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1— Relatio missionis Canadensis, 1660, 2 — Aujourd’hui l’Hôpital-Général.
variées, qui s'élevait en amphithéâtre en face de Québec, devait être beau à voir: sur le rivage, ça et là, quelques coins défrichés, et des cabanes sauvages. La colonisation s'était développée davantage sur l’île d'Orléans, à Beauport et sur la côte Beaupré.
Il n’y avait pas, à cette époque, plus de cinq cents habitants à Québec ; et la population française de tout le Canada, dispersée sur une étendue d'environ quatre-vingt lieues, n’excédait guère 2200 âmes 1.
Telle était la portion de la vigne du Seigneur confiée aux soins du nouveau vicaire apostolique. Nous parlerons plus loin de la population sauvage.
On aurait tort de croire que l’âme de Mgr de Laval se sentit abattue, à la vue du peu d'avancement de la colonie, et surtout de la ville de Québec qu’il avait choisie pour sa résidence. Les hommes de Dieu voient plus loin que le dehors des choses: ils voient les âmes à sauver, le sang de Jésus-Christ à recueillir. Dieu, par un effet spécial de sa bonté, leur permet souvent de deviner avec une grande sûreté de jugement le développement futur d’une nation chrétienne: c’est ce qui donne encore plus de vraisemblance au songe allégorique que $. Em. le cardinal Taschereau attribue à Mgr de Laval. ’
1 — D'après M. Rameau, elle était de 300 âmes, en 1640 ; en 1648, de 8 à 900 âmes ; et en 1664, de 2500 âmes. Il y avait, en 1659, 31 seigneuries concédées, dans tout le Canada, outre Québec et Trois- Rivières, qui étaient des établissems its royaux. Il y eut plus de 89 mariages dans le district de Québec, de 1650 à 1660. (La Done au colonies. )
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Le prélat, d’ailleurs, était loin d’être insensible aux beautés grandioses de notre pays. Qu'on lise son rapport de 1660 au souverain pontife: on y verra comme il avait bien saisi déjà le caractère général, l'étendue, les distances de notre pays, comme il avait admiré ‘nos montagnes sauvages et élevées, nos lacs immenses comme des mers, n08 fleuves majestueux, bien plus grands que ceux de l'Europe, nos rivières pleines de rapides et de chûtes superbes 1.” On verra surtout, par le ton général qui règne dans ces pages,-comme il était rempli de courage et d’espérance, comme, tout en ne se faisant pas illusion sur l'état moral de la colonie, ni sur les dangers qu’elle courait de la part des Iroquois, il se réjouissait du grand bien qui avait déjà été opéré ici par les Pères de la Compagnie de Jésus, et des œuvres qui lui restaient à accomplir.
Ce dut être pour lui un moment de grande joie, mêlée de surprise, lorsque le 17 juin au matin, il aperçut la procession qui descendait de la haute ville, aux sons de toutes les cloches, et s’avançait vers le fleuve à sa rencontre ?.
En avant, les Pères jésuites, avec les élèves de leur
collège, revêtus de surplis et chantant des hymnes, pré-
cédés de la croix de procession, et musique en tête. A côté du P. DeQuen, supérieur de la Compagnie de Jésus, l'on
b 1— ‘‘ Aspera ubique regio ac montuosa ; lacus habet in entes hùc | atque illüc sparsos, quæ maria non malè dixeris; flumina Europæ F fuviis Lobiliora, sed quæ prærupto sæpè ‘aquarum descensu, atque ex alto præcipiti navigationem reddunt difficilem. . .”
2— Journal des jésuites.
voyait le pieux gouverneur général du Canada, M. D’Argenson, en habit militaire, accompagné de ses officiers. Venaient ensuite les principi.ax dignitaires et fonctionpaires du gouvernement civil de l’époque, puis les chefs des tribus sauvages, auxquels les Pères de la Compagnie de Jésus n'avaient pas manqué de donner une place d'honneur en cette circonstance, En arrière, la foule, sans distinction, de tous les habitants de Québec et des environs, hommes, femmes et enfants, Françiis et sauvages, mêlés dans une commune joie et dans le même empressement de voir leur nouvel évêque. Toute la colonie de Québec était accourue, à la voix des révérends Pères, au devant de son premier pasteur.
