‹ Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708Chapitre 64 sur 68 · CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME

Second voyage de Mgr de Laval eu France. — Erection de I évêché de Québec. — Les abbayes de Maubec et d’Estrées. — A isitesà Montîgny-sur-Avrc. — Retour de 1 evecjue au Canada, llh 1— lin o.

Dès son premier voyage en France, en 1662, l’évêque de Pétrée s’était occupé de faire ériger un siège épiscopal en Canada. Le roi était entre tout a fait dans ses vues, lui avait promis de solliciter du souverain pontiie 1 érection de ce siège, et l'en avait nommé le premier évêque L II assignait au futur évêché les revenus de l’abbaye de Maubec. Ci Je serai bien aise, écrivait-il a Mgr de Laval, de vous donner, dans toutes les occasions qui s’en pourront offrir, des témoignages de l’estime que je fais de votre personne ’

Louis XIV adressa le 28juin 1664 au pape Alexandre VII la lettre suivante :

“ Le choix que Votre Sainteté a fait de la personne du sieur de Laval, évêque de Pétrée, pour aller en qualité de vicaire apostolique faire les fonctions épiscqpales en Canada, a été suivi de beaucoup d’avantages pour cette

1 — Voir plus haut, p. 344.

2 — Archives de l’archevêché de Québec.

Eglise naissante. Nous avons lieu de nous en promettre encore de plus grands succès, s’il plaît à Votre Sainteté de lui permettre cl’y continuer les mêmes fonctions en qualité d’évêque du lieu, en établissant pour cette fin un siège épiscopal dans Québec ; et nous espérons que Votre Sainteté y sera d’autant mieux disposée, que nous avons déjà pourvu à l’entretien de l’évêque et de ses chanoines, en consentant à l’union perpétuelle de l’abbaye de Maubec au futur évêché.

“ C’est pourquoi nous La supplions d’accorder à l’évêque de Pétrée le titre d’évêque de Québec, à notre nomination et prière, avec pouvoir de faire en cette qualité les fonctions épiscopales en tout le Canada. ”

Cette lettre, conçue en des termes si engageants, fut confiée à l’ambassadeur de France à Rome, avec prière de la remettre à Sa Sainteté.

De son côté, Mgr de Laval écrivait, la même année, au souverain pontife, pour lui rendre compte des affaires du Canada, et lui apprendre que le roi venait d’affecter l’abbaye de Maubec au soutien du futur évêché, et qu’il avait bien voulu le désigner pour en être le premier évêque. Il ne demandait pas, sans doute, la ratification de cette nomination; mais ce qu’il disait de l’état avancé de son vicariat apostolique, et surtout des dépenses généreuses que la Cour avait déjà faites et promettait d’y faire encore tous les ans, montrait bien le désir qu’il avait de voir ériger au plus tôt l’évêché de Québec h

1 — Infonnatio ne statu JEcdesiœ, 21 oct. 1664.

La Propagande donna un rescrit, en date du 15 décembre 1666, par lequel elle décidait qu’il fallait ériger en évêché le vicariat apostolique du Canada, et accorder au roi de France le droit de nommer à cet évêché, qu’il avait fondé en lui donnant l’abbaye de Maubec. Mais elle ordonnait en même temps d’écrire au nonce de Paris, pour le prier de s'informer quels étaient ces privilèges et ces droits de juridiction mentionnés dans Pacte de donation de l’abbaye de Maubec à l’Eglise du Canada. “ Si, en effet, ajoutait la Propagande, il s’agit ici des privilèges de l’Eglise gallicane, il n’est guère à propos de les étendre à l’Amérique.”

La Congrégation exprimait ensuite l’espoir que le roi Très •Chrétien ferait une fondation au chapitre de Québec, et s’assurerait ainsi la nomination des chanoines.

Puis elle approuvait le système de cures établi au Canada par le vicaire apostolique, au moins d’une manière provisoire et jusqu’à nouvel ordre L

Malheureusement, des difficultés sérieuses existaient, à cette époque, entre la Cour de France et celle de Rome. Les négociations entamées au sujet de l’érection de l’évêché du Canada traînèrent en longueur.

Ce qui compliquait les difficultés, c’est que l’on voulait, en France, que l’évêque de Québec relevât de l’archevêché de Rouen, jusqu’à ce que le saint-siège y pût établir une métropole et plusieurs diocèses ; tandis qu’à Rome on désirait qu’il dépendît immédiatement du saint-siège 2.

1 — Archives de la Propagande.

2 — Ferland, t. II, p. 86.

Il n’y avait encore rien de fait en 1669 ; et le roi, comme pour se laver le3 mains de ces lenteurs, et rappeler à l’évêque de Pétrée ses bonnes dispositions à son égard, lui écrivait le 17 mai : “ Vous devez être assuré que je ferai toujours toutes les diligences nécessaires à Rome pour l’érection de l’évêché de la Nouvelle-France.”

Mgr de Laval savait bien, d’ailleurs, que c’était sur le roi qu’il devait compter pour la réussite de cette affaire. M. Talon écrivait à Colbert le 10 novembre 1670: “ Sachant que les PP. jésuites faisaient entendre à l’évêque de Pétrée que leur Compagnie agissait à Rome pour lui faire accorder son titre, je lui ai fait connaître qu’il le devait attendre de Sa Majesté, qui seule aussi le lui pouvait faire accorder.... Il m’a sur cela témoigner bien recevoir mes avis, et ensuite beaucoup de reconnaissance. ”

La Cour de Rome voulut témoigner, une seconde fois, de sa bonne volonté pour le Canada. La congrégation consistoriale rendit, le 9 octobre 1670, un décret qui approuvait l’érection de Québec en ville, et de l’église de Québec en cathédrale 1, mais à condition que le nouveau diocèse dépendrait immédiatement dq. saint-siège.

