‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 32 sur 163 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Négociations pour l'envoi d’un évêque au Canada. — François de Laval 2roposé au saint-siège pour l’épiscopat. — Son parfait abandon à ln Providence. — 1657. {

est une question de savoir à qui revient i’honneur d'avoir pensé, tout d’abord, à demander un évêque pour le Canada. Est-ce aux jésuites, qui desservaient avec tant de zèle et depuis tant d'années (1625) ! les missions de la Nouvelle-France, ou bien à la Compagnie de Montréal ?, qui ne faisait pour ainsi dire que de naître (1640), mais qui mettait déjà à l’accomplissement de sa mission patriotique et religieuse un dévouement si admirable ?

Nous ne parlons pus ici d’une idée purement spéculative, telle qu'auraient pu l’avoir Champlain lui-même et les

1—‘° On forma en 1611 un établissement à Port-Royal, dans l’Acadie, et deux missionnaires jésuites, les PP, Biard ot Masse, y furent envoyés par les soins du P. Coton, confesseur de Henri IV. ” (Exai sur l'infiuence de la Religion.) Mais ce ne fut qu’en 1625 que les jésuites vinrent au Canada proprement dit. Ils retournèrent en France, après la prise de Québec par les Anglais en 1629, et revinrent en 1632,

2 — ‘* Une compagnie de personnes zélées de la Capitale entraprit d'exécuter plus en grand ce qu'on avait fait à Sillery. ” (Essai sur l'influence de la Religion. )

récollets, en pensant aux destinées que Dieu réservait à notre pays: nous voulons parler d’u-e1dée pratique, c’est-

à-dire, des premières démarches qui furent faites pour avoir un évêque au Canada.

L'histoire des faits ne nous permet pas de douter que, si les jésuites réussirent à faire résoudre définitivement l’envoi d’un premier évêque au Canada, et surtout à faire nommer l’homme de leur choix, ce furent les associés de la Compagnie de Montréal qui, les premiers, s’occupèrent sérieusement de cette question.

Dès 1643 1, ces pieux associés avaient écrit au souverain pontife, le priant d’antoriser le nonce, résidant à Paris, à donner des pouvoirs de juridiction aux ecclésiastiques qu'ils avaient résolu d'envoyer au Canada, pour y desservir leur colonie naissante ?, -

Cette première démarche leur fait beaucoup d'honneur. En effet, il est probable que déjà, à cette époque, l’archevêque de Rouen avait des prétentions à la juridiction sur le Canada, puisque trois ans plus tard (1646) on y exerçait certainement cette juridiction en son nom #. Et cependant, ce n’est pas à lui que les associés de Montréal s'adressent ; ils vont tout droit à la vraie source du pouvoir ecclésiastique, au souverain pontife.

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1 — Année de la mort de Louis XIII (14 mai). Louis XIV, né le 5 septembre 1638, n'avait pas encore cinq ans. La régence fut confiée à la reine mère, 4 nne d'Autriche.

2 — Faillon, Histoire de la colonie française en Canada, t. IE, p. 47, 3— Archives de l'Hôtel-Dieu de Québec.

un siège

autrefois le célèbre siastique.

dépensait aurait pu Le card de Montré consultés, nommé pa retraite qu’ son accepta en l’année 1 L'année 5 de Montréal de France 2 firent dans ] députer que

1 — Lettre sp

2 — Le clergé Surtout pour d asseinblées étaie assemblées ordi rance : elles se de 1645, elles se 8, il y en nv:

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Ne recevant pas de réponse, peut-être parce que leur demande aurait dû passer par l'intermédiaire du nonce, ils concertent entre eux le moyen de faire ériger dans le pays un siège épiscopal. Ils jettent les yeux sur M. Legauffre, autrefois maître des comptes à Paris, converti à Dieu par le célèbre P. Bernard, et qui avait embrassé l’état ecclésiastique. M. Legauffre était un homme vertueux, qui dépensait en bonnes œuvres son immense fortune, et qui aurait pu faire beaucoup de bien à l’Eglise du Canada.

Le cardinal Mazarin approuve le projet des associés de Montréal, ainsi que le choix du sujet. Les jésuites, consultés, applaudissent également !, M. Legauffre est nommé par le roi. Mais il mourut d’apoplexie, pendant la retraite qu’il faisait pour connaître la volonté de Diou sur son acceptation de la charge pastorale qu’on lui pronosait, en l’année 1645.

L'année suivante (1646), les associés de la Compagnie de Montréal prièrent les évêques de l’assemblée du clergé de France ? de prendre la chose en considération : ce qu'ils firent dans la séance du 25 mai. Mgr Godeau proposa de députer quelqu'un à la reine mère, à cet effet.

1 — Letire spirituelle 42e de Marie de l’Incurnation.

2 — Le clergé de France s’assemblait par députés à certaines époques, surtout pour discuter les décimes que l’on accordait au roi. Ces asseinblées étaient de deux sortes : ordinaires et extraordinaires. Les assemblées ordinaires ou générales représentaient tout le c'#rge de France : elles se réunissuient, d’abnrd, de Gix ans en d'x ün: : À partir de 1645, elles se tinrent de cinq «2° 2" eirq ans. Outre ce; “<oumblées, il y en avait d’autres comp: 608 des érâques qui se truivaient en Cuur, Celles-ci se réunissaient suivant les cu“constances, L'assemblée de 1646 était ne assemblée générale qui avait commencée dès l'année précédente, (Mémoires du clergé de France.)

