‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 148 sur 163 · AVEC · texte numérisé non relu

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l’église paroissiale de Québec, à laquelle, quoique absente de corps, elle assisi:, en esprit d’une manière merveilleuse. Cette religieuse fut pour l’Hôtel-Dieu de Québec ce que Marie de l’Incarnation était aux ursulines, un trésor de grâces, de vertus et de mérites. Mais les voies par lesquelles la Providence conduisit ces deux saintes personnes furent bien différentes.

Il en est un peu du monde de la grâce comme du monde naturel, qui suit ordinairement son cours régulier, mais procède aussi quelquefois par orages et par tempêtes. La sainteté, elle aussi, a ses voies régulières, douces et paisibles : ce fut celle de Marie da l'Incarnation. Maïs elle a quelquefois ce qu’on pourrait appeler ses écarts, ses voies extraordinaires : et ce fut par ces voies que Dieu conduisit Catherine de Saint-Augustin.

Le P. Ragueneau qui a écrit sa vie, se sent obligé, dans la préface de son livre, de se justifier, pour ainsi dire, de raconter tant de merveilles, et il fait porter ia responsabilité de ses écrits à Mgr de Laval :

‘ Après tout, dit-il, j'aurais eu assez de peine à me résoudre de donner au jour une vie si pleine de merveilles, si Mgr de Pétrée !, que toute la France connaît comme un prélat d’une éminente vertu, d’une piété solide, et d’un ièle tout apostolique, ne m’eût donné ordre de le faire, et d'y travailler sur les mémoires qu’il a lui-même examinés,

1— Le livre du P. Ragueneau fut imprimé pour la première fois à Paris en 1671, alors que Mgr de Laval n’était encore que vicaire apostolique. Ce livre fut dédié à la duchesse D'Aiguillon, fondatrice de Fe Dieu de Québec.

approuvés et signés de sà main. Ainsi j'ai cru qu'après les témoignages authentiques et les marques d’une vénération toute extraordinaire qu'un évêque aussi sage et aussi éclairé a donnés si souvent à la vertu de cette bonne religieuse, je pouvais entreprendre la publication de cet

ouvrage.” Ces paroles du P. Ragueneau établissent deux choses:

d’abord, la grande réputation de sagesse et de sainteté dont l’évêque de Pétrée jouissait même en France; puis,

l’estime profonde que le même évêque éprouvait pour la

sœur Catherine de Saint-Augustin.

Aussi Charlevoix, parlant de cette religieuse, ne craint pas de dire: ‘ Le saint évêque de Pétrée, qui avait luimême une science pratique des voies les plus sublimes, l’a examinée avec la plus scrupuleuse attention.” Et il en

conclut à l'authenticité des choses les plus merveilleuses P: racontées sur son compte. ve tien de plusextraordinaire, en effet,quelaviedeCatherine de Saint-Augustin. A trois ans et demi, elle éprouve déjà des m désirs ardents de faire en toutes choses la volonté de Dieu ; dé et comme elle entend dire par un jésuite, le P. Malherbe, l'a que c’est dans la souffrance, et surtout dans la souffrance nit endurée pour le prochain, que l’on est le plus sûr de faire M. cette volonté, elle ressent déjà ces transports de charité qui en lui feront un jour accepter héroïquement de se charger des que péchés du prochain pour les expier par a pénitence. d'u A dix ans, elle signe de son sang un acte de donation de lec

sa personne à la sainte Vierge, et fait vœu de la regarder S

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toujours comme sa mère, de ne jamais commettre aucun péché mortel, et de vivre en perpétuelle continence.

À quatorze ans et demi, elle prend l’habit religieux au couvent des hospitalières de Bayeux. A seize ans, elle fait profession ; puis elle part pour le Canada, après avoir vaincu par ses prières les résistances de son pieux et digne père, M. de Longpré.

La voilà entrée Gans le monastère de l'Hôtel-Dieu de Québec. C’est alors que commence pour elle cette vie étonnante de souffrances intérieures, de croix et d'épreuves de toutes sortes, accompagnées de dons surnaturels.

Dieu lui fait connaître l’état de conscience de diverses personnes, soit présentes, soit absentes, les ravages affreux causés dans leur âme par le péché mortel, et lui inspire la pensée héroïque de se sacrifier en victime pour leur conversion.