Comme on ne voulait probablement pas se soumettre en France à cette condition, le nouveau décret, comme le précèdent, restait sans exécution, et les bulles n’étaient pas expediees. Si I on en croit M. Talon, Mgr de Laval reçut de

1 C est peut-etro en prévision de ce décret, que Mgr de Laval engea la cure de Québec, en 1670, à l’autel de la Sainte-Famille, et j unit spécialement au séminaire. Le fait est mentionné dans l’acte du nov- 1684. (Archives de l'archevêché de Québec, reg. A., p. 220.)

Rome, en 1671, de mauvaises nouvelles sur ce sujet R II résolut donc de passer en France, pour presser lui-même cette grande affaire de l’érection de l’évêché de Québec.

Autant, en effet, le pieux prélat avait montré de sainte indifférence quand il s’était agi de sa nomination à l’épiscopat, autant il apportait d’ardeur au sujet de sa nomination comme évêque en titre de Québec. Quelle était la raison de cette conduite, dont l’inconséquence, d’ailleurs, n’était qu’apparente ? Il s’en explique lui-même, avec beaucoup de fermeté, dans la lettre qu’il écrivit à la Propagande peu de temps avant son départ pour la France :

“ Je n’ai jamais, dit-il, recherché jusqu’ici l’épiscopat; et je l’ai accepté malgré moi, convaincu de ma faiblesse. Mais en ayant porté le fardeau, je regarderai comme un bienfait d’en être délivré, quoique je ne refuse pas de me sacrifier pour l’Eglise de Jésus-Christ et pour le salut desâmes. J’ai appris toutefois par une longue expérience combien la condition de vicaire apostolique est peu assurée . contre ceux qui sont chargés des affaires politiques, je veux dire les officiers de la Cour, émules perpétuels et contempteurs de la puissance ecclésiastique, qui n’ont rien de plus ordinaire à objecter, que l’autorité du vicaire apostolique est douteuse, et doit être restreinte dans de certaines limites.

“ C’est pourquoi, après avoir tout considéré mûrement,, j’ai pris la résolution de me démettre de cette charge, et

1 — “L’évêque de Pétrée, ayant reçu des lettres de Rome qui, l’alarment un peu sur son titre, passe en France. ...” (Lattre de Tal<m ^ à Colbert, 2 nov. 167L)

de ne plus retourner dans la Nouvelle-France, si l’on n’y érige l’évêché, et si je ne suis pourvu et muni de bulles qui m’en constituent l’Ordinaire. Telle est la fin de mon voyage en France, et l’objet de mes vœux. ”

Ainsi, ce n’est pas dans un but personnel qu'il désire , être nommé évêque en titre de Québec ; c’est pour affer- \ mir l’autorité de l’Eglise vis-à-vis les officiers de l’Etat, I “ émules perpétuels et contempteurs de la puissance ecclésiastique. ” Qui ne se rappelle les prétentions de MM. de Mésy, Talon et de Courcelle? Les expressions dont se sert l’évêque de Pétrée à leur égard ne sont- elles pas justifiées?

Alors comme aujourd’hui, il y avait des politiques jaloux de l’influence de l’Eglise, et toujours prêts à lui disputer ses droits. Le titre de vicaire apostolique ne leur en impose pas assez. Depuis plusieurs années, Mgr de Laval y ajoute celui de “ nommé par le roi premier évêque de la Nouvelle- France, lorsqu’il aura plu à N. S. P. le Pape y ériger un évêché h ” Il souhaite maintenant d’être nommé par le saint-siège évêque en titre de Québec, afin de rendre plus incontestables ses droits comme chef spirituel de l’Eglise du Canada, et de donner plus de stabilité à ses œuvres.

Il est probable qu’outre la raison de presser l’érection de son évêché, Mgr de Laval en avait beaucoup d’autres qui l'engageaient à passer en France. Il lui fallait des

t — Ce fut dans son mandement pour l’établissement du séminaire de Québec (20 mars 16(53), que Mgr de Laval prit pour la première lois ce titre.

secours pour bâtir sou grand et son petit séminaire; il lui en fallait pour payer l’annate, c’est-à-dire, le droit du saint-siège sur le bénéfice consistorial qui lui avait été accordé. “ L’étrêque de Pétrée passe en France, écrit M. Talon à Colbert, pour y ménager quelques secours de famille ou d’ailleurs, qui le mettent en état de payer l’annate qu'on lui demande 1.... ”

Il s’embarqua pour la France au commencement de novembre 1671 2, emmenant avec lui son grand vicaire M. de Lauson-Charny 3, et laissant l’administration de son vicariat apostolique à MM. Dudouyt et de Bernières b

1 — F ailloli, t. III, p. 432.

2 — Quelques-uns ont pensé ("Faillon, t. III, p. 432) qu’il n’étaifc parti qu’au printemps de 1672, après la pose de la première pierre des nouveaux bâtiments de l’ Hôtel-Dieu de Québec, le 5 mai, par l’intendant Talon, se fondant sans doute sur ce que, dans l’inscription latine posée à l’occasion de cette cérémonie, se trouvent ces mots : Benedicente Rmo Paire Francisco de Laval, Episcopo Petrœnsi.

