‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 28 sur 163 · Plus de sept ans, de 1646 à · texte numérisé non relu

Plus de sept ans, de 1646 à

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ses fonctions avec une exactitude et une dignité qui lui firent le plus grand honneur. Il se démit ensuite purement et simplement de son bénéfice, sans même se réserver une pension, et pour la plus grande gloire de Dieu. ” M. Picquet, curé de Saint-Josse, ajoute: ‘‘Il s’acquitta toujours de ses fonctions d’une manière parfaite, et à l'édification de tous, visitant avec bexucoup de soin toutes les paroisses de son archidiaconé, réprimant les abus, et anuonçant fréquemment la parole de Dieu dans le cours de ses visites !. ?? k

Il dut rencontrer beaucoup d’obstacles dans l’accom plissement de ses devoirs d’archidiac re, si l’on en juge par les traverses que son sucsesseur, malgré ses hautes qualités, éprouva lui-même, et par les désordres qui régnaient alors dans ie aincèse d’Evreux. Mais il avait sans doute adopté la devise de son ami Boudon: Dieu seul! Faire le bien en vue de Dieu et pour Dieu, sans s'occuper plus qu'il ne faut du succès. Ce n'est pas le succès que Dieu récompense, muis les efforts et la bonne volonté. |

Ce désintéréssemént si généreux, François de Laval dut le pratiquer en maintes circonstances. Le revenu de sor bénéfice consistait uniquement dans les rétributions qu’on devait lui donnér à l’occasion de chaque visite; et il paraît qu'elles étaient souvent fort mal payées ?.

M. de la Colombière, parlant de Mgr de Laval conime archidiacre d'Evreux, lui rend ce témoignage: ‘* L’exacti-

1— Informations canoniques.

2 — Vie de Boudon.

tude de ses visites, la ferveur avec laquelle il s’y comporta, la réforme et le bon ordre qu’il établit dans les var oisses, le soulagement des pauvres, son application à toutes sortes de biens, dont aucun ne lui échappait: tout cela fit bien voir que, sans être évêque, il en avait l’esprit et le mérite, et qu’il n'y avait pas de service que l’Eglise ne dût attendre d’un si grand sujet ! . ”

C’est dire assez clairement que François de Laval, bien

qu'il fût un archidiacre selon le eœur de Dieu et les vœux de l’Eglise, n’était pas là dans son élément. L’archidiaconé d’'Evreux n’était pas un champ assez vaste pour lui. Son zèle s’y trouvait à l’étroit ; il avait besoin de se dilater, de se répandre, de se communiquer : il lui fallait de l’espace. Dieu lui avait donné des ailes d’apôtre, une soif ardente de prêcher l'Evangile ; il aurait voulu s'envoler vers les pays lointains, encore plongés dans les ténèbres de l’idol4trie, pour communiquer à ces pauvres peuples le feu divin dont il était embrasé, pour les éclairer de la divine lumière, et pour gagner à Dieu ces âmes encore captives du démon, et cependant rachetées au prix du sang de Jésus-Christ. ‘ Quoi de plus beau. s’écrie-t-il quelque part, que de se dévouer, de se dépenser tout enter pour le salut des âmes! C’est la grâce que je demande, que j'espère, que j’aime ? .”

Ce désir fut un jour sur le point d’être réalisé. C'était en 1652. Le P. de Rhodes, dont nous avons déjà parlé,

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1 — Eloge funèbre.

‘2 — Lettre au P, Nickel, géréral de la Compagnie de Jésus, 1659.

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venait d’arriver de nouveau de ses missions lointaines, et voulait emmener avec lui au Tonkin et en Cochinchine quelques vicaires apostoliques. Il jeta les yeux sur trois de ces jeunes gens qu’il avait connus autrefois dans la congrégation du P. Bagot, lors de son premier voyage à Paris: MM. Pallu, Picquet et de Laval. Il leur communiqua son projet de les proposer pour évêques à la cour de Rome, et leur demanda s'ils accepteraient.

L’épiscopat, en toute autre circonstance, n'aurait pas tenté ces jeunes gens, qui abhorraient les honneurs et les dignités. Maïs il ne s'agissait pas ici d’un épiscopat ordipaire ; c'était plutôt une mission de sacrifice, de dévouement, et peut-être de martyre. Ce n’était pas une couronne de roses ni de diamants qu’on leur offrait, mais une couronne d’épines. Ils virent dans la proposition du P. de Rhodes une invitation de la Providence, qui leur offrait un vaste champ pour exercer leur zèle. Ils acceptèrent.

