‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 29 sur 163 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

François de Laval résigne l’archidiaconé d'Evreux en faveur de Boudon. — Rapports de sainte amitié qui unissent ces deux hommes. -- F‘aélité de François de Laval à son ami persécuté.

‘ Le dernier jour de février 1654, M. de Beaumesnil, official d'Evreux et vicaire général de M. Gilles Boutaut, évêque de la dite ville !, a conféré à Henri Boudon, clerc du diocèse de Laon, l’archidiaconé d’Evreux, vacant par la résignation faite en sa faveur par François de Laval, prêtre, dernier possesseur, suivant la signature dounée à Rome le 7 des Ides de décembre de la 10° année du pontificat de Notre Saint Père le Pape Innocent X 2. ”

Le document important que nous citons ici, et qui se trouve dans les archives du diocèse d'Evreux, prouve à l'évidence que François de Laval n’était plus, comme on l’a prétendu 3, archidiarre d’Evreux, lorsqu'il fut sacré

1— Successeur de Noël du Perron,

-2 . Pouillé du diocèse d'Evreux, t. I, p. 146. —— ‘‘ En 1654, le \ dernier de février était le 28, Le 7 des Ides de décembre de la 10e \”# aunée du pontificat d'Innocent X correspord au 7 décembre 1653. ” (Lettre de M. l'abbé Videgrain, chanoine secrétaire d’Evreux. )

3— Voir note C, à Ja fin du second volume, Article de M. Meriet sur Mgr de Laval,

évêque en 1658. Il avait donné sa démission depuis plusieurs années.

Ce fut pendant qu’il était à Rome, le 7 décembre 1653, que, profitant de sa nomination projetée au vicariat apostolique du Tonkin, il résigna son archidiaconé d'Evreux. Comme il lui était permis de désigner son successeur, ses vœux et son choix tombèrent sur Henri-Marie Boudon, dont il connaissait les aptitudes et la rare vertu.

‘* Ni la chair ni le sang, dit M. de la Colombière, n’eurent de part à cette disposition. Bien loin de jeter les yeux sur quelqu'un qui le sollicitât ou qui lui eût été recommandé, il choisit un homme de grâce, qui, en ce temps-là, n’était connu que de Dieu et d’un petit nombre de ses amis, mais dont la sainteté a depuis fait un des ornements du clergé de France. Ce fut l’humble, le pauvre, le zélé M. Boudon, qui de nos jours a fait voir dans sa personne la pauvreté de saint Jean, jointe à la prédication de saint Paul. Ce fut là l’Elisée que notre Elie prit pour son successeur 1,”

Henri-Marie Boudon et François de Laval étaient à peu près du même âge?: ils s'étaient connus intimement au collège de la Flèche ainsi que dans la congrégation du P. Bagot, à Paris, et ils étaient unis par les liens d'une

sainte amitié. Mais ce qui resserrait encoié Ces liens, c'est } “Co

1 — Eloge funèbre.

2— Boudon naquit à la Fère, er, Picardie, le 14 janvier 1624, ot mourut à Evreux, le 31 août 1702. Il était doiic près de deux ans plu jeune que Mgr de Laval, et mourut six ans avant lui.

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que, par un admirable dessein de la Providence, Boudon était depuis quelques années (1648). l'hôte de la famille des Laval-Montigny. Pauvre, délaissé par ses parents, manquant de tout, il avait été recueilli avec bonté par Jean- Louis de Laval, et recevait dans cette noble famille le bienfait de la plus cordiale hospitalité.

Mme de Montignv et ses enfants ne tardèrent pas à apprécier le trésor de vertus et de mérite qu’ils possédaient dans leur maison. La conduite de Boudon était si réservée, si simyle et si pieuse, sa vertu si aimable, que tout le monde se sentait attiré vers lui. C'était à qui aurait le bonheur de jouir de son entretien et de se rrcommander à ses prières.

