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ET AU CLERGÉ FRANÇAIS

La' mort de M. de Quéîen n'a pas élé seulement une perte immense pour l'Eglise de Paris; elle a profondément contristé et l'Eglise de France, dont il était un des plus illustres pontifes, et l'Eglise universelle, dont tous les membres avaient les yeux fixés sur lui comme sur un parfait modèle, habitués qu'ils étaient à trouver sur ses traces de grands exemples de piété, de courage , de résignation et de vertu.

Aucun des cent vingt-deux évoques successivement élevés sur le siège de saint Denis n'eut peutêtre à traverser des temps aussi calamiteux ; nul ne fut peut-être frappé d'aussi terribles coups, soumis à d'aussi cruelles épreuves. Pas une seule douleur n'a manqué à son âme , et l'on peut dire qu'il est mort victime de la plus odieuse comme de la plus injuste prévention.

Ecrire la vie d'un prélat si universellement regretté et si justement vénéré était une tâche difficile ; nous l'avons cependant entreprise avec confiance, parce que nous avons compté sur la sympathie et l'indulgence de l'Épiscopat, du Clergé et des Fidèles auxquels nous offrons ce travail.

Les renseignements les plus exacts et les plus authentiques ne nous ont pas manqué; les personnes honorables qui ont bien voulu nous en communiquer ungrand nombre savent combien nous en avons été reconnaissants; d'ailleurs, la vie de M. de Quélen se lie trop étroitement à l'histoire générale de la religion en France depuis quarante ans, pour que nous ayons cru pouvoir nous dispenser de faire une excursion dans ce champ si glorieux des luttes de la foi contre l'esprit du mal ; la part active et constante qu'il y prit, le zèle qu'il y déploya, l'habileté dont il donna des preuves si multipliées., ajouteront sans doute, aux yeux de nos lecteurs, quelque prix aux détails dans lesquels nous sommes entrés.

Ce n'est, du reste, ni un panégyrique, ni un éloge que nous avons eu la pensée d'écrire : ce sont des faits que nous avons voulu réunir, parce que ce sont eux qui feront bien connaître le pieux prélat qui a gouverné pendant dix-huit ans l'Eglise de Paris.

Puisse-t-il être dans la destinée de cet ouvrage de détruire quelques préventions , de faire mieux apprécier un des plus beaux caractères dont il ait été donné à notre siècle de s'enorgueillir, de favoriser, en un mot, l'heureuse réaction qui s'est opérée en faveur du premier pasteur du diocèse de Paris, depuis le jour où ses yeux se sont fermés aux choses de ce monde pour s'ouvrir à celles du ciel!

Depuis la naissance rie SI. rie <|neien, en fit 8, jusqu'à M*n ordination, en ISO?.

Le 2r\ décembre 1769, une noble alliance se contractait à Pari?.

Le descendant direct au dix-septième degré à'Yvon de Quélen. qui vivait en 1 102, Jean -Claude-Louis de Qiélen, chevalier, comte deQuÉLEN, seigneur de la Ville-Chevalier, Quistillic et autres lieux, chevalier des ordres de Saint-Louis, de Notre-Dame du Mont- Carmel et de Saint Lazare de Jérusalem, etc. , etc. , né le 2 septembre 17^5; créé garde-marine le 1 3 octobre 1708; enseigne de vaisseau le 1" janvier 1746; lieutenant de vaisseau et capitaine d'une compagnie le 2J mai 1754; nommé chevalier des ordres royaux et notaires de Saint-Lazare et de Saint-Louis, et appelé au commandement du vaisseau le Sphynx le a octobre 17C):;; choisi, le 1" septembre de la même

année, par les États de la province de Bretagne, pour offrir au roi en leur nom un vaisseau de cent canons, dont l'assemblée, par acclamation unanime des trois Ordres, avait résolu de faire hommage à Sa Majesté; promu au grade de capitaine de frégate le i" octobre 1764; à celui de capitaine de vaisseau le 27 novembre 1765, et nommé chef d'escadre le 1er avril i;85 (1), épousait demoiselle Antoinette-Marie- A dé laide Hocquart, fille de messire Louis-Jacques Charles Hocquart, chevalier, seigneur de CoELiLLYet autres lieux.

De ce mariage, dont le contrat fut signé jDar le roi, par le dauphin (depuis Louis XYI) , par le comte de Provence (depuis Louis XYI1I) , par le comte d'Artois (depuis Charles X), par Mesdames de France, par le duc de Penthièvre, par le duc de La Yauguyon, illustre descendant d'une autre branche de la famille de Quélen, et seul héritier représentant d'aîné en aîné la branche royale des princes de Bourbon-Carency, par plusieurs membres de relies des Montcsquiou, des Cossé-Brissac, etc., naquirent sept enfants :

i° Antoinette-Eléonore de Quélen, née le 29 octobre 1770, et morte en 1787.

2° Lquis-Prudent de Quélen, né le 1 1 décembre 1771, et mort en bas âge.

(1) Il fut blessé d'un éclat de bombe au siège de Louisbourg, fait prisonnier par les Anglais, et mourut en uovembre 1802 ; — sa femme ne lui survécut que pi u de mois.

5° Amable-Gilles-Anne, comte de Quélen, né le 5o juin 1770, chef actuel de la famille (1).

4° Auguste-Marie-Louis de Quélen , chevalier de la Légion-d'Honneur, nommé par le roi, sous la Restauration, colonel delà 7e légion de la garde nationale de Paris, mort subitement en 1826, à l'âge de 52 ans (2).

5° Antoine-Jean-Hervé de Quélen, mort en 1799.

6° Hyacinthe-Louis, comte de Quélen, né à Paris, dont nous entreprenons d'écrire la vie.

70 Antoine-Victoire-Alphonse, vicomte de Quélen, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, officier de la Légion-d'Honneur , colonel de envalerie, etc. (5).

Il nous serait facile de montrer, par le témoignage des auteurs dont le nom fait autorité en ma-

(1) Le comte A niable de Quélen, ancien officier, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, officier de la Légion-d'Honneur, colonel de cavalerie, député des Côles-du-Nord de 1820 à i85t, a épousé demoiselle Maiie-Rose-Eugénie de Kercabus; — de ce mariage sont issus : i° Amédée-Augustc, vicomte de Quélen, gentilhomme honoraire de la chambre du roi Charles X. chevalier de Malte, marié a demoiselle Alix-Marie-Galienne de Kergariou, fille d ■ M. le comte de Kergariou, pair de France; — 20 Malhilde. mariée à M. le c mite Frédéric de Kerouartz. chevalier de la Légion-d'Honneur, ancien capitaine de cavalerie.

(2) Il avait épousé demoiselle Éléonorc Hocquart, et a laissé : 1° Augusta, mariée à M. de Mautheville, marquis du Rourhet; — 2° Raoul, comte de Quélen.

(3) Lo vicomte Alphonse de Quélen a épousé demoiselle Henriette de Gastaldi, et a eu pour enfants ; — i° Olivier de Quélen : — 20 Alix de Quélen.

(6) tière de généalogie, que la famille de Quélen, qui a pris son nom d'une terre située dans la Basse-Bretagne, au diocèse de Quimper, a tous les caractères qui constituent la vraie noblesse, c'est-à-dire l'ancienne chevalerie, le partage noble suivant l'assise du comte Geoffroy (1), la comparution aux anciennes réformations, des services militaires, des alliances distinguées, etc. Remontant à l'époque la plus reculée, nous la suivrions avec son cri de guerre, sa devise, ses armes en bannière (2) , son sceau pour les contrats ; descendant jusqu'à nos jours, nous ne trouverions presque aucune de ses générations qui n'ait fourni à la patrie son noble tribut de courageux défenseurs, depuis cet Eon de Quélen

(1) Le partage selon l'assise du comte Geoffroy, que ce prince. Gis de Henri II. roi d'Angleterre, établit l'an n85 en Bretagne, n'était accordé, comme on sait, d après le texte même de l'assise, qu'aux barons et aux seigneurs de la plus liiiute noblesse. — Mémorial historique de la noblesse, t. II.