Le P. de Rhodes négocia l'affaire avec la Cour de Rome et celle de France. Déjà la Propagande avait, l’année précédente (7 août 1651), rendu un décret dans lequel elle priait le souverain pontife de prendre des moyens efficaces pour doter les Eglises de la haute Asie d’un clergé indigène, Mais il fallait auparavant y envoyer quelques évêques d'Europe. Le projet du P. de Rhodes fut agréé par le pape Innocent X, ainsi que le choix des candidats qu’il avait fait. Il fut convenu que les abbés Pallu, Picquet et de Laval seruient nommés évêques, et envoyés!

au Tonkin et en Cochinchine en qualité de vicaires apostoliqués.

Ils se rendirent à Rome, sur la recommandation du P. de Rhodes, qui leur avait conseillé d’aller visiter le tombeau des saints apôtres. M. de Meurs, un de leurs confrères de la Congrégation, les accompagnait. Nous aimerions à connaître quelles furent leurs impressions dans la ville éternelle, et comment ils employèrent le temps précieux que la divine Providence leur y avait ménagé. Malheureusement nous n’avons rien de précis sur ce sujet.

Ce qui paraît certain, c'est qu’ils furent plus de quinze mois à Rome, £e tenant toujours prêts à partir pour leur mission lointaine, aussitôt que tout serait définitivement réglé. Ils eurent donc le temps de visiter à loisir les sanctuaires de la ville sainte, d’y nourrir abondamment leur piété, et surtout de se bien pénétrer de l'esprit de l'Eglise romaine, qui est la mère de toutes les Eglises. Ils durent être présentés plusieurs fois au souverain pontife Innocent X, qui portait un si vifintérêt aux missions du Tonkin, auxquelles ils se destinaient. Ce pape mourut pendant qu’ils étaient encore à Rome, le 7 janvier 1655, et ils eurent aussi le bonheur de voir son successeur.

Voici comment ils rendirent compte eux-mêmes de l’audience que leur accorda le souverain pontife Alexandre VII.

M. de Meurs, l’un des futurs fondateurs du séminaire des Missions étrangères, porta la parole au nom de ses compagnons, et supplia le pape de vouloir bien appuyer

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de toute son autorité le dessein des missions que ses prédécesseurs avaient projeté de fuire faire en Orient par des prêtres français. ‘‘ Très Saint Père, dit-il, la divine Providence semble avoir réservé à Votre Sainteté l'exécution de ce pièux projet. ”

Le pape témoignà à nos jeunes apôtres une bonté toute paternelle. Il loua leur dessein, et les exhorta, dans les termes les plus forts et les plus touchants, à l’accomplir sans crainte des oppositions qu’il pourrait rencontrer. ‘‘ La protection du saint-siège ne vous manquera jamais, ” leur’ dit-il. Il daigna même leur ouvrir familièrement son cœur, et les assurer qu’il avait eu autrefois. lui-même le dessein de se consacrer à ces missions de l'Orient, mais que, n'ayant pu l'exécuter, il était ravi que la Providence lui fit naître l’occasion de l’appuyer de son autorité apostolique. ‘‘ Je n’épurgnerai rien, ajouta-t-il, pour faire réussir votre projet; je vais nommer incessamrment cinq cardinaux pour travailler à cette importante affaire, et la terminer promptement 1! … ”

Heureusenent pour le Canada, l’affaire du Tonkin traîna en longueur. Une foule d’obstacles se présentèrent; la Cour üe Portugal opposa une résistance absolue à la nomination de nos trois jeunes Français comme vicaires apostoliques au Tonkin; et ils repassèrent en France. Le ‘saint-siège renonça pour le moment à l'exécution du projet. Il ne fut repris avec succès qu’en 1658, au moment même

1— Eugène Veuillot, Le Tonkin et la Cochinchine, Paris, 1884.

où l’un des trois jeunes apôtres désignés pour le Tonkin, ‘4 Mgr de Laval, était nommé au vicariat apostolique de la Nouvelle-France 1.

La Providence, qui conduit tout et dont les voies sont vraiment admirables, réservait pour le Canada les services et le zèle de l’abbé de Montir, y. S'il eût été au Tonkin, notre pays aurait probablement été privé pour toujours de la direction si sage, si droite et si éclairée de ce grand

homme. Et qui sait si, avec un autre évêque moins hero ee

attaché que lui aux doctrines romaines, ou entaché de homme

jansénisme et de gallicanisme, comme il y en avait tant

à cette époque, il n’aurait pas fait fausse route? 1 ‘ Le de Fes official d’]

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1 — Essai sur l'influence de la Religion. — Vie de Boudon.

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— Voir not Mgr de Laval,

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