Le 11 juillet suivant, le cardinal Mazarin accueillit avec une satisfaction particulière la proposition renouvelée par l’évêque de Grasse, de favoriser l’établissement d’un évêque au Canada ; il promit même de lui faire une pension annuelle de douze cents écus à prendre sur ses propres bénéfices.

Cette fois, les jésuites, à qui le caräinal en parla, firent comprendre que le temps d’une pareille création n’était pas encore venu. Et ils avaient raison, si l’on considère dans quel état précaire était alors la colonie, à la veille d’une guerre meurtrière avec les Iroquois.

‘ L'on parle de nous donner un évéque en Canada, écrivait Marie de l’Incarnation, le 11 octobre 1646: pour moi, mon sentiment est que Dieu ne veut pas encore d’évêqueen ce pays, lequel n’est pas assez bien établi. D'ailleurs, nos Révérends Pères y ayant planté le christianisme !, il semble qu’il y a de la nécessité qu’ils le cultivent encore quelque temps sans qu’il y ait personne qui puisse être contraire à leurs desseins ?. ”

Ces dernières paroles de Marie de l’Incarnation font suffisamment entendre que les jésuites, outre la raison avouée qu’ils alléguaient pour s'opposer à la nomination du nouvel évêque, à savoir que le temps n'en était pas

1 — Marie de l’Incaraation n'avait pas sans doute l'intention d’exciure la part qu’eurent les récollets dans l'établissement de la Religion au Canada, puisqu'ils furent les premiers missionnaires de ce

pays.

2 — Lettre spirituelle 42e.

encore :

c’est qu différen La ter qu’ils dé fit prend au Canac voyons-n gouverne sera com Québec, d ‘en atter En 1652 et Pallu, ç vicaire ap nonce du } mations ca élu dut céd tion définit:

Cour de Ror future, Il fut mis défense de Conseil du :

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; — Ferland,

nonce à Paris p

encore venu, en avait une autre, qu’ils ne donnaient pas, c’est qu'ils craignaient que ce nouvel évêque n’eût des vues différentes des leurs.

La tentative des associés de Montréal n’eut pas le succès

qu’ils désiraient ; mais elle fut certainement l’occasion qui fit prendre à la Cour la détermination de donner un évêque au Canada dans un avenir plus ou moins rapproché. Aussi voyons-nous qu’en 1647, dans les articles dressés pour le gouvernement du Canada, le roi déclaré que le Conseil sera composé de trois personnes : du gouverneur de Québec, de celui de Montréal, et du supérieur des jésuites, “ en attendant qu'il y ait un évêque au Canada 1.”

En 1652, l’abbé de Montigny fut choisi avec MM. Picquet et Pallu, comme nous l’avons vu, pour aller en qualité de vicaire apostolique dans le Tonkin et la Cochinchine. Le nonce du pape à Paris ? fit faire sur son compte les informations canoniques requises en pareil cas. Mais le nouvel élu dut céder aux obstacles qui s’opposèrent à sa nomination définitive. Son nom, cependant, resta connu, et à la Cour de Rome et à celle de Versailles, pour une éventualité future,

Il fut mis encore plus en relief par la noble et généreuse défense de l’hôpital de Caen, soutenue à Paris auprès du Conseil du roi.

1— Ferland, t. I, p. 357.

2— M. Bagni. Il devint plus tard cardinal, et fut remplacé comme nonce à Paris par M. Piccolomini, parent du cardinal Bichi.

En 1656, la Compagnie de Montréal, qui avait obtenu de M. Olier, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, quatre de ses prêtres pour la colonie de Montréal, en prit occasion de presser l'établissement d’un évêque au Canada. Le choix des associés tomba sur M. de Queylus, abbé de Loc-Dieu, l’un des quatre missionnaires désignés 1, Son grand nom, ses éminentes qualités, les services qu’il avait rendus à l’Eglise dans plusieurs diocèses de France, paraissaient recommañhder sa nomination à l’épiscopat.

Mgr Godeau, évêque de Vence, proposa la chose à l'assemblée du clergé dans la séance du 9 août 1656. “Il ne reste plus, conclue-t-il, qu’à obtenir l’agrément du roi touchant l'érection et la nomination du futur évêque. ” Il fut chargé par l’assemblée de faire, conjointement avec ‘ les agens du clergé, les démarches nécessaires auprès du pape, du roi et du cardinal Mazarin, ministre d'Etat.

Le mercredi 10 janvier 1657, le cardinal présidant la séance, l'affaire fut représentée de nouveau par Msr Godeau. Le prélat ajouta que le choix de M. de Queylus serait agréable aux révérends pères jésuites. Peu après, cependant, les jésuites, soit qu’on ne les eût pas consultés d’abord, soit qu’on les eûi mal compris, jugèrent qu’il valait mieux avoir pour évêque un homme de leur choix ?.

1 —-M. Olier l’avait nommé supérieur de la mission. ‘‘ Cette nomination fut l’un des derniers actes de M. Olier, qui mourut avant même ue les missionnaires eussent laissé la rade de Saint - Nazaire. ” Ferland, t. 1, p. 437.) 2 — Faillon, t. IE, p. 274.

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