(a) Les armes de la maison de Quélen sont bureléts de gueule et d'argent , c'est-à-dire composées de cinq bandes ronges et de cinq Manche», entremêlées; 1 éeusson est surmonté d une banderole portant la devise bretonne : En peb-ctnser Quelcn, devise qu'on traduit de trois maniènsdrflerentes: — i°(et c'est lYx|)liration qu'en donnoitle père de M. l'archevêque de Paris): — En tout temps Quélen, ou. ily eut toujours des Quélen : — 2° Quélen est toujours vert, traduction assez naturelle quand l'écusson porte trois l'cuilles de houx {Quélen en bas-breton) . comme dans les armoiries- parlantes ilu due de La Vauguyon, qui cependant, (il l8 i ">. adopta l'écu hurelé des Quélin et leur devise, mais traduite ainsi : En tout temps Q'ieU-n ; — ô" En tout temps prends conseil , kélen signifiant eu l>as luvton aviser. — l\ous ne dissimulerons pas que de ces (rois explications la première nous parait la plus naturelle.

qui, croisé deux fois en Terre-Sainte à la suite de ses ducs, perdit dans la première expédition ses trois frères à la Massonra, et, dans la seconde, vit périr ses trois fils au siège de Tunis, jusqu'à ceux de ses membres qui la représentent encore parmi nous. Nous nous bornerons à faire remarquer que dès les temps les plus anciens cette maison fournissait des membres distingués à l'Eglise; qu'on lit dans les actes de la canonisation de Charles de Blois, que Paçanus de Qiélen, l'un des ecclésiastiques attachés à la cour de ce duc de Bretagne, y jouissait d'une haute considération et possédait toute la confiance du prmce, dans l'intimité duquel il passait de longues heures à commenter les Saintes- Ecritures ; et que plus tard, ce fut en faveur d'une dame de Qiélen, prieure de JNoire-Dame de la Blanche ( 1). que le pape et le roi, sur la proposition du fameux cardinal de Retz, alors coadjuteur de Paris, rendirent à ce monastère son ancien vitro d'Abbaye Ro\ale. (2)

Le jeune Hyacinthe-Louis de Quélen trouva donc dans sa famille de nobles exemples à suivre, de grandes vertus à imiter: tout, dès son bas âge, annonça qu'il comprendrait et saurait remplir les devoirs qu'impose toujours un grand nom. Sa fa-

(1) Les lettres du roi, fin condjutcur de Relz, les huile» du pape. et les autres litres relatifs à la nomination de madame de Quélen. sont déposés aux archives du royaume, fonds ]S. D. de la Blanche. — Mémorial historique de la noblesse, t. (I.

(2) Voir aux pièce? justificatives, A.

(8 ) mille ne le destinant point d'abord à l'état ecclésiastique, il commença ses études sous le toit paternel, et partagea avec ses frères aînés les douceurs du foyer domestique. Mais bientôt, sans influence étrangère, et, on peut le dire hardiment, sans que des vues ambitieuses, incompatibles avec son âge, eussent eu sur son esprit l'empire qu'exerçait quelquefois alors sur les imaginations ardentes l'espérance des honneurs et des dignités du sanctuaire, une inclination naturelle dirigea toutes ses pensées vers le sacerdoce. Une piété tendre et affectueuse, qui a fait, du reste, le caractère particulier de sa vie, un goût prononcé pour tout ce qui avait rapport aux saintes fonctions de la carrière vers laquelle il tournait tous ses désirs, décidèrent ses religieux parents à favoriser une vocation qu'ils eussent craint d'entraver autant qu'ils évitaient de la faire naître par des considérations trop communes à cette époque dans quelques nobles maisons; le jeune de Quélen fut admis parmi les élèves du collège de Navarre. Son goût pour les choses saintes s'y développant chaque jour, et sa piété croissante faisant espérer à ses maîtres qu'ils n'auraient qu'à s'applaudir de son admission parmi les lévites, il fut tonsuré le ? 4 février 1790, âgé seulement de onze ans et quatre mois.

Il serait assez difficile d'expliquer autrement que par une vocation bien prononcée le choix que fit à cette époque le jeune de Quélen. Déjà le 2 novembre précédent l'Assemblée; Nationale avait décrété que les biens du clergé étaient mis à la

(9 ) disposition de la nation, sauf à indemniser les titulaires par des pensions viagères et à pourvoir aux frais du culte; et bientôt après, la persécution, qui sévissait avec tant de fureur contre tout ce qui portait un nom illustre par la noblesse ou par la vertu, ne lui permettait pas même de continuer son éducation au collège de Navarre ; il quittait cette maison, premier berceau de ses études, rentrait dans sa famille, et les continuait au milieu des horreurs du règne de la terreur, qui frappait les siens, les envoyait à l'échafaud, et poursuivait jusque dans la Vendée son frère aîné qui y combattait dans les rangs des Chouans.

11 fallait, certes, une vocation bien décidée pour résister à de telles épreuves. Celle du jeune de Quélen ne fut pas même ébranlée; les études qu'il avait commencées au collège de Navarre, il les continua à Paris tant que sa famille y demeura, et, quand elle 5e retira à Versailles, il l'y accompagna et les poursuivit sous la direction de quelques vertueux ecclésiastiques fidèies à leurs devoirs, et qui, obligés de chercher un asile, l'avaient trouvé, généreux et discret, auprès de ses parents. Deux surtout eurent une part active aux progrès du jeune Hyacinthe; M. l'abbé de Grandchamp, grandvicaire de Tulle, qui, pendant les orages politiques de cette époque malheureuse, s'était réfugié à \ cisailles, où M. de Juigné, archevêque de Paris, lui donna des pouvoirs pour administrer cette partie du diocèse, de concert avec MM. Emery, de Dam-

( io) pierre et de Malaret.ses vicaires-généraux ; il encouragea sa vocation et l'initia à l'étude de la théologie (i); et M. l'abbé de Sanibucy, aujourd'hui chanoine de la métropole de Paris (b). Ce fut à leurs instructions et à leurs soins qu'il dut de pouvoir être admis un des premiers dans cette école dont Fénelon a dit qu'tV n'est rien de si apostolique et de si vénérable^ et un auteur contemporain (5) quelle n'eut pas un seul de ses membres prévaricateurs, à Saint-Sulpice, au moment même où iW. l'abbé Emery, qui joignait à un grand esprit d'ordre, à un coup d'œil juste, et à une connais-

(1) Après la révolution, M. l'abbé de Grahtlcnàmp fut nommé chanoine et vicaire-général île Versailles par M. Charrier de Ja Hoche, premier évoque de ce diocèse, et, en 1816, doyen ài\ nouveau chapitre de Saint-Denis-, il est mort dans cette ville en 1828. âgé de 85 ans.

(2) Le nom de M. l'abbé de Sambucy nous rappelle un de ces traits de délicatesse cl d à-propos si communs dans la vie de M. de Ouélen ; nous le citerons ici afin de ne pas L'oublie r plus tard quand les événements se multiplieront autour de lui. — C'était peu après le rétablissement du petit séminaire de Saint-Nicolas : M. de Quélen devenu archevêque de Paris, y présidait à un" distribution, de prix; le discours d'usage dans ces solennités ayant eu pour objet la reconnaissance due au\ mailn s par leurs élèves, le prélat prit la parole après l'orateur, appuya de nouveau sur ce qu'il avait dit, et ayanl ajouté que c'était à lui de donner l'exemple de la pratique de cette verlu de re connaissance envers les instituteurs d< nos jeunes années, s approcha de M. l'abbé de Samhuev. le remei eia des soins affectueux, des sligès conseils et des bons exemples qu'il lui avait donnés, et l'embrassa devan/ l'assemblée vivement émue. Plus tard il l'appela à l'aire partie du chapitre métropolitain, auquel ce vertueux ecclésiastique appartient en ce moment, et dont il i si secrétaire.

(3) M. «le l,a Mennais. Ré/texiàhi fat l'ÊQliéii

( M ) sance parfaite des affaires et des hommes, cet heureux mélange de douceur et de fermeté qui faisait de lui le digne successeur des Olier et desTronson, après avoir eu la douleur de voir renverser le séminaire construit autrefois avec magnificence par M. de Bretonvilliers, réunissait dans le voisinage de son ancienne demeure quelques élèves du sanctuaire (1).

Si c'était une belle et sainte congrégation que celle à laquelle l'archevêque de Cambrai a pu rendre le glorieux témoignage que nous avons été heureux de répéter avec lui , elle est bien plus belle et bien plus sainte encore celle qui continue à remplir aujourd'hui , avec la même fidélité et dans le même esprit, au milieu du silence de la retraite, le but de son institution, et à mériter encore l'éloge si expressif et si vrai de Fénelon : // n'est rien de si apostolique et de si vénérable que Saint-Stilpice ; car elle a traversé, sans qu'aucun de ses membres se soit laissé séduire, une époque où tant d'autres ont fait naufrage, et elle a fourni au martyrologe des confesseurs de la foi pendant la période révolutionnaire, vingt noms qui couronnent d'autant plus glorieusement les services ren-

(1) Ce nouveau berceau de SaintSulpice fut d'abord rue JNotre- Dame-des-Champs : puis, une maison fort modeste, celle des filles de l'instruction chrétienne, située dans la rue du Pot-deFer , et que M. Ernery acheta tic ses propres deniers. — iNous verrons plus lard M. de Quéleu s'occuper de la fonslruelion du nouveau séminaire cl le bénir.

dus par elle à la Religion pendant cent cinquante ans, que le nombre total de ses membres n'était alors que de cent soixante-trois, y compris la communauté de la paroisse (i).

