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CHAPITRE VINGT-HUITIÈME

Le vicariat apostolique de Mgr de Laval, préparé, par les éléments spirituels d'unité et de sainteté qu'il renferme, à former une Eglise distincte, et à être érigé en évêché. — Les Pères de la Compagnie de Jésus, — Marie de l’Incaruation et Mme de la Peltrie, — Mars guerite Bourgeois. — Jeanne Mance. — Mme D’Ailleboût, --- Le P. Chaumonot,-— Catherine de Saint-Augustin, — Catherine Gaudiakteta.

La Nouvelle-France, qui possédait un évêque depuis plus de dix ans, n’était encore qu’un vicariat apostoliqu”. Mais tous les éléments matériels nécessaires pour la fondation d’une Eglise distincte y avaient été développés et préparés avec soin par Mgr de Laval: séminaire canoniquement érigé, avec la double mission de desservir les paroisses et de former de bons ouvrivrs apostoliques ; seigneuries et” biens-fonds, acquis avec prévoyance pour le soutien de cette maison ; dîmes établies dans toute l'étendue du pays; paroisses ou missions régulièrement desservies par un clergé peu nombreux encore, il est vrai, mais suffisant au besoin par son dévouement; l’ordre et la paix répandus partout, et le peuple, désormais libre de cêt6 des Troquois, se livrant paisiblement à l'’œnvre de la cu‘ture et de la colonisation ; une belle cathédrale, consacrée déjà depuis

plusieurs années ; des institutions de charité et d'éducation solidement établies à Québec et à Montréal; des écoles ouvertes en plusieurs endroits du pays pour l'instruction de la jeunesse; un rôle politique important attribué à l’évêque dans le Conseil supérieur; une position honorable faite au clergé vis-à-vis des rutorités civiles de la colonie, et, à la Cour, confiance et protection assurée à l'Eglise du Canada, grâce à la sagesse de son premier pasteur.

Le vicariat apostolique de l’évêque de Pétrée laissait certainement à désirer encore sous le rapport des ressourtes; mais il ne manquait pas des éléments matériels suffsants pour l'établissement d’une Eglise particulière.

Y avait-il également ces éléments spirituels de sainteté et d'unité qui rendent un pays mûr pour la création d’une Eglise distincte ? Les Eglises particulières, en effet, doivent participer aux caractères et aux notes de l'Eglise üniverselle, et l’on doit y trouver quelque chose de ces ornements précieux qui parent le front de l’épouse de Jésus-Christ. :

Or, quelle unité plus parfaite que celle du :‘Eglise du Canada? Unité dans les cœurs, unité de doctrine, unité dans l’attachement au pontife romain.

Mgr de Laval avait réussi à faire de tout son clergé un seul cœur et une seule âme. Tous, prêtres de Saint-Sulpice, religieux de la Compagnie de Jésus, prêtres du séminaire de Québec, étaient unis entre eux par les liens de la plus étroite charité. ‘ Rien, dit Latour, ne représentait mieux le clergé de la primitive Eglise.” ‘“ I1 me sembla, écrivait Mgr de Saint-Valier, voir révivre dans l'Eglise du Canada

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quelque chose de cet esprit de détachement qui faisait une des principales beautés de l'Eglise naissante de Jérusalem, du temps des apôtres.”

L'unité des esprits n’était pas moins ravissante que celle des cœurs. Partout, à Québec comme à Montréal et dans tout le pays, la plus parfaite unité de doctrine, la plus belle uniformité dans l'exposition de la foi catholique.

Ni le jansénisme, ni le gallicanisme, ni aucune des erreurs qui, à cette époque, souillèrent quelques parties de l'Eglise de France, n'avaient pénétré au Canada. Les hérétiques cherchèrent à s’y fixer: mais on réussit toujours à les éloigner de la colonie.

Elève des jésuites, Mgr de Laval avait en horreur les fausses doctrines dont nous venons de parler. Il était aussi profondément soumis et attaché au saint-siège : ‘ Quelque chose que Votre Sainteté m’ordonne de faire, écrivait-il un jour, je suis prêt à lui obéir.” Tout son clergé se modela sur lui.

L'autorité du saint-siège, dont il relevait directement comme vicaire apostolique, fut contestée par l’archevêque de Rouen. Il n’épargna ni peines, ni travaux pour la faire respecter ; et il ne cessa de combattre que lorsque cette autorité eût été pleinement reconnue par tous ses sujets,

En arrivant au Canada, ce noble évêque, sorti des rangs de l’illustre Eglise de France, où il y avait tant de litur-

" gies diverses, aurait pu être tenté d'établir ici lui-même

quelque liturgie pr:ticulière, et de se donner cette demiémancipation dont on ne se faisait pas assez scrupule, à

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