Mais d’abord, il était bien rare qu’il partît des vaisseaux au printemps ; il n’y avait que ceux qui, par exception, avaient été forcés d’hiverner au Canada.

Puis il est certain qu’il n’assista aux funérailles ni de Mme de la Peltrie, en novembre 1671, ni de Marie de l’Incarnation, au commencement de mai 1672 ; et le P. Lalemant, dans une lettre, en donne la raison, du moins pour cette dernière, c’est qu’il était alors absent du pays. (Les Ursulines de Québec, t. I, p. 392. )

Enfin, on ne trouve aucun acte signé par Mgr de Laval à partir du 2 novembre 1671.

Mgr Henri Têtu, dans son très estimable livre Les Evêques de Qnebec, suppose admis, lui aussi, que Mgr de Laval entreprit son second voyage en Europe dans l’automne de 1671.

3 — M. de Lauson-Charny, qui était grand vicaire depuis le 9 août 1662, ne revint pas au Canada.

4 — Les lettres de grand vicaire de M. de Bernières sont du 20 octobre 1671. M. Ango (de Maizerets) et M. Hugues Pommier signèrent comme témoins.

Incidemment, dans ces mêmes lettres, vers la fin, Mgr de Laval

Le prélat avait obtenu de la Propagande la faculté de ^choisir parmi ses prêtres quelqu’un pour gouverner son Eglise, en cas de mort, et cela, disait la Congrégation, afin de couper court aux prétentions de Parehevêquè de .Rouen, ou autres, à ce sujet L ”

M. de Queylus passa en France en même temps que Mgr de Laval. Il avait, dit M. Faillon, l’intention de revenir ■au Canada ; mais il tomba malade à Paris, et mourut au séminaire de Saint-Sulpice le 20 mars 1677.

Il avait fait beaucoup pour la ville de Montréal, pendant les trois années qu’il venait d’y passer comme supérieur du séminaire; c’est le témoigna ge que lui rendait M. Talon:

u M. l’abbé de Queylus, écrit-il à Colbert, donne une forte application à former et augmenter la colonie de Montréal. Il pousse son zèle plus avant: il va retirer les enfants sauvages qui tombent en captivité dans la main des Iroquois, pour les faire élever, les garçons dans son séminaire 2, et les filles chez des personnes du même sexe :î, qui forment à Montréal une espèce de congrégation pour enseigner à la jeunesse., avec les lettres et l’écriture, les petits ouvrages <le main L ”

nomme aussi M. Dudouyt son grand vicaire, mais seulement dans le cas où M. de Bernières viendrait à mourir. {Archives cle l’ archevêché ■ "Je Quebec.)

M. de Bernières passa lui-même en Europe dans l’automne de 1672, -et revint au Canada en 1673. Pendant son absence, il fut remplacé comme supérieur du séminaire et curé de Québec parM. deMaizerets.

1 — Archives de la Propagande, JRescHt du 15 décembre 1666.

2 — 11 s’agit, sans doute, de l’école de M. Soûart.

21 — Les Sieurs de la Congrégation de Notre-Dame.

•4 - Fer’ancl, t. II, p. 87.

A peine l’évêque de Pétrée fut-il arrivé en France, qu’il engagea le roi à poursuivre vigoureusement auprès du saint-siège les négociations entamées depuis si longtemps pour l’érection de l’évêché de Québec. Une seule chose pouvait désormer empêcher l’heureuse issue de l’affaire, la prétention de la Cour de France que le Canada dépendît de l’archevêché de Rouen ou de quelque autre évêché du royaume. Cette prétention s’évanouit peu à peu, et l’on finit par y renoncer.

Mgr de Laval fut-il pour quelque chose dans ce changement inespéré ? Tout nous porte à le croire: son attachement inviolable au saint-siège, le peu de sympathie qu’il devait avoir pour l’archevêché de Rouen, d’où lui étaient venues tant de misères, mais surtout la confiance dont il jouissait à la Cour. Il dut se prononcer franchement en faveur d’un évêché de Québec dépendant immédiatement du saint-siège, puisque le saint-siège le désirait.

Ce qui est certain, c’est que l’année suivante le roi écrivait au duc d’Estrées, son ambassadeur à Rome:

“ Mon cousin, après avoir examiné le mémoire que vous m’avez envoyé sur les difficultés qui se sont trouvées dans l’expédition des bulles d’érection de l’évêché de Québec, j’ai jugé à propos de vous ordonner de ne plus insister sur la demande que vous aviez faite que cet évêché dépendît de l’archevêché de Rouen, ou de quelque autre démon royaume. Ainsi, mon dessein est que vous renouveliez auprès de Sa Sainteté les prières que vous lui aviez déjà

faites sur ce sujet, sans vous attacher à cette condition, si Sa Sainteté continue à s’y arrêter h”

Le roi écrivit en même temps au saint-père, pour le supplier de vouloir bien faire expédier au plus tôt les bulles de l’évêché de Québec.

Il y eut encore quelques délais ; mais enfin l’affaire fut conclue favorablement. La bulle d’érection de l’évêché de Québec fut signée à Rome le premier octobre 1674.

Clément X, qui était alors souverain pontife 1 2, élevait au rang de cité la petite ville de Québec, dont il faisait la description et vantait la beauté du climat.

Il élevait, de même, au rang de cathédrale l’église paroissiale du lieu, après avoir constaté que tout, rites et cérémonies, s’y faisait suivant les prescriptions de la sainte Eglise romaine.