‘ J'ai une grande confiance en vos prières. Monsieur, lui écrivait Anne de Laval, sœur de l’abbé de Montigny et religieuse à Nantes, et je vous supplie de n2 pas me les refuser. J'ai une grande consolation que la divine Providence vous ait obligé de demeurer avec mon frère. C'est

pour lui un bonheur bien particulier, et que je suis qu’il

estime parfaitement: et moi, j'en remercie tous les jours la bonté infinie de Dieu. J'espère, Monsieur, que vous me donnerez quelquefois de vos nouvelles, et que vous me ferez part des bons sentiments que Dieu vous donne !. ” Heureux hôte, qui avait su inspirer une pareille estime et gagner une si sincère affection! L'abbé de Montigny, surtout, ne cessait de rendre. grâces à Dieu de la faveur

1 — Lettre du 12 janvier 1650, citée dans la Vie de Boudon.

faite à sa famille. Il éprouvait lui-même des jouissances ineffables, lorsque, au retour de ses longues visites dans son archidiaconé d’Evreux, il pouvait venir se reposer quelque temps auprès de sa mère, et s’entretenir cœur à cœur avec son ami.

La conversation de Boudon était toujours douce, aimable et pleine de grâce. Citons au hasard deux exemples de sa manière délicieuse d'exprimer sa pensée.

Parlant de lu présence de Dieu: *‘ C’est une douce pratique, dit-il, lorsqu'on est dans les campagnes, dans 1: menade d’un b ‘is, d’une allée de jardin, de se ressouvenir que tous ces lieux sont remplis de Dieu, que l’on est, que l’on marche dans la divinité, et ensuite, de temps en temps, l’adorer. Il est doux de prendre cette pensée dans son cabinet, il est doux de lavoir au milieu des rues d’une ville, parmi les conversations; mais au moins il faudrait la rappeler à toutes les heures. ”

Parlant ailleurs de la sympathie qui entraîne les âmes vers les âmes: ‘On croirait, dit-il, qu’un instinct secret entraîne les unes vers les autres les âmes que la piété ais-

pose à la pratique des conseiis les plus sublimes, et celles |

qui savent le mieux en montrer les voies cachées, s'il n’était pas plus vrai de penser que Dieu, ‘attentif à leur bonheur et à sa gloire, les conduit lui-même à se trouver et à s'entendre.” Il est difficile de mieuR penser et de mieux dire. ’ è

Tout laïque qu'il était, Boudon exerçuit autour de lui un véritable apostolat de bonnes œuvres. Il était en rapport

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de son pie hâter sa « possible d à la résolu diaconé d' Mais s’il :

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de lettres et d’avis spirituels avec les principaux hommes de bien de son temps, les Vincent de Paul, les Olier, les Surin, les Bourdoise, les de Bernières, les Renty, Il était en communication avec presque toutes les communautés religieuses. Il rendit surtout d’inappréciables services à la vénérable Catherine du Bar, dite Mecthilde du Saint- Sacrement; c’est grâce À ses conseils et à ceux de M. de Bernières qu’elle put réussir à fonder son aümirable association de l’adoration perpétuelle.

On regrettait que Boudon ne püût se décider à entrer dans le sacerdoce, pour lequel il semblait avoir toutes les marques possibles de vocation. L'abbé de Montigny, surtout, qui savait tout ce que cette âme renfermait de ressources et d’aptitudes pour la direction des conscisnces et pour le saint ministère, gémissait de voir la répugnance de son pieux ami à recevoir les ordres sacrés. Le désir de hâter sa détermination et de le voir entrer le plus tôt possible dans la carrière sacerdotale, ne fut pas étranger à la résolution qu’il prit de résigner en ea faveur son archidiaconé d'Evreux.

Mais s’il n'était pas facile de persuader Boudon de se faire prêtre, il l'était enrore moins de l’engager à débuter dans la carrière ecclésiastique par la dignité d’archidiacre. Longtemps les instances de l’abbé de Montigny furent inutiles ; il eut recours au P, Bagot. Ce saint religieux, persuadé que la volonté divine appeluit Boudon à l'Eglise d'Evreux, lui parla au nom de l'autorité qu'il avait sur son âme, et de l’obéissance qu’il devait aux desseins de la Pro-

64 VIE DE MGR DE LAVAL vidence sur lui. Ces püissants motifs triomphèrent enfin de sa résistance ; Boudon consentit à entrer dans l'état ecclésiastique, et à succéder à François de Laval dans l’archidiaconé d’Evreux.

Celui-ci obtint à Rome un extra tempora et dispense des interstices. Boudon était déjà gradué à l’université de Bourges. Il fut tonsuré à Paris par le nonce du pape, le 4 novembre 1653 : ‘‘ Ce jour où l’on célèbre la fête de saint Charles Borromée est devenu pour moi, écrivait-il, la fête de Dieu seul ; car, y étant. fait clerc, j’y ai pris Dieu pour mon sort et mon partage 1.”