Peu d'hommes étaient plus propres que M. Emcry à former les élèves destinés à remplir bientôt les vides que l'exil et l'échafaud avaient fait dans les rangs du clergé. Prêtre depuis 1756, docteur en théologie en 1764, supérieur du séminaire d'An-

(1) Voici cette liste des membres de la congrégation de Saint-Sulpice mis à mort pour la foi en 1792, J79Ô et 1794 : — MM. Gallet, supérieur delà petite communauté dite des Robertius; Psabnou, supérieur, Hourier et Rousseau, directeurs de celle de Laon ; de Cussac, supérieur de la communauté des pbilosophes ; Ploquier, directeur du petit séminaire; Savines. supérieur des clercs ; Goguiu, ancien directeur du séminaire de Nantes; Guérin et de Luzeau, du même séminaire ; Boubert, diacre, attaché h la maison nouvellement formée à Issy, et Nézel, sous-diacre, appartenant à la communauté des clercs de la rue Cassette; Ponthus, Tessier, Dubrai et Massin, de la communauté desprêtres, tous enfermés aux Carmes et massacrésle 2 septembre 1792; — Bravard et Lejeune, directeurs du séminaire d'Avignon, mis à mort en Languedoc, le i4 juillet de la même année; — Segretier, supérieur du petit séminaire de Clermont : Mercier et llêmc, directeurs de celui de Bourges, massacrés à Couches, près de Chàlonssur Saône, en passaut dans ce village pour obéir à la loi de la déportation ; — Lejeune, directeur du séminaire d'Angers et frère de celui qui avait péri en Languedoc, traîné à Nantes et compris dans une des noyades, pendant la nuit du 9 au 10 décembre 179O; — Elias, directeur du même séminaire, mort dans la Vendée; — du Bignon. supérieur du petit séminaire de Bourges, et Bonnefonds, supérieur de celui d'Anton, entassés à à Rocliefort avec d'autres victimes sur les deux Associés, et noyés sur ce navire, le premier, le 10 août 179.4» Ie second, dans la nuit du 2 au 3 juin précédent.

gers et vicaire-général de ce diocèse en 1776; enfin, supérieur -général de sa congrégation en 1782, il avait acquis, non seulement dans les fonctions diverses auxquelles il fut appelé, mais dans les prisons qui le reçurent deux fois (1), toutes les qualités nécessaires pour devenir, en quelque sorte, le conseil du clergé et des fidèles, à une époque où les temples avaient été rendus au culte , il est vrai , où les prêtres n'étaient plus poursuivis et jetés dans les cachots, mais où des difficultés d'un autre genre s'offraient à chaque instant et ne demandaient pas moins de sagesse que d'expérience dans les hommes appelés à trai-

(1) Enfermé d'abord à Sainte-Pélagie, où il ne resta que six semaines, puis à la Conciergerie, où il passa seize mois, disent les Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le X V II Ie siècle, M. Emery vit se renouveler souvent celle prison qui était comme le vestibule de l'échafaud, et où arrivaient chaque jour les victimes destinées à une mort prochaine. On dit que Fouquier-Thiu ville se proposait bien de l'y envoyer à son tour, mais qu'il le laissait par calcul, parce que, suivant son expressiou, ce petit prêtre empêchait les autres de crier. M. Emery fut utile dans sa prison à plusieurs condamnés; ilreçut, entre autres, l'expression du repentir de Claude Fauchetet d'Adrien Lamourette, qui avaient pris part au schisme. Après le concordat de 1802, il refusa l'évêché d'Arras ; plus tard, il fut nommé conseiller de l'Université, et adjoint, en 1809, à une commission de deux cardinaux et de cinq évoques chargés de répondre à différentes questions sur les affaires de l'Église; sou refus de souscrire à l'avis arrêté par elle, le 1 1 janvier 1810, irrita contre lui Napoléon, qui lui fit ordonner de quitter son séminaire. Il vécut dès-lors plus que jamais dans la retraite, ne parlant qu'avec douleur des maux de l'Eglise et des chagrins du souverain pontife. 11 fut cependant nommé membre d'une seconde commission, où il montra le même zèle el dans une occasion plus éclatante. Mandé aux Tuileries

ter alors les affaires difhciles, et surtout délicates, de la religion. De longues études, un jugement sain, un tact sur l'avaient préparé de bonne heure à résoudre les questions relatives à son ministère. 11 savait combiner l'attachement aux règles avec les tempéraments que nécessitaient des circonstances tout exceptionnelles. Ennemi des mesures extrêmes, il se défiait de l'exagération en toutes choses. S'il n'allait pas chercher l'orage, il l'attendait sans crainte; s'il ne bravait pas l'injustice des hommes, il ne se laissait pas intimider par elle. Une seule chose le guidait constamment : l'intérêt de la religion. Toujours le même, sage, égal , mesuré , sachant céder lorsqu'il le croyait utile , mais sachant aussi résister avec force quand il le jugeait nécessaire ; dépositaire des anciennes traditions, qu'il s'efforçait de perpétuer dans le clergé, tel était le second fondateur de Saint- Sulpice, tel était Al. Emcry.

Ce fut pour M. de Quélen un bonheur qu'il sut vivement apprécier , et dont il conserva pendant

avec les autres membres de la commission, il parla librement, exposa la véritable doctrine fie Bossuct, ot osa même réclamer en laveur de lu souveraineté temporelle des papes. Son courage mesuré, sa gravité modeste, ses raisons déduites avec l'orée et présentées avec sagesse. produisirent un grand effet; pendant que la crainte l'ermait toutes les bouches, un simple prêtre plaida la cause de la religion et se fit écouter. .M. I.inery méritait de linir par là une carrière marquée par tant de services. Il tomba malade peu après, mourut universellement regretté, le •iù avril i «S 1 1 , et fut enterré dans sa maison d Jss\ . où ses séminaristes voulurent porter eu\ mêmes son corps.

( i5 ) toute sa vie un précieux souvenir, d'avoir été admis un des premiers à l'école de ce saint prêtre, d'avoir été appelé à faire partie de cette nouvelle maison qui devait, non moins que l'ancienne, donner à l'Eglise de France tant de prêtres dévoués et de pieux pontifes.

iNous ne le suivrons pas au sein de la communauté dont le chef était à la fois le père et le modèle ; on conçoit aisément combien devait Être édifiante la vie de ces jeunes séminaristes dont la vocation s'était, pour ainsi dire, épurée en traversant les plus cruelles épreuves. M. de Quéleo reprit et acheva son cours de théologie sous la direction de M. Emery, reçut successivement les quatre ordres mineurs, le sous-diaconat , le diaconat, et fut ordonné prêtre à Saint-Brieuc en 1807. 11 avait alors un peu moins de vingt-neuf ans. Ceux qui , le jour de cette ordination, voyaient au pied de l'autel un jeune prêtre d'une taille ''levée, mais à l'air faible et souffrant, étaient, certes, loin de soupçonner toute l'énergie, toute la force de caractère que déploierait un jour, sur le premier siège de France, le jeune abbé auquel l'onction du pontife venait de donner les pouvoirs sublimes du sacerdoce.

Dopais son ordination, en ISO?, jusqu'à sa

nomination à rêveené «le Sainosafe ,

en 1S19.

« A peine l'Eglise de France relevait-elle sa tête rayonnante de l'auréole du martyre , que M. de Quélen se jeta, avec la fermeté qui le caractérisait, dans une carrière toute fumante encore du sang des prêtres et des martyrs... A peine revêtu du sacerdoce , son bonheur fut de catéchiser les enfants, d'incliner leurs jeunes idées vers la piété , et de les fortifier, par une instruction solide, contre les séductions de l'erreur. — Lorsque, quelques années après , la fortune de la France , qui avait subjugué l'Europe, chancela à son tour sous le poids de ses nombreux ennemis, le catéchiste des enfants devint le consolateur de nos guerriers. 11 s'approche de leurs membres glorieusement mutilés, et, sans redouter la contagion dont ils sont atteints, il dit comme Judas Mâcha-

( >7 ) bée : « A Dieu ne plaise que je veuille épargner ma « vie tant que nous serons dans l'affliction ; car je « ne suis pas meilleur que mes frères (1). » — C'est par ces modestes travaux, si chers à sa courageuse charité, que Dieu préparait M. de Quélen aux grandes dignités de l'Église (2). »

Tel est , en effet , et en peu de mots , le résumé de cette seconde période de la vie de M. de Quélen.

Ses cours de théologie terminés et ses vœux comblés par la réception des ordres sacrés , il demeura au sein de sa famille, retirée alors en Bretagne , au milieu de ses propriétés, avec l'intention de s'y adonner plus particulièrement, dans le calme et le silence d'une paisible retraite, à l'étude des diverses branches de la science ecclésiastique. La Providence en avait ordonné autrement. — M. Caffarelli, évêque de Saint-Brieuc (5) , dans le diocèse duquel il avait été incorporé, l'appela presque aussitôt auprès de lui , lui donna des lettres de grand-vicaire, et voulut ainsi l'initier, en quelque sorte , aux travaux de l'administration ecclésiastique , qui devaient avoir plus tard une si grande part dans sa vie. L'affection toute paternelle que lui témoignait ce prélat , la confiance dont il lui

(1) Machab., XIII, 5.

(2) Mandement de MM. les vicaires-généraux capitulaires du diocèse de Paris , du 3 janvier i8/|o.

(3) Ce prélat mourut en janvier 1816, presque subitement , à lïige de 52 ans.

Ire PARTIE. 2

( i8 ) donnait de touchantes preuves, l'eussent sans doute fixé pour long -temps auprès de lui, si M. Emery avait pu oublier que le nouveau grandvicaire était un des plus chers élèves préparés au sacerdoce par ses soins.