La paroisse de Québec était supprimée, et le soin des âmes confié à l’évêque, lequel devait y pourvoir 3, soit en continuant dans ses fonctions le curé d’alors, soit par le chapitre qu’il était obligé d’instituer le plus tôt possible 4, soit de toute autre manière qui lui paraîtrait la plus convenable 5.

1 — Langevin, Notice sur Mgr de Laval , p. 68.

2 — C’était un Romain, de la famille Altiei'i.

3 — “ . ..Pro futuro ejusdem Ecclesiæ Quebecensis Episcopo, qui. . . curam animarum suppressæ pnrocliialis Ecclesiæ, per modernum ejusdem Ecclesiæ rectorem . . . , sive... per canonicatum et præbendam obtinentem aub ejusdem Ecclesiæ alium presbyterum . . . , sive prout illi meliùs videbitur, exerceri faciat. ”

4 — “ Quamprimùm erigat et instituât. ”

5 — Sive prout illi meliùs videbitur. ” — Nous ne pouvons comprendre comment on a pu interpréter la bulle de manière à lui faire dire qu’elle donnait le soin des âmes au chapitre lui-même, à l’exclusion de tout autre mode de desservir la paroisse.

Le nouveau diocèse s’étendait sur toutes les possessions de la couronne de France dans l’Amérique du Nord, présentes et futures. C’était, par conséquent, toute l’Amérique septentrionale, moins la colonie de la Nouvelle-Angleterre. On voulut entamer plus tard la juridiction de l’évêque de Québec, et faire placer des vicaires apostoliques dans les missions de la Louisiane et du Mississipi ; il fut facile à Mgr de Saint-Valier, d’après les termes de la bulle, de soutenir ses droits avec fermeté et avec succès.

Le souverain pontife incorporait à l’évêclié de Québec, pour sa subsistance, l’abbaye de Maubec, que le roi avait donnée, dès 1662, à Mgr de Laval personnellement, saufs toutefois la mense conventuelle et les droits de juridiction spirituelle du prieur et des moines bénédictins de cette abbaye. L’évêque de Québec n’avait donc à sa disposition que la mense abbatiale. Nous verrons qu il sollicita plus tard du saint-siège la mense monacale, afin de pouvoir ériger plus tôt son chapitre.

Le roi de France avait renoncé pour toujours au droit, qu’il avait par les concordats, de nommer à l’abbaye de Maubec. En considération de cet abandon, le pape lui accordait le droit de nomination à l’évêché de Québec. Il y avait aussi un droit de patronage pour ceux qui feraient quelques fondations en faveur du chapitre.

Par une clause spéciale de la bulle, le diocèse de Québec dépendait immédiatement du saint-siège b La Cour de

1 — “ Catheclralem Ecclesiam Secli apostolicæ immédiate subjectam.”

France avait insisté longtemps pour qu’il relevât de la province ecclésiastique de Rouen : le saint-siège s’y était opposé, et avait fini par l’emporter.

“ L’on doit avouer, dit Ferland, que les regards du souverain pontife pénétraient bien plus avant dans l’avenir que ceux du grand Roi. Louis XIV s’occupait du royaume de France ; Clément X songeait aux intérêts du monde catholique. La petite colonie française grandirait avec le temps ; séparée de la mère patrie par l’Océan, elle pouvait être arrachée à la France par l’Angleterre, si puissante déjà en Amérique: que serait alors devenue l’Eglise de Québec, si elle avait été accoutumée à s’appuyer sur celle de Rouen et à en dépendre? Mieux valait établir de suite des rapports immédiats entre l’évêque de Québec et le chef suprême de l’Eglise catholique ; mieux valait établir clés liens qui ne pourraient être brisés ni par le temps, ni par la force; et Québec pouvait ainsi devenir un jour la métropole des diocèses qui seraient tirés de son sein b”

Par une autre bulle, le pape Clément X transfère Mgr de Laval du siège de Pétrée au nouvel évêché de Québec dans la Nouvelle-France. Il loue ses grandes vertus 1 2, et attend beaucoup de sa sagesse, de ses lumières et de son zèle pour le bon gouvernement la nouvelle Eglise 3.

1 — Ferland, t. Il, p. 102.

2 — “ Granclium virtutum meritis consideratis. ...”

r 3 — Ce n’était pas là une louange banale, parce que la bulle avait été rédigée à la Propagande, où l’on avait pu apprécier le mérite de Mgr de Laval depuis le commencement de son épiscopat.

L’abbaye de Maubec, dont nous venons de parler, était située dans l’archidiocèse de Bourges, en Berry. Elle occupait un endroit riche et délicieux *, qui avait attiré autrefois l’attention du roi Dagobert. Il avait songé à y fixer son séjour.

Bientôt, cependant,, entraîné par un de ces mouvements religieux si fréquents dans ces âges de foi, il avait acheté ce terrain et l’avait donné au moine bénédictin Sigirran,

pour y fonder, aux frais du trésor royal, une maison de prière, une grande abbaye.

Il y avait là des fermes magnifiques et nombreuses, des vignobles, des prés verdoyants, des étangs remplis de poissons, des forêts où abondait le gibier. Mais il y avait aussi des charges considérables, soit pour l’entretien ou la reconstruction des édifices, soit pour les redevances de toutes sortes qu’il fallait payer, soit pour les pensions des moines qui restaient.

