Relations des jésuites
2 — Lettre spirituelle, 7 octobre 1669,
de trente années de leur vie. Mais ne contribuèrent-elles pas, au moins indirectement, à cette fondation, par les éléments spirituels de sainteté et de vertus qui se formèrent au Canada, grâce à leurs pieux exemples et à la bonne odeur de leur vie ?
‘Nous tenons à bénédiction, écrivait Mgr de Laval, la connaissance qu’il a plu à Dieu de nous donner de la Mère Marie de l’Incarnation, première supérieure des ursulines de Québec, l'ayant soumise à notre conduite pastorale. Le témoignage que nous pouvons en rendre, est qu’elle était ornée de toutes les vertus dans un degré très éminent, surtout d’un don d’oraison si élevé, et d’une union avec Dieu si parfaite, qu’elle conservait sa présence au milieu de l’embarras des affaires les plus difficiles et les plus distrayantes, comme parmi les autres occupations où sa
vocation l’engageait. Parfaitement morte à elle-même, Jésus seul vivait et agissait en elle.
‘ Dieu l’ayant choisie pour l'établissement de l’ordre de sainte Ursule en Canada, il l’a douée de la plénitude de l'esprit de cet institut. C'était une supérieure parfaite, une excellente maîtresse des novices, et eile était très capable de remplir tous les emplois d’une communauté religieuse. Sa vie, commune à l'extérieur, était à l'intérieur toute divine, de sorte qu’elle était une règle vivante pour toutes ses sœurs. Son zèle pour le salut des âmes, et particulièrement pour celui des sauvages, était si ardent, qu'il semblait qu'elle les portât tous dans son cœur. Nous ne doutons pas que ses prières n’aient obtenu en grande partié
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les faveurs dont jouit maintenant l'Eglise naissante du Canada 1.”
Plus heureuse que Marie de l'Incarnation, la vénérable Marguerite Bourgeois put voir l'immense vicariat apostolique de Mgr de Laval érigé en évêché en 1674 Elle survécut même longtemps à la démission du premier évêque de Québec, car elle ne mourut qu’en 1700, à l’âge de 80 ans.
Nous raconterons plus tard l’œuvre de cette sainte religieuse à Montréal. Pour le moment, contentons-nous de rappeler sa vertu et sa sainteté.
‘Rien, dit Latour, n’était plus humble, plus mortifié, plus abandonné à la Providence que la sœur Bourgeois; et ses filles ont toujours heureusement conservé son esprit. ‘Je n'avais pas un double, disait-elle, quand je vins au ‘ Canada, et je nai jamais promis à mes filles que pauvreté ‘et simplicité.”
‘€ Elle n’a jamais souffert qu’on exigeñt de dot pour leur réception ; et dans la crainte qu’on en vint enfin à un usage si généralement reçu, elle a toujours refusé de s’unir à d’autres communautés. ‘‘ J’irais, disait-elle, chercher sur ‘mes épaules une fille qui, n’ayant pas même un habit, ‘ aurait une bonne vocation.”
‘ Les exhortations à ses filles étaient simples, mais pleines d’onction et de force: ‘‘ Allez, disait-elle à une, k qu’elle envoyait dans une mission éloignée, allez, ma
es
1 — Archives du séminaire de Québec.
