‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 5 sur 163 · LETTRE DE MGR BÉGIN · texte numérisé non relu

LETTRE DE MGR BÉGIN

vérité de ne pas celer les dissentiments qui éclatèrent entre les deux préluts ; mais vous pouviez excuser les intentions, et c’est ce que vous avez fait. Vous avez parfaitement établi que tous deux étaient animés des sentiments les plus purs, qu’ils voulaient sincèrement le bien de l'Eglise du Canada, qu'ils étaient des saints dans toute la force du mot. L'histoire nc manque pas d'exemples de saints qui, tout en ayant les opinions les plus divergentes sur certaines questions, restaient inviolablement unis, à la grande édification des fidèles, sur le terrain de l’amour de Dieu et de Ja charité pour les âmes.

‘“ Grand comme évêque, a dit :

tain, Mgr de Laval fut encore gran. comme citoyen. premier rang parmi les fondateurs de notre nationalité.” dois-je vous féliciter tout particulièrement d’avoirconsacré plusieurs chapitres de votre livre au rôle politique de Mgr de Laval. Vous avez noblement vengé le saint prélat des accusations injustes que l’on a fait peser sur sa mémoire.

On l'a traité d'ambitieux et d’arbitraire ; on a dit qu'il avait recherché avec avidité le pouvoir politique, et voulu tout asservir sous le joug de sa volonté. Rien de plus contraire à la vérité des faits ; vous le démontrez amplement. Le rôle politique qu'il fut appelé à exercer dans notre pays, suivant l’usage de l’époque, lui fut attribué par le roi, et il ne s’en servit qu'avec un rare esprit de justice, de sagesse et de modération. Au Conseil supérieur, son influence fut toujours souverainement bienfaisante. Il était ferme et prudent, inflexible dans l’accomplissement de son devoir, mais

toujours prêt à consulter et à suivre l'avis des hommes compétents.

Sa sagesse, son zèle et ses vertus lui valurent, dès le commencement de son administration, l'estime du roi : ‘’ Je serai bien aise,

jour notre vénéré métropoli- Il brille du Aussi

lui écrivait Louis XIV, de vous donner dans toutes les occasions

qui s’en pourront offrir, des témoignages de l'estime que je fais de votre personne.” Cette estime et cette faveur ne lui firent jamais défaut, malgré les accusations injustes dont il fut souvent l’objét;

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N'est-ce pas en marchant sur ses traces, n'est-ce pas en s’inspirant de l'esprit de loyauté, de sagesse et de prudence de Mgr de Laval, que notre clergé canadien a toujours joui d’une si grande influence dans notre pays, et qu'il a pu être le guide naturel de nos populations à travers les époques les plus critiques de notre histoire? Attachons-nous de plus en plus à la mér'oire de cet illustre évêque, qui, tout français qu’il était par sa noble origine, était devenu par affection le plus canadien de tous les canadiens son souvenir sera un des plus fermes soutiens de notre influence et de notre patriotisme.

L’ambition ! il n’en eut jamais d'autre que d’être un pontife selon le cœur de Dieu et les vœux de la sainte Eglise ; il n’en eut jamais d’autre que celle de sauver les âmes, et surtout de sauver la sienne, On reste saisi d’admiration, en voyant à quel degré de mortification et de péni.ence était arrivé ce saint prélat, en voyant son humilité si profonde, sa foi vive et ardente, son abandon parfait à la Providence et son désintéressement, son esprit de prière, la dévotion à la sainte Vierge et aux saints Anges, qui respire dans toutes ses lettres, son grand amour de Dieu et sa charité pour les âmes. On est porté à le comparer aux plus grands saints. qui ont paru dans l'Eglise ; on souhaite ardemment que Dieu glorifie un jour son serviteur, et qu’il soit permis de l’honorer sur nos autels.

Votre livre, cher ami, contribuera à ce résultat si désiré. Il va révéler de plus en plus Mgr de Laval à notre bon peuple canadien, qui se sentira touché à la vue de sa bonté, de son dévouement et de son zèle. Il va le révéler au clergé, qui verra dans le fondateur de notre Eglise un des plus beaux exemples de vertus sacer- A dotales. Il le révélera aussi de plus en plus aux enfants de son Séminaire, l’objet spécial de son affection, auquel il consacra sa vie et toute sa fortune. | On voit, en lisant votre livre, que vous l'avez écrit avec amour. Vous vous êtes attaché à Mgr de Laval, à mesure que vous avez

xx LETTRE DE MGR BÉGIN mieux connu ses grandes qualités, la noblesse de son caractère, ses éminentes vertus ; et vous faites partager ce sentiment à vos lecteurs. Tous ceux qui parcoureront votre ouvrage, s’attacheront à Mgr de Laval ; ils seront portés à avoir confiance en lui, ils le prieront, ils l'invoqueront ; et, j'en ai la douce confiance, ils œbtiendront par son secours quelqu’une de ces faveurs spirituelles qui sont le témoignage divin de la sainteté.

Vous avez donc fait une bonne œuvre, en écrivant ce livre. J'ajoute que vous avez fait une œuvre tout à fait littéraire. Votre style est sobre, sans recherche et sans prétention, comme il conwäient à l’historien, toujours clair, soigné et entraînant. Il règne daes votre ouvrage une grande et belle ordonnance, qui ne se érouve pas toujours dans les œuvres de ce genre: tout y est à sa place. Vous nous montrez Mgr de Laval mêlé à tous les principaux événements de son époque ; mais tout est disposé de manière à faire ressortir toujours son action et son influence, et à ne famais le perdre de vue.

Votre livre se range parmi les meilleurs ouvrages hagiographiques de notre époque ; et je ne suis pas surpris que l’Université Laval, ce juge si éclairé du vrai mérite, ait bien voulu apprécier le vêus, en vous conférant Je titre de Docteur ès-lettres.

Veuillez, cher ami, agréer mes félicitations les plus sincères, et les vu: que je forme pour que votre œuvre produise tout le bien que vous désirez et que je désire moi-même,

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LETTRE LE Mgr PAQUET

PROTONOTAIRE APOSTOLIQUE ad instar participantium, DOCTEUR æ%

THÉOLOGIE, SUPÉRIEUR DU SÉMINAIRE DE QUÉBEC, ET RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ-LAVAL,

Québec, 29 janvier 1890.

À M. l'abbé AUGUSTE GOSSELIN, Curé de Saint-Féréol, Docteur ès Lettres de l'Université Laval.

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