Les démons s'acharnent alors à la tourmenter de mille manières: aridités et tentations, abandons intérieurs, délaissements extrêmes, sovffrances physiques atroces, ils l'accablent de tous les maux, et ‘ semblent, dit une chronique, avoir révolté toutes ses puissances contre Dieu Mais ils n’obtiennent jamais d’elle la moindre obéissance en quoi que ce soit: son cœur armé de Dieu est plus fort que tout l'enfer... Elle supporte tout saintement, toujours d’un visage égal, répandant une joie pleine de piété dans le cœur de ceux qui la voient. ”?

Ces combats terribles durèrent jusqu’à sa mort, c’est-à- , dire plus de seize ans. ‘* Mais souven!, dit la Relation, les

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saints du paradis, les anges, la sainte Vierge et saint Joseph, et Jésus-Christ lui-même lui apparaissaient pour la fortifier, la conseiller et combattre avec elle. Le P. de Brébœuf surtout lui apparaissait souvent, et se rendait si présent à elle, qu’elle le sentait, et recevait ses impressions avec autant de certitude, qu’un aveugle qui serait près du feu, est certain que ce feu l’échauffe..….. Souvent aussi Dieu lui fit connaître des choses futures et éloignées, qui sont arrivées comme elle les avait prévues. ”

Elle avait un don ineffable pour consoler les malheureux. On lui amène un jour à l'hôpital une pauvre fille obsédée du démon et tourmentée de la façon la plus étrange. Elle affectionne cette infortunée, en prend soin jour et nuit, et réussit à l’appaiser. ‘‘ Les démons, dit le P. Ragueneau, enrageaient contre elle du mépris qu’elle faisait d'eux, et de ce qu'elle leur arrachaïit leur proie...”

Sa charité pour les malheureux s'étendait aux âmes du purgatoire; et afin de les soulager, elle demandait à Dieu d'augmenter ses propres souffrances. ‘ Souvent, dit la Relation, elle vit ces âmes, qui, au sortir du purgatoire, venaient la remercier de sa charité. ”

Au milieu des dons surnaturels dont Dieu l’honorait, elle était d’une humilité exemplaire, et ne voulait se distinguer de personne en quoi que cesoit. ‘‘ Dansla maison, écrit sa supérieure, elle était la première au travail, et des plus ferventes à se mortifier en tout ce qui regardait sa personne, choisissant toujours pour soi les choses les plus incommodes, supportant tout des autres, excusant touf,

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sans jamais s'excuser soi-même, mais plutôt désirant que ses défauts fussent connus de tout le monde. ‘ Bon Diau, ‘{ disait-elle souvent, puisque nous ne sommes que ce que ‘nous sommes devant Dieu, pourquoi cherchons-nous à ‘ paraître autrement aux yeux des hommes 1? ”

Nous savons en quelle estime Mgr de Laval tenait cette religieuse, que l’on a justement appelée la Catherine de Sienne du Canada. Bien des fois, il se rendit au parloir des hospitalières our se recommander à ses prières fer-

ventes, et l’intéresser au succès des affaires les plus importantes de son vicariat apostolique.

N’est-il pas permis de croire que ce furent les prières de ces deux grandes âmes, Marie de l'Incarnation et Catherine de Saint-Augustin, qui, jointes aux siennes, aidèrent le pieux prélat à triompher des premières difficultés de son épiscopat, le soutinrent dans ses luttes courageuses contre la traite. de l’eau-de-vie, procurèrent la conversion de M. de Mésy, et donnèrent à l'Eglise du Canada cette ère le paix et de piété dont elle jouit ensuite ?

La Mère de l’Incarnation écrivait au sujet de Catherine de Saint-Augustin : ‘‘ J'ai entendu de Mgr notre prélat que cette bonne mère était l’âme la plus ‘sante qu'il eût connue. Ïlen pouvait parler avec connaissance, dit-elle, car c’est lui qui la dirigeait ? ....”