Au moment où Mgr de Laval en devint abbé, le monastère était encore occupé par des religieux de l’ordre de .saint Benoît, et l’évêque de Québec devait pourvoir à leur subsistance. Il se rendit donc à Maubec au commencement de janvier 1673, fit un concordat avec eux, et convint de la pension viagère qu’il devait leur payer.

1 “ Est etenim locus, non longe à confinibus Pictaviensis seu

Turonensis pagi, uberrimus pascuis pecorum et jumentoruni, irriguus do cursibus aquarum, atque amænus venatione ferarum, quô fuit nhhi animus sæpiùs commoreri, quietiam of frequentiam Regum delectandi gratia longoretus a cominanentibus voeatur. ” (Charte de fondation du roi Dagobert, A. D. 532.)

Dans cette convention notariée faite “ au logis abbatial,” ' Mgr de Laval est appelé “ abbé commendataire de l’abbaye royale de Maubec.” Il y est dit que le roi lui a donné Maubec “pour servir à perpétuité de fondation et revenu tant à l’évêque de Québec que pour l’établissement des chanoines qui doivent célébrer à perpétuité le service divin dans la cathédrale de Québec.”

Il parcourut ensuite avec beaucoup d’intérêt toutes les fermes de l’abbaye, mais fut péniblement affecté à, la vue des édifices. L’abbaye avait été laissée dans un état affreux, par suite des guerres de religion. Tout avait été brûlé, excepté une partie de l’église paroissiale.

Mgr de Laval visita aussi le sieur Matheron, qui était l’administrateur de l’abbaye, ainsi que les différents fermiers b

Le 9 septembre suivant, le patriarche archevêque de Bourges, primat des Aquitaines, confirma l’union de l’abbaye de Maubec à l’évêché de Québec, à condition que Mgr de Laval et ses successeurs feraient acquitter dans leur cathédrale le3 charges attachées aux fonctions et aux titres supprimés à Maubec.

Il ne restait plus à avoir que la sanction du saint-siège. Elle fut donnée, comme nous l’avons vu, par la bulle du premier octobre 1674, qui unissait et incorporait l’abbaye de Maubec, avec se.s dépendances et revenus, à l’Eglise de Québec et à sa mense épiscopale.

1 Archives du sommaire et de l’archevêché do Québec.

Cette abbaye demeura attachée à l’Eglise de Québec pendant plus d’un siècle, mais ne donna jamais que peu de revenus. S’imagine-t-on, en effet, les dépenses que devait entraîner l’administration de fermes, possédées en France par des propriétaires résidant en Amérique? Se figure-t-on le gaspillage, les vols de toutes sortes qui devaient s’y commettre ? Souvent les fermiers étaient malhonnêtes, d’autres aimaient la chicane et les procès, d’autres, venant à mourir, laissaient des successions très embrouillées.

Les lettres de Matlieron à Mgr de Laval sont remplies de jérémiades sur des sujets de ce genre.

Il lui écrit un jour : “ Depuis votre départ, Maubec est bien diminué, et diminue journellement — AL Roiffec est mort votre redevable, et j’aurai bien de la peine à faire payer sa veuve. J’ai été contraint de lui ôter la ferme que son mari avait, et de la faire valoir moi-même. ”

Il lui parle ensuite d’un autre fermier, chicanier et grand seigneur: “ M. Porcheron est toujours lui-même, et me veut du mal à cause que je veux conserver vos intérêts.... 'Je fais travailler incessamment aux réparations nécessaires dans tous les lieux dépendants de Maubec, principalement aux étangs, afin que le sieur Porcheron n’ait point de dommages et intérêts contre vous, contre sa volonté, car il ne cherche qu’à plaider, et à vous payer en dommages et intérêts. Ml jure qu’il ne veut plus de votre ferme..., mais pour moi, je crois que c’est contre son sentiment, et qu’il voudrait que la ferme en fût passée, car il aime trop la chasse et son plaisir, pour la quitter. Il fait tout son pos-

sible pour m’ôter de votre service, supposant beaucoup de choses contre moi, contre toute vérité ; mais cela ne diminue point le zèle que j’ai de vous servir. ”

D’autres fermiers étaient toujours à se plaindre: “ M. de Cliambois est toujours lui-même, et se plaint, disant qu’il perd sur sa ferme.... ”

Quelquefois, les paroisses qui se trouvaient sur le territoire de l’abbaye étaient mal desservies sous le rapport religieux: “Il n’y a point encore de curé à Mérillé, continue Porcheron, ne s’en trouvant point dans le diocèse de Bourges, Mgr l’archevêque n’en faisant point. Il y a plus de soixante cures de vacantes. M. Papineau n’est plus curé de Yandœuvre, et Mgr l’archevêque y en a mis un jeune, fait prêtre de ïsoël, qui a la tête à la girouette, qui vou3 fait, dès son entrée, des prônes, et vous poursuit pour avoir sa portion congrue.... ”

Les taxes dont étaient grevées les fermes étaient souvent exhorbitantes : “ La mense abbatiale de Maubec a été taxée pour les décimes extraordinaires a 750 livres, la pitancerie, a 150 livres, et les autres offices en le prieuré de Yandœuvre, à 100 livres tant d’extraordinaire que d’ordinaire, de sorte qu'il y va en tout à mille livres d’extraordinaire b”

Bref, Mgr de Laval était exposé, dans son abbaye de Maubec, à tous les inconvénients attachés à la possession de grandes propriétés, surtout lorsque ces propriétés sont

1 — Archives de l’archevêché de Québec.

à une trop grande distance pour que l’œil du maître puisse s’y profhener à loisir.