L'année suivante, en effet, M. le cardinal Fesch avant été nommé président du collège électoral de Rennes, le vénérable supérieur-général de Saint- Sulpice, dans lequel il avait une confiance absolue, et qu'il avait même choisi pour confesseur depuis 1802 , époque de sa nomination à l'archevêché de Lyon, lui parla de l'abbé de Quélen avec une si haute estime , le lui recommanda avec tant de chaleur, que l'évêquc deSaint-Brieuc dut consentir à la demande que lui fît Son Eminence , et autoriser son grand vicaire à suivre le cardinal. — 11 vint donc à Paris avec lui; et, bien qu'aucun titre spécial ne l'attachât au grand-aumônier de i\apoléon, il mérita, par la prudence de ses démarches et la sagesse de sa conduite dans quelques affaires délicates , d'être chargé d'abord de former sa maison , c'est-à dire de lui indiquer les personnes qui devaient la composer, ainsi que la grande-aumônerie , puis de lui désigner les familles qui avaient le plus souffert pendant la tourmente révolutionnaire, et auxquelles, sans doule par un esprit de justice et d'équité, tout autant que par des considérations politiques, l'empereur voulait accorder quelques grâces, faibles compensations de tout ce qu'elles avaient perdu.

Ici encore tombe devant les faits le reproche d'ambition qu'on n'a pas craint d'adresser à l'abbé de Quélen d'abord, et à l'archevêque de Paris ensuite. Assurément, rien ne lui eût été plus facile que de faire arriver jusqu'à lui-même et jusqu'aux siens une partie des faveurs dont le pouvoir nouveau semblait vouloir être prodigue. Et qui eût osé l'en blâmer? La révolution avait été assez fatale à sa famille pour qu'il fût autorisé à se croire en droit de ne pas l'oublier dans la répartition qu'il était, en quelque sorte, appelée faire. Il pouvait, du moins , se réserver à lui-même quelque emploi important, quelque titre qui eût flatté son amourpropre et ajouté à son crédit; il le pouvait d'autant mieux que son influence eût été plus ignorée et sa responsabilité plus à l'abri. Cependant, son oubli de lui-même et des siens fut tel qu'un autre dût songer à le réparer en faisant nommer son frère Auguste écuyer de la mère de Napoléon, et qu'il resta lui-même auprès du cardinal dans la modeste position dont il lui eût été si facile de sortir.

Une autre circonstance de sa vie, que nous croyons inconnue jusqu'à ce jour, parcequ'elle ne fut jamais confiée qu'à la discrétion d'un ami dévoué à sa personne depuis quarante-cinq ans, mais dont les preuves existent dans une précieuse correspondance avec Pie VII , répond bien plus victorieusement encore à ce reproche.

Le souverain Pontife était à Fontainebleau, où

Bonaparte s'efforçait en vain de lui arracher, tantôt par des prières, tantôt par des menaces , des concessions auxquelles le Saint-Père ne pouvait consentir. — Après une de ces nombreuses visites , où l'on est allé jusqu'à dire qu'une main sacrilège s'était levée sur le chef de l'Eglise , Bonaparte irrité se souvient de l'abbé de Quélen, qu'il avait déjà remarqué malgré sa jeunesse, dont peut-être l'abbéEmery l'avait entretenu, et le fait appeler. Une conversation , qui paraisssait ingulièrement embarrassante pour cet homme si peu habitué à trembler devant qui que ce fût, s'engage alors entre eux, ou plutôt n'est soutenue que par un seul interlocuteur. Après mille hésitations , après mille circonlocutions sous lesquelles il semblait vouloir dissimuler le fond de sa pensée ; après avoir invoqué le grand nom de Charlemagne, parlé de son désir de porter partout la gloire du nom français et la puissance de ses armes, il arrive enfin à son but, se plaint avec amertume de la résistance qu'il éprouve de la part du souverain Pontife, vante le gouvernement religieux et politique à-la-fois de l'Angleterre et de la Russie , où les deux pouvoirs sont réunis dans la même main, déclare au jeune abbé profondément affligé, qui veut en vain l'interrompre, mais auquel il impose chaque fois silence de la voix et du geste, que son intention est de rompre avec Rome et de se mettre, lui aussi, à la tête d'une Église nationale ; puis , toujours sans lui permettre de répondre un seul mot : — Moi le premier, vous le second, continue-t-il ;

voyez, réfléchissez, et surtout pas un niotn qui que ce soit ; — je vous reverrai.

Et il le congédie.

Deux jours après, il le fait rappeler. L'abbé de. Quélen , qui avait tout à-la-fbis beaucoup réfléchi et beaucoup prié, se rend sans crainte auprès de lui , et reprenant presque phrase par phrase tout ce qui lui avait été dit l'avant-veille , montre à cet homme dont l'ambition était l'unique mobile, et que l'ambition devait perdre, que Charlemagnc n'a jamais été plus grand que quand il s'est appuyé sur l'Eglise; à ses désirs de gloire il oppose le tableau de la honte dont il va se couvrir, et, quand il croit avoir épuisé toutes les raisons propres à faire quelque impression sur son esprit, il ajoute après un moment de silence:

— Quant à moi, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour empêcher un si grand malheur ; ma main serait broyée, ma langue arrachée, que je ne consentirais jamais

Bonaparte , surpris et irrité de trouver tant de sagesse unie à tant de fermeté, et qui n'avait rien à opposer aux raisons victorieuses par lesquelles l'abbé de Quélen combattait son projet, ne put ni maîtriser son émotion, ni dissimuler la contrariété qu'il éprouvait; la brutale colère avec laquelle il le renvoya est un des plus beaux titres de gloire, et aussi un des moins connus du futur archevêque de Paris, qui sauva peut-être ainsi la religion en France, et s'opposa du moins avec succès à un

( M ) schisme dont il eût été difficile de calculer et de prévoir les conséquences.

Trois ans se passèrent , pendant lesquels l'empereur, après avoir nommé le cardinal Fesch archevêque de Paris, puis révoqué sa nomination dix-huit mois après l'avoir signée , parce qu'il rencontrait dans son oncle une résistance à laquelle il ne s'était pas attendu , y appela le cardinal Maury , qu'il espérait sans doute trouver plus docile à des volontés devant lesquelles tout devait fléchir, et convoqua enfin le concile de 1811 (1). Cette assem-

(1) On sait que le but de Napoléon, en convoquant ce concile, était d'obtenir des évoques sans le concours du souverain Pontife , dont il ne pouvait vaincre la résistance , qui l'humiliait et l'irritait. Déjà il avait formé précédemment, pour le même objet, les doux commissions dont l'abbé Emery faisait partie, et dont Us réponses furent loin de le satisfaire. Ce fut par une lettre du 20 avril 1811 qu'il convoqua les évoques de France cl d'Italie à ce concile national , qni devait s'ouvrir à Paris le 9 juin suivant, mais qui ne se réunit cependant que le 17, dans l'église INotre-Dame , et qui se trouva composé de six cardinaux , de neuf archevêques, de quatre-vingts évêques, et de neuf ecclésiastiques nommés à des évêchés. il n'eut qu'une seule sesssion et six congrégations. La commission chargée d'abord de s'occuper de la rédaction de la réponse au message de l'empereur, et composée des cardinaux Spina et Caselli , des archevêques de Tours et de Bordeaux , et des évoques de Nantes , de Trêves , de (>and , de Commachio, d'Yvrée et deTroycs, ayant clé d'avis qu'avant de prononcer surlacompétencedu concile pour aviser au moyen de suppléer aux bulles pontificales , on devait députer au Papepour en conférer avec lui; puis, qu'il fallait soumettre à Sa Sainteté, avant de l'adopter, le décret proposé par l'empereur, par lequel le droit de donner [institution canonique était accordé aux métropolitains, en cas du refus du Pape ; l'empereur prononça, le soir même { 10 juillet), la dissolution du concile, sans attendre la dclibc>

( 23 ) blée , que le cardinal Fesch présida , n'ayant point eu le résultat que iNapoléon s'en était promis, le premier effet de son mécontentement fut l'exil de son oncle dans son diocèse.

iSous retrouvons ici ML de Quélen , et nous la retrouvons avec ces sentiments de reconnaissance et d'affection qui étaient comme un besoin pour son cœur , et qui ont marqué presque chaque jour de sa vie. Attaché au cardinal-archevêque de Lyon par son dévouement à sa personne, plus encore que par les fonctions qu'il remplissait auprès de

ration qui devait avoir lieu le lendemain, et fit arrêter , deux jours après , pour les jeter dans le donjon de Vineennes, où ils furent mis à un secret rigoureux, les évèques de Tournay, de Gand et de Troycs, membres influents delà commission dont l'avis avait détruit toutes ses espérauecs. Quelques jours après, il est vrai, on voulut revenir sur la mesure prise ; des conférences eurent lieu chez le ministre des cultes, sous l'impression née de l'emprisonnement des trois prélats, et quand on crut avoir gagné un nombre de suffrages suffisants , on convoqua, pour le 5 noùt, nue prétendue congrégation générale qu'on qualifia de septième, et qui, après une délibération qui dura à peine un quart d'heure, sans discussion, sans liberté, et par un yole ostensible donné par assis et levé , adopta un décret portant en substance que le Pape dounerait l'institution canonique dans les six mois; qu'à son défaut le métropolitain aurait ce droit, et que cette décision serait pou mise à l'approbation du Pape. Des députés se rendirent, en effet, auprès fri souverain Pontife, qui, ne connaissant exactement ni 1 état des choses ui la manière dont ce décret avait été voté, consentit à le confirmer par un bref du 20 septembre. Mais uue expression de ce bref ayant choqué la susceptibilité du conseil impérial , les négociations furent rompues, les évèques reçurent ordre de se rendre dans leurs diocèses, sans qu'on leur fit même connaître ce qui avait élé fait, sans qu'il leur fût permis de clore le concile par les cérémonies d'usage, et tout

lui, il n'hésita pas à l'accompagner dans son diocèse, témoignant autant d'empressement à partager sa disgrâce et à ne pas l'abandonner, malgré les instances de Son Eminence' qui craignait de l'associer à la défaveur dans laquelle elle était tombée , qu'il en avait montré peu quand il s'était agi d'honneurs et de dignités. Il porta même plus loin encore les preuves de son dévouement : M. de Pradt, archevêque de Malines, l'ayant fait nommer chapelain de l'impératrice Marie-Louise , il refusa ce titre et ne revint, plus tard, à Paris que quand le cardinal, qui était toujours grand-aumônier, y jugea sa présence et ses conseils plus utiles qu'à Lyon. — On était alors en 1812.

