‹ Vie de Mgr de Laval [microforme]Chapitre 54 sur 163 · Hisi apprend au · texte numérisé non relu

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M. de Queylus aurait ainsi une chance de retourner au Canada comme curé de Montréal.

Comment faire, cependant, pour obtenir une pareille faveur? On ne pouvait s’adresser au nonce de Paris, que l’on savait tout dévoué à Mgr de Laval. On ne voulait pas passer par la Propagande, trop bien renseignée sur les affaires du Canada pour donner raison aux adversaires du vicaire apostolique. On députa à Rome, dans l’automne de 1660, M. de Queylus, qui s’adressa à la Daterie, et réussit au delà de toute espérance. Grâce à l’appui de certains personnages, le cardinal Bagni, entr'autres, il reçut en décembre les bulles tant désirées. Mais il redoutait tellement la Propagande, que, d’après M. Faiïllon, il partit de Rome, sans même informer cette Congrégation de la faveur qu’il venait d’obtenir de la Daterie 1.

Les bulles chargeaient l’archevêque de Rouen personnellement de s'assurer de la solidité des biens-fonds assignés pour la dotation de la cure; et elles étaient tellement conçues, que celui-ci se crut autorisé à se déclarer l’Ordinaire du Canada, établi par le saint-siège, et qu’en conséquence, par un écrit particulier, il délégua Mgr de Laval lui-même pour mettre en possession de la cure de Montréal M. de Queylus 2. S’imagine-t-on un évêque de France déléguant un vicaire apostolique dépendant du saint-siège,

1-- Histoire de la colonie française, t. IT, p. 485. —- M. Faillon nous. apprend aussi ‘‘ que, dans le même temps, on avait fait instance pour obtenir l’érection d’une paroisse dans le lieu de Québec, en faveur de M. Gabriel de Pestel. ”

2 — Jbid., p. 482.

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pour présider à l'installation d’un curé dans le territoire de ce même vicaire apostolique!

Voilà donc M. de Queylus nommé curé de Montréal par l'archevêque de Rouen! Il fallait maintenant partir au plus tôt pour la Nouvelle-France. Mais la défense royale était encore là... On résolut de passer outre, et M. de Queylus s’embarqua pour l’Amérique.….

Nous l'avons vu arriver incognito à Québec, et se rendre chez Mgr de Laval. Il allait sans doute lui communiquer les bulles de la cure de Montréal, ainsi que le mandat de l'archevêque de Rouen chargeant l’évêque de Pétrée de le mettre en possession de cette cure.

Dans la crainte que le vaisseau sur lequel il avait traversé l’océan n’apportât quelques messages qui lui fussent contraires, — comme c'était bien le cas, en effet, — il avait

pris une chaloupe à Percé pour le devancer à Québec.

Mgr de Laval vit tout de suite ce qu’il avait à faire: regarder comme non avenue l'érection de la cure de Montréal, jusqu’à ce que les volontés du saint-siège lui fussent directement et clairement signifiées ; puis empêcher M. de

-Queylus de monter à Montréal.

Pour empêcher les bulles d’avoir un effet au moins immédiat, il n'avait qu’à refuser d'exécuter le mandat de l’archevêque de Rouen. Empêcher M. de Queylus d’aller À Montréal était plus difficile ; et cependant cela lui parut si nécessaire au bien et à la tranquillité de l'Eglise du Canada, qu’il n’hésita pas un instant à employer dans ce but tous les moyens légitimes en son pouvoir.

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Il supplia tout d’abord M, de Queylus de rester à Québec; mais comme celui-ci paraissait vouloir absolument monter à Montréal, sous prétexte de s'occuper des intérêts

: temporels des associés, il lui signifia par écrit, le lendemain, ; 4 août, défense formelle d'y aller.

‘ Jugeant, dit-il, que votre présence au Montréal, avant la venue des premiers navires qui doivent en bref arriver de , France, serait nuisible au bien de notre Eglise; et que, ë nonobstant la prière que nous vous avons faite de n’y pas si aller, vous êtes néanmoins dans le dessein d'y monter au plus tôt: nous vous faisons défense, sous peine de désobéissance, de quitter cette habithtion de Québec: et afin ke que vous n’en prétendiez cause d’ignorance, nous mandons ” au premier clerc, ou prêtre, de vous signifier notre présente pi ordonnance. ”?