Aussi, son frère, Henri de Laval, bénédictin, qui s’occupait un peu de ses affaires, en France, cherchait-il à louer à M. Berthelot, pour une somme fixe, toutes les fermes de cette abbaye. Sans cela, lui écrivait-il en 1676, je ne crois pas que vous puissiez toucher aucuns deniers de Maubec, tout se consommant en frais et procès sur les lieux. Nous avons expressément écrit et chargé Bennassis de vous faire un état, et vous donner une connaissance entière de tout ce qui s’est fait et passé à Maubec depuis votre départ. Vous y reconnaîtrez bien du désordre et des brouilleries en procédures et chicanes faites mal à propos. C’est un malheur que cette abba3re soit dans une si grande distance et éloignement de3 personnes qui prennent soin de vos affaires. ”

Puis il ajoutait : “ Je suis persuadé du grand besoin de votre Eglise, et suis bien touché du peu de revenus que vous produisent vos abbayes L”

A part l’abbaye de Maubec, Mgr de Laval en possédait une autre, l’abbaye d’Estrées, en Normandie, qui lui avait été assignée par le roi le 20 avril 1672 2.

X — Dans son Informatio de statu Ecclesiœ, Mgr de Laval disait au souverain pontife que l’abbaye de Maubec ne donnait pas moins de 6,000 francs de revenu par année. Mais à cette époque, il ne pouvait guère affirmer cela que par ouï-dire.

' 2 — L’abbaye d’Estrées était une des plus anciennes de 1 Ordre de Cîteaux, ayant été fondée en 1144. Elle avait été fréquemment visitée par saint Bernard, et l’on y conservait l’autel où il avait coutume de célébrer. ( Hist. manusc. du se'min. de Québec.)

“ Bien informé, disait le roi, des bonnes vie et mœurs, sufiisance, capacité, piété et doctrine de Messire François de Laval, évêque de Pétrée, vicaire apostolique de Sa Sainteté au pays du Canada, du grand fruit qu’il a fait par ses bonnes instructions et des exemples de vertus qu’il a donnés aux peuples et habitants du dit pays, en considération de quoi désirant le traiter favorablement et lui donner les moyens de soutenir la dignité épiscopale, Sa Majesté lui a accordé et fait don de l’abbaye d’Estrées, ordre de Cîteaux, au diocèse d’Evreux, vacante par le décès du dernier titulaire, pour être unie et servir de revenu au dit évêché du Canada. ”

Cette abbaye d’Estrées ne devait pas être inconnue de l’ancien archidiacre d’Evreux. Il profita de son séjour en France pour aller la visiter en même temps que Maubec.

\ trouva-t-il les choses dans un état de délabrement considérable \ et se crut-il autorisé, dans l’intérêt même de cette abbaye dont il venait d’être pourvu, à y faire faire quelques réparations urgentes? Ce qui est certain, c’est que le procureur général de l’Ordre de Cîteaux, à Rome, opposé d’avance à l’union de l’abbaye à l’évêché de Québec, présenta contre lui un mémoire au saint-siège. “ Il se plaignit de ce que le prélat, sans avoir de bulles pour cette abbaye..., y eût fait abattre des bâtiments, et se fût porté à beaucoup d’autres actes semblables * 2.”

1 -L’amiée précédente (1672), Julien Bellenger, l’économe u lustrées, avait fait dresser un procès-verbal de l’état des lieux qui avaient été démolis, et dont les ruines paraissaient encore. (Archives de l archeveche de Québec. )

2 — Faillon, t. JII, p. 435.

Ce religieux ne réussit qu’à faire retarder de quelques mois l’expédition des bulles de l’évêché de Québec. On découvrit bientôt la futilité de ses plaintes, la droiture parfaite avec laquelle avait agi Mgr de Laval ; et il ne fut plus question de cette opposition du procureur général de Cîteaux.

L’union de l’abbaye d’Estrées à l’évêché de Québec ne fut cependant sanctionnée à Rome que plus tard, sous l’administration de Mgr de Saint- Yalier. En attendant, l’évêque de Québec obtint du Conseil du roi la nomination d’un économe perpétuel, chargé du temporel de l’abbaye. Cet économe fut François Bellenger, le valet du curé de Saint-Josse.

L’abbaye d’Estrées fut louée pour une somme fixe à M. Berthelot h “ Nous vous avons mandé, le curé de Saint- Josse et moi, écrivait Henri de Laval à son frère, que nous avons arrêté ensemble avec M. Berthelot notre traité, après avoir été à Estrées.... Il m’a assuré vous avoir envoyé une copie de ce que nous avons écrit et signe au bas du dit traité pour l’éclaircir et le confirmer 1 2. ”

1 L’agent de M. Berthelot à Estrées se nommait François

Poiret.

2 — Il y avait à Estrées de beaux vignobles et d excellents pâturages. En 1G75, on y récolta 44 pièces de vin, et M. Berthelot en eut 30 pour sa part. On y fit aussi 10 pièces de cidre.