A son retour à Paris, M. de Quélen se retrouva avec bonheur dans cette église de Saint-Sulpice aux belles cérémonies de laquelle il avait participé

en resta là. « Convoquée par ambition, dit l'auteur des Mémoires histo- « riques sur les affaires ecclésiastiques de France pendant les pre- « mières années du xixe siècle , dissoute dans un moment de « colère , renouée par caprice , congédiée brusquement , cette « assemblée parut toujours un instrument que la tyrannie faisait « mouvoir à son gré. Toutefois , il est juste de distinguer deux épo- 1 ques dans ce concile. Jusqu'au 10 juillet, les éveques, forts par leur « nombre et par leur zèle mutuel, opinèrent avec plus d'indépendance

< et rendirent inutiles les menées de quelques collègues plus souples; t c'est le beau temps du concile. Depuis , on n'en trouve plus que 1 l'ombre. Dissous par celui-même qui l'avait convoqué , mutilé par

< l'emprisonnement de trois évoques, et par le départ de quelques au- « très, dominé par la terreur, privé de liberté, il n'offre plus le carac- « tère de ces assemblées vénérables dont l'antiquité nous présente le « modèle. » (Voir , pour plus de détails , les Mémoires sur les affaires ecclésiastiques, et Y Ami de la religion, t. VII, p. 24»-)

( 25) si souvent comme séminariste, pour laquelle il a toujours conservé, nous ne dirons pas une prédilection, mais un amour si marqué, et où il devait éprouver, devenu archevêque, tant de consolation à officier. Il choisit un appartement dans son voisinage , y dit habituellement la messe, et, tout occupé des affaires que lui confiait le cardinal Fesch , sut encore , malgré la faiblesse d'une santé qui ne s'est fortifiée que plus tard, disposer son temps de manière à en consacrer une partie aux fonctions si pénibles , mais si importantes de catéchiste, dans cette église dont les catéchismes ont une réputation si haute et si bien méritée (1). La première Restauration, qui le trouva tout adonné à ces doubles devoirs, lui ouvrit bientôt, momentanément du moins , une carrière dans laquelle il s'était à peine essayé jusqu'alors, celle de la chaire. Son premier discours, à peine prononcé dans l'église Sainte-Elisabeth, au Marais, le 9 février 181 5, à un service que MM. les chevaliers de Malle firent célébrer pour le repos de l'âme de Louis XVI, près de ce même Temple dernier asile du malheureux roi, offre un passage qui nous a paru frappant depuis que l'orateur, victime lui-même de l'injustice y de l'ingratitude , livré aux calomnies les plus injustes , aux scènes les plus outrageantes qui firent succéder la haine la plus furieuse à cet amour dont il

(1) C'est aux élèves du grand séminaire qu'ils sont confiés sous la direction d'un do MM. les professeurs.

avait été si long-temps l'objet, n'a pu trouver, lui aussi, dans une autre pensée que celle de la foi, un si grand courage , une patience si longue au sein des plus humiliantes disgrâces. — Qu'on nous permette de citer ce morceau, dont chacun, sans doute, lui fera avec nous l'application.

« Quelle autre pensée que celle de la foi aurait « donc pu inspirer à ces illustres princesses ( 1 ) un « si grand courage, une patience si longue au sein « des plus humiliantes comme des plus terribles « disgrâces ?... Quelle autre pensée que celle de la « foi aurait donc pu faire supporter avec tant de « générosité à une reine, aimée d'abord jusqu'à « l'ivresse, parce qu'elle méritait de l'être, cette « injustice, cette ingratitude, cette barbarie, qui la « livrèrent tout d'un coup aux calomnies les plus «injustes, aux scènes les plus outrageantes, et « qui firent succéder la haine la plus furieuse à cet « amour dont elle avait été si long-temps F objet ? <• Quelle autre pensée que celle de la foi aurait « donc pu consoler cette épouse si fidèle de la « perte d'un époux auguste, dont le mariage lui « promettait un trône, mais dont la tendresse l'eut « encore dédommagée quand elle aurait perdu <■ l'empire même de l'univers ? Quelle autre pensée « que celle de la foi aurait donc pu rendre sup- « portable à une si bonne mère, à une amie aussi « sensible, tant d'autres séparations qui arrachè-

(1) La reine Marie-Autoinelte ei inadamr Elisabeth.

« rent à sa douleur ces plaintes auxquelles le coeur « le plus dur ne saurait refuser des larmes : ÎNon, * je ne reverrai plus mes malheureux enfants , ma » tendre et vertueuse sœur ! Quelle autre pensée que « celle de la foi aurait pu lui faire contempler avec «calme, je dirais presque avec indifférence , les « changements affreux opérés dans sa royale for- « tune : le palais de sa gloire remplacé par une « étroite et obscure prison ; une foule de serviteurs « attentifs, par des gardiens impitoyables ; les dou- « ceurs et l'abondance de la vie, par les plus ri- « goureuses privations; une cour empressée à ré- « péter ses louanges, par un odieux tribunal occupé « à intenter contre elle les accusations les plus «iniques; un magnifique cortège, par l'appareil « effrayant du supplice ! ! ! Enfin , quelle autre « pensée que celle de la foi aurait pu lui faire me- « surer d'un œil tranquille, franchir avec majesté, « ou plutôt traverser lentement et pas à pas , avec «une inaltérable noblesse, l'intervalle immense « qui sépare le plus beau trône du monde d'avec « un échafaud ?. .. Il est vrai qu'elle avait reçu du « ciel une âme grande, également difficile à cé- « der à la vengeance et à la crainte , un cœur bon « et sensible, naturellement porté à compatir au « malheur et à plaindre jusqu'à ses ennemis, un <- esprit droit et aimant la vérité, préparé d'avance « à reconnaître le néant des grandeurs et la vanité

« des plaisirs »

Quelques sermons de charité. *rs exhortations

dans la maison de Saint-Denis, dont nous verrons qu'il fut bientôt spécialement chargé, l'avaient fait désigner pour prêcher à la cour l'A vent de 1817, lorsque sa nomination à l'évêché de Samosate vint le surprendre au milieu de ses travaux (1). Mais n'anticipons pas sur les événements , et puisque nous parlons des succès oratoires de M. de Quélen, disons qu'il les dut surtout à ses heureuses applications de l'Ecriture, à la vérité de ses tableaux, à l'onction de son style, à la noble simplicité de son débit, à la gravité modeste de son maintien, qui faisaient passer dans l'âme de ses auditeurs les sentiments dont il paraissait vivement pénétré. « Dans un temps où le mauvais goût tend à s'insinuer dans tous les genres de littérature, et à pénétrer jusque dans la chaire, disait à cette époque un critique auquel nous empruntons d'autant plus volontiers ce jugement qu'il s'est toujours montré plus éloigné de l'exagération dans ses éloges ()), on aime à voir un orateur, fidèle aux anciennes traditions, dédaigner les vains artifices du style, le luxe des figures, et ces efforts d'une imagination intempérante qui fatiguent l'esprit et laissent le cœur vide. M. l'abbé de Quélen prêche l'Evangile et aspire vraisemblablement plus à produire un seul mouvement de piété ou un seul trait de charité qu'à étonner par le fracas d'une rhétorique étourdissante et stérile.

(1) Ce fut M. l'abbé Frayssinous qui le remplaça. (a) Ami de la religion, t. II, p. 171.

( ^9 ) La sagesse de sa composition, ainsi que celle de son action oratoire, annoncent qu'il a étudié les bons modèles, et feraient regretter aux amis de 1 eloquetice de ne pas l'entendre plus souvent, si on ne savait que ses autres occupations ont toujours pour objet le bien de l'Église. »

Il eût été difficile, en effet, au vicaire-général de la grande -aumônerie de suivre avec autant de persévérance qu'il l'eût désiré peut-être une carrière que lui interdisaient à peu près, quand à peine il y était entré, les affaires importantes à la direction desquelles l'avait associé M. de Talleyrand- Périgord , et sur lesquelles il eut trop d'influence pour que nous n'en fassions pas un exposé rapide et succinct.

