RP EL
M. D’Avaugour, vous êtes les premiers à crier contre la traite, et vous ne voulez pas qu’on punisse les traitants ! Je ne serai plus le jouet de vos coniradictions ; puisque ce n’est pas une faute punissable dans cette femme, elle ne le sera plus pour personne.” Et il congédia ainsi le P. Lalemant.
Le raisonnement et la conduite du gouverneur n'étaient pas justes. Faut-il abolir une loi et permettre le crime, parce que l’on aura mal à propos demandé la grâce d’un criminel ?
Mais M. D'Avaugour était un de ses hommes raides et inflexibles que rien ne peut changer. Aucune considération ne fut capable de lui faire rétracter cette parole, et cette funeste permission qu’un moment de mauvaise humeur lui avait arrachée.
‘ L'évêque, le clergé, les jésuites, tout ce qu’il y avait d’honnèêtes gens dans la colonie, les sauvages mêmes, par des députations solennelles de leurs anciens et de leurs capitaines, eurent beau lui représenter les inconvénients de cette liberté de la traite, et le supplier de faire exécuter ses propres ordonnances ; soit prévention qu’on exagérait le mal, soit ressentiment contre les jésuites, soit raideur outrée de caractère, on ne put rien obtenir: il lâcha la bride aux traitants.
‘Le mal fit de si grands et si rapides progrès, que bientôt il fut extrême et sans remède: on distribua l’eau-de-vie avec profusion, on en but avec excès; la défense qui en avait été faite semblait lui donner un goût plus piquant. Grand nombre d’idolâtres qui se faisaient instruire, aban-
donnè sièren qui fai mêmes christi blâmer eut qu’ et enco la-Mad ils s’élo On c Mgr de tant d’à dre du g municat engagé à Son m:
teurs de qui fuss l'évêque dres qui :
cains, le ] tion ipso j traiter cet des exco:
1— Lato:
e la ats !
e ce Le le e P.
ent ime, d'un
es et lérale, et vaise
tvait par eurE ents uter érait leur a la
atôt -vie i en
ant.
pan”
donnèrent la religion ; les plus fervents néophytes apostasièrent, ou vécurent en idolâtres. Ces fervents chrétiens, qui faisaient revivre la primitive Eglise, et que les infidèles mêmes admiraient, devinrent l’opprobre et le scandale du christianisme, dont par leur dérangement ils faisaient blâmer la sainteté et soupçonner la certitude. Il n’y en eut qu'un très petit nombre qui résista à ce torrent débordé ; et encore fallut-il que, se réfugiant à Sillery ou au Cap-dela- Madeleine, et rompant tout commerce avec le monde, ils s'éloignassent promptement du danger !.”
On comprend de quelle douleur fut navré le cœur de Mgr de Laval à la vue de ces désordres et de la. perte de tant d’âmes. Comme il n'avait plus aucun secours à attendre du gouverneur, il résolut de remettre en force l'excommunication ipso facto que sa tendresse paternelle l’avait engagé à suspendre quelques mois auparavant.
Son mandement venait de recevoir des éminents docteurs de la Sorbonne une des plus solennelles approbations qui fussent accordées à cette époque. Interrogés par l'évêque de Pétrée, ils avaient répondu que ‘‘ vu les désordres qui arrivent de la vente de telles boissons aux Amériins, le prélat peut défendre sous peine d’excommunication ipso facto aux Européens la vente de telles boissons, et traiter ceux qui sont désobéissants et réfractaires comme des excommuniés.” La Sorbonne se prononça encore
1— Latour, p. 81.
dans le même sens, et d’une manière plus explicite, treize ans plus tard 1.
Le 24 février 1662, Mgr de Laval remit donc en force son mandement du 5 mai 1660. Le mal était arrivé, disait:il, aux derniers excès, dans tous les lieux où il y avait des sauvages, et même au milieu de Québec, par suite de l'ivresse journalière des sauvages de l’un et de l’autre sexe. Ils en venaient à des meurtres et à des violences qui faisaient horreur. ‘ Tout le christianisme de cette nouvelle Eglise est malheureusement étouffé par ces désordres dans les âmes de ces pauvres sauvages. Nous les voyons, avec une douleur extrême, malgré tous les soins des missionnaires, abandonner la foi.