Catherine de Saint-Augustin s’éteignit doucement le 8 mai 1668. ‘* Elle avait rempli tout le Canada de l'odeur

1 -— Relations des jesuites, 1668, 2 — Lettre spirituelle du 17 septembre 1670.

de sa sainteté, dit Charlevoix ; et le temps n’a encore rien diminué de la vénération qu’on avait pour elle de son vivant !,”

‘* Ma très-chère Mère, écrivait Mgr de Laval à la supé- “eure des hospitalières de Bayeux, il y a grand sujet de bénir Dieu de la conduite qu'il a tenue sur notre sœur Catherine de Saint-Augustin. C'était une âme qu'il s'était choisie pour lui communiquer des grâces très grandes et très particulières. Sa sainteté sera mieux connue dans le ciel qu’en cette vie ; car assurément elle est extraordinaire. Elle a beaucoup souffert avec une fidélité inviolable, et un courage qui était au-dessus du commun. Sa charité pour le prochain était capable de tout embrasser, pour difficile qu’il fût. Je n’ai pas besoin des choses extraordinaires qui se sont passées en elle pour être convaincu de sa sainteté; ses véritables vertus me la font parfaitement connaître... Dieu a fait une faveur bien particulière à nos ‘hospitalières de Québec, et même à tout le Canada, lorsqu'il y a envoyé cette âme qui lui était si chère.”

Dans une autre lettre, le pieux évêque racontait ce qu'il connaissait des dons de Dieu accordés à cette vertueuse fille; puis il ajoutait: ‘J'ai une très particulière confiance pour le bien de cette nouvelle Eglise, au pouvoir qu’elle a

1-— ‘* La sœur Catherine de Saint-Augustin était parenté de saint Thomas de Cantorbéry, et ses proches so nommaient Becquet, comme lui. On agrure que, partout où l’on possède des personnes de cette famille, on est préservé du feu. Dieu veuille continuer sa protection sur notre maison, comme nous l'avons tant de fois ressentie, contre ce terrible élément. ” (Histoire de l’Hôtel-Dieu de Quebec. )

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auprès de Notre-Seigneur et de sa très sainte mère; car si elle nous a secourus si puissamment pendant le temps qu’elle a été parmi nous, que ne fera-t-elle pas maintenant qu’elle connaît avec plus de lumière les besoins soit du pasteur, soit des ouailles 1 ? ”

La sainteté, comme on le voit, s'était élevée à un haut degré de perfection dans la colonie française du Canada. Chose étonnante, il y avait parmi les sauvages des prodiges de vertu plus merveilleux peut-être encore. Citons l’exe'i1ple de la célèbre Catherine Gaudiakteüa. ‘ Nous pouvons remarquer dans la vie et dans la mort de cette bonne chrétienne, dit la Relation, que Dieu ne r.,et point de différence entre le grec et le barbare, et que ce n’est pas seulement parmi les nations policées qu’il choisit des âmes pour les élever à une sainteté extraordinaire. ”

Elle appartenait à une tribu sauvage, dont le pays, situé au sud du lac Erié, fut pris un jour et ravagé par les Iroquois. Faite prisonnière avec sa mère, elle est emmenée chez ces barbares, et, au milieu de leur corruption extrêmr, garde la pureté parfaite qu’elle observe depuis son enfance, bien qu’elle n'ait pas été éclairée encore de la lumière de l'Evangile.

1 — Vie de Catherine de Saint-Augustin, ps 384, —- Mer de Laval

voulut donner lui-même l’idée du dessin qui orne la première page de ce livre du P. Ragueneau, ainsi que l'inscription qui se lit au bas de là gravure : Mère C, de St-Augustin, Religieuse hospitalière, Québec, en Canada, morte le 8 mai 1668, à 36 ans. J.-C. et la Ste Vierge Lui appuraissent. , Deux anges la gouvernent. Su place Lui est montrée au ciel, et il lui est dit que la croix lui servira d'échelle pour y monter. Les âmes du purgatoire implorent son secours. Elle est victorieuse des démons. Le P. J. de Brebœuf, brélé par les Troquois en 1649, travaillant au salut des mes, la dirige invisiblement.

Le P. Bruyus vient prêcher la foi chez les Onneyouts.#

Elle entend parler du ciel et de l’enter, et prend aussitôt la résolution de se faire chrétienne. Mille obstacles s'opposent à son dessein ; elle reste fidèle à Dieu, se fait montrer les

principaux mystères Ge la Religion, convertit à la Foi sa mère, son beau-père, son mari et plusieurs autres personnes, f

puis attend le moment favorable pour s'enfuir du pays des Iroquois, car elle redoute les dangers auxquels est exposée son âme dans ce foyer de corruption.

La Providence ne tarde pas à récompenser la fidélité de ces pieux catéchumènes. Ils quittent le pays des Iroquois, descendent à Québec, et reçoivent le saint baptême des mains de Mgr de Laval lui-même.

