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CHAPITRE DEUXIÈME

Arrivée à Québec. -— Description de cette ville naissante. — Portrait de Mgr de Laval. — Il donne aux sauvages les prémices de son zèle. — Ce que pense de lui la colouie française. — Son dévouement héroïque.

Il était déjà tard, six heures du soir !, lorsque le vaisseau qui portait Mgr de Laval mouilla devant Québec. La nouvelle se répandit bientôt dans la ville que le vicaire apostolique envoyé par le souverain pontife venait d’arriver, et ce fut une agréable surprise pour tout le monde. On attendait bien, cette année, la yenue d’un évêque en Canada, mais pas si tôt. On n’avait pas été prévenu de son arrivée, parce que, comme nous l’:vons vu, le vaisseau qui devait apporter la nouvelle avait été retardé par le mauvais temps, et n’était pas encore rendu à destination. ‘‘ Ce rtardement, dit Marie de l’Incarnation, a fait que nous avons plus tôt reçu l’évêque, que la nouvelle qui nous le promettait 2, ”

1— Journal des jésuites.

2— Lettre historique 57e.

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Il fut résolu que le prélat attendrait au lendemain pour descendre à terre avec ses compagnons, et faire son entrée solennelle dans la ville.

On 8e ferait difficilement aujourd’hui une idée exacte ‘» l’aspect que présentait Québec à l’époque où Mgr de Laval l’aborda pour la première fois. Les quais, les murailles, les grands édifices que l’on y voit aujourd’hui, et qui n’existaient pas alors, ont dû modifier considérablement l’apparence de ce havre, de cette colline abrupte, de ce promontoire.

A la haute ville, il n’y avait guère, alors, que les communautés et les édifices publics. Les résidences privées, les magasins et les comptoirs étaient en bas, pour la commodité du commerce, sur une lisière de terrain qui devait paraître bien plus étroite qu'aujourd'hui, surtout à marée haute, alors que la vague venait expirer au pied des maisons: çà et là pourtant, quelques quais, de forme plus ou moins primitive, destinés à faciliter le déchargement des marchandises sur la plage, ou à amarrer les nombreuses embarcations ou canots d’écorce qui étaient alors d’une utilité journalière.

La basse ville se dessinait d’une manière bien plus tranchée qu'aujourd'hui d'avec la haute ville, tcutes deux se trouvant reliées par un chemin que la nature elle-même semblait avoir tracé.

Sur la colline, plus près de l’escarpement que le Vieux- Château actuel, le solide Fort en pierre bâti par Champlain, garni de meurtrières et de canons, — arx bello muni-

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tissima, comme l’appelait Mgr de Laval ! — donnait déjà à Québec un certain aspect militaire. Le moulin de M. Denis, situé plus haut, sur le cap Diamant, formait avec cette forteresse un singulier contraste. +

En face du Fort, la place d'armes, au milieu de laquelle on avait planté un mai: sur ce mai flottait, aux grandes fêtes, le drapeau aux fleurs de lis. De l’autre côté de la place d’armes, la vaste maison des Cent associés. Les rues Saint-Louis et de la Fabrique, les Ursulines, l’église paroissiale, l’'Hôtel-Dieu,. tout cela était à peu près aux mêmes endroits qu'aujourd'hui. Devant l’église paroissiale, la grande place; et, au delà, le couvent et la chapelle des jésuites. La maison Couillard devait être à peu près où se trouve l'entrée du séminaire sur le jardin, tel qu’il était avant les nouvelles constructions.

Du reste, il y avait alors beaucoup d’accidents de terrain que l’on ne voit plus; et les défrichements n'avaient pas encore fait disparaître complètement cette épaisse forêt qui couvrait jadis le promontoire de Québec: ce qui en restait devait donner à notre ville naissante je ne sais quel cachet mystérieux de grandeur. La forêt s’étendait sur les bords de la rivière Saint-Charles, jusqu'aux défriche-

ments faits par les récollets, et à leur ancien monastère de Notre-Dame-des-Anges 2.

Du côté de Lévis, la forêt était à peu près intacte, et le spectacle de cette vaste nappe de verdure, aux nuances si

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