Il paraît que M. Berthelot se plaignait quelquefois de ne pas trouver son compte dans les revenus de l’abbaye ; car Mgr de Laval lui rappelle, dans une lettre, qu’il avait dit ne pas tenir tant à la quantité Và la qualité ; “ qu’il aimait mieux avoir moins de vin, et qu’il fût bien délicat, le destinant pour en faire des présents à plusieurs grands

Cette abbaye donnait à l’évêque de Québec aussi peu de revenu, et non moins de peine et d’ennuis que celle de Maubec. Henri de Laval se plaint souvent, dans ses lettres, du peu de satisfaction que lui procurent les ecclésiastiques ou chapelains employés à l’abbaye. Quelques-uns ne s’occupaient que de chasse et de pêche: “ .Je vous ai mandé, dit-il, que le sieur Desjardins, prêtre, a peu répondu à ce que nous prétendions de sa personne pour toutes choses, ne s’étant occupé qu’à tirer, et à la pêche, et en aucune manière à me soulager en vos affaires. ”

On avait proposé à Mgr de Laval un projet qui l’aurait exempté d’entretenir des chapelains à l’abbaye d’Estrées, et lui aurait procuré, sans aucune charge, un certain revenu : c’était de céder l’abbaye à une communauté de religieuses de l’Ordre de saint Bernard, moyennant une redevance annuelle. Il fut longtemps en correspondance à ce sujet avec l’abbesse de Port-Royal-des-Champs, à Paris. Mais comme, avant tout, il ne voulait pas engager sa conscience, il consulta, posant la question d’une manière nette et précise. La réponse n’ayant pas été favorable au projet, il n’y songea plus.

de la Cour, et pour boire chez lui comme un vin excellent, et non pas de le vendre. . . M. Bertlielot se souviendra, ajoute le prélat, qu’il m a dit qu’un des motifs qui le portait à s'accommoder de l’abbaye d’Estrées était sa commodité d’y mettre une quantité de chevaux dont d a besoin tous les ans pour les vivres de l’armée, qu’il faisait acheter à Dreux. On m’écrit qu’il a fait faire à Estrées des écuries afin de les loger. ...” (Archives de V archevêché de Qnebec.)

Estrées n’est pas à une grande distance de Montigny-sur- Avre, lieu de naissance du pieux évêque. Après avoir visité ses abbayes, il se rendit dans sa famille. Il y était le 18 mai 1673 ; et il y retourna au printemps de 1675, peu de jours avant de partir pour le Canada.

On a lieu de croire que ses visites à Montigny ne furent pas de simples visites de convenance ou de plaisir, mais qu’elles avaient uii but de charité fraternelle. Jean-Louis lui donnait alors peu de satisfaction: “Mon frère, lui écrivait de Paris à Québec en 1676 Henri de Laval, est toujours bien à plaindre dans la violence de ses passions, qui fait bien souffrir cette pauvre Dame, qui a bien du mérite devant Dieu.”

“ La conduite de M. de Montigny, dit une autre lettre,

me fait plus de peine que toute autre chose. Il faut continuer de recourir à Dieu. Je souhaiterais qu’il fît un bon usage du petit chapelet que je lui ai envoyé. Il a une vertu particulière pour remédier à de semblables dispositions. L’on en a expérimenté de grands soulagements L’T

Mgr de Laval fut sans doute l’ange consolateur de Mme. de Montigny et de toute la famille. Il prit ses neveux sous sa protection, et fut pour eux un père tout dévoué..

Henri de Laval lui écrivait à leur sujet: “ L’aîné se change un peu ; il est à l’armée avec le roi, et son père Pa mis en bon équipage. J’ai obtenu, par ma sollicitation, de Paris, une place de religieux à la Croix pour son second.

1 — Archives de l’archevêché de Québec.

que je tâcherai de faire élever dans la connaissance et la crainte de Dieu. Je crois que le dernier, qu’on vous a envoyé, sera arrivé à bon port ; il promet quelque chose de bon. Mon frère souhaite avec un grand désir que vous ayez la bonté de procurer à Fanchon l’avantage de ses études, avant que de le renvoyer. C’est une grande charité pour ces pauvres enfants de leur donner un peu d’éducation. Vous leur servirez de père en cette occasion. ”

Fanchon (François) fit en effet ses études au séminaire de Québec. Mgr de Laval, qui le baptisa lui-même à Montigny le 5 mai 1675, à l’âge de sept ans 1, le confirma à Québec le 31 mai 1678.

Le jeune homme était encore au séminaire en 16S2, et M. Dudouyt écrivait de Paris, à son sujet, à son oncle: u Je crois, Monseigneur, que si vous ne jugez pas qu’il ait disposition pour être d’église, il n’est pas à propos de le retenir à Québec ; car, s’il a à être du monde, il lui faut une autre éducation que celle qu’il prendrait au Canada. ” En 1680, il était ecclésiastique au séminaire des Missions étrangères, et M. de Brisacier écrivait à Mgr de Laval : ii M. votre neveu est à peu près comme vous l’avez laissé, d’une humeur cachée, molle, sensible, timide par fierté, et •. moins attaché à la règle que les autres.... Il a fait cette année une sabbatine, où nous fûmes tous. Il y fit, non pas excellemment, mais médiocrement bien ; et comme nous doutons fort qu’il soit jamais propre-pour les missions,

1 — Voir plus haut, p. 15.

tant par le défaut des qualités nécessaires à un missionnaire, que manque de vocation, je fais quelque scrupule de faire à vos dépens les frais d’une thèse de toute la philosophie, où il me semble qu’il ne ferait pas assez bien pour y exposer un homme de son nom. ”

Evidemment Mgr de Laval destinait son neveu aux missions du Canada. Celui-ci, cependant, prit un autre parti, plus conforme à ses dispositions, qui s’améliorèrent au point de vue ecclésiastique.

