‹ Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708Chapitre 5 sur 68 · XV · texte numérisé non relu

XV

LETTRE DE MGR EÉGIN

vérité de ne pas celer les dissentiments qui éclatèrent entie les deux prélats ; mais vous pouviez excuser les intentions, et cest ce que vous avez fait. Vous avez parfaitement établi que tous deux étaient animés des sentiments les plus purs, qu ils voulaient sincèrement le bien de l’Eglise du Canada, qu’ils étaient des saints dans toute la force du mot. L’histoire ne manque pas d’exemples de saints qui, tout en ayant les opinions les plus divergentes sur certaines questions, restaient inviolablement unis, a la grande édification des fidèles, sur le terrain de l’amour de Dieu et de la charité pour les âmes.

■ “ Grand comme évêque, a dit un jour notre vénéré métropolitain, Mgr de Laval fut encore grand comme citoyen. Il brillé au premier rang parmi les fondateurs de notre nationalité.' Aussi dois-je vous féliciter tout particulièrement d’avoir consacré plusieurs chapitres de votre livre au rôle politique de Mgr de Laval. Vous avez noblement vengé le saint prélat des accusations injustes que l’on a fuit peser sur sa mémoire.

On l’a traité d’ambitieux et d’arbitraire ; on a dit qu’il avait recherché avec avidité le pouvoir politique, et voulu tout asservir sous le joug de sa volonté, Rien de plus contraire à la vérité des faits ; vous le démontrez amplement. Le rôle politique qu’il fut appelé à exercer dans notre pays, suivant l’usage de l’époque, lui fut attribué par le roi, et il ne s’en servit qu’avec un rare esprit de justice, de sagesse et de modération. Au Conseil supérieur, son influence fut toujours souverainement bienfaisance. Il était ferme et prudent, inflexible dans l’accomplissement de son devoir, mais toujours prêt à consulter et à suivre l’avis des hommes compétents.

Sa sagesse, son zèle et ses vertus lui valurent, dès le commencement de son administration, l’estime du roi : t: Je serai bien aise, lui écrivait Louis XIV, de vous donner dans toutes les occasions qui s’en pourront offrir, des témoignages de l’estime que je fais de votre personne,” Celte estime et cette faveur ne lui firent jamais défaut, malgré les accusations injustes dont il fut souvent l’objet;

EVEQUE DE CHICOUTIMI

N’est-ce pas en marchant sur ses traces, n’est-ce pas en s’inspirant de l’esprit de loyauté', de sagesse et de prudence de Mgr de Laval, que notre clergé canadien a toujours joui d’une si grande influence dans notre pays, et qu’il a pu être le guide naturel de nos populations à travers les époques les plus critiques de notre histoire? Attachons-nous de plus en plus à la mémoire de cet illustre évêque, qui, tout français qu’il était par sa noble origine, était devenu par affection le plus canadien de tous les canadiens : son souvenir sera un des plus fermes soutiens de notre influence et de notre patriotisme.

L’ambition ! il n’en eut jamais d’autre que d’être un pontife selon le cœur de Dieu et les vœux de la sainte Eglise ; il n’en eut jamais d’autre que celle de sauver les âmes, et surtout de sauver la sienne. On reste saisi d’admiration, en voyant à quel degré de mortification et de pénitence était arrivé ce saint prélat, en voyant son humilité si profonde, sa foi vive et ardente, son abandon parfait à la Providence et son désintéressement, son esprit de prière, la dévotion à la sainte Vierge et aux saints Anges, qui respire dans toutes ses lettres, son grand amour de Dieu et sa charité pour les âmes. On est porté à le comparer aux plus grands saints qui ont paru dans l’Eglise ; on souhaite ardemment que Dieu glorifie un jour son serviteur, et qu’il soit permis de Fhonorer sur nos autels.

Votre livre, cher ami, contribuera à ce résultat si désiré. Il va révéler de plus en plus Mgr de Laval à notre bon peuple canadien, qui se sentira touché à la vue de sa bonté, de son dévouement et de son zèle. Il va le révéler au clergé, qui verra dans le fondateur de notre Eglise un des plus beaux exemples de vertus sacerdotales. Il le révélera aussi de plus en plus aux enfants de son Séminaire, l’objet spécial dé son affection, auquel il consacra sa vie et toute sa fortune.

On voit, en lisant votre livre, que vous l’avez écrit avec amour. Vous vous êtes attaché à Mgr de Laval, à mesure que vous avez

LETTRE DE MGR BÉGIN

imïeixx connu ses grandes qualités, la noblesse de son caractère, ses éminentes vertus; et vous faites partager ce sentiment à vos lecteurs. Tous ceux qui parcoureront votre ouvrage, s'attacheront à Mgr de Laval : ils seront portés à avoir confiance en lui, ils le prieront, ils l’invoqueront ; et, j’en ai la douce confiance, ils -obtiendront par son secours quelqu’une de ces faveurs spirituelles qui sont le témoignage divin de la sainteté.

