‹ Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708Chapitre 51 sur 68 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

Rôle politique de Mgr de Laval (suite). — Mgr de Laval et M. de Mésy. 1663-1665.

La bonne entente entre le gouverneur, d’un côté, Mgr de Laval et le Conseil, de l’autre, ne fut pas troublée extérieurement avant le commencement de février 1664. Le gouverneur et l’évêque dînèrent ensemble chez les jésuites le jour de la Saint-François-Xavier. M. de Mésy invita aussi l’évêque à dîner au château, le premier jour de 1 an, -et Mgr de Laval y alla avec MM. de Bernières et de Maizerets h

Au Conseil, M. de Mésy donna son concours à plusieurs décisions importantes, comme, par exemple, l’enregistrement de l’ordonnance royale sur le paiement des dîmes, l’octroi de subsides aux différentes communautés religieuses, le paiement d’une indemnité aux sœuis ciel ILôtel- Dieu pour la quantité de malades que les vaisseaux leui avaient apportés. Il se chargea aussi, conjointement avec l’évêque, de la distribution des vivres et des habillements

1 Journal des jésuites, décembre 1663 ; janvier 1664.

que le Conseil avait ordonné de faire aux pauvres colons qui étaient arrivés malades par les vaisseaux de septembre.

Les brouilleries entre les 'puissances 1 éclatèrent a l’occasion des dîmes. Le Conseil avait été unanime à enregistrer l’ordonnance royale ; et cependant il s’y forma bientôt une opposition, comme il y en avait une parmi le peuple. Le Conseil sursit à l’exécution de la loi. “ M. de Mésy luimême, dit Latour, écrivit en faveur des habitants, et déclara que la dîme ruinerait et ferait déserter la colonie 2.”

MM. Bourdon, Yilleray et D’Auteuil se déclarèrent hautement en faveur de l’évêque. Le gouverneur leur enleva leurs charges au Conseil, destituant d’abord MM. de Yilleray et D’Auteuil, puis, au bout de quelques jours, M. Bourdon.

Les conseillers avaient pressenti cet attentat du gouverneur ; car dans la séance du 8 février, ils avaient ordonné que tous les arrêts du Conseil seraient entrés avec soin dans les registres, puis signés chaque mois par tous les conseillers, et que le sceau serait confié à l’un d’eux, à tour de rôle. Le gouverneur, qui ne savait lias dominer ses sentiments, s’était retiré de dépit pendant la séance.

Le 9 février, le Conseil ordonne que le lendemain, dimanche, on affichera à la porte de l’église paroissiale de Québec l’édit de création du Conseil souverain et la nomination des conseillers, ainsi que celle du procureur général et du greffier. C’était protester solennellement contre la

1 — Journal des jésuites.

2 — Latour, p. 158.

destitution arbitraire qui avait déjà ete faite, et contie celle que l’on appréhendait et qui ne manqua pas d airivei.

Le mercredi 13 février, pendant que Mgr de Laval était au château, dans la salle ordinaire des séances, avec MM. de la Ferté, de Tilly et Damours, M. Angoville vint lui présenter, de la part du gouverneur, un écrit dont il lui fit la lecture. M. de Mésy annonçait officiellement à l’évêque qu’il avait destitué de leurs charges MM. de Villera}", D’Auteuil et Bourdon.

“ Il ne les avait nommés, disait-il, qu’à la suggestion de l’évêque de Pétrée, dont ils étaient les créatures. Ils avaient voulu se rendre maîtres du Conseil, contre les intérêts au roi et du public, dans le but de favoriser des particuliers. Ils avaient formé et fomenté des cabales, contrairement à leur devoir et au serment de fidélité qu’ils avaient prête au roi. On avait profité, ajoutait-il, de sa bonne foi et de son ignorance du pays pour le faire consentir à leur nomination. Il priait maintenant le prélat de se joindre a lui pour faire une assemblée du peuple, à l’effet de choisir

d’autres officiers.”

Mgr de Laval se contenta de faire remarquer que cette déclaration ne pouvait avoir aucune valeur, puisqu il ne lui avait pas donné son concours ; il pria cependant. M. D’Angoville de la laisser au greffe. Le sergent répliqua que, puisque le Conseil refusait de l’enregistrer, son maître allait la faire publier. Et en effet, dès le lendemain, elle était affichée au poteau public, défiant pour ainsi due l’ordonnance royale que le Conseil avait fait afficher a la

porte de l'église. Le gouverneur ne pouvait se condam m‘m™e d’,lne manière plus évidente.