“ M. l'abbé de Laval est à présent à Montigny, écrivait plus tard M. Tremblay.... Quoiqu’il ait pris certains airs d’abbé dans le monde, dont il se pourrait bien passer, et dont cependant il aura bien de la peine à se défaire, iL paraît cependant au reste très bien disposé.

“ C'est dommage qu’il se soit un peu trop conduit luimême, et qu’il ait été un peu trop abandonné à sa propre conduite. Je crains qu’il n’ait trop de dégoût pour l’étude pour s’y appliquer à présent avec truit. Cependant, s’il n’étudie pas, je ne sais ce qu’il peut faire dans un château à la campagne où il demeure.

“ M. l’abbé de Fénelon, qui est nommé à l’archevêché de Cambrai, et qui va être sacré, a souvent de bonnes places à remplir. .Je crois qu’il est allié avec votre famille par son frère ou sa sœur qui a épousé quelque personne de la Maison de Laval b S’il en était prié par nos Messieurs,

1 “ Marie-Thérèse-Françoise de Salignac, fille unique d’Antoine, marquis de Fénelon, et de Catherine de Montberon, avait épousé en premières noces, en 1681, Pierre de Montmorency-Laval, de la branche-

il ferait tout pour eux. Je crois que c’est la vocation de M. de Laval, et il me semble qu’il s’acquitterait assez bien de ses obligations de chanoine L ”

Le neveu de Mgr de Laval devint en effet chanoine, puis grand vicaire du célèbre archevêque de Cambrai, et mourut évêque nommé d’Ypres.

Mais revenons à l’oncle, que le neveu nous a fait un peu oublier. Nous ne savons à quelle date lui arrivèrent à Paris les bulles, datées du premier octobre 1674, qui le nommaient évêque de Québec. A peine les eut-ils reçues, qu’il ne songea plus qu’à aller prendre possession au plus tôt de sa chère Eglise du Canada.

Il ne pouvait le faire, cependant, avant le printemps de Tannée suivante. Obligé de passer l’hiver à Paris, il en profita pour régler plusieurs affaires qui intéressaient son nouveau diocèse.

Il s’embarqua pour le Canada vers la fin de mai 1675, et n’arriva à Québec qu’au mois de septembre, après une absence de près de quatre ans. Il amenait avec lui M. Glandelet, qui devait être l’un des prêtres les plus distingués de son séminaire.

de Lésay. Elle eut de ce premier mariage un fils unique, /Guy-André de Laval, marquis de Lf'say et de Magnac, qui n’avait que huit mois à la mort de son père, en 1686. Ce marquis de Laval épousa Marie-Anne de Turménies, veuve du marquis de la Rochefoucauld- Bayers, et il eut de ce mariage le dernier maréchal de Laval et le cardinal de Montmorency, mort en 1808.

“ La marquise de Laval, à qui s’adressent les lettres de Fénelon, se maria en secondes noces, en 1694, à Joseph- François de Salignac, comte de Fénelon, son cousin germain, et frère de l’archevêque de ■ambrai. (Histoire, de Fenelun, par le card. de Bausset, t. T, p. 300.)

1 — Lettre de M. Tremblay à Mgr de Laval, 1695.

On peut juger de la joie avec laquelle fut accueilli au Canada le nouvel évêque de Québec, parles regrets qu’avait causés son absence prolongée :

“ Il ne nous manque pour nous bien animer, que la présence de Mgr notre évêque, écrivait le P. Dablon. Son absence tient ce pays comme en deuil, et nous fait languir par la trop longue séparation d’une personne si nécessaire à ces Eglises naissantes. Il en était l’âme ; et le zèle qu’il faisait paraître en toute rencontre pour le salut de nos sauvages attirait sur nous des grâces du Ciel bien puissantes pour le succès de nos missions ; et comme, pour éloigné qu’il soit de corps, son cœur est toujours avec nous, nous en éprouvons les effets par la continuatien des bénédictions dont Dieu favorise les travaux de nos missionnaires 1.”

Ces paroles du P. Dablon font voir combien Mgr de Laval était aimé de ses prêtres, de tous ses missionnaires, et quelle estime ils avaient pour lui. Il leur suffisait de penser que “ son cœur était avec eux, ” pour s’animer à travailler avec ardeur au salut des âmes.

Il est probable que la nouvelle de l’accueil sympathique fait à Mgr de Laval ne tarda pas d’arriver en France, car son frère, Henri de Laval, le bénédictin de Sainte-Croix, lui écrivit le premier avril de l’année suivante (1676) :

“ Je ne vous puis exprimer la satisfaction et la joie intérieure que j’ai reçues dans mon âme, en lisant une

1 — Relations des jésuites, 1672.

relation qui a été envoyée du Canada, de la manière que votre clergé et tout votre peuple vous ont reçu, et que Notre-Seigneur leur inspire à tous les sentiments justes et véritables de vous reconnaître pour leur père et leur pasteur. Ils témoignent avoir reçu par votre chère personne comme une nouvelle vie. Je demande tous les jours à Notre-Seigneur, à ses saints autels, qu’il vous y conserve encore quelques années pour la sanctification de ces pauvres peuples et la vôtre.”

Fin du tome premier.

TABLE DES MATIÈRES

Lettre de l'auteur à S. Em. le Card. Taschereau Lettre de S. Era. le Card. Taschereau à l’auteur.

Lettre de Sa Grandeur Mgr L. -N. Bégin . .

Lettre de Mgr Benjamin Paquet .

Préface . . • • . .

Déclaration de l’auteur .

Pages

„ xiii

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