CHAPITRE DEUXIÈME
François de Laval au collège de La Flèche, — 11 reçoit la tonsure à l’âge de neuf ans. — Il est admis dans la congrégation du P. Bagot. — 1631-1637,
François de Laval n'avait que neuf ans, lorsque ses parents, qui le destinaient à l’état ecclésiastique, l’envoyèrent au collège de La Flèche pour y faire ses études. La haute réputation de ce collège, leur vénération pour les pères jésuites qui le dirigeaient, les conseils, peut-être, de l’évêque d’'Evreux leur firent choisir cette institution de préférence à toute autre, bien qu’elle fût assez éloignée de Montigny. C'était s'imposer, outre des dépenses considérables, le sacrifice pénible de ne voir l'enfant qu'à de rares intervalles: ils n’hésitèrent pas.à le faire, afin de procurer aux belles facultés de son cœur et de son esprit toute la culture possible, e: Île développer ses heureuses dispositions à la vertu.
La Flèche est une jolie petite ville !, agréablement située sur la rive droite du Loir, au milieu d’un charmant vallon
1 — La ville de La Flèche n’est pas étrangère au Canada. Jérôme Le Royer de la Daunversière, l'organisateur de la Com ie de Mont: , réal, et l'on peut dire le véritable fondateur de cette ville, vivait à La
qu’entourent des coteaux chargés de vignes et de bocages. Elle est régulièrement bâtie; ses rues sont larges et propres. Une promenade plantée d’ormes s'étend à l’extrémité du port formé par le Loir, et le long du cours de cette rivière ; on y jouit d’une vue délicieuse.
Cette ville était, après le Béarn, le lieu de prédilection de Henri IV. C’est là qu’il aimait à se délasser de ses fatigues militaires. C’est 1à qu’il avait fait bâtir (1603) pour les jésuites — car ce huguenot converti, qui avait d'abord , srsécuté les jésuites, s'était sincèrement réconcilié avec eux ! — le grand et magnifique collège que l’on y admire encore?. L'édifice consiste en quatre corps de logis, renfermant cinq grandes cours. Il a vue, au nord, sur un parc splendide, entouré de murs très élevés. Au bout de la galerie qui y conduit, s’élève une belle statue de Henri IV. L'église affectée au collège est remarquable, et a beaucoup d’analogie avec celle du château de Versailles. Le cœur de Henri IV est là 3, précieusement con-
Flèche, et y exerçait les fonctions de trésorier du revenu royal. C'est lui aussi qui créa la communauté des religieuses de Saint-Joseph de ne d’où sont sorties les fondatrices de l'Hôtel-Dieu de Montréal.
La Flèche est aussi le lieu d'origine de la famille de Mgr l’évêque des Trois-Rivières, Le premier de ses ancêtres qui vint au Canada M EE Pierre Richer dit Lafièche.
— Gaillard, Histoire de France.
2 — C’est aujourd’hui le prytanée pour les fils d'officiers morts sur de champ de bataille ou ayant bien mérité de la patrie. Il a été ainsi converti en école militaire en 1764.
8— Le 4 juin, anniversaire de la translation du cœur de Henri IV au collège, il y avait exposition universelle des travaux scolaires de l'année. Cette fête s'appelait la Henriade. gi Pères de la Compagnie de Jésus, octobre 1889).
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servé, avec celui de Marie de Médicis, dans une boîte en
plomb doré 1.
Le collège des jésuites à La Flèche était très florissant : on y accourait de toutes les parties du royaume, et même des pays étrangers. Il y avait plus de quinze cents externes ; l’internat ne comptait pas moins de trois cents pensionnaires ?. Descartes fut élevé dans cette école, et il a écrit que nulle part on n’enseignait mieux la philosophie. C’est là aussi que fut formé Guillaume Rufin 5, qui servit Dieu dès son enfance avec une ferveur si admirable, et a mérité d’être proposé aux jeunes gens comme un modèle de vertus chrétiennes.
