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Revenu à Québec, il y donna, vers la fin de février, la confirmation à plus de soixante personnes ; puis, au lieu de se reposer de ses fatigues, il entreprit de faire la visite de ses communautés. Il commença par l’Hôtel-Dieu.
Ce monastère, fondé à Québec par la munificence du eardinal de Richelieu et de sa nièce la duchesse d’Aiguillon, comptait alors quinze religieuses, dont il ne put s’empêcher d'admirer les vertus, le dévouement pour les malades, le renoncement à tuutes les choses terrestres. Il se crut même obligé d’adoucir un peu l’austérité de leurs règles, et de retrancher certains jeûnes qu’il pensait incompatibles avec leurs travaux. Il renvoya aussi les pensionnaires qu’elles avaient gardées jusque-là, afin qu’elles pussent se livrer exclusivement à l’œuvre de leur institut.
L'esprit de sacrifice qui régnait à l’'Hôtel-Dieu était communicatif ; il avait pénétré dans nos meilleures familles, qui donnèrent plusieurs de leurs enfants à ce monastère. C’est ainsi que le 14 février 1662 Mgr de Laval bénit Mlle Juchereau de la Ferté, qui fit son entrée à l’Hôtel-Dieu, et écrivit plus tard l’histoire de cette maison !, Mlle Bourdon y était aussi religieuse depuis quelques années. Elle tomba
.malade en novembre 1660 et mourut le 29 du même mois,
pendant que son père et sa mère étaient en route pour la France. L’évêque de Pétrée fit preuve, en cette occasion, de sa grande bonté, et de l’estime singulière qu'il avait pour cette famille, en assistant lui-même cette reli-
1 — Elle est souvent citée dans cet ouvrage. |
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gieuse pendant sa maladie, et passant même auprès d’elle, avec M. de Lauson-Charny, la nuit qui précéda sa mort !.
La direction forte et pieuse que Mgr de Laval et les jésuites imprimèrent, dès le commencement, à l'Hôtel-Dieu de Québec subsiste encore; et l’on peut y admirer les mêmes vertus qu’autrefois. Dans cette maison se conserve surtout d’une manière étonnante la vertu chrétienne de la reconnaissance : aujourd’hui, au bout de deux siècles et demi, les dames de l’Hôtel-Dieu prient encore pour leurs bienfaiteurs, le cardinal de Richelieu et la duchesse D’Aiguillon, avec la même ferveur que par le passé.
Dans le mois d'avril, l’évêque de Pétrée visita le monasière des ursulines, que dirigeait la vénérable Marie de l’Incarnation. Il y trouva la même ferveur qu’à l’Hôtel- Dieu, un dévouement sans bornes pour l’éducation des jeunes filles, et surtout des jeunes filles sauvages. La vue de ces pauvres enfants des bois, que les religieuses essayaient de former à la piété, à la vertu, à l’amour du travuu, enflamma son cœur d’un saint zèle; et c’est alors qu’il fit entrer vingt pensonnaires à ses frais chez les ursulines. C’est un mystère, que ce saint évêque, avec si peu de ressources à sa disposition, ait pu suffire à tant de bonnes œuvres.
Quelques religieuses lui demandèrent, pendant sa visite, “à l'insu ” des supérieures, de leur donner ‘‘ un abrégé de leurs constitutions 2.” Cesrèglesavaient été préparées en 1646
1 — Sœur Juchereau, Histoire de l'Hôtel-Dieu de Quebec. 2 — Marie de l’Incarnation, Lettre du 13 septembre 1661.
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266 VIE DE MGR DE LAVAL par le P. Jérôme Lalemant, en conformité des exigences, des besoins et de la situation du pays. Les anciennes religieuses, Marie de l’Incarnation en particulier, y tenaient d'autant plus, qu’elles avaient été faites ‘‘ d’après leurs expériences, avec une entière charité et beaucoup de déftrence à leurs sentiments L.’ Mais elles avaient, au moins dans plusieurs parties, un caractère tout provisoire. On les laissa de côté, en 1682, pour prendre simplement les constitutions de Paris.
L’évêque de Pétrée acquiesça à la prière des jeunes religieuses, et fit préparer un abrégé des constitutions du P. Lalemant. : Il en profita pour y introduire quelques réformes qu’il jugeait utiles, mais qui soulevèrent dans la communauté certaines récriminations. Entr’autres changement: proposés, ‘‘ il voulait que la maîtresse des novices le fût aussi des jeunes professes, ct que cette charge fût sujette à l'élection.” Il aurait voulu aussi que l’on fi üne réforme dans la manière de chanter les offices, et que, pour leur donner une teinte plus religieuse et plus simple, on adoptât le chant à wix droite, tel qu’il se pratique à Ja Visitation et au Carmel ?.
La vénérable Marie de l’Incarnation elle-même ne put échapper à ce premier sentiment d’impatience dont ne se défendent pas toujours les âmes les plus saintes, lorsqu'on les contrarie vivement dans leurs habitudes. Après avoir avoué que le prélat leur avait ‘ donné huit mois ou un an