La Restauration de 1814 avait mis un terme à la situation déplorable dans laquelle se trouvait alors l'Eglise de France : avec elle cessait une persécution qui, du chef de l'Eglise, s'était étendue à tous les ordres de la hiérarchie ; des pasteurs exilés ou captifs étaient rendus à leurs troupeaux ; le système de vexations et de violences, qui ne tendait à rien moins qu'à un schisme, se trouvait renversé. Au moment où Rome et la France recouvraient ensemble leur souverain , au moment où la Religion et l'Etat se félicitaient ensemble des événements imprévus qui avaient fait disparaître une domination qu'on eût dit inattaquable et sans ternie, de nouveaux arrangements devenaient indispensables pour rendre à l'Eglise de France la paix et le repos dont

( 5o ) elle était depuis si long- temps privée. Quelque nécessaire, quelque avantageux qu'on l'eût jugé en 1801 , le concordat conclu à cette époque pouvait être regardé comme attentatoire aux droits de la royauté; il n'avait, d'ailleurs, établi qu'un trop petit nombre de diocèses , et la séparation de la Belgique exigeait des modifications à ce qui avait été réglé quand ce pays était réuni à la France. Ces motifs, auxquels il faut joindre le retour dans sa patrie de cette portion du clergé qui n'avait point pris part au concordat de 1801 , et à laquelle il était d'autant plus naturel que le roi s'intéressât, que l'attachement de ses membres à sa personne et à sa cause avait motixé leur refus de démission (i), concouraient à faire désirer un arrangement qui, tout en plaçant l'Eglise dans une position plus favorable , fît cesser de funestes divisions.

Aussitôt après le retour du roi , une commission fut instituée pour s'occuper des affaires de l'Eglise (2) , sous la présidence de M de Talleyrand-

(1) Il y avait, en îS 1 4< quatorze évèques non démissionnaires , savoir: M. de Talleyrand Périgord , archevêque de lleims, et MM. de Bonnac, de Flamarens, Amelot, de Thémines, de Réthisy, de Caux, du Cliilleau, delà Laurencie, de Villcdieu, de Varcilles, de La Farc, de Yintimille et de Coucy, évêques d'Àçen, de Périgueux, de Vannes , de lilois, d l 7.ès, d'Aire, de Cbàlons sur-Saône, de JNanlcs, de Digne, de Gap, de Nancy, de Carcassoune et de La Rochelle. — Ces prélats rentrèrent presque tous en France avec le roi, ou peu après lui.

(2) Cette commission était composée de quatre prélats et de cinq 1 c | ii siaRtiques, savoir: MM. de 'l 'alliyrand . président, de liausset et

de l're ssigny, auciens é\cqui's d'Alaiset de Saint-Malo, démissionnaires

( Si ) Périgord, qui, dès 1808, avait succédé à M. le cardinal de Montmorency dans la charge de grand-aumônier de France, et dont un des premiers soins, à son arrivée, fut de nommer M. l'abbé de Quélen chanoine du chapitre royal de Saint- Denis, à sa réorganisation, et vicaire-général de la grande-aumônerie. Les travaux de cette commission, qui s'occupait en France des graves questions soumises à son examen , tandis qu'à Rome une congrégation spéciale (1) était chargée par le souverain pontife de les traiter avec toute la maturité qu'elles exigeaient, se poursuivirent dans le silence pendant l'hiver de 1 8 1 5 , et l'on n'avait pas même adopté les bases de la négociation quand tout-à-coup un nouvel orage vint fondre sur la France, disperser de nouveau la famille royale, envoyer encore en exil une partie des évêques

en 1801 . de Boulogne, évêque de Troyes, que nous avons vu conduire à Vincennes d où il était sorti depuispcu,et de MM. les abbés du Bréau, aumônier du roi, de Latil, premier aumôuicr de Monsieur, Brelucque, vicaire-général de Bordeaux, d'Astros, vicaire-général de Paris, et Péraut, depuis chapelain du roi , délivrés l'un et l'autre récemment delà captivité de Vincennes. — Plus tard celle commission fut remplacée par une autre plus nombreuse , dont les membres étaient: Aid. de Talleyrand, président, de La Fare, de Coucy et de Caux; deGirac, de Bausset et de La Luzerne, anciens évêques de Bennes, d'Alais et de Langres ; de Dampierre, Dubourg et Dcssoles. évêques de Clermont, de Limoges, et deChainbéiy; de MM. les abbés de Latil et Jacquemin, ce dernier secrétaire.

(1 Ses membres étaient •. le cardinal di Pielro , le père Fcntana, général des Darnèbrles , et M', Sala, depuis cardinaux, qui connais- -Vu ni tous la Franco et y avaient résidé pendant quelque temps.

(5, ) auxquels étaient confiés les intérêts delà religion, et obliger le Saint-Père à s'éloigner de Rome une troisième fois; Bonaparte, débarqué en Provence le iet mars, marchait en toute hâte sur Paris.

M. de Quélen, que l'évêque, le chapitre et le clergé de Saint-Brieuc avaient chargé, il n'y avait pas même un an , d'offrir à Louis XVIII l'hommage de leur fidélité; auquel M. de Talleyrand avait confié d'abord la direction spirituelle des maisons royales placées sous sa juridiction, puis les fonctions de vicaire-général de la grande-aumônerie, fonctions en vertu desquelles, vu l'âge et les infirmités du grandaumônier, il avait eu sur tout ce qui avait rapport à la religion une influence directe et incontestable, n'hésita pas un instant sur le parti qu'il avait à adopter en présence d'événements dont il était si difficile de prévoir le terme. Il reprit le cours de ses modestes travaux, vécut dans la retraite, tout adonné aux soins d'un ministère qu'il avait quitté depuis si peu de temps, et au service des guerriers mutilés auxquels nous avons vu qu'il prodiguait, avec une abnégation et un dévoûment tout évangéliques , les consolations de la foi et les secours de la charité.

Grâce au ciel , ce temps d'épreuves ne fut pas aussi long qu'on avait pu le craindre : cent jours après, une seconde Restauration ramenait la paix et le calme: Pie YII rentrait dans la ville chrétienne, Louis XYI1I revenait à Paris , et M. de Quélen , qui avait pu se croire un instant voué pour toujours à

( 55 ) ses travaux sans pompe et sans éclat , reprenait , auprès de M. le grand-aumônier, le titre et les attributions dont il s'était naguère si généreusement dépouillé.

La situation fâcheuse et critique dans laquelle se trouvait le royaume, après de si graves conjonctures , ne permit pas de renouer immédiatement avec le Saint-Siège les négociations interrompues. La présence d'armées nombreuses , les demandes des souverains alliés , la politique extérieure, et la politique intérieure non moins embarrassante peutêtre, exigeant toute l'attention du nouveau ministère, il ne fut plus question de réunir la commission formée en 1814, puis dissoute par les événements, et l'on parut avoir renoncé, pour quelque temps du moins , à un traité que l'intérêt bien entendu de la religion avait fait désirer.

Le zèle de M. de Talleyrand, si activement secondé par M. l'abbé de Quélen , les vues qu'ils avaient conçues d'un commun accord, les projets qu'ils avaient formés, les plans qu'ils avaient adoptés, eussent été sans résultat, si la position nouvelle dans laquelle se trouvait placé le grandaumônier , et par conséquent son vicaire-général , ne lui avait permis de ne pas y renoncer entièrement.

Dès son arrivée à Paris, en 181/j., Louis XVIII avait supprimé le ministère des cultes créé par Napoléon, réuni au ministère de l'intérieur les affaires qui en dépendaient, et créé, le i5 août suivant,

(34 ) une administration générale des affaires ecclésiastiques, qui fut confiée à M. A.-J. Jourdan, conseiller d'État. Deux attributions en furent cependant spécialement distraites par une ordonnance du 24 septembre ; la présentation des sujets pour les évêchés et les titres ecclésiastiques , et la nomination aux bourses dans les séminaires, attributions réservées au grand-aumônier. Les choses restèrent en cet état jusqu'au moment où, sa santé délabrée l'obligeant à se retirer dans son pays natal, M. Jourdan exposa au roi, dans un mémoire longuement et sagement motivé, les avantages qu'il y aurait à confier la direction des affaires ecclésiastiques à un évêque, juge plus naturel et plus compétent qu'un laïque de tout ce qui tient à la religion. Cet avis était trop sage pour n'être pas favorablement accueilli par un prince éclairé; d'un autre côté, dès qu'on l'adoptait, le choix du prélat ne pouvait être douteux : M. le grand-aumônier, auquel une ordonnance du 2 janvier 1816 avait, sur sa demande, adjoint M. de La Fare . évêque de Nancy, et premier aumônier de Madame, reçut dans ses attributions, par une nouvelle ordonnance du i3 avril de la même année , tout ce qui concernait le clergé catholique, ce qui avait rapport aux protestants et aux juifs restant au ministère de l'intérieur, alors occupé par M. de Yaublanc. M. deïalleyrand entra en fonctions le ior mai, et prit presque aussitôt diverses mesures qui firent bien augurer de la agesse et du zèle qui allaient présider à la diree-

(35 ) tion des affaires religieuses ; malheureusement on ne lui permit point de continuer à faire le bien qu'il avait en vue; sur les instances de M. Laine, qui avait succédé le 7 mai à M. de Vaublanc , une ordonnance enleva , le 29 , au grand-aumônier , pour les rendre au ministre de l'intérieur, toutes les attributions autres que celles de la nomination aux évèchés et aux autres titres ecclésiastiques. Il ne fallut rien moins que l'attachement personnel du prélat pour le roi , et les instances réitérées de Sa Majesté , pour l'engager à retirer sa démission qu'il avait spontanément donnée, à renoncer à la résolution qu'il avait prise de s'éloigner entièrement des affaires , et à reprendre les fonctions qu'on avait cru devoir lui laisser. Presque aussitôt cependant , les négociations avec Rome, négociations difficiles , auxquelles il avait eu à peine le temps de songer pendant un ministère fie vingt-neuf jours, furent reprises avec activité par les soins de M. de B laças , qui avait succédé , dans l'ambassade de Rome, à M. de Pressigny , ancien évêque de Saint-Malo , appelé à siéger dans la chambre des Pairs.