Le même jour, il écrivit à M. D'Argenson pour le prier " de lui prêter main-forte, et de soutenir son autorité, selon F la volonté du roi; mais le gu‘verneur alla trouver l’évêque, ms et s'excusa de ne pouvoir lui donner son appui en cette circonstance. Il en reçut, le lendemain, 5 août, une seconde lettre encore plus preséante que la première. " ‘ Monsieur, lui écrivait le prélat, je supplie Notre- = Seigneur de vous donner sa paix et son amour. Je vous e ai prié par lettre, et de vive voix, lorsque hier vous prîtes be la peine de venir ici, de tenir la main aux défenses que w nous avons été obligé de faire à M. l'abbé de Queylus, de

monter au Montréal, jusqu’à la venue des premiers vaisseaux qui doivent arriver dans peu de France. N'ayant

voulu déférer aux prières que nous lui en avons faites pré- l'exécr cédemment, jugeant d’ailleurs la chose très importante semble pour le bien et la paix de notre Eglise, j'ai cru qu’il était par un de notre obligation (crainte d’être responsable de ce qui passé, en peut arriver), de vous supplier, pour une troisième fois, Eglise, de considérer qu'il ne se peut rien de plus clair. ni de plus même a exprès que les ordres que vous avez du roi, lesquels nous le soin lûmes hier ensemble, de nous donner le secours qui nous par les est nécessaire pour la conduite de notre Eglise, en quoi veux do

consiste uniquement notre charge !, et pour y maintenir la ‘ humain subordination dans l’obéissance qui nous y est due de tous esprit, e les ecclésiastiques, qui n’y peuvent être que sous notre justice.” dépendance. Mais À ‘ Voici, de plus, des ordres postérieurs du roi, donnés à rendre a Aix, du 14 mars 1660, qui vous doivent confirmer des comme intentions de Sa Majesté sur ce sujet. Vous ne pouvez M. D'Av: non plus les ignorer touchant la personne de M. de Queylus, dait. vous ayant fait voir et lu les défenses ex presses qu’Elle lui | L'évêqu a faites de retourner au Canada, même de sortir de son aux seuls royzume, données à Aix, du 27 février 1660. : Queylus} ‘ En vérité, monsieur, il me semble, devant Dieu, que il Jui écri: tout cela est plus que suffisant pour vous obliger à m'ac- | illemena corder l’aide que je vous demande, ne s'agissant que de lui faisait, niques usi 1 — Et non pus votre charge, comme dit M. Füaillon. Du reste, Ces me: en collationnaut les lettres qu’il cite de Mgr de Laval à M. de malheureu Queylus et à M. d’Argenson (t. IT, p. 485-488) avec les originaux qui Fr, RSR se trouvent aux Archives de l'archevêché de Québec; Registre: A, on | il avait fai

trouve qu’il a changé ou omis plusieurs expressions que le prélat <mployait évidemment pour accentuer ou atténuer sa pensée.

l'exécution d’un ordre, le plus doux, quoiqu'il ne vous semble pas tel, ni à M. de Queylus, qui puisse être porté par un évêque envers un ecclésiastique qui, ayant, par le passé, été la cause de beaucoup de désordres en notre Eglise, part de France contre la volonté du roi, signifiée même au port de mer, et contre celle des personnes qui ont le soin de nos affaires spirituelles, comme j'en suis assuré par les lettres que j'ai reçues de France depuis hier. Je veux donc croire que les intérêts des Majestés divine et humaine joints ensemble auront quelque pouvoir sur votre esprit, et que j’obtiendrai ce que je vous demande en toute justice.”

Mais M. D’Argenson était d'autant moins disposé à se rendre aux désirs de Mgr de Laval, que son terme d'office comme gouverneur était expiré, et que son successeur,

M. D'Avaugour, était déjà rendu à Percé, où il l’attendait.

L'évêque de Pétrée se vit donc réduit, pour le moment, aux seuls moyens coercitifs spirituels. Voyant que M. de Queylus persistait dans son dessein de monter à Montréal, il lui écrivit le 5 août une deuxième lettre, dans laquelle ille menaçait de suspense, s’il s'obstinait à désobéir, et lui faisait, par cette seule lettre, les trois monitions canoniques usitées en pareil cas.

Ces menaces de peines spirituelles n’arrêtèrent pas, malheureusement, M. de Queylus ; il passa outre, comme L ilavait fait en France pour les défenses du roi. Dans la

nuit du 5 au 6 août, il partit en canot furtivement pour Montréal !.

