé, après avoir érigé son séminaire, fut de proclamer solennellement qu'on y suivrait à perpétuité, ainsi que dans tout le Canada, la liturgie romaine, et que l’on aurait toujours pour le saint-siège l’amour que lui doivent des enfants respectueux.
Si l'Eglise de la Nouve.ile-France était une dans sa foi et dans son atiachement au souverain pontife, il était facile d'y reconnaître cet auire élément spirituel, qu’on appelle la sainteté. Le sol même de notre patrie était une terre de bénédiction. Il avait été arrosé bien des fois par le sang des martyre, et foulé par les pieds intrépides de missionnaires dévoués à la conversion des infidèles.
Tout ici prêchait hautement la sainteté: les déclarations admirables des illustres fondateurs de Québec et de Montréal, Champlain et Maisonneuve, qui n'avaient voulu s'établir au Canada que pour procurer le salut des âmes; la volonté du roi de fonder ici ure colonie essentiellement catholique; le soin particulier avec lequel on faisait le choix des éléments de cette colonie ; le dévouement de tant d’illustres personnes qui consacraient leur vie et leur fortune à l'Eglise de la Nouvelle-France ; les prodiges de vertu opérés chaque jour par l’évêque et son pieux clergé ; mais surtout le zèle intrépide et désintéressé des religieux de la Compagnie de Jésus, qui, depuis près d'un demisiècle, se dépensaient tout entiers pour le salut des âmes.
On ne peut prendre au sérieux, en effet, ce que Frontenac, dans un moment de mauvaise humeur, écrivait un jour
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contre les jésuites: ‘ Pour vous parler franchement, disaitil à Colbert, ils songent autant à la conversion du castor qu’à celle des âmes, car la plupart de leurs missions sont de pures moqueries, et je ne croirais pas qu’on leur dût permettre de les étendre plus loin, jusqu'à ce qu’on vit une Eglise de ces sauvages mieux formée 1.”
Quoi donc! Suspecter le désintéressement de pauvres missionnaires qui ne possédaient rien en propre, et vivaient, dans leurs courses apostoliques, au milieu de privations incroyables ! Reprocher aux jésuites de trafiquer quelques peaux de castor qu’on leur donnait, comme si le castor n’était pas alors la monnaie courante, avec laquelle ces religieux, comme les autres citoyens, pouvaient se procurer l'entretien et la subsistance ! Traiter de moqueries des missions comme celles du pays des [roquois ou des Algonquins, comme les missions de Sainte-Foye et de Tadoussac, où s’opéraient tous les jours des prodiges de grâces et de vertus !
‘Il ne faut pas s'attendre de servir longtemps le Maître que nous servons, sans être calomniés, disait le P. Lejeune ;
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1 — Lettre de Frontenac à Colbert, 2 novembre 1672. — On voit par la date de cette lettre que Frontenac venait à peine d'arriver au . Canada, et que par conséquent son jugement sur les jésuites ne pouvait guère être porté en connaissance de cause. Cette partie de sa. lettre était en écriture chiffrée. Redoutait-il de porter ouvertement une accusation, qu’il savait dénuée de fondement, surtout quand le roi lui avait recommandé d’avoir beaucoup de considération pour les mission. naires jésuites ? ‘‘ Ce sont eux, disait Louis XIV, qui ont porté les
+ lumières de la Foi et de l'Evangile en la Nouvelle-France, et qui, par
leur vertu et leur piété, ont contribué à l'établissement et à l’augmentation de cotte colonie, ” (Archives dela Marine, à Paris.)
ce sont ses livrées. Il ne nous reconnaîtrait pas lui-même, si nous ne les portions... Gagner quelque pauvre sauvage à Dieu et à l'Eglise, voilà tout notre trafic en ce nouveau monde, :oute la manne que nous recueillons en ces déserts. Nous ne chassons qu’à cela dans ces grands bois, et ne faisons autre pêche sur ces larges fleuves !. ”
Mgr de Saint-Valier rendait aux jésuites un témoignage autorisé: ‘‘ Il faut avouer, dit-il, que parmi ces Pères de la Nouvelle-France, il y a un certain air de sainteté si sensible et si éclatant, que je ne sais s’il peut y avoir quelque chose de plus en aucun autre endroit du monde... Tous m'ont paru d’une vertu et d’une soumission dont je suis encore plus édifié que je ne suis satisfait de leurs talents ?. ”
‘ C’est une chose ravissante, écrit à son tour Marie de l'Incarnation, de voir tous nos révérends Pères prodiguer leur vie pour attirer ces peuples au troupeau de Jésus- Christ. C’est à qui ira aux lieux les plus éloignés et les plus dangereux et où il n’y a aucun secours humain. ” Puis elle ajoute: ‘* Dieu ayant permis que leur maison et leur église de Québec aient été entièrement brûlées, avec tous leurs meubles et ceux qui devaient être envoyés dans les autres maisons, en sorte qu’il ne leur est resté que ce qu’ils avaient sur eux, c’est-à-dire, des habits d’été fort simples et usés, ils regardaïent ce désastre sans s'émouvoir,
1 —— Relutions des jésuites, 1636.
