Mandement du 18 avril
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Cette terrible sentence eut un heureux effet sur le coupable. Chassé de tous côtés, il rentra en lui-même, se convertit à Dieu, et se soumit à la pénitence publique le dimanche suivant.
L'énergie déployée par l’évêque de Pétrée produisit aussi les meilleurs résultats parmi les sauvages. ‘Il a retranché tous les désordres, dit la Relation de 1660; ils n'ont plus paru depuis l’excommunication, tant elle a été accompagnée de bénédictions du ciel : ce qui a tellement surpris nos meilleurs et plus sages sauvages, qu'ils sont venus exprès en faire remerciement de la part de leurs nations à Mgr de Pétrée, lui confessant qu’ils ne pouvaient assez admirer la force de sa parole, qui a achevé, en un moment, ce qu’on n'avait pu faire depuis longtemps.”
La Relation ajoute: ‘ Une des choses qui a le plus éclaté dans le Canada depuis l’arrivée de Mgr de Pétrée, et qui peut passer pour une merveille, c’est de voir l’ivrognerie presque toute exterminée de chez nos sauvages. Dieu a tant donné de bénédictions au zèle de ce bon prélat, qu’il est enfin venu à bout d’un mal qui s'était fortifié depuis si longtemps, et qui semblait irrémédiable.”
Le zèle de Mgr de Laval fut bien secondé, comme nous l'avons vu, par M. D'Argenson, d’abord, puis par M. D’Avaugour dans les commencements de son administration. Ce dernier n’hésit”, pas à employer toute la sévérité de la loi pour faire observer les défenses que le roi avait portées contre la vente des boissons aux sauvages. En 1661, deux individus furent condamnés à la peine capita.e nur
plusieurs offenses criminelles, et en particulier pour avoir à maintes reprises vendu de l’eau-de-vie aux sauvages. Un autre fut fouetté pour la même offense 1.
Tant de sévérité de la part de l’autorité civile comme de la part de l'autorité ecclésiastique produisit de si merveilleux effets, que, dans le mois d’octobre 1661, Mgr de Laval, qui n'avait frappé que pour guérir, résolut de suspendre l’excommunication portée le 5 mai 1660, et de reprendre à l'égard de son troupeau l’unique rôle de pasteur et de père dont il n'aurait jamais voulu se départir.
Hélas! une circonstance fâcheuse vint bientôt ramener la douleur dans son âme, et lui faire reprendre la verge qu’il espérait avoir déposée pour toujours.
Le baron D'Avaugour était un homme d’une probité reconnue et d’une foi pratique ; il était sincèrement attaché À la Religion ?. Vieux soldat de quarante ans de service, il apportait dans l’administration de sa charge beaucoup d'énergie et de franchise, mais aussi des allures raides, cassantes et impérieuses, qu’on pardonne plus facilement à un général qu'à un gouverneur. ‘ Il a servi longtempsen Allemagne, pendant que vous y étiez, écrivait Colbert au marquis de Tracy : et vous devez avoir connu ses talents, aussi bien que son caractère bizarre et quelque peu impraticable *.”
1 — Journal des jésuites, oct. 1661.
2 — Une vieille chronique l'appelle le ‘‘ sage et vertueux M. Dubois D'Avaugour” ; et elle ajoute qu’on l'avait ‘‘ nommé avec justice le Du Terrail du temps”. (Union Libérale de Québec, 2 nov. 1889.)
3 —- Cité pur M. Parkman, The Old Regime in Canada, p. 120.
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VIE DE MGR DE LAVAL 297 Ennemi du faste et des cérémonies, il avait pris le plus sûr moyen d'éviter les conflits de préséance qui avaient causé tant de déboires à son prédécesseur : c’était de fuir les solennités publiques. Dès son arrivée, il avait décliné la réception que Mgr de Laval et les jésuites lui avaient préparée à l’église paroïssiale !.
Prévenu ‘contre l’évêque, il affectait de n’avoir avec lui que les relations de rigueur, et s’efforçait au contraire de rester en termes d'amitié avec les jésuites ?. C'était déjà pour lui une situation un peu anormale, car l’évêque et les jésuites s’entendaient parfaitement pour tout ce qui regardait l'administration spirituelle de la colonie. Le dissentiment le plus grave ne tarda pas à éclater entre eux et le gouverneur.
Nous avons vu que, tout d’abord, M. D’Avaugour avait appuyé énergiquement la défense portée par Mgr de Laval contre la vente de l’eau-de-vie aux sauvages. Unincident fit tout à coup changer ses dispositions.
Une femme de Québec fut surprise en contravention à la loi, et conduite en prison. Le P. Lalemant, supérieur des jésuites, cédant aux sollicitatichs pressantes de la famille, et peut-être à un mouvement naturel de compassion, alla se présenter chez le gouverneur po; demander sa grâce, et voulut l’excuser. ‘ Comment ! répliqua brasquement
1 — Journal des jésuites,
2 — Dans l’automne de 1661, il pria le supérieur des jésuites d'assister au Conseil (Journal des jésuites, oct. 1661). L'évêque y était déjà de droit ; et ce droit fut confirmé par un nouvel arrêt du conseil d'Etat, en date du 24 mai 1661, enregistré au conscil do Québec le 27 septembre de la même année. (Archives de l'archevéehé de Québec.)