‹ Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708Chapitre 4 sur 68 · LE CARDINAL TASCHEREAU · texte numérisé non relu

LE CARDINAL TASCHEREAU

La belle discipline ecclésiastique et paroissiale de nos jours remonte jusqu’à son temps, car c’est lui qui en a posé les fondements. Voilà pourquoi “l’Eglise de Québec, si petite “ et si humble, si faible dans ses commencements, chargée “ néanmoins de porter la parole divine et la bonne nouvelle “ dans un territoire plus vaste que 1 Europe entière, cette “ Eglise n’a point faibli à sa mission ; elle n’a pas succombé “ sous le fardeau ; et aujourd’hui elle compte avec orgueil “ jgg provinces, les diocèses et les vicariats apostoliques “dont elle est la mère féconde.” — (Mandement du 8 septembre 1874.)

Il ne me reste plus qu’à vous remercier d’avoir entrepris et conduit à bonne fin ce travail si important pour l’histoire ecclésiastique de notre pays, et à vous en souhaiter la récompense.

Veuillez agréer,

Monsieur le Curé, l’assurance de mon dévouement.

E.-A. Gard. TASCHEREAU ,

Archevêque de Québec.

LETTRE DE Mgr BÉGIN

ÉVÊQUE DE CHICOUTIMI

Chicoutimi, 25 décembre 1889.

A M. l’abbé Auguste Gosselin,

Curé de Saint-Féréol,

Docteur es-lettres de V Université Laval.

Bien cher ami,

Vous venez de mettre la dernière main à votre Vie de Mgr de Laval : je vous en félicite de tout cœur. Il ne vous reste plus qu’à vous hâter de la livrer au public, qui l’attend avec impatience. Vous lui en avez donné un avant-goût par le magnifique chapitre qui a été déjà publié dans le Canada-Français : ses espérances, je le sais, ne seront pas déçues.

Lorsque vous avez entrepris, il y a trois ans, à la demande de plusieurs véritables amis de notre pays, d’écrire une histoire aussi complète que possible de son premier évêque, j’applaudis d’autant plus à votre généreuse résolution, que je vous savais parfaitement capable de la mener à bonne fin. Je connaissais, en effet, mieux que personne vos talents, votre amour du travail et de 1 etude, votre inclination particulière pour les recherches historiques, l’esprit d’ordre que vous savez mettre en toutes choses, votre goût fin et délicat," votre plume exercée.

LETTRE DE MGR BÉGIN

Vous êtes, je puis vous rendre ce témoignage, l’un des membres de notre clergé canadien qui ont le mieux conservé le culte des lettres et de ces études classiques, dont Cicéron a dit “ qu’elles nourrissent notre jeunesse, et font le charme de nos vieux jours, notre ornement dans la prospérité, notre refuge et notre consolation dans le malheur.” Aussi, que de fois je me suis pris à regretter que vous ne pussiez vous décider à confier au public le fruit de vos études, de vos travaux et de vos recherches !

Vous préfériez, sans doute, mettre en pratique la maxime favorite que professait l’illustre maître de Mgr de Laval, M. de Dernières : “ Il ne faut jamais se produire avant le temps. ”

Et vraiment, à considérer l’ardeur fébrile avec laquelle tant de personnes, de nos jours, lancent dans le public les productions indigestes de leur esprit, pour n’aboutir trop souvent qu’à des avortements ridicules, je ne puis que louer votre défiance de vousmême et la sagesse avec laquelle vous vous êtes tenu jusqu’ici à l’écart, pour vous préparer aux desseins de Dieu sur vous.

Vous débutez aujourd’hui par une œuvre d’un mérite peu ordinaire. Votre Vie de Mgr de Laval fait revivre au milieu de nous le saint évêque qui quitta jadis le beau pays de France, pour venir jeter sur les rives de notre grand fleuve les fondements de notre Eglise et de notre nationalité canadienne.

Il y a quelques années, les ossements arides du pieux prélat furent exhumés providentiellement de la poussière où ils dormaient depuis près de deux siècles, et promenés en triomphe à travers les rues de Québec. Un instant, l’imagination populaire crut voir Mgr de Laval ressuscité au milieu de nous ; et nous nous rappelons tous la joie enthousiaste avec laquelle fut saluée cette vision éphémère. Aujourd’hui, sous le souffle créateur de votre histoire, ces mêmes ossements arides reviennent de nouveau à la vie, et cette fois, d’une manière durable.

Oui, Mgr de Laval vit et respire dans les belles pages que vous allez bientôt livrer au public. Le voilà bien, cet illustre des-

ÉVÊQUE DE CHICOUTIMI

Cendant des Montmorency, qui nous consacra la plus grande partie de son existence.

Nous le voyons d’abord naître et grandir sous le toit paternel, à l’ombre de la petite église de Montigny-sur-Avre, au milieu des paysages gracieux de ce joli village, dont vous nous donnez, pour la première fois, la description.

Bientôt la scène change, et revêt un nouveau décor. Il est transplanté au collège de La Flèche, dans ce Chateauneuf de Henri IV, où les magnificences de l’art s’harmonisent si bien avec les beautés pittoresques de la nature. Il y passe sa jeunesse sous les yeux vigilants des PP. Jésuites, et y apprend tous lés secrets de la science et de la vertu. Vous nous le montrez rivalisant de zèle et de piété avec ses confrères dans la congrégation du P. Bagot, puis se préparant au sacerdoce, dans le collège de Clermont, à Paris.