Tous avez donc fait une bonne oeuvre, en écrivant ce livre. J’ajoute que vous avez fait une œuvre tout a fait littéraire. A otre stvte est sobre, sans recherch e et sans prétention, comme il conviem à l’historien, toujours clair, soigné et entraînant. 11 régné «J»ns votre ouvrage une grande et belle ordonnance, qui ne se trouve pas toujours dans les oeuvres de ce genre : tout y est à sa L>t»ce. VoUs nous montrez Mgr de Laval mêlé à tous les principaux événements de son époque ; mais tout est disposé de manière à faire ressortir toujours son action et son influence, et à ne primts le perdre de vue.

Votre livre se range parmi les meilleurs ouvrages hagiographiques -de notre époque ; et je ne suis pas surpris que l’Université Laval, ce juge si éclairé du vrai mérite, ait bien voulu apprécier le vôtre, -en vous conférant le titre de Docteur cs-lettres .

Veuillez, cher ami, agréer mes félicitations les plus sincères, et les vœux que je forme pour que votre œuvre produise tout le bien -rpae vous désirez et que je désire moi-même.

t LOU IS-N AZ A I RE,

J? règne de Ch ic.Qiitimi.

LETTRE DE Mgr PAQUET

proton ota ire apostolique ad instar pu rticipantium, docteur s.»,

THÉOLOGIE, SUPÉRIEUR DU SÉMINAIRE DE QUÉBEC, EU RECTEUR DE 1,’UUIVERSITÉ-LAVAL.

Québec , 2 g janvier iSga

A M. l’abbé Auguste Gosselin,

Curé de Saint-Féréol,

Docteur es lettres de P Université LavaL

Moi* CHER AMI,

Il y a plusieurs années, dans une de ces séances solennelles ot le séminaire de Québec se fait un devoir de célébrer, à des époques aussi régulières que possible, la mémoire de son vénéré fondateur, un de nos orateurs les plus distingués, répondant au reproche qu’il n’y avait pas encore, sur les bords du Saint- Laurent, de monument élevé à la gloire de Mgr de Laval, s’écriait avec enthousiasme : “ Ce monument existe, et il est digne du grand et “ saint évêque : c’est l’Université Laval, qui éternisera son nom,. “ et le montrera aux générations futures du Canada comme le “ plus grand bienfaiteur de ce pays.”

Dans un sens, cette réponse est juste : l’U niveroité Laval, comme le séminaire de Québec dont elle n’est que l’extension, est un beau monument de la piété, de la générosité et du zèle apostolique de l’immortel prélat.

Mais il nous restait à élever un autre monument. Pour tant d’œuvres bienfaisantes du fondateur de notre Eglise, pour tant de

LETTRE DE MGR PAQUET

mérites, de sacrifices et de dévouement, il fallait un hommage public et durable, il fallait surtout cet hommage que l’on ne refuse à aucune gloire véritable.: celui de publier sa vie, de raconter ses travaux et de mettre en lumière ses éminentes vertus. Que de fois les continuateurs de son œuvre par excellence, les ecclésiastiques de son séminaire, ont songé à lui élever ce monument ! Que de fois ils ont dû regretter de ne pouvoir, à cause du labeur incessant de chaque jour, s’acquitter d’un vœu si cher a leurs cœurs !

Cette noble tâche, cher ami, vous avez bien voulu vous l’imposer. Avec un désintéressement qui vous honore, uniquement préoccupé du désir de faire une œuvre utile à la religion et a la patrie, attiré d’ai. leurs vers Mgr de Laval par l'éclat d’une belle et sainte carrière, par le charme de qualités nobles que vous étiez mieux que personne capable d’apprécier, vous vous êtes mis courageusement à l’œuvre. Vous avez fait les recherches les plus minutieuses dans nos bibliothèques et dans nos archives ; vous avez consulté les hommes les mieux versés dans la science de notre histoire ; vous vous êtes amassé, avec une patience de bénédictin, un trésor inappréciable de notes et de documents. Puis, avec cet esprit d’ordre et de méthode qui vous caractérise, vous avez fait l’unité dans la variété, et vous avez ensuite répandu sur votre travail le brillant vernis d’un style soigné, aimable et toujours classique.

Vous avez élevé un beau monument à la mémoire vénérée de Mgr de Laval ; vous avez fait une œuvre solide et durable, une œuvre qui restera, et dont vous pouvez dire : Monumentum exegi œre perennius.

C’est une œuvre vraiment digne de Mgr de Laval et de son université. Déjà cette dernière a reconnu hautement votre mérite, et s'est efforcée de vous payer sa dette de reconnaissance, en vous accordant avec grand plaisir et d’une manière toute spontanée, sur le témoignage éclairé de quelques-unr de ses professeurs qui

Page 1