2 — Etat présent de l’Iylise.
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disant qu’ils en ressemblaient mieux à Jésus-Christ d’être ainsi dépourvus de tout 1, ”
Un écrivain français, parlant des jésuites: ‘Ces missionnaires, dit-il, savaient résister avec une invincible constance et une profonde tranquillité d'âme aux horreurs d’une vie entière passée dans les déserts du Canada. Loin de tout ce qui fait le charme de la vie, loin de toutes les occasions de s’acquérir une vaine gloire, ils mouraient entièrement au monde, et trouvaient au fond de leur conscience une paix que rien ne pouvait altérer 2. ”
Et notre historien national, M. Garneau : ‘‘ Ces hommes, dit-il, ont rempli, dans les forêts du nouveau monde, une. tâche noble et sainte, en soutenant la lutte de l'esprit contre la matière, de la civilisation contre la barbarie... Leur dévouement héroïque et humble tout à la fois a étonné le philosophe et conquis l’admiration des protestants 3, ”
Voilà ce qu'étaient les jésuites, ces apôtres vénérés de la Nouvelle-France. Les sulpiciens et les prêtres du séminaire de Québec rivalisaient avec eux de zèle, de dévouement ct d’abnégation.
On peut donc affirmer que le clergé du Canada, en général, était entouré d’une brillante auréole de sainteté.
Comment le peuple n’en aurait-il pas ressenti la salutaire influence ? Comment ne se serait-il pas formé à l’image de son clergé? Les mœurs étaient généralement saines et pures ; ‘a religion, solidement ancrée dans les cœurs.
1 — Lettre historique 15e. FER :
9 — Dussieux, Le Cana:x sous La domination française. 3 — Histoire du Canada.
Tout n'était pas parfait, sans doute. Le vice apparaissait quelquefois çà et là, surtout dans cette population sans domicile fixe, que l’on trouve dans tout pays nouveau; mais il n'avait pas droit de cité, et on lui faisait une guerre sans merci. Nous en avons la preuve dans les cahiers du Conseil souverain.
La piété avait fait des progrès étonnants. Sous le souffle bienfaisant de la dévotion à la sainte Famille et à la bonne sainte Anne, il régnait partout une sainte ardeur pour le bien. Le pays tout entier avait recueilli les plus heureux effets des grands exemples de piété donnés par le marquis de Tracy et plusieurs officiers du régiment de Carignan.
A cette ésoque de notre histoire, l'Eglise du Canada nous apparaît comme un vaste champ fertile, travaillé par des mains soigneuses, rempli de fleurs, de moissons pleines de promesses, d'arbres vigoureux et déjà chargés de fruits de sainteté.
Mais parmi ces arbres, il en est dont la cîme s'élève bien au-dessus des autres, et dont les fruits paraissent déjà mûre, Citons seulement quelques noms: Marie de l’Incarnation et Mme-de la Peltrie, la sœur Bourgeois et Mlle Mance, Mme D’Ailleboût, Catherine de Saint-Augustin, le P. Chaumonot et Catherine Gaudiakteüa. On ne peut écrire la vie de Mgr de Laval, sans dire un mot de ces grandes figures, qui viennent se grouper naturellement autour de la sienne, et en font ressortir merveilleusement tous les traits.
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La vénérable Mère de l’Incarnation ! n'était pas une femme ordinaire : c'était une Ame très élevée, un esprit distingué, et nourri dans la spiritualité la plus sûre comme la plus sublime. ‘‘ L'histoire, dit Charlevoix, nous présente peu de personnes qu’on puisse lui comparer... On voit par ses écrits qu’elle était une des plus spirituelles femmes de son siècle. Tout y est solide; elle pense juste, elle apprôfondit tout, donne à ce qu’elle dit un tour ingénieux, et son style a cette simplicité noble où peu d'écrivains parviennent ?,”
‘* Elle était, dit Sainte-Foi, d’une taille haute, d’un port grave et majestueux, que tempérait une douceur humble et modeste. Lorsqu'elle était encore dans le monde, tout son air avait quelque chose de si grand, qu’on s’arrêtait dans les rues pour la voir passer. Ses traits étaient réguliers, mais c'était une beauté mâle, qui laissait voir toute la grandeur de son âme. Elle était forte et bien constituée, d’une humeur très agréable; et quoique la présence continuelle de Dieu lui donnât quelque chose de céleste qui imprimait le respect, on ne se sentait jamais erabarrassé avec elle 5, ”
Cette femme remarquable était arrivée à un si haut degré de sainteté, que Bossuet, l’oracle de son siècle, l’appelait la Thérèse de lx Nouvelle-France.
& C'est une sainte, écrit M. Emery, que je vénère bien
Ÿ 1 — Marie Guyart, veuve de M, Martin, née à Tours le 18 oct, 1599. 2 — Vie de la Mère Miurie de l’Encarnation.
3 — Vie des premières wrsulines de France.
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