Le Prélat lui répliqua officiellement le IG février - Laissant de côté les paroles offensives et les accusations injurieuses qui me regardent dans cette affiche et dont

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supérieur, t. I, lettre A,

M. de Mésy alliait une foi profonde à de grands travers d’esprit. On lui fit entendre que ses actes arbitraires forceraient le clergé à lui interdire les sacrements de l’Eglise ; de ce moment, sa conscience ne fut pas en repos. Il écrivit, à la fin de février, une longue lettre aux révérends pères jésuites, pour leur demander ce qu’il avait à faire.

“ Il se trouvait, disait-il, dans l’alternative ou de manquer à ses devoirs envers Dieu, représenté par l’évêque, ou de ne pas servir son roi. Les intérêts du roi demandaient qu’il renvoyât de leurs charges les sieurs Villeray, D’Auteuil et Bourdon, à cause de leur mauvaise conduite, ce qu’il ne pouvait faire sans blesser l’évêque ; et il ne savait comment concilier ses obligations envers l’évêque et envers le roi h ’

Il oubliait seulement de prouver que ces conseillers avaient réellement démérité de leur souverain, et que les intérêts du roi étaient incompatibles avec ceux de l’Eglise.

Le P. Laie ruant, en habile homme, lui fit une réponse peu compromettante : il n’avait pas d’avis a lui donner dans les choses purement temporelles ; pour les affaires spirituelles, M. de Mésy devait s’en rapporter à la direction de son confesseur 1 2.

Cependant, il n’y avait pas de procureur général : le gouverneur n’avait pas osé en faire élire un par le peuple, comme il l’avait d’abord projeté ] les affaires languissaient. Le 5 mars, il propose au Conseil de nommer un substitut

1 — Parkman, The OUI Régime in Canada, p. 415.

2 — Journal des jésuites.

du procureur général, et invite l’évêque à concourir avec lui à cette nomination.

Mgr de Laval lui fait alors, séance tenante, la même réponse qu’il lui a fait signifier le 16 février : “ Ni sa cons¬

cience, ni son honneur ne le lui permettent, jusqu’à ce que le procureur général soit convaincu des crimes dont on l’accuse. Il n’empêche pas le gouverneur de faire cette nomination, pourvu qu’il en prenne seul toute la responsabilité.”

M. Chartier de Lotbiniôre fut nommé par le gouverneur,

et admis au Conseil comme substitut du procureur général ; mais le prélat entra immédiatement sa protestation: “ Par la présente signature, dit-il, je ne prétends aucunement autoriser la qualité de substitut, au préjudice des droits et protestations de M. le procureur général, pour les causes portées par ma déclaration faite dans le Conseil le cinquième jour du présent mois de mars. ”

On ne saurait assez admirer en toute cette affaire l’esprit de suite de Mgr de Laval, sa sagesse et son équité. Il ne veut pas par un entêtement déraisonnable s’opposer à la marche des affaires ; mais il proteste contre tout ce qui lui semble contraire au droit et à la justice.

Quelques jours plus tard, surgit au Conseil une question délicate : il s’agit d’ôter le scellé mis sur les papiers de Du mes ml, et de faire l’inventaire. L’évêque de Pétrée enregistre sa protestation dans les termes suivants :

Vu l’état présent du Conseil 'ouverture du dit coffre, je dé

, et les intérêts du roi dans clare qu’elle ne se fait pas

de mon consentement, et que je juge à propos, pour les raisons que je dirai en temps et lieu, que l’on diffère la dite ouverture, jusqu’à ce que, à la venue des vaisseaux, il y ait une personne de la part de Sa Majesté. ”

Tout est digne dans la conduite du prélat. Il ne se retire pas du Conseil, comme aurait fait M. de Mésy dans sa mauvaise humeur ; il ne fait pas de scènes, à la maniéré de Frontenac: il se contente de protester contre 1 injustice et l’illégalité.

Le sentiment du devoir reprit bientôt son empire sur le gouverneur. Dès le 26 mars, il fait rentrer INI. D’Auteuil dans sa charge, et retire les accusations portées contre lui. La réparation commence ; le temps et la grâce vont l’achever.

A la séance du 16 avril, le mercredi de pâques, le Conseil s’assemble au complet: MM. Villeray et Bourdon viennent d’y rentrer. M. de Mésy leur a rendu ses bonnes grâces, déclare nul et non avenu tout ce qu’il a dit et écrit contre eux, et approuve lui-même par conséquent la conduite de l’évêque dans toute cette affaire. La disgrâce de MM. Villeray, Bourdon et D’Auteuil avait duré deux mois h

Il nous semble que, jusqu’ici, ce n’est pas Mgr de Laval qu’il faut accuser d’avoir abusé de son rôle politique et excédé les bornes de son autorité.