Ils sont douze ; mais C’est Catherine qui les conduit. Elle sollicite des PP. jésuites la faveur de rester au Canada,

pour y pratiquer plus sûrement sa religion. Ces douze

sauvages furent le noyau de la célèbre mission de La Praierie.

Dans cette mission, il n’y a pas de vertus que Catherine ne pratique à un degré étonnant. A l'exemple de sainte Anne, elle a partagé son bien en trois parties, une pour l'église, une pour les pauvres, et la troisième pour l'entretien de sa famille. Sa cabane est le refuge des affligés, et, dès qu’on y est entré, toutes les peines se dissipent. Elle est si chaste, qu’on n'ose dire en sa présence une parole contraire à l'honnêteté. Son zèle est insatiable: elle instruit et caféchise les sauvages, et en convertit des centaines à Notre-Seigneur. Elle introduit dans la mission la dévotion

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se fait remarquer surtout par une grande piété envers Marie. 6 Son détachement des créatures est extrême. ŒElle a tout

p donné: il ne lui reste plus que deux objets qui sont pour

elle d’un grand prix, une ceinture et des bracelets de porcelaine. Elle se décide à les porter à l’église, pour les donner à Dieu, afin qu’il n’y ait plus rien qui l’attache à kterre : ‘* Mon Dieu, s’écrie-t-elle, je vous donnai, il y a

D quatre ans, mon corps et mon âme, et la plus grande partie

de tous mes biens ; voici ce qui me reste, je vous le présente de tout mon cœur. Que vous dois-je demander, après vous avoir tout donné, sinon que vous me preniez moimême dès maintenant pour me mettre auprès de vous ? ”

Su prière est exaucée. Le lendemain, elle tombe bien malade. Le P. Frémin, qui l’assiste, et ne peut retenir ses

[larmes à la vue de ses saintes dispositions, lui fait répéter

une prière pour demander la santé. Mais la prière n'est pas plutôt achevée : ‘ O mon Père, lui dit-elle, il m’a été impossible de dire de cœur ce que j’ai prononcé de bouche ; pourquoi demander de rester sur la terre, puisque Dieu m'invite d'aller au ciel ? ”?

Elle mourut, en effet, quelques jours après, la joie dans l'âme, le sourire sur les lèvres. ‘* Le P. Frémin, qui la connaissait parfaitement, dit la Relation, assure qu’elle était morte avec l'innocence baptismale 1.”

Le nom de Catherine paraissait prédestiné pour des personnes d’une éminente vertu. Après Catherine de Saint-

… 1 — Relations inédites des jésuites, t. T, p. 284-295.

VIE LE MGR DE LAVAL Augustin et cette autre dont nous venons de parler, apparaît dans l’histoire de la Nouvelle-France l’illustre Catherine Tégakouita.

‘ On vit bientôt dans le canton des Agniers, dit Charlevoix, une Eglise composée de fervents néophytes, qui ont depuis fondé ces florissantes missions du Saut-Saint-Louis et de la Montagne, si fécondes en saints... C’est ce même canton, qui a donné à la Nouvelle-France la Geneviève de l’'Amérinne septentrionale, cette illustre Catherine Tégakouita, q. e le Ciel continue depuis près de soixante-dix ans à rendre célèbre par des miracles d’une authenticité à l'épreuve de la plus sévère critique !.”

Fut-il jamais Eglise naissante plus riche en éléments spirituels de sainteté que l'Eglise du Canada? ‘ S'il est des pays dont les origines ont été plus éclatantes, a dit un éminent écrivain, il n’en est pas dont les commencements ont été marqués par de plus beaux sacrifices et de plus sublimes dévouen:ents 2.”

Mais on peut dire qu’au milieu de toutes les âmes saintes dont nous venons de parler, au milieu de tous ces astres brillants de vertus, de lumière et de beauté surnaturelles, la personne de Mgr de Laval rayonne d’un éclat indéfnissable. Sa réputation de sainteté était répandue jusqu’en

France. Charlevoix l'appelle ‘un évêque digne de la primitive Eglise. ” -Et Mgr de Saint Valier: ‘‘ Toutes les

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1— ‘* La bonne Catherine Tégakouita, Iroquoise, mourut en odeur de sainteté, le 17 avril 1680, au Saut Saint-Louis, où elle demeurait se Vr plusieurs années. ” (Histoire de l'Hôtel-Dieu de Quebec.)

— M. l'abbé Casgrain, Histoire de l'Hôtel-Die de Quebec.

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