A Evreux il exerce durant plusieurs années les nobles fonctions d’archidiacre. Puis, tout à coup, le voilà a Rome, ou, désigné avec deux de ses confrères pour le vicariat apostolique du Tonkin, il n’attend qu’un ordre du souverain pontife pour s’envoler vers cette périlleuse mission. Mais la Providence nous le réserve : la mission du 1 onkm vient a manquei , et François de Laval, plein d’humilité et d’abandon à la volonté de Dieu, va se mettre en retraite dans le doux ermitage de M. de Bernieres.

Vous nous avez décrit avec soin cette belle solitude, ce nouveau Manrèze, où le futur évêque de Québec, disciple des fils de saint Ignace, se'pr^Para a l’aP0St°lat de la Nouvelle-!1 îance. Les années qu’il passa à l’ermitage de Caen sont une des paities principales de son existence. Il s’y recueillit et y concentra toutes ses forces spirituelles, pour leur donner encore plus de vigueur.

Mais voilà l’heure du sacrifice et de la lutte. Les négociations pour l’envoi d’un évêque au Canada, que vous nous racontez en détail et d’une manière parfaite, ont abouti à la nomination de Mgr de Laval comme vicaire apostolique de la Nouvelle-France.

LETTRE DE MGR BÉGIN

Il triomphe de toutes les oppositions faites à sa consécration, et dit adieu à son pays natal.

Avec l’arrivée de Mgr de Laval au Canada se termine la première partie de votre ouvrage. C’est la plus courte, mais non la moins intéressante, car la plupart des faits qui y sont relatés ont à peine été effleurés jusqu’ici par les biographes du prélat.

Les trois autres parties de votre livre ont leurs divisions toutes naturelles : Mgr de Laval, vicaire apostolique du Canada, puis évêque de Québec, puis enfin évêque démissionnaire. C’est la vie apostolique du saint prélat, laquelle se résume parfaitement dans l’épigraphe que vous avez mise en tète de votre livre: “ Utinàm omnibus omnia fiam, et omnes Christo lucrifaciam ! ”

Vous avez raison d’appeler Mgr de Laval l’ Apôtre du Canada : il a été apôtre, en effet, et un apôtre digne des fondateurs de l’Eglise universelle. Heureux notre pays, d’avoir eu pour premier évêque un homme si saint, si désintéressé, si attaché au saintsiège, si dévoué au salut des âmes ! On ne peut lire sans se sentir ému jusqu’aux larmes, le récit de ses travaux, de ses courses apostoliques, de ses efforts incessants pour procurer la gloire de Dieu, l’honneur de l’Eglise, le salut de la petite colonie française établie sur les bords du Saint-Laurent, le salut, surtout, des pauvres sauvages qui peuplaient alors les forêts de la Nouvelle- France.

Les sauvages, ah ! qu’il les a aimés ! C’est surtout pour eux, pour les amener à la lumière de l’Evangile, qu’il se croyait envoyé en Amérique : de là, l’affection vraiment incomparable qu’il leur témoignait. Vous nous le montrez dès son arrivée à Québec, leur prodiguant les prémices de son zèle, puis ensuite s’occupant constamment de leur salut, leur envoyant des missionnaires, mais surtout luttant avec un courage invincible contre le fléau des boissons enivrantes, qui menaçait de les perdre à jamais. Vos pages éloquentes sur la traite de l’eau-de-vie nous révèlent non seulement le zèle ardent, mais aussi le caractère énergique, noble, j’allais dire chevaleresque de notre saint pontife.

ÉVÊQUE DE CHICOUTIMI

L’Eglise du Canada lui doit à peu près tout ce qu’elle est, son organisation, sa puissante vitalité pour le bien, la foi si puissamment ancrée dans le cœur de ses enfants, leur attachement respectueux à l’autorité ecclésiastique, leur zèle inaltérable pour les bonnes œuvres. Ce vicariat apostolique, qui devint l’évêché de Québec, était immense, puisqu’il renfermait toute l’Amérique du Nord, moins la colonie alors peu considérable de la Nouvelle- Angleterre. Il ne put jamais songer à le visiter dans toute son ctendue. Mais son esprit a pénétré partout, grâce à ses missionnaires, qui étaient animés, comme lui, du même souffle évangélique, et formés aux plus admirables vertus. Lui-même parcourut à maintes reprises, et au prix de fatigues incroyables, toute la partie habitée par les Français, laissant partout des traces de son /èle, et communiquant aux fidèles et aux institutions religieuses cet esprit de force, de piété et d’union dont il était rempli.

C’est un grand plaisir pour moi de savoir que le saint évêque a touché de ses pieds le sol de mon diocèse. Votre beau chapitre ur sa visite à Tadoussac a réjoui mon âme ; et chaque fois que j aurai occasion de visiter moi-même ce petit coin de mon diocèse, favorisé un jour de la présence d’un si admirable pontife, je ne manquerai pas de m’inspirer des souvenirs de zèle et de dévouement qu’il y a laissés : Adorabimus in loco ubi steterunt ftedes ejus.

Je n’entreprendrai pas, cher ami, de résumer ici votre beau livre et de rappeler toutes les œuvres de Mgr de Laval. Après avoir exposé sa carrière apostolique, vous nous le montrez fléchissant sous le poids des infirmités précoces et de la maladie, et obligé de résigner son siège épiscopal en laveur de son successeur, qu’il a choisi lui-même, mais qu’il trouve bientôt, à son grand regret, tout opposé à ses vues dans le gouvernement de son diocèse.

Ici se présentait sous votre plume plus d’une difficulté. Je crois que vous en avez triomphé d’une manière parfaite, et que vous avez bien compris votre rôle d’historien. Vous deviez à Ta

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