Tout alla bien au Conseil jusqu’au mois d’août 1664. On y passa plusieurs résolutions très importantes, surtout par

1 — Conseil Souverain, t. I, p. 127 à 170.

444 vie DE MGR I)E EAVAE

rapport à la traite de l’eau-de-vie. Le Conseil avait renouvelé l’ordonnance royale du 7 mars 1657, qui défendait de traiter des boissons aux sauvages, sous peine d’une amende de 300 francs, et, en cas de récidive, sous peine du fouet ou du bannissement. Cette défense avait été publiée à Québec, aux Trois-Rivières et à Montréal. Elle produisit d’autant plus de bien qu’on la fit exécuter avec beaucoup de fermeté.

Mais, au printemps de 1664, par suite des brouilleries survenues entre l’évêque et le gouverneur, celui-ci s’était relâché de sa sévérité pour la traite de l’eau-de-vie, comme il l’avait fait pour la loi des dîmes ; et les désordres avait recommencé avec une fureur incroyable. Au cap Rouge et à Sillery, tout le monde, paraît-il, faisait la traite de l’eaude-vie.

Le 17 avril 1664, le Conseil se décide de nouveau à sévir contre les désordres. Il renouvelle l’ordonnance de 1657, avec toutes les peines portées contre ceux qui donnent des boissons aux sauvages. Dans le procès-verbal de la séance, le Conseil reconnaît que “ la vente des boissons aux sauvages a toujours été défendue depuis le commencement de la colonie, parce que ces peuples deviennent furieux quand ils sont ivres, et qu’ils ne veulent boire que pour s’enivrer b ” On ne pouvait donner plus solennellement raison aux sentiments de Mgr de Laval.

Le Conseil fit exécuter l’ordonnance avec tant defermeté

1 — Conseil Souverain, t. I, p. 170.

et de rigueur, que les désordres diminuèrent considérablement dans l’été de 1664.

Cependant les colères de M. de Mésy contre Bourdon, Villeray et autres membres du Conseil n’étaient calmées qu’à la surface ; elles n’attendaient qu’un moment favorable pour éclater de nouveau. Ce moment arriva à l’expiration de l’année d’office de ces conseillers.

On a le procès-verbal de la séance, où le gouverneur prononça leur destitution (19 septembre 1664) L Ce procèsverbal, écrit de la main de M. de Mésy lui-même, fut trouvé si extraordinaire, si illégal, si indigne d’un gouverneur, que MM. de Tracy, de Courcelle et Talon ordonnèrent plus tard (31 mai 1666) qu’il fût bâtonné.

M. de Mésy avait choisi, pour prétexte de son coup d’état, l’opposition, pourtant bien judicieuse, que les conseillers D’Auteuil et de la Ferté, de concert avec le procureur général Bourdon et M. de Charny, qui représentait l’évêque au Conseil, avaient faite à la nomination de M. Lemire comme syndic des habitants. Une première élection de syndic avait été faite en assemblée publique convoquée légalement par ordre du Conseil, et M. Charron avait été nommé. Mais comme il était marchand, on lui persuada qu’il ne pouvait représenter d’une manière désintéressée la communauté des habitants, et il résigna. Une assemblée convoquée pour une nouvelle élection fut sans résultat. Enfin, une troisième assemblée, convoquée très irrégulièrement par le gouverneur seul, nomma M. Lemire.

1 — Conseil Souverain , t. I, p. 278.

C’est contre cette nomination, qu’ils regardaient comme tout à fait illégale, que protestèrent les conseillers et M. de Charny. Le gouverneur ne put se contenir. Il prit sur lui de suspendre de leurs fonctions les conseillers récalcitrants D’Auteui!, de la Ferté et Villeray, ainsi que le procureur général.

Les conseillers subirent leur sort avec patience. Mais M. Bourdon ayant déclaré qu’il ne se croyait pas dépossédé de sa charge par la seule volonté du gouverneur, celui-ci ordonna de le faire sortir du Conseil, le maltraita de toutes manières 1 et l’obligea même à passer en Europe ; ce qu’il fit avec son fils et M. de Villeray.