Il fut ordonné prêtre à la fin de l’année 1654, après avoir fait une longue retraite à la Chartreuse de Gaillon, Il avait quitté définitivement la famille de Mgr de Laval au mois de juin de la même année, et pris possession de son archidiaconé, qui lui avait été conféré dès le 28 février précédent.

Il n'entre jas dans le cadre de cet ouvrage de raconter la carrière édifiante de Boudon dans l’archidiaconé d'Evreux. Il y a pourtant une partie de ceite vie‘admirable et accidentée que nous ne pouvons passer sous silence, parce qu’elle fait voir un des plus beaux côtés de la riche nature de Mgr de Leval lui-même : son grand cœur, et sa fidélité à ses amis.

En prenant possession de sa charge d’archidiacre, Boudon avait résolu d'en remplir tous les devoirs avec fermeté,

1 — Lettre 18e de Boudon.

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Réformer les nombreux désordreset les abus qui régnaïent dans le diocèse d’'Evreux, voilà le but qu’il poursuivit sans relâche. A peine eut-il commencé ses visites, ‘‘ qu'il trouva, nous dit son biographe, la plupart des églises dans une malpropreté dégoûtante et dans un dénuement complet. Dans beaucoup de paroïsses, les enfants étaient laïssés sans instruction, la chaire muette, l'office célébré sans révérence et sans exactitude, les malades souvent privés des sacrements, ou assistés avec négligence ; des exemples scandaleux étaient quelquefois donnés au peuple par ceux dont la présence n’aurait dû leur inspirer que des pensées de vénération et de piété 1.” Il y avait surtout un usage généralement répandu, qui donnait lieu à de grands scandales et à des scènes très inconvenantes ; c’étaient les feux qu’on allumait la veille de la Saint-Jean. Cet usage, reçu d’abord comme pratique religieuse, devint bientôt pour le peuple une occasion de licence déplorable.

Boudon ne pouvait remédier à tant d’abus sans rencontrer une vive opposition ; il ñne pouvait surtout s'attaquer au clergé sans encourir sa haine. Aussi les persécutions ne lui firent pas défaut. Plein de confiance, cependant, dans la justice de sa cause et la droiture de ses intentions, fort de l'estime de son évêque, il resta toujours calme, ferme, marchant droit son chemin ; rien ne put l’ébranler.

Mais ses ennemis se voyant perdus, s’ils ne changenient de tactique, résolurent de le perdre lui-même, si c'était

1 —. Vie derBouden.

possible ; et, pour réussir, ils ne craignirent pas de porter auprès de l’évêque ! les accusations les plus sérieuses contre ses mœurs. Trouvant l’évêque sourd à leurs plaintes, parce qu’il était prévenu contre eux, à cause de leurs désordres, ils font intervenir un célèbre religieux, qui donne dans le piège, et qui, convaincu sans doute de la vérité des crimes imputés à Boudon, écrit contre lui les choses les plus graves. La partie était gagnée ; l’évêque finit par se laisser surprendre, et par se préjuger contre un homme qu’il avait toujours regardé comme un modèle et comme un saint.

Boudon avait-il donné prise à la calomnie par quelqu’une

de ces imprudences, dont les âmes les plus naïves et les :

plus saintes sont capables ? Ce qui est certain, c’est qu’il fut complètement réhabilité plus tard, et reconnu parfaitement innocent.

Quoiqu'il en soit, l’évêque d’'Evreux lui retira dès lors toute sa confiance, et ne le regarda plus que comme un homme perdu et méchant. Un ecclésiastique de Rouen lui ayant écrit pour plaider la cause de Boudon : ‘‘ Je ne sais, Monseigneur, pourquoi vous persécutez ainsi Boudon ; car c'est un ange; et Votre Grandeur en a eu assez de preuves

. par les grands biens qu’il a faits dans son diocèse.” — ‘Oui, répondit l’évêque avec amertume, c'était un ange, et plus qu’un ange, mais il est déchu.”