De graves questions devaient être décidées : avant de rien conclure , il fallait obtenir et des archevêques et des évêques non démissionnaires après le concordat de 1801 , et de ceux institués en vertu de ce concordat, la démission de leurs sièges. Les démarches entreprises pour arriver à rebut obtinrent à peu près l'effet désiré: le i5

( 36 ) octobre , M. le grand-aumônier archevêque de Reims, ayant réuni ses collègues, leur lut une déclaration de ses sentiments, dans laquelle il exposait les motifs qui le. portaient à faciliter de tout son pouvoir un arrangement si important et si nécessaire ; la souscription de cet acte annonçait toute l'étendue de sa détermination ;il n'y prenait que le titre d'AXCiEN archevêque de Reims : cinq évêques y adhérèrent, et, comme M. de Talleyrand, ne prirent que la qualification d'anciens évêques : ce furent MAI. de Bonnac, ancien évoque d'Agen ; du Chillau, ancien évéque de Châlons-sur-Saône ; de La Fare, ancien évêque de Nancy; deCoucy, ancien évêquede La Rochelle; et de La Tour, nommé autrefois à l'évêchéde Moulins. Cette démarche si honorable ne fut que le prélude d'une autre non moins importante : le 8 novembre suivant, les mêmes prélats écrivirent au pape une lettre pleine de témoignages de dévouement, d'obéissance, d'empressement à seconder ses vues en faveur de l'Eglise de France , et ne prirent plus dès-lors que le titre d'anciens évêques, tandis que parmi les prélats institués en vertu du concordat de 1801, les uns offraient leur démission sans hésiter , les autres déclaraient qu'ils étaient disposés à faire tout ce que Sa Sainteté leur demanderait, de concert avec le roi.

Les négociations durèrent pendant tout l'hiver, et enfin , le 1 1 juin 181 7 , le concordat fut signé à Rome , entre S. E. le cardinal Consalvi, représentant le Saint-Siège, et M. le comte de Blacas, repré-

(3, ) sentant le roi de France. — Dès le lendemain , le souverain Pontife adressa aux archevêques , aux évêques et aux chapitres des sièges vacants un bref qui leur demandait de consentir à une nouvelle démarcation et à une nouvelle division des diocèses. L'unanimité la plus édifiante ayant accueilli cette demande du père commun des fidèles, le 16 juillet les ratifications du pape et du roi furent échangées; le 19, le souverain Pontife confirma cette convention par des lettres apostoliques; le 27 une huile qui commençait par ces mots, Commissa divinilùs , créa sept nouveaux archevêchés et trente-cinq évêchés, ce qui portait le nombre des sièges à quatre-vingt-douze , en prenant pour base, à quelques exceptions près, la circonscription des départements; dans un consistoire du 28 juillet, Sa Sainteté, après s'être félicitée de la conclusion des affaires de l'Eglise de France, créa cardinaux MM. de Talleyrand-Périgord , de la Luzerne et de Bausset ; le 8 août suivant le roi nomma aux sièges nouvellement créés, (1 ; et enfin le iCr octobre, le pape pourvut dans un consistoire à trente et un sièges établis ou conservés. (2) A

(1) Le? ordonnances étaient contresignées par M. Laine, ministre de l'intérieur, conformément au § 2 de l'article l" de l'ordonnance royale du 24 septembre 18 1 4 ; ce fut cependant M. le cardinal do Talleyrand qui adressa, le même jour, aux évêques et aux ecclésiastiques nommés à des sièges une circulaire qui leur faisait connaître le choix que le roi avait fait d'eux , et ce fut encore lui qui, le 25 du même mois, leur envoya le brevet de leur uomiuatiou.

(2) Voir aux pièces justificatives, U.

( 38 ) la suite des noms des évêques titulaires se trouvait celui de M. de Quélen, que Sa Sainteté, sur la proposition du roi, nommait évêque de Samosate, in partibus infidelium.

Cette nomination , qui dit plus haut et bien mieux que nous ne saurions le faire l'influence qu'eut M. de Quélen sur tout ce qui se fit alors par l'entremise de la grande-aumônerie, influence qui est restée enveloppée dans le silence d'une discrète et sage réserve , justifie à la fois et sa conduite dans cette importante affaire, et la part active que ses fonctions l'obligèrent d'y prendre, et peut-être aussi, aux yeux de nos lecteurs, les détails dans lesquels nous avons cru devoir entrer à cet égard. Ne pouvant suivre avec eux dans sa vie intime, à cette époque où de graves occupations l'absorbaient tout entier, celui que le choix du roi et la nomination du Saint-Père allaient élever à un titre épiscopal, nous avons du moins voulu leur dire à quelles affaires d'une haute gravité il se trouva mêlé par ses fonctions, et plus encore peut-être par la confiance dont le cardinal de Talleyrand ne cessait de lui donner les plus touchantes preuves. 11 est assurément assez honorable pour M. de Quélen d'avoir contribué par son active coopération à la réalisation d'un projet qui avait pour but de substituer un ordre fixe et régulier à l'état précaire où languissait l'Eglise de France, qui donnait des titulairesaux sièges trop long-temps vacants , qui en établissait d'autres, qui assurait à la religion une protection plus

( 39) éclatante, qui mettait un terme à des divisions, à des abus introduits par les derniers troubles, pour que l'historien de sa vie revendique hautement pour lui la noble part qu'il y prit, bien que dans un ordre secondaire.

Pourquoi ce traité si solennellement conclu futil sitôt abandonné? Pourquoi le ministre qui avait tout suivi, tout vu, qui avait même signé les ordonnances de nomination des nouveaux évoques, s'alarma-t-il de quelques propos qu'on faisait peutêtre circuler à dessein ? Comment un gouvernement sage et ferme s'inquiéta-t-il de vaines et ridicules clameurs qui l'accusaient de nous ramener au xvie siècle, de courber de nouveau la France sous le joug sacerdotal? c'est ce que l'avenir va nous dévoiler, sans doute. iVeût-onpas dû se rappeler que Bonaparte, après avoir conclu le concordat de 1801, sut imposer silence à ceux qui le blâmaient? Cependant un pareil traité était bien plus étonnant à cette époque. Mais une volonté ferme et décidée applanit bien des obstacles, tandis que la faiblesse et l'irrésolution les multiplie.

Quoi qu'il en soit des motifs qui dirigèrent alors les dépositaires du pouvoir, nous retrouverons bientôt l'évèque de Samosate occupé des mêmes négociations auxquelles avait participé l'abbé de. Quélen .

Depuis sa nomination à l'évêché «le Saniosate, en

1$1 ï\ jusqu'à sa nomination a l'archevêché

de Trajanople, en 1 *»!!►.

Le 28 octobre 1817, l'ancienne église des Carmes (rue de Vaugirard, à Paris) voyait se presser dans son étroite enceinte doublement consacrée, par les bénédictions canoniques et les sacrifices de l'autel, et par la mort des martyrs, une foule silencieuse et saintement recueillie. Aux souvenirs d'un passé douloureux dont tous les cœurs étaient émus, se mêlaient de consolantes espérances pour l'avenir. L'Église, sortie glorieuse et triomphante, comme toujours, des épreuves si longues qu'elle avait eues à traverser, des combats si nombreux qu'elle avait eus à soutenir, invitait en ce moment les fidèles au premier sacre d'évêque célébré depuis la Restauration ; et c'était dans le lieu même témoin de la mort sanglante de tant de saints pontifes et de saints

prêtres , c'était tout à côté de la pierre qui porte encore les traces du sang répandu par eux pour la foi, que cette auguste cérémonie allait avoir lieu, en présence d'un cardinal, M. de La Luzerne, d'un grand nombre d'évêques, d'ecclésiastiques, de personnes de la plus haute distinction , de la famille du pontife élu , et de celle de M. le cardinal de Talleyrand, empêché par une grave indisposition de venir consacrer lui-même celui qu'il devait choisir dans peu de temps pour son collègue, son collaborateur et son successeur.