“ En tout cela, observe Garneau, le gouvernenr violait l’édit royal ; car, s’il ne pouvait nommer les conseillers sans le consentement de l’évêque, il ne pouvait non plus se passer de ce consentement pour les destituer ou les suspendre 2 ”.

De son côté, Mgr de Laval, toujours juste, calme, fidèle à la cause de l’opprimé contre le persécuteur, avait refusé de concourir à ces actes arbitraires, et de déposséder de leurs charges les membres du Conseil, suppliant le gouverneur d’attendre l’arrivée prochaine de M. de Tracy, pour faire juger par le vice-roi les différents sujets de plainte qu’il pouvait avoir contre eux 3.

De Mésy, sans écouter les sages avis de l’évêque, résolut

1 — Conseil Souverain, t. I, p. 280.

2 — Histoire du Canada, t. I, liv. IV, ch. I.

3 — Ferlant!, t. II, p. 23.

de consommer son coup d’état ; et à la séance subséquente du Conseil (24 septembre 1664) 1 , il nomma lui-même, de son propre chef, un procureur général et de nouveaux conseillers, pour remplacer ceux qu’il venait de destituer.

Le Conseil, se trouvant ainsi illégalement organisé, n’avait plus aucune autorité aux yeux de l’évêque. Aussi, ne voulut-il plus y assister une seule fois jusqu’à l’arrivée de M. de Tracy.

Cette abstention ne suffisait pas. Il fallait éclairer le peuple sur la valeur présente du Conseil, et l’avertir que, tel qu’actuellement constitué, il ne représentait plus le droit ni le pouvoir légal. Mgr de Laval chargea M. Pommier de dire tout cela dans le prôhe du dimanche 29 septembre 1 2.

De Mésy, qui avait été à la Bonne Sainte- Anne, la veille, montrant bien en cela son esprit religieux, apprit à son retour le prône de M. Pommier, et entra dans un vif accès décoléré. “ Il fit publier à son de tambour réitéré une pancarte d’injures contre M. l’évêque et autres, ” dit le Journal des jésuites. Sur ses instantes prières, le nouveau Conseil chargea M. de Tilly et le procureur général Chartier de Lotbiniêre de faire enquête sur le prône de M. Pommier 3.

Aux injures et à l’insolence du gouverneur, Mgr de Laval n’opposa que le silence et la résignation. Il se contenta de prier beaucoup et de faire prier pour son ancien ami. Plu-

1 — Conseil Souverain, t. II, p. 28] .

2 — Journal des jésuites.

3 — Conseil Souverain, t. I, p. 283.

sieurs fois il se rendit au parloir de l’IIôtel-Dieu, pour demander à la pieuse sœur Catherine de Saint- Augustin des prières pour M. de Mésy 1 2. Avis charitables, représentations bien motivées, sévères réprimandes, il n’épargna rien pour ramener le gouverneur dans la voie du devoir ; mais, par tous ces bons procédés, il ne réussit qu’à l’irriter davantage.

Un jour qu’il était en conversation avec lui, le gouverneur s’emporta au point de lui jeter à la tête la clef qu’on lui avait donnée pour qu’il pût venir à toute heure au séminaire, et il l’accabla des plus grossières injures.

“ Il en vint, dit Latour, à des extrémités peu croyables, selon nos mœurs. Il crut, sans doute, l’intimider par des menaces et un appareil de guerre, car on ne peut penser qu’il eût seulement le dessein d'attenter à sa vie ou à sa liberté. Un jour, à la tête de ses gardes et de la garnison du Fort, il investit l’église et la maison attenante où logeait l’évêque. Celui-ci, sans s’étonner, après avoir fait sa prière et le sacrifice de sa vie au pied des autels, paraît à la porte de l’église, devant le gouverneur et sa petite armée.

“ Le bruit courut que le gouverneur avait donné ordre de le saisir ou de tirer sur lui. Mais tous les soldats, de concert, au lieu de lui faire aucune insulte, défilèrent devant lui, et lui firent chacun en passant le salut des armes, qu’on ne fait qu’aux princes et aux généraux. Le gouverneur confus se retira ”

1 — Sœur Juchereau, Histoire de l'IIôtel- Dieu.

2 — Latour, p. 120.