622 VIE DE MGR DE LAVAL ‘sœur, ramasser les gouttes du sang de Jésus-Christ, qui ‘se perdent. ”
‘ Elle disait, en parlant de la charité : ‘* Nous ne devons ‘ pas seulement conserver en nous la charité que nous ‘ devons à nos frères ; nous sommes ohligées de conserver “ en eux la charité qu’ils nous doiver. ”
Rien ne pouvait égaler son obéissance et son zèle. Mgr de Laval l'invite à fonder à Québec une maison de son ordre. Elle quitte immédiatement Montréal, au plus fort de l'hiver. ‘‘ Elle fit à pied, dit Latour, plus de soixante lieues sur les glaces et dans la neige. Elle s’y donna des mouvements infinis, portant elle-même les meubles qu’on lui donnait de la haute ville à la basse, où sa maison était située, et passa la nuit entière du jeudi au vendredi saint à genoux et immobile devant le saint Sacrement, malgré l’extrême rigueur du froid. ”
Puis il ajoute: ‘ Sept ans avant sa mort, elle se démit de la supériorité... Elle mourut en odeur de sainteté le 12 janvier 1700. Elle avait fait beaucoup de miracles pendant sa vie; il s’en fit beaucoup après sa mort. Son corps demeura exposé pendant trente jours sans aucune corruption, son visage conserva un air sérieux et dévot,et ses mains demeurèrent croisées sur sa poitrine. Le concours à ses obsèques fut incroyable 1. ”?
Mgr de Laval, qui avait toujours professé la plus grande estime pour cette sainte religieuse, écrivit à la supérieure de la communauté : ‘ La sœur Bourgeois était un fruit
1— Latour, p. 142.
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mûr pour le ciel ; elle était humble et simple. Dieu lui a fait bien des grâces; elle sera auprès du S igneur une puissante protectrice de votre maison.”
A côté de la vénérable Marguerite Bourgeois, se présente la douce et radieuse figure de Jeanne Mance, son émule en vertu et en dévouement. L'œuvre qu’elle a fondée, l'Hôtel- Dieu de Montréal, avait un but plus restreint que celle de la sœur Bourgeois, et sa bénigne influence n’était pas destinée à s'étendre à tout le pays.
Mais dela personne de cette pieuse fille, quel rayonnement de sainteté sur toute l'Eglise du Canada! Elle quitte
- la France, en 1642, malgré l'opposition la plus vive de ses
parents et de tous ses proches, pour venir au Canada, en même temps que M. de Maisonneuve, et se consacre, seule, pendant plus de seize ans, au soin des pauvres malades de Montréal. Rien ne peut arrêter son zèle et son ardeur intrépide, ni les privations de toutes sortes, ni les difficultés les plus insurmontables en apparence, ni les dangers continuels auxquels elle est exposée de la part des [roquois.
Elle intéresse à son œuvre une foule de personnes charitables, mais surtort Mme de Bullion, qui lui donne une somine considérable, etn’abandonne la direction de l’hôpital qu’elle a fondé, qu'après l'avoir vu confié par Mgr de Laval aax religieuses de Saint-Joseph de La Flèche, envoyées au Canada par M. de la Dauversière.
Les noms de Marguerite Bourgeois et de Jeanne Mance nous apparaissent, dans l’histoire de notre pays, intimement associés dans une commune gloire à celui de
M.Olier. Pas plus que M. de Bernières-Louvigny, M. Olier ne vint jamais au Canada. Mais de même que le premier ne fut étranger à aucune des œuvres qui intéressèrent le plus la Nouvelle-France, le saint fondateur des sulpiciens fut véritablement l’âme de la colonie de Montréal, dont il dirigea les premiers pas, et À laquelle il communiqua son esprit.
N’omettons pas Mme D'Ailleboût, l'illustre épouse de l’ancien gouverneur üu Canada, qui donna dans le monde de si beaux exemples de vertus. Devenue veuve, en 1660, elle résolut de se consacrer entièrement à Dieu, et demanda même son admission comme novice au monastère des ursulines de Québec. Mais elle s’aperçut bientôt que c'était dans le monde que Dieu l’appelait à mener une vie reli- ‘gieuse.
On la vit alors se livrer aux exercices les plus admirables de zèle, de piété et de dévouement. Aucune œuvre de charité ne lui est étrangère; mais ce qu'elle affec-
tionne surtout, c’est le soin des malades. Des fièvres contagieuses se déclarent, à Québec, parmi les troupes qui ont accompagné le marquis de Tracy : elle accourt, avec plusieurs autres dames pieuses, pour aider les , cligieuses de l’Hôtel-Dieu dans leurs pénibles fonctions.