1-- M. de Maupas, qui avait succédé à Gilles Boutaut. Il assista, à Rome, en 166b, à la canonisation de saint François de Sales ; et, durant son absence, Boudon administra le diocèse d'Evreux, en qualité de grand vicaire, ‘

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Comme il arrive presque toujours dans le malheur, Boudon se vit bientôt isolé, et abandonné de presque tous ses amis. Elle est si nombreuse la troupe des lâches, qui ne sont fidèles que dans la bonne fortune, et qui, craignant de se compromettre, rougissent de tendre une main secourable à un ami dans l’adversité! Boudon en fit la triste expérience; mais, délaissé de tout le monde, il n’en fut que plus attaché à sa devise: Dieu seul! C’est en Dieu seul qu’il mit toute sa confiance, et qu’au milieu des plus : grandes épreuves il trouva un peu de bonheur et la paix de l’âme.

Du reste, quelques-uns de ses meilleurs amis lui demeurèrent fidèles jusqu'au bout. De ce nombre furent M. Fermanel, l’un des fondateurs du séminaire des Missions

étrangères, M. Tiersault, aumônier de la reine Anne d'Autriche, mais surtout l’évêque de Québec, Mgr de Laval. Celui-ci avait le cœur trop noble, il connaissait trop bien la vertu solide de son ami, pour l’abandonner au milieu des persécutions et des chagrins. Rien de plus beau et de plus ravissant que les lettres qu’il lui écrivit du Canada, à cette époque. Ce ne sont pas tant des paroles d'encouragement qu’il lui adresse, que des félicitations de ce que Dieu l’a jus à‘one de souffrir quelque chose pour lui.

Il lui écrit de Québec, le 30 septembre 1666: ‘‘ Jésus crucifié soit notre force! Jamais je ne fus plus consolé d'aucune de vos lettres, que de celle que j’ai reçue cette année. L’on ne peut lire sans horreur le manifeste perni-

cieux qui a été publié contre votre réputation. Je vois que l'enfer a vomi tout ce poison, et que ce malheureux auteur y a puisé toute la malice dont il est composé.

‘ Je ue puis vous estimer malheureux, puisque Notre- Seigneur, la vérité éternelle, vous béatfie: : Beati estis, quum maledixerint vobis homines, et dixerint omne malum adversum vos !, Au contraire, je me réjouirai avec vous dela joie des saints apôtres, lesquels tbant a conspectu concilti, gaudenñtes-quoniam rdigni habiti sunt pro nomine ejus contumebiam pati 2, |

‘* Ma consolation donc, mon cher Monsieur, recevant votre lettre, est de ce que, par la miséricorde de Notre. Seigneur, il vous a donné un cœur capable d’avoir autant de joie et d’amour:pour la croix et le mépris, que le monde en; conçoit d'horreur et : d’aversion : Non fecit taliter onvu nationi 3. Sans doute, la très sainte Vierge et lessaints anges vous auront procuré cette grâce par un amour spécial qu'ils ont pour votre âme. C’est la précieuse pere de l'Evangile, quam qui invenit abscondit, et pra gaudio illius vadit; et vendit universa-quæ habet, et emit illam À.

‘: Priez bien Notre-Seigneur, qu'il me fasse la grâce de bien user.des grâces qu’il me fait, et des petites.croix qu'il nous-présente quelquefois à souffrir 5 ”

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1 — Matth., V, 11.

.2— Act., V, 41.

3 — Ps. 147, v. 20.

44 -Matth,, XILL, 44, 5 — ‘* L'évêque de Pétrée avait trouvé dans l'exil auquel il s'était

condameré;/des souffrances plus difficiles à supporter:que celles quellui

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Heureux évêque, qui, possédant à fond'les:saintes: Koritures, pouvait s'élever à des considérations si sublimes) prendre les choses de si haut, glorifier et diviniser, pour ainsi dire la souffrance, et ne pas daigner recourir: à d'autres raoyens qu’à ces grandes vérités surnatüreiles

ÿ pour consoler:son ami! Plus heureux: arui d’avoir-enw pour consolateur un tel évêque, mais surtout d’avoir été jugé capable de comprendre un langage si relevé, et d'apprécier des sentiments si chrétiens !

