‹ Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada, 1622-1708Chapitre 8 sur 68 · XXX · texte numérisé non relu

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ces intérêts peuvent être en conflit, c’est l’Etat qui doit se soumettre à l’Eglise. Conçoit-on que M. Carneau puisse reprocher au clergé du Canada, et par conséquent à son chef, Mgr de Laval, d’avoir voulu “ jouir de la liberté religieuse dans toute sa plénitude, et conserver l’indépendance des temps passés b ”

Oui, Mgr de Laval a travaille toute sa vie pour assurer à

I Eglise du Canada la liberté religieuse, et soutenir ses droits.

II a eu souvent à lutter contre le mauvais vouloir “ des hommes publics,” soit pour protéger ses pauvres sauvages contre les désordres de l’eau-de-vie, soit pour l’établissement des dîmes, soit pour l’administration de son immense diocèse. Toujours il montra dans l’accomplissement des devoirs de sa charge épiscopale la plus grande fermeté. “ Il fallait ici, dit Marie de l’Incarnation, un homme de cette force 1 2.”

Mais cette force était tempérée par la plus aimable douceur, et guidée par la prudence. Prétendre, comme le fait Garneau, qu’il “ s’était persuadé qu’il ne pouvait errer dans ses jugements, s’il agissait pour le bien de l’Eglise,” c’est tout le contraire de la vérité. ISTous verrons que jamais homme ne fut plus sage, plus humble et surtout plus porté à n’agir qu’après avoir pris en toutes choses l’avis des hommes les plus éclairés et les plus prudents.

1 — Histoire du Canada, t. I, p. 238.

2 — Lettre historique 57a,

préface

- Nous avons clans l’appréciation de ce grand évêque par M. Garneau un exemple frappant de la persistance a1» ec laquelle certains préjugés se transmettent a travers les siècles, et s’attachent à l’histoire. Cette appréciation serait de peu de conséquence dans un feuilletoniste de troisième ordre : dans un écrivain de cette valeur, elle est très grave, car elle s’impose à tous ceux qui ne veulent pas se donner

la peine d’aller aux véritables sources.

M. Garneau est, en effet, un historien de grand mérite. Quelle belle et agréable manière que la sienne ! elle rappelle celle des bons historiens 'français. Il a des aperçus larges, pleins de lumière, toujours ouverts sur de vastes horizons. Il sait grouper les faits, les mettre en relief et en tirer toute la valeur possible. Son style est soigné, correct, plein de vie et de mouvement. Il entraîne le lecteur, et ne le laisse jamais s’attiédir au récit de notre histoire.

N’en faut-il pas regretter davantage que ses appréciations des personnages religieux ne soient pas toujours fondées, et qne, catholique lui-même, il n’ait pas su juger, à son véritable point de vue, l’action de l’Eglise catholique dans les commencements de notre pays ?

Voulons-nous un autre exemple qui nous démontre que ce grand historien était peu préparé à parler des personnages religieux de notre histoire ? Il s’agit, cette fois, de Marie de l’Incarnation.

PREFACE

“ Il ! >araît, dit-il, que plusieurs personnes se firent quiétistes au Canada.... Le tremblement de terre de 1663 fut le plus beau temps du quiétisme. Ce phénomène mit en mouvement l'imagination ardente de ses adeptes : les apparitions furent nombreuses, singulières, effrayantes; les prophéties se multiplièrent. La supérieure de l'Hotel- Dieu 1 et la célèbre Mère Marie de l’Incarnation, supérieure des ursulines, partagèrent ce délire de la dévotion. Ce furent elles qui donnèrent le plus d’éclat, en Canada, au culte de la spiritualité, pieuse chimère qui affecta pendant longtemps plusieurs intelligences tendres et romanesques 2

Allons donc 1 La Mère de l’Incarnation, dont l’Eglise vient de permettre l’introduction de la cause de Béatification, et à qui elle autorise, par conséquent, de donner le titre de Vénérable, attaquée “ du délire de la dévotion ! ” Cette femme illustre, que Bossuet ne craint pas d appeler “la Thérèse de la Nouvelle-France, ” cette écrivain, dont les lettres accusent un jugement si droit, si sain, si bien équilibré, rangée parmi les esprits chimériques et rêvems, parmi “ les intelligences tendres et romanesques : Ln faut-il davantage pour nous mettre en garde contye les jugements de M. Clameau, quand il s’agit de 1 histoire religieuse de

notre pays ?