“Toutes ces brouilleries, dit Ferland, semblent avoir complètement tourné la tête à M. de Mésy. Il s’imaginait être en butte aux attaques des ecclésiastiques et des religieux. Ses actes publics, à cette époque, indiquent une violence et une maladresse qu’on ne pouvait attendre, dans les circonstances ordinaires, d’un homme de son âge et de son caractère h”

Dieu, qui voulait le sauver, permit qu’il tomba gravement malade, en féAU'ier 1665. Il rentra en lui-même, se rappela ses beaux jours de l’ermitage de Caen, et se fit transporter à l’Hôtel-Dieu, pour s’y mettre sous le3 soins des religieuses, dans la salle des pauvres. Il fit venir Mgr de Lava], le pria d’entendre sa confession, et se réconcilia sincèrement avec lui. Puis il fit publier partout un acte de rétractation de tout ce qu’il avait dit et écrit contre le clergé et les principaux citoyens de la colonie

Dans une lettre qu’il adressa à M. de Tracy peu de jours avant sa mort, il dit entre autres choses :

“ Dieu ayant disposé de mes jours, m’a fait prier M. de Tilly de vous donner les lumières, avec les écrits de ce que j ’ai fait savoir au roi de ce qui s’est passé entre l’évêque de Pétrée, les jésuites et moi. Vous éclaircirez bien mieux que moi les choses que j’aurais pu faire savoir au roi, touchant leur conduite dans les choses temporelles. Je ne sais néanmoins si je ne me suis pas trompé, en me

1 — Ferland, t. Il, p. 24.

laissant trop légèrement persuader au rapport qu’on m’en a fait.... Si vous trouvez dans mon procédé quelque manque dans le général, je vous conjure de le faire connaître à Sa Majesté, afin que ma conscience n’en puisse être chargée h...”

“D’après ces paroles, dit Ferland, il avait été trompé par quelques-uns de ces hommes inquiets et turbulents, qui cherchaient à faire fortune en semant le trouble. Une fois lancé dans une fausse voie, M. de Mésy s’était laissé entraîner par la violence naturelle de son caractère, et avait poussé les choses si loin, que le roi dut donner l’ordre de le rappeler en France 2.”

Mgr de Laval, depuis longtemps, disait tous les jours la messe pour son ancien ami 3 4, justifiant ainsi ces paroles de M. de la Colombière : “L’oubli de ses bienfaits ne l’a pas empêché qu’il ne les ait redoublés, et il ne s’est jamais vengé que par toutes sortes de bons offices des injures qu'il avait reçues 1 . Il voulut aussi que la messe fût dite deux fois près de son lit de douleur, il l’Hôtel-Dieu, le jour de la Saint-Joseph et le jour de Pâques.

M. de Mésy eut le bonheur de mourir dans les bras de l’évêque, dans la nuit du 5 au G mai, avec toutes les marques d’une pénitence sincère. Il fut enterré, suivant son désir, dans le cimetière des pauvres de l’Hôtel-Dieu.

1 — Registre des insinuations du Conseil supérieur, t. I, lettre A, p. 21 ro.

2 — -Ferland, t. H, p. 34.

4 — Æoge funèbre.

Il avait assisté au Conseil pour la dernière fois le 7 février. Sa mort y fut annoncée le 6 mai, et ne paraît pas y avoir excité de regrets 1 . Ces conseillers, qui lui devaient pourtant leur position, se gardèrent bien d’exprimer des sentiments qui n auraient pas trouvé d’éclio dans les cœurs. Ils refusèrent même d’admettre au Conseil 2 celui qu’il avait nommé pour le remplacer, après sa mort, comme son

lieutenant au gouvernement du Canada,” M. Jacques Leneuf de la Potterye 3 4.

M. de Courcelle avait été nommé pour le remplacer comme gouverneur du Canada. Il était chargé, conjointement avec MM. de Tracy et Talon, de s’informer de la vérité des plaintes formées contre son administration, et, si elles étaient reconnues comme fondées, de l’arrêter, de taire faire son procès, et de l’envoyer prisonnier en France.

Ils arrivèrent au Canada quelques mois après sa mort, et ne jugèrent pas à propos d’informer contre lui. Comme Mgr de Laval et les particuliers qu’il avait blessés par sa conduite n’élevaient aucune réclamation, les commissaires “ crurent qu’il valait mieux ensevelir ses fautes avec sa mémoire h ” Ils eurent même le soin de biffer, sur le registre, toutes les écritures qui pouvaient rappeler les malheureuses affaires de son administration 5.

1 — Conseil Souverain, fc, I, p. 343.

2 — Edits et Ordonnances, fc. II, p. 25.

3 — Registre des insinuations du Conseil supérieur, t. I, lettre A p. 11 vo.

4 — Lettre de Talon.

5 — Ferland, t. II, p. 34.

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