À peine Mgr de Laval eut::l appris son départ, qu’il lui écrivit le 6 août en ces termes :

‘ D'autant que, depuis notre ordonnance portée, nous avons appris que aon seulement vous vous disposiez à partir au plus têt, mais encore que le jour d’hier, 5 août, vous vous êtes embarqué de nuit, nous vous réitérons lés défenses précédentes; et au cas que vous ne retourniez à Québec pour y recevoir nos ordres et y obéir, nous vous déclarons suspens de l'office sacerdotal, peine que vous encourez si vous passez outre.”

Cette lettre atteignit-elle M. de Queylus pendant qu'il était en route, ou seulement après son arrivée à Montréal? Nous l’ignorons. Mais ce qui est certain, c’est qu’il fut plus de deux mois sans obéir, et resta tout le temps sous le coup de la suspense. |

M. Faillon s’apitoie sur le sort rigoureux qui lui fut fait en cette circonstance; et, tout en louant la pureté d'intention de Mgr de Laval, il qualifie d’outrées et de violentes les mesures qu'il se vit forcé d'employer ?. Mais il était si facile à M. dé Queylus de rester en France et d'écouter le roi ! puis, arrivé au Canada, d'écouter son évêque ! Mgr de Laval n’était-il pas le meilleur juge de ce qui était nécessaire pour la tranquilité de l’Eglise du Canada, ou de ce

1 — Journal des jésuites, 5 août 1661.

2 — Histoire de la colonie française, t. II, p. 488 et suiv.

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ille déclare ouvertement à M. D'Argenson, que la présence de M. de Queylus à Montréal serait une cause de maux et de désordres dans son Eglise, ne pouvait-il pas, ne devait-il pas l’empêcher ?

Dira-t-on qu’il se trompait dans l'appréciation des choses ? Les agissements de M. de Queylus en France et à Rome, cette persistance à ressusciter sans cesse la question de la juridiction de l’archevêque de Rouen, et à s'identifier avec elle, ce qu’il venait de faire, surtout, en obtenant cette bulle de la care de Montréal, à l’insu du vicaire apostolique, à l'insu du nonce et de la Propagande elle-même, tout cela était plus que suffisant pour faire craindre à Mgr de Laval que la présence de M. de Queylus à Montréal ne surexcitât les esprits, ne fomentât des espérances malsaines, et ne créât une espèce de schisme au Canadu. Il n’y a pas un esprit impartial qui ne doive admettre que Mgr de Laval avait toujours vu juste en cette affaire ; et d’un autre côté, l’on ne peut s'empêcher d'admirer l’habileté et la sagesse avec lesquelles il sut passer à travers les mille difficultés de cette question de juridiction, sans y laisser le moindre lam.beau de sa dignité épiscopale.

Le nouveau gouverneur, M. D’Avaugour, arrivait au Canada avec instruction spéciale de faire repasser M. de Queylus en France, et il lui fit signifier d’obéir sans retard aux ordies du roi et du vicaire apostolique 1, ‘ Ce fut pour lors (1661), dit M. de Belmont, qu’on l'obligea de

1 — Faillon, t, II, p. 491.

repasser !. ” Nous n'avons aucun détail sur la manière dont le gouverneur s’acquitta de cette mission délicate ; nous savons seulement que M. de Queylus descendit à Québec vers le milieu d’octobre, et qu'il s’embarqua le 22 pour la France, absolument le même jour qu’il était parti deux ans auparavant ?.

Le vaisseau sur lequel il fit voile pour la France, emportait en même temps des lettres de Mgr de Laval au roi et au saint-siège. Le vicaire apostolique ne manqua pas, en effet, d'informer la Cour de France de tout ce qui venait de se passer au Canada, et surtout de la concession des bulles pour la cure de Montréal. Le roi écrivit aussitôt à Rome pour se plaindre de ce que ces bulles avaient été accordées. Le nonce se plaignit également, surtout à Ja Daterie.

Dans sa lettre au souverain pontife, Mgr de Laval exposait en toute franchise et sincérité les différentes circonstances de ses démêlés avec M. de Queylus, et les dangers qu'il voyait, pour l'Eglise du Canada, dans la reconnaissance de la juridiction de l’archevêque de Rouen à côté de la sienne; puis il ajoutait avec un abandon tout filial : ‘ Je prie Votre Sainteté de me faire connaître quelle est sa volonté au sujet de cette contestation: je me soumettrai à tout ce qu'Elle décidera à.

1 — Histoire du Canada.

2 — Journal des jésuites. à

3 — ‘+ Quidquid demüm statuerit (Sanctitus Vestra), obsequens ero. {Lettre de Mgr de Laval au suint-siège, 22 octobre 1661.)

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