Elle eut, avec le P. Chaumonot, une large part dans l'établissement de la dévotion à la sainte Famille. Sa
piété était comme une flamme ardente et communicative, qui s’insinuait partout et embrasait les cœurs.
Mme D’Aiïlleboût avait refusé plusieurs fois de nobles et riches alliances ; elle avait voué entièrement son cœur à
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Dieu. Pour ne plus entendre parler d’alliances humaines, elle rompit enfin tout à fait avec le monde, et se retira à l'Hôtel-Dieu de Québec, où elle mourut le 7 juin 1685, comblée de mérites et remplie d’une douce confiance en Dieu. ‘ Toute la colonie, dit Ferland, la regardait et la vénérait comme une sainte 1, ”
Nous venons de nommer le P. Chaumonot. C’est l’une des plus belles figures de l'Eglise du Canada, et l’une des gloires les plus pures de la Compagnie de Jésus. Sa vio n’est qu'un tissu de sacrifices de toutes sortes. IL avait une piété ardente, et une soif insatiable pour le salut des âmes. -
Il quitte la France ? en 1639, âgé de 28 ans, pour ne plus jamais la revoir, et arrive cette année-là même au Canada. Puis il est envoyé par ses.supérieurs dans la mission lointaine du pays des Hurons, où il exerce son zèle pendant plusieurs années avec les PP. de Brébœuf et Daniel.
Ba Providence appelle ceux-ci à la gloire du niartyre. Pour le P. Chaumonot, elle se contente deses pieux désirs,
et de l’immolation volontaire qu'il a faite de lui-même à Jésus-Christ. Elle le réserve pour une grande et noble tâche. C’est lui qui, après la dispersion de la nation huronne, est chargé d'en réunir les débris auprès de Québec, et de réconforter, par les espérances du ciel et les consolations de la Religion, ce pauvre peuple si cruellement pour-
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1 — Cours d'histoire du Canada, t. IT, p. 149. A 2 — 1] était de la Bourgogne. Et © 40 Yan
L'apôtre des Hurons fonde alors cette célèbre mission de Sainte-Foye, plus tard transportée à Lorette, où l’on vit fleurir parmi des sau ‘ages toutes les vertus de la primitive Eglise. La dévotion à la sainte Famille, qu'il précheavec ardeur, est le secret de sa force et de tous .es succès,
Sa piété et sa confiance en Marie sont sans bornes. Il fait bâtir la première chapelle de Lorette, par reconnaissance envers la sainte Mère de Dieu, dont il reçut un jour une insigne faveur, au sanctuaire de Lorette, en Italie,
Après une carrière apostolique de plus d’un demi-siècle 1, consacrée presque toute entière au service de ses chers Hurons, le P. Chaumonot meurt à Québec le 21 février 1698, à l’âge de 82 ans, encore plus chargé de gloire et de mérites que d'années.
‘ Son nom seul, dit la sœur Juchereau, rappelle le souvenir de sa sainteté, et toutes les personnes qui l’ont connu ont admiré en lui ce qu’on a vu dans les plus grands saints, une humilité profonde. une douceur inaitérable, une charité sans bornes, un zèle infatigable, une union continuelle avec Dieu, une tendresse pour la sainte Vierge, qu’il inspirait à tous ceux qui l'approchaient. Une confiance en Dieu et une foi vive lui ont fait opérer plusieurs miracles 2.”
Le nom de Catherine de Saint-Augustin a été déjà mentionné dans cet ouvrage, à l’occasion de la dédicace de
1- Il est le premier prêtre qui ait célébré ses noces d’or au Canada. Il le fit en 1688, le samedi 20 mars. (Archives de l’archevéché de Québec, registre du chapitre.)
2 — Histoire de lHôtel-Dieu de Québec.
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