‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 20 sur 163 · Latour · texte numérisé non relu

Latour

2 — ‘! On sait avec quelle sagacité ces religieux célèbres savaient distinguer parmi leurs élèves ceux que la nature et la grâce avaient doués de plus d'intelligence et de vertu ; quel zèle ils mettaient à développer en eux ces germes précieux, et par combien de soins ils les cultivaient selon les maximes et les principes qui ont toujours animé leur ordre. L'histoire de tant de grands hommes qui ont brillé dans l’Eglise depuis près de trois siècles, soit par la sainteté de leur vie et la pureté de leur doctrino, soit par l'élévation de leur génie et le sublime u qu'ils en ont fait, prouve assez cette vérité... ”? (Vie de Henri- Marie Boudon, Paris, 1837.)

de flammes, et il s’écriera, dans un de ses moments d’épanchement et d’adiniration:

‘ Dieu seul qui sonde les cœurs et les reins, et qui pénètre jusqu’au fond de mon âme, sait combien j’ai d’obligation à votre Compagnie, qui m’a réchauffé dans son sein, lorsque j'étais enfant, qui m’a nourri de sa doctrine salutaire dans ma jeunesse, et qui depuis lors n’a cessé de m'encourager et de me diriger. Je sens qu’il m’estimpossible de rendre de dignes actions de grâces à des hommes qui m'ont appris à aimer Dieu et ont été mes guides dans la voie du salut et des vertus chrétiennes 1..."

Il fit probablement sa première communion au collège; mais nous n’avons, malheureusement, aucun détail sur ce grand événement de sa vie. Nul doute qu’il se prépara avec beaucoup de soin à cette sainte action, et qu’il reçut Notre-Seigneur Jésus-Christ avec une grande pureté de cœur. ‘Il commença dès ses plus tendres années l’étüde de la perfection,” a dit de lui la sœur Juchereau de Saint- Ignace ?. Et l’abbé de Blampignon nous assure qu’il était déjà, au collège, un modèle de piété, et qu’il n’avait pas de plus grand bonheur que de s'approcher très souvent de la sainte eucharistie 3,

I] n'avait encore qu. neuf ans accomplis, lorsqu'il reçut la tonsure cléricale (1631), et entra, par conséquent, dans

: * re Lettre au P. Nickel, général de —n Compagnie de Jésus, août 2 — Histoire de l'Hôtel Dieu de Québec,

3 — Devotissimum audiri apud omvnes, et in torum frequentissimum. (Informations canoniques.)

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mais à l'Eglise, et trouvaient dans cette pensée une protection contre bien des dangers. IL va sans dire qu'ils étaient toujours libres, plus tard, de ratifier ou de résilier cet engagement préliminaire.

Le jeune de Laval fut admis de bonne heure dons la congrégation de la sainte Vierge, qui était composée des élèves les plus édifiants du collège. Elle fut pour lui la source de quelques-unes des meilleures grâces de sa vie.

C’est aux jésuites que l’on doit la création de ces admirables congrégations de Marie. La première naquit au collège Romain en 1568, et fut approuvée par le pape Grégoire XIII; ce fut sur son modèle que se formèrent toutes les

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1 — Latour, 2 — ‘* I] n'était point alors de famille recommandable qui ne payât son tribut au sacerdoce ou au cloître.” (Wie de Boudon.)

autres. Il n’y a guère aujourd’hui de collège ou de séminaire qui ne tienne à honneur d’avoir pour ses élèves une congrégation de la sainte Vierge.

Le but des congrégations est de faire faire aux élèves des collèges, sous les auspices de Marie, des progrès dans les vertus et dans les sciences ; et pour cela il leur est recommandé de mener une vie pure, de fréquenter les sacrements, de s’adonner plus que les autres, et avec plus de ferveur, aux œuvres de la piété chrétienne ; en un mot, d’imiter autant que possible les beaux exemples de vertus que leur offre la vie de leur auguste patronne.

Du reste, les jésuites élargirent bientôt les cadres des congrégations pour pouvoir y admettre les différentes classes de la société. ‘ Des hommes du monde, des magistrats, des p sonnes éclairées briguaient l'avantage d’être

* admis dans ces réunions, dont la piété était l’Âme, et qui ajoutaient de nouveaux liens aux autres rapports d'état et de société. L’honneur d’appartenir à ces congrégations, ct le désir d’y conserver l'estime des confrères, suffisaient pour prévenir des écarts fâcheux ; et l’on se rappelle encore que le commerce se faisait avec plus de loyauté dans les villes où existaient ces utiles associations. Les ouvriers et les artisans avaient aussi des réunions semblables, qui n'étaient pas moins avantageuses pour cette classe, et qui

y maintenaient les habitudes domestiques et le goût des

vertus privées, d’où dépend le bonheur des familles. Ainsi les jésuites, en travaillant pour la religion, travaillaient

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en même temps pour l’Etat et pour les individus, et tous devaient recueillir le fruit de leur charité industrieuse 1, ”

Pour que les congrégations de la sainte Vierge produisent tous les heureux fruits possibles, il faut qu'elles soient bien dirigées, que l’admission soit un honneur réservé aux plus dignes, et que le travail pieux et intelligent du directeur s'exerce avec amour sur ces éléments de choix, qu’il les façonne, les polisse et les taille, comme fait l'ouvrier pour les diamants, qu’il les prépare, enfin, aux fonctions auxquelles leurs talents et leur caractère les destinent dans les différentes carrières de la vie. Heureuse la congrégation qui possède un pareil directeur ! Celle de La Flèche en avait un, dont le nom a traversé les siècles et est venu jusqu’à nous plein de douceur et de suavité.