En même temps qu'il écrivait à Boudon, Mgrde Laval s'employait auprès de l’évêque d’Evreux pour le supplier de rendre justice à son ami, et, dansune lettre-magnifique, il lui disait ‘‘ tout ce qu’il connaissait de sa piété et de ea vertu 1.” Maïs tout fut inutile. Cet évêque, bienintentionné d’ailleurs et de bonne foi, s'était persuadé que Boudon était un monstre d’hy pocrisie et de perversité, dont toutes les œuvres, loin de glorifier Dieu, devaient porter aw scandale et au mépris de la religion. Tant il est vrai qu’il n’y a rien de plus à craindre que les préjugés, et que, chez les grands surtout, ils peuvent conduire aux plus cruelles injustices ? |

promettaient un climat rigoureux et des pouplades sans religion et sans discipline, Tout ce qui l’entourait semblait se réunir pour entraver les efforts de son zèle ; et, lorsque fatigué de tant d'obstacles, il se démit plus tard de l'autorité épiscapale, il ne vit pas cesser pour cela l'opposition que des hommes, d’ailleurs recommandab'es, «pportaient à scs vues lee plus pieuses.” (Vie de Boudon, p. 221.)

1 — Lettre de Mgr de Laval à M. de Maupas, octobre 1666:

2— M. de Maupas mourut accidentellement à Evreux le 12 août 1680. ‘* La mort, dit le biographe de Boudon, conduisit ce-bon évêuue

Dix ans après (1677), la tempête était passée, le calme s'était fait, la parfaite innocerce de Boudon avait été publiquement reconnue; et celui-ci ayant écrit à Mgr de Laval pour lui annoncer la fin de ses épreuves, le pieux évêque lui répondit: ‘‘J’ai reçu, mon cher Monsieur, bien de la consolation d’apprendre que Notre-Seigneur, après toutes les épreuves dont sa divine conduite s’est servie pour exercer votre patience et pour vous sanctifier, en vous faisant la miséricorde d’en faire un bon usage, enfin vous a rétabli dans la réputation que lui-même assurément a permis que l’on vous ait ôtée. Dominus mortificat et vivifcat ; deducit ad inferos, et reducit 1. Tout ce que la main de Dieu fait nous sert admirablement, quoique nous n’en voyions pas sitôt les effets.

‘T1 y a bien des années que la Providence conduit cette Eglise, et nous par onséquent, par des voies fort pénibles et crucifiantes, tant pour le spirituel que pour le temporel ; pourvu que sa sainte volonté soit faite, il ne nous importe; et il me semble que c’est toute ma paix et tout mon bonheur en cette vie, où je ne trouve point d’autre paradis. C’est le royaume de Dieu qui est zu dedans de l’âme, et qui fait notre centre, notre vie et notre tout.

‘* Priez-le bien, sa sainte mère, son saint époux, tous les saints anges et bienheureux esprits, qu’ils me fassent la grâce

là où tout ce qu’il peut y avoir d'inconstant dans l'amitié et d'imparfait dans l'autorité des puissances de la terre, est remis dans un ordre éternel. ”

1 — 1. Rois, I, 6.

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C'est bien là le langage de la foi, de la véritable piété, et de l’abandon à la sainte volonté de Dieu ! Mgr de Laval, après avoir félicité son ami d’être sorti entin des cruelles épreuves que la Providence lui avait envoyées, fait allusion aux contrariétés qu'il éprouvait lui-même dans le gouvernement de son Eglise. Nous reviendrons plus tard sur ces épreuves, et le nom de Boudon apparaîtra de nouveau alors dans ces pages.

En attendant, pour prouver la haute estime et la vénération que le saint prélat garda jusqu’à la fin pour son ami, citons les paroles qu'il écrivait à M. Thomas ?, quelque temps après la mort de Boudon (1702): ‘ Que je vous estime heureux, lui disait-il, d’être à portée d'aller at tombeau de ce cher défunt, pour l’engager à prier pour nous | Je souhaite surtout que vous vouliez bien lui demander pour moi quelque portion de cette foi vive, et de ce parfait abandon à Dieu, qu’il a si bien possédés. Sa vie est une parfaite imitation de Jésus-Christ: que Dieu me fasse

la grâce de l’imiter aussi bien que je l’honore ! ”

Fi 2, Cor., VI, 8. — Lettre de Mgr de Laval à Boudon, 6 novembre 2 — Conseiller au Châtelet de Paris, et ami de Boudon. D’après le biographe de celui-ci, sa charité n'aurait pas été étrangère au Canada. # Ce fut Boudon, dit-il, qui engagea ce pieux magistrat à répandre ses aumônes sur les pauvres chrétiens du Canada.” (Vie de Boudon, p. 418.)

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