1 Il veut parler, "sans doute, de Catherine de Saint-Augustin ;

mais elle ne fut jamais supérieure de l’Hôtel-Dieu.

2 — UUtoire du Canada, t. I, p. 10».

PRÉFACE

Mais revenons à Mgr de Laval. Que faut-il pour rendre justice à cette grande et noble figure de l’Eglise du Canada ? Uniquement la mettre avec respect dans son cadre naturel ; faire revivre Mgr de Laval au milieu de son temps et de son époque, le représenter comme évêque, chargé de fonder une Eglise au milieu d’un pays tout nouveau et d’une colonie essentiellement catholique ; puis raconter sa vie purement et simplement telle qu’elle est, montrant à l’œuvre ce grand serviteur de Dieu, faisant ressortir ses belles qualités naturelles, ses admirables vertus, et la carrière toute de dévouement de ce saint évêque, qui, sorti de la plus haute noblesse de France, vint ici, pénétré de l’idée de sa sublime mission, et consacra au bien de notre pays près de cinquante années d’une existence tout apostolique.

La vérité, rien que la vérité, voilà ce qui suffit pour la gloire de Mgr de Laval. Dégageons cette sainte mémoire des nuages de “ la calomnie, avec lesquels certains politiques du temps cherchèrent à l’obscurcir. Regardons ce grand évêque à la lumière de la foi catholique ; et il nous apparaîtra ce qu’il est, une âme dévouée et généreuse, “ un •-grand citoyen, un évêque tel que le désiraient les fondateurs de l’Eglise universelle \ ” mais surtout un saint, dans toute l’acception du mot.

X — Mandement de Mgr Taschereau, 30 avril 187 S.

PRÉFACE

XXXVH

Que de fois, eu songeant aux pieuses origines des principales Eglises particulières du monde chrétien, et y voyant toujours quelque saint évêque présider à leur fondation, nous nous sommes dit : Eh quoi ! serait -il possible que l’Eglise du Canada, qui semble appelée a de si glorieuses destinées, fît exception à la règle générale, et que, plantée dans le sang des martyrs ], elle n’ait eu qu’un pontife de vertus ordinaires pour la diriger dans ses commencements ? Non, Mgr de Laval na pu être cet “ esprit absolu et dominateur, ” cet homme violent, ce tyran, qu’on s’est plu à le représenter. Nam, il n a pas été un évêque arbitraire, mesquin et jaloux, qui ne trouve bien que ce qu’il fait lui-même, et qui ne songe qu’à - entraver le zèle et le dévouement des autres 1 2.

Et nous nous sommes mis à étudier, uses sources, la vie de Mgr de Laval — A mesure (pie nous avancions dans nos recherches, l’homme, le chrétien, l’évêque nous apparaissait en lui, doué des plus nobles qualités, orné des plus sublimes vertus. Nous étions dans l’admiration en présence de co saint pontife que la divine Providence avait ménagé pour les commencements de notre pays. Nous nous attachions de plus en plus à cet homme si bon, si humble, si rempli de mansuétude, si dévoué à ses fidèles, si aimant et si compatissant pour son clergé. Dans notre cœur, nous félicitions

1 — Les PP. de Bréboeuf, Lalemant, Jogues et tant d’autres.

2 — Paillon, Histoire de la colonie française en Canada, Viîlemarie, 1865, t. II, ch. XIII et XVII, passiin.

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