Le P. Bagot? était vraiment un homme de Dieu, et c'est à lui qu’on avait confié les jeunes congréganistes de La Flèche, pour les former aux bonnes mœurs et à la piété.

1 — Essai sur l'influence de la Religion.

2 — Le P. Jean Bagot naquit à Rennes en 1580. Il fut successivement professeur de pierre dans divers collèges de France, censeur des livres, et théologien du général des jésuites à Rome. Il mourut supérieur de la maison professe de Puris en 1664.

Un de ses ouvrages, publié en 1655, avait pour titre: Défense du droit épiscopal et de la liberté dont les fidèles jouissent pour la messe et la confession de précepte. L'auteur y soutenait, à l'encontre des jansénistes, que l’on satisfait au précepte de l'Eglise, en entendant une messe le

imanche, quand même ce ne serait pas la messe paroissiale, et que l'on peut aussi faire su confession annuelle à n'importe quel prêtre approuvé. Un aime à se rappeler que Mgr de Laval avait été formé à l'école des jésuites et du P. Bagot, qui était tout l'opposé du jansénisme,

11 mettait à ces sublimes fonctions tout son cœur et toute son âme.

Rien, dans son estime, ne lui paraissait préférable à la fonction de former les jeunes gens à la vertu, pas même l'important emploi, auquel il fut un jour appelé, de diriger la conscience du roi Louis XIII. A peine, en effet, ce monarque lui eût-il donné cette marque éclatante de confiance et d'estime, qu’il ne songea qu’à s’en dépouiller pour reprendre le soin de ses chers écoliers, et revint à La Flèche.

Le temps qu’il consacrait à la direction des jeunes gens lui paraissait toujours le mieux employé; quelque amour qu’il eût pour l'étude, il l’interrompait volontiers pour entendre un enfant qui réclamait son attention; et, en remplissant ce devoir modeste, il croyait suivre l’ordre de Dieu. Voilà le directeur qu'avait à La Flèche le jeune de Laval, et qu’il retrouvera plus tard à Paris.

Parmi ses confrères dans la congrégation de la sainte Vierge, il y avait, entre beaucoup d'autres, Pallu 1, qui devint évêque d’Héliopolis, Chevreuil, le futur vicaire apostolique de la Chine, Boudon, le célèbre archidiacre d'Evreux, De Meurs et Fermanel, deux des fondateurs du séminaire des Missions étrangères, et Ango de Maizerets,

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1— L'abbé Pallu était fils d’un conseiller au présidial de Tours, et fut chanoine de l’église de Saint-Martin de Tours. Il était intime ami de Mgr de Laval; et c'est peut-être sur sx recommandation que fut établie entre !e séminaire 5 Québec et le chapitre. de Tours cette union de prières qui a existé si longtemps.

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l’un des futurs directeurs du séminaire de Québec. Quelle troupe de vaillants soldats! Quelle admirable école de sainteté |

Un jour, — c'était en 1640, — le P. Bagot réunit les pieux congréganistes, et leur fait une exhortation pathétique sur les avantages des conférences spirituelles, Touchés de ce discours, ils prennent la résolution de s'assembler, autant que possible, chaque semaine, sous la direction de leur bon père. Ils y furent fidèles. Dieu bénit ces assemblées ; on s’y édifiait les uns les autres, on se communiquait le feu sacré, on s’excitait à la vertu par de pieux entretiens !. Beaucoup dé généreuses résolutions furent prises, sans doute, dans ce petit cénacle de jeunes gens, où régnait une pieuse émulation à qui ferait le plus de sucrifices pour la gloire de Dieu 2?

Mais il est probable qu'entre tous, François de Laval n'était pas le moins vaillant ni le moins résolu pour le

bien. On assure, en effet, que tout jeune il éprouvait déjà

intérieurement un attrait souverain pour le travail des missions 3, Il pre-sentait, sans doute, l’ordre que Dieu

1 — ‘ La vertu des congréganistes se prouvait par des œuvres : on est profondément édifié de voir ces jeunes gens distribuant, chaque jour, aux nécessiteux des provisions à la sortie du collège, visitant les parres à domicile, consolaut les prisonniers, rendant aux malades de ‘hôpital les plus humbles offices, pour l'amour de Jésus-Christ. . .” (Etudes religieuses. )

2 — Latour,

3— Voir plus luin Lettre de Louis XIV au pape Alexandre VII, en 1657. D’après M. de la Colombière, le jeune de Laval se sentit même inspiré dès ses plus tendres années, de venir en Canada.” (Æloge funèbre.) Cela n’a pas lieu de nous étonner. Dieu permet quelque-

devait lui donner un jour, comme autrefois à Abraham : “{ Sortez de votre pays et de la maison de votre père, et venez dans la terre que je vous montrerai !. ”

fois que ceux qui sont appelés à une grande mission en ont un pressentiment dès leur jeune Age. Ceux qui ont lula Wie de Just de Bretenières, par Mgr D’Huist, se rappeilent sans doute la vocation extraordinaire que le jeune confesseur de la foi éprouva, dès l’âge de six ans, pour les missions lointaines de la Chine et de la Corée.

1-— Eyredere de terra tua. et de domo patris tui, et veni in terram quam monstrabo tibi. (Genèse, XII, ve C’est le texte de l’ Eloge funèbre de Mgr de Laval, par M. de la Colombière.

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