‹ Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708Chapitre 30 sur 68 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Aperçu général du vicariat apostolique de l’évêque de Pétrée. — La population sauvage. — La colonie française.

Le vicariat apostolique confié à Mgr de Laval ne ressemblait guère aux diocèses bien organisés de l’Europe. Baigné du côté de l'Orient par les eaux de la mer, il n’avait pour ainsi dire pas de limites du côté du Nord et de l’Occident: il comprenait les possessions déjà soumises à la couronne de France, et celles que l’on pourrait y réunir dans la suite. C’était toute l’Amérique septentrionale, moins les colonies encore peu développées de la Nouvelle-LIollande et de la Nouvelle-Angleterre : immense territoire, plus grand que toute l’Europe, aussi vaste que l’Afrique, et que la vie d’un homme suffirait à peine à parcourir. Il était couvert d’épaisses forêts et de prairies incultes, sillonné en tous sens par de magnifiques rivières, parsemé de lacs et de hautes montagnes, habité par une infinité d’oiseaux et d’animaux de toutes sortes.

Ce vaste domaine où la civilisation a aggloméré aujourd’hui des millions d’êtres humains, ne contenait alors que quelques centaines de tribus plus ou moins errantes, aux-

quelles on est convenu de donner le nom de sauvages . restes perdus de quelque civilisation antique, tristes epaves de naufrages inconnus, enfants déshérités de la race humaine, qui avaient à peu près perdu tout souvenir de leur origine, toute idée de leur destinée, mais en qui lu missionnaire reconnaissait des frères créés comme lui à l’image de Dieu, rachetés comme lui au prix du sang de Jésus-Christ.

A ces pauvres enfants des bois, qui avaient peidu le chemin de leurs destinées éternelles, et qui, comme des brebis privées de pasteur, couraient à une perte certaine, la Providence avait réservé une dernière grâce de salut. Elle avait commencé déjà à faire pénétrer chez eux, par le ministère des récollets et des jésuites, les lumières de la vraie foi ; elle leur envoyait maintenant un évêque, un successeur de ces mêmes apôtres à qui Notre-Seigneur avait dit: “Allez, enseignez toutes les nations 1 . ”

Toutes ces tribus sauvages pouvaient se rattacher à deux races principales : la race Algonquine et la race ITuronne. Les Hurons et les Iroquois, ces ennemis irréconciliables, appartenaient, chose étonnante, à la même famille ; leurs langues, quoique très diverses, étaient sœurs, et “ il y avait entre elles à peu près la même différence qu’entre la langue italienne et la langue latine,” dit Mgr de Laval.

Page 1