‘ Etant obligé, par les devoirs de notre charge, de nous opposer de tout notre pouvoir au torrent de ce désordre qui ruine entièrement la foi de cette Eglise, nous vous enjoignons, disait-il aux pasteurs, de publier au peuple dont vous avez le soin, que la suspension de l’excommunication est Ôtée, et icelle excommunication remise en force et vigueur contre tous ceux qui donnent, en quelque façon que ce soit, des boissons enivrantes aux sauvages, sinon un ou deux coups par jour de la petite mesure ordinaire que l’on donne aux gens de travail. Enjoignons d’exhorter un chacun de prendre garde soigneusement à soi, en cela, pour n’attirer point sur sa personne et sur tout le
1-— Délibérations de la Sorbonne du 1er fév. 1662 et du 8 mars 1675, Voir ces deux documents à la fin du t. IT.
nation, séculièr les boiss municat ont tent sur les a Ainsi, qui se m contesta ce qui :
fidèles.
1— Let
treize
ce S0n ait-il, it des ite de > sexe.
ai faiuvelle s dans , avec ission-
e nous sordre S VOUS peuple muniforce façon sinon inaire exhoroi, en out le
pays la malédiction du Seigneur, qui n’est que trop à craindre... ?”
Deux mois plus tard, le mal, au lieu de diminuer, s’était encore aggravé ; et l’évêque fit une nouvelle déclaration, le 30 avril 1662, pour accentuer davantage sa défense de procurer de l’eau-de-vie aux sauvages, et renouveler la sentence d’excommunication contre les coupables.
Malheureusement, l'autorité civile avait ouvert la porte à tous les désordres. Aucune considération morale ne pouvait plus retenir ceux des Français qui n'étaient venus au Canada que pour s'enrichir, et qui, possédés du démon de l'avarice, se livraient désormais avec impunité au trafic des boissons alcooliques.
“Ils ont méprisé ses remontrances, dit Marie de l’Incarnation, parce qu’ils sont maintenus par une puissance séculière qui a la main forte. Ils lui disent que partout les boissons sont permises. Le coup de foudre de l’excommunication ne les a pas plus étonnés que le reste. Il n’en ont tenu compte, disant que l'Eglise n’a point de pouvoir sur les affaires de cette nature 1.”
Ainsi, il y avait déjà, à cette époque, des esprits forts, qui se moquaient des peines les plus graves de l'Eglise, et contestaient à l’autorité religieuse le droit de s'occuper de ce qui intéressait si vivement la conduite morale des fidèles. On voit combien Mgr de Laval avait raison lors-
1— Lettre historique 63e,
302 VIE DE MGR DE LAVAL qu’il disait que le grand mal d’alors, c'était la recherche excessive des intérêts temporels. L’avarice avait porté quelques colons canadiens à mépriser les défenses de l'autorité religieuse.
Ces malheureux, cependant, ne se moquèrent pas toujours de l’excommunication. S'il faut en croire M. de Latour, ‘* les particuliers qui avaient traité de l’eau-de-vie furent visiblement châtiés par la justice divine; plusieurs tombèrent dans des crimes énormes, et reçurent des flétrissures publiques ; tout le pays fut pendant six mois agité par des tremblements de terre et des phénomènes affreux, qui convertirent bien du monde ! ....”
En attendant, Mgr de Laval voyant que les moyens extrêmes qu’il avait employés ne réussissaient pas à arré-
ter les désordres de l’ivrognerie chez les sauvages, que s À
voix était impuissante à empêcher les Français de la colonie de faire leur infâme trafic, parce qu’elle n’était plus soutenue par l'autorité civile, résolut de passer en France pour exposer au roi l’état : e la colonie, et implorer le secours du bras séculier en f.veur de son autorité.
‘“ Il s’'embarque pour passer en France, dit Marie de l’Incarnation, afin de chercher les moyens de remédier à ces désordres qui tirent après eux tant d’accidents funestes. Il a pensé mourir de douleur à ce sujet, et on le voit sécher sur pied. Je crois que s’il ne peut venir à bout de son dessein, il ne reviendra pas, ce qui serait une perte irrépa-
1 — Latour, p. 83.
able Il se tout d etlec prie d Seigna nous rl teur de
1erche porté e l'au-
Ujours Latour, furent 8 tomrissures par des jui con-
moyens à arrê
, ques À
colonie us s0u- France orer le
arie de hédier à
negtes.
sécher de son irrépa
VIE DE MGR DE LAVAL 303 rable pour cette nouvelle Eglise et pour tous les Français. Il se fait pauvre pour les assister ; et pour dire en un mot tout ce que je conçois de son mérite, il porte les marques et le caractère d’un saint.” Puis elle ajoutait : ‘‘ Je vous prie de recommander et de faire recommander à Notre- Seigneur une affaire si importante, et qu’il lui plaise de nous renvoyer notré bon prélat, père et véritablement pasteur des âmes qui lui sont commises 1.”
1 — Lettre historique 63e.
mesur
6bstac gour.
pressar
œ D > … S oo
Lui © SE É à 8 4
ilit(
ans]
encore ]