A peine Mgr de Laval eut-il mis pied à terre, que le canon du Fort se fit entendre; et le prélat, revêtu de ses habits pontificaux, la mître en tête et la crosse à la main, fit descendre du ciel sur cette foule agenouillée dans la poussière, la première bénédiction épiscopale dont ces lieux furent témoins.
Il reçut ensuite les hommages du gouverneur, du supérieur des jésuites et de tous les principaux personnages présents ; puis la procession se mit en marche vers l’église paroissiale, le prélat s’avançant majestueusement, accompagné du gouverneur, et du supérieur des jésuites, et continuant de bénir les fidèles qui accouraient sur son passage pour le voir. ‘ Il paraissait, dit ie P. Lalemant, comme un ange du paradis, et avec tant de majesté, que
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nos Canadiens ne pouvaient détacher leurs yeux de sa personne 1,”
Mgr de Laval avait naturellement de’ grands airs, de nobles et dignes manières, une haute stature, un port grave et majestueux. Tout dans sa personne inspirait le respect, et dénotait un esprit élevé, un homme de caractère : front haut et bien développé, nez accentué et très long, sourcils fortement arqués, œil vif et clair; peu de cheveux ; lèvres * ‘es, comprimées et rigides, accusant une volonté ferme et bien déterminée; et, suivant l’usage du temps, une légère moustache et une impériale: voilà les principaux traits de cette figure distinguée, sur laquelle la vertu et l’austérité de la vie avaient répandu je ne sais quel air de
bonté, qui corrigeait ce que la nature y avait mis d’un peu
sévère, et charmait tous ceux qui le voyaient. Faut-il s'étonner de l’enthousiasme que sa présence fit éclater partout, et de l'impression profonde qu'il laissa dans tous les cœurs ?
Il dut être agréablement surpris à la vue de cette grande église en pierre, que les jésuites avaient fait construire pour la paroisse. La première église paroissiale, Not:e- Danie-de-Recouvrance, était en bois, et avait brûlé en 1640. Celle-ci, commencée en 1647, et dédiée à l’Immaculée Conception, n'avait été définitivement ouverte au culte qu’à Pâques 1657 ?. Elle n'était pas encore terminée: Mgr
1 — Relations des jésuites, 1659.
2 —- Journal des jésuites, passim.
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de Laval devait y mettre la dernière main, avant de la consacrer en 1666; mais elle était déjà tout à fait digne d’un évêque !.
Le prélat, on le comprend, n’en prit pas possession romme de sa cathédrale, puisqu'il n’était pas évêque de Québec : il y fit seulement son entrée solennelle, comme le vicaire et le représentant du souverain pontife en Canada: ‘Il fut reçu, dit le P. Lalemant, avec les cérémonies ordinaires, comme un ange consolateur envoyé du ciel, et comme un bon pasteur, qui vient ramasser le reste du sang de Jésus-Christ, avec un généreux dessein de ne pas épargner le sien, et de tenter toutes les voies possibles pour la conversion des pauvres sauvages, pour lesquels il a des tendresses dignes d’un cœur qui vient les chercher de gi loin 2.” :
Il eut occasion, le jour même de son arrivée, de leur témoigner son affection et son zèle pour le salut de leurs âmes. Un jeune enfant huron étant venu au monde, il voulut le tenir lui-même sur les fonts baptismaux, afin de donner aux sauvages une grande idée de l'importance du baptême. Puis, apprenant qu’un jeune homme, aussi huron, était malade à l'extrémité, et qu’on allait lui administrer les derniers sacrements, ‘il accourt à son chevet, pour lui donner ses soins et les premiers secours de son ministère. On vit alors ce grand évêque p:vosterné à terre
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1—‘* Basilica nunco ibi lapidibus constructa cernitur, et magna sanè et magnifica. ” (Informatio de statu Ecclesiæ, 1664 2 — Relations des jésuites, 1659,
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