Tel est l’endroit où le jeune de Laval se vit transféré tout à coup pour y recevoir des pères jésuites le complément de cette bonne éducation qu'il avait déjà puisée au foyer paternel.
Lorsque l'on arrache une plante du sol qui l’a vue naître, pour la fixer dans un autre lieu, il y a toujours à craindre qu’elle ne se fane et ne languiïsse. Il n’en fut rien pour le jeune de Laval, transplanté de la maison paternelle au collège de La Flèche. Il s’attacha bientôt à sa nouvelle demeure, et y prit de fortes racines. Les paysages si pittoresques, cette belle rivière, ces parcs superbes avec leurs arbres séculaires, le magnifique collège, l’église, surtout,
1 — Joanne.— Bescherélle.
2 — Etudes religieuses.
vf, — Né à Laval en 1657, il mourut à la fleur de V'âgo, le 15 août 4,
où les jésuites savaient si bien, comme partout ailleurs du reste, faire aimer le culte divin, tout dans cette ville était propre à captiver l’esprit du jeune de Laval et à ravir son imagination. Eloigné de sa famille, il retrouvait, dans les pères de la Compagnie de Jésus, le dévouement et l'affection des parents chrétiens qu’il venait de quitter. C'est une chose merveilleuse de voir comment la Providence dirigeait toutes les voies de François de Laval, de manière À assurer l’accomplissement de ses desseins sur lui. Il devait être le premier évêque du Canada. Elle le fait naître d'une des plus illustres familles de la France, celle des Montmorency, où la foi et la piété étaient héréditaires, et dont le chef était précisément à cette époque (1622) le vice-roi de la Nouvelle-France !. Puis elle confie son éducation aux jésuites, ces intré pides missionnaires de l'Amérique du Nord, ceux-là mêmes qui, après avoir connu ses talents et ses vertus, le proposeront pour être le fondateur de l'Eglise de la Nouvelle-France. Elle le met entre leurs mains, pour ainsi dire, afin qu’ils le façonnent, qu’ils le dirigent, qu’ils lui transmettent leur esprit apostolique. Un jour, il ira travailler côte à côte avec eux dans les missions du nouveau monde, et à son tour il leur communiquera la direction et la forme, que l’évêque seul, forma gregis ?, peut donner.
1—La compagnie formée par le duc de Montmorency, en 1621, subsista jusqu'en 1627, et fut remplacée par la compagnie des Cent Associés. Le duc de Montmorency eut le titre de vice-roi de la Nouvelle-France de 1621 à 1625, et fut remplacé par le duc de Ventudour, (Ferland, Cours d'histoire du Canada, t. I, p. 197.) 2— 1. Pierre, V, 3, L
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Sous la conduite des maîtres éclairés qui dirigeaient alors le collège de La Flèche, François de Laval fit des progrès rapides dans l'étude des belles-lettres !. Les fils de saint Ignacé ont toujours été et sont encore les grands éducateurs de l’Europe moderne. Qui pourrait contester l'étendue et la profondeur de leur science, leur habileté à former des hommes et des chrétiens ? A leur école, le jeune de Laval développa le jugement sain et droit, perfectionna l'esprit lucide et éminemment pratique, acquitenfin les connaissances variées que l’on admira plus tard en lui ?.
Les nobles facultés de son cœur se développèrent surtout d'une manière merveilleuse ; sa piété se fortifia, et il acquit cet amour insatiable de la vertu, qu’il devait pousser un jour jusqu’à l’héroïsme. C’est au collège de La Flèche qu’il reçut les véritables germes de sa vocation au sacerdoce et à l’apostolat. C’est là qu’il apprit à vénérer et à aimer les admirables prêtres de la Compagnie de Jésus, dont il devait plus tard partager les labeurs et les mérites dans la Nouvelle-France. Son zèle et son affection pour les
pères jésuites déborderont un jour de son cœur en traits