L'éclat de cette cérémonie, toujours si imposante et si belle, était encore rehaussé par la noble dignité et la piété fervente de M. de Quélen, prélat consacré, qui venait de se préparer par la retraite à cette grande action de sa vie, et qui, dit à cette époque un journal que nous nous ferons u n plaisir de citer souvent, « absorbé dans la pensée des grâces et des devoirs de son ministère, semblait ne rien voir de ce qui se passait auprès de lui. » Le prélat consécrateur qui voulut bien remplacer M. le cardinal de Talleyrand, était M. de Pressigny, ancien ambassadeur à Rome, et alors archevêque de Besançon; M. de Coucy, archevêque de Reims, et M. de Latil, alors évêque de Chartres, et qui devait lui succéder sur le siège de Saint-Remi , étaient assistants.

Rien ne faisait encore soupçonner alors les difficultés dans lesquelles l'épiscopat français allait bientôt se trouver engagé : tout, au contraire, semblait

annoncer que l'exécution du concordat ne rencontrerait partout que des esprits empressés à en reconnaître l'incontestable utilité. M. de Quélen , un des prélats institués dans le consistoire du icr octobre, venait d'être sacré; les archevêques nommés le même jour avaient reçu le pullium du souverain Pontife, et, le 5 novembre suivant, le roi lui-même parlait aux chambres en ces termes dans le discours d'ouverture de la session législative : « Le traité avec «< le Saint-Siège , que je vous ai annoncé l'année « dernière, a été conclu. J'ai chargé mes ministres, « en vous le communiquant, de vous présenter un « projet de loi nécessaire pour donner la sanction « législative à celles de ses dispositions qui en sont t susceptibles, et pour les mettre en harmonie avec « la Charte, les lois du royaume et les libertés de « l'Eglise gallicane. »

Passage auquel la Chambre des pairs répondait dans son adresse, « qu'il était juste qu'en remon- « tant sur son trône l'héritier des premiers rois i chrétiens s'empressât de rétablir avec le Saint- « Siège des rapports impérieusement sollicités par « la religion, et dont la politique même devait recon- « naître l'utilité, puisqu'ils prévenaient les troubles « en maintenant la paix des consciences. »

Et la Chambre des députés , * qu'elle avait con- « stamment partagé le zèle de S. M. pour la res- « tauration de l'Eglise de France ; que déjà, dans i ses précédentes sessions , elle avait subvenu à ses « pressants besoins pur des secours dont la sage ré-

(43 ) « partition devait procurer une convenable exis- « tence à ses ministres ; que les lois nouvelles que « S. M. annonçait, fondées sur la Charte, sur les * lois actuelles du royaume et sur nos antiques « libertés, établiraient une harmonie durable entre « l'Église et l'Etat; que, sous leur protection et sous t l'autorité d'un roi pieux et éclairé, le clergé fran- « çais se montrerait, comme aux plus belles époques « de notre histoire, le défenseur de nos lois et de « nos libertés; et que par l'heureux accord de la « sainteté et de la science, des lumières et d'une a haute piété, il serait encore l'honneur de la France « et l'admiration de la chrétienté. »

La rédaction du projet de loi solennellement annoncé dans le discours de la couronne occupa plusieurs séances du conseil des ministres , séances auxquelles furent convoqués M. le chancelier de France, président de la Chambre des pairs, M. Ferrand, M. Portalis, M. Beugnot, M. C. Jordan, et un seul évêque, M. le cardinal de La Luzerne, qui encore ne connut le projet adopté que par une lecture rapide, et qui crut devoir, quelques jours après, soumettre au roises Observations sur la marche suivie dans l'affaire du concordat. (Paris, i 81 8,in-8°. )

Le 22 novembre, M. Laine, ministre de l'intérieur, porta à la Chambre des députés ce projet de loi en onze articles, le concordat, les bulles, insista sur la nécessité d'augmenter le nombre des sièges, sur les avantages d'un épiscopal nombreux, et réfuta par avance les objections qu'on allait bientôt

voir s'élever. — Le 29, la Chambre se réunit dans ses bureaux pour examiner le projet, et nomma, suivant l'usage, une commission de neuf membres (un par bureau) chargée de faire un rapport sur ce projet. (1)

Presque aussitôt on vit paraître une foule de brochures qui se succédèrent avec une incroyable rapidité, et dont le but ne pouvait être douteux. (2) On voulait égarer l'opinion publique, et empêcher ainsi l'exécution d'une mesure qui blessait les hommes de parti ligués contre le concordat. Incrédules, jansénistes, dissidents, constitutionnels, gens simples, indifférents, crédules ou frivoles criaient tous de concert, et répétaient à l'envi les objections soulevées dans ces publications.

Le ministère recula devant ce simulacre d'opinion publique: il jugea respectables les alarmes de ceux qui feignaient d'en avoir, et ne compta pour rien les craintes trop fondées des véritables amis de la religion ; comme si le concordat n'était pas fait pour les vrais catholiques, et non pas seulement pour des hommes qui, ne pratiquant point la religion, avaient peu d'intérêt à l'adoption de celte sage mesure! Oubliant tout-à-coup ce qu'il avait dit dans son discours du 22 novembre sur

(») Elle était composée de MM. de Trinquelaguc, Rivière, Itarcl de Brétlzcl , Voisin de Gartcmpe, Despatys, le comte de Marcellus , Vernheil de Puyrazcau, Froc de la Boulayc, et Jolivet.

(2) Voir aux pièces justificatives , C.

les avantages religieux et politiques du concordat, le ministre de l'intérieur ne chercha pas plus que ses collègues à exercer de l'influence sur l'esprit des députés, dont, en d'autres circonstances, il savait fort bien diriger les votes. Des difficultés imprévues semblaient avoir surgi tout-àcoup contre l'exécution d'un traité qu'ils avaient dicté, que le roi avait revêtu de sa signature, et qui avait déjà reçu, de sa part et de la leur, un commencement d'exécution. Dès-lors, au lieu de presser les séances de la commission, on les ajourna; on proposa des amendements au projet de loi, on parla de la nécessité de défendre les libertés de l'Église gallicane contre les entreprises de la cour de Rome, qui, certes, ne les attaquait en rien dans le concordat de 1817, fort innocent , selon l'expression de M. de Pradt lui-même. Le ministère, dont plusieurs membres avaient assisté, en janvier 1818, à quelques séances de la commission, demanda qu'on lui laissât le temps d'envoyer à Rome ; car il avait découvert que la création d'un nombre d'évêchés supérieur de six à celui des départements nuisait à l'économie du régime constitutionnel, et il voulait maintenant ramener les circonscriptions ecclésiastiques aux divisions départementales ; il sollicita donc du Saint-Siège la suppression de quatorze des diocèses créés; de nouvelles négociations furent entamées avec la cour pontificale ; et, comme le pape déî>ira connaître l'avis des évoques, si complètement laissés à l'écart depuis le com-

mencemeiït de ces pénibles discussions qu'on eût dit cette affaire sans intérêt pour eux, il fallut les consulter.

Nous allons trouver ici M. de Quéien agissant nonseulement comme vicaire-général de la grande-aumônerie, où il avait conservé son titre et ses fonctions , mais comme le seul des évoques nommés en vertu du concordat même dont on demandait l'abolition , qui eût reçu ses bulles et qui eût été sacré.

Le 12 mars 1818, M. le duc de Richelieu, ministre des affaires étrangères, et M. Laine, ministre de l'intérieur et des cultes, se rendirent à la première réunion d evêques convoquée Ghez M. le cardinal de Bausset (1), et proposèrent ces deux questions :

i° Au lieu de l'article 5 dn projet de loi qui érigeait des sièges nouveaux, ne serait-il pas à propos de mettre que le nombre des évèchés ne pourra excéder celui des départements, et régler la nouvelle circonscription de manière à ce qu'il n'y eût qu'un évêque par département?

20 Faut-il se borner à établir le vœu des chambres pour une nouvelle circonscription sur cette

(1 Elle était composée tic MM. les cardinaux de Tallcyrand. de La Luzerne, de bausset, et de MM de Bernis, ancien archevêque d'Alby; du (liillau, archevêque de Tours -, de Prcssigny , archevêque de Besançon ; de Coucy , archevêque de Reims; de Clcruiont-Tonncrre, ancien évêque de Chaion«-sur-Marne , et de Quéien , évoque de Samosate.

(47 ) base , et se servir de ce voeu afin d'obtenir le plus promptement possible une nouvelle circonscription ?

Les deux ministres s étant retirés, on allait commencer à délibérer; mais voulant donner plus de poids et plus d'autorité à leur réponse, les évèques présents crurent devoir consulter tous leurs collègues qui se trouvaient à Paris. — Une nouvelle assemblée fut donc convoquée pour le lendemain , i5, chez M. de Talleyrand, aux Tuileries, qu'il habitait toujours comme grand-aumônier. (1) Son Eminence ouvrit la séance par un exposé rapide de ce qui s'était passé relativement au concordat , des démarches qu'elle avait faites , des lettres et mémoires qu'elle avait présentés au roi , insistant particulièrement, dit- on, sur ce qu'elle était restée étrangère aux nouvelles négociations, et qu'elle n'avait eu, entre autres, aucune part à la circonscription nouvellement adoptée , circonscription basée sur la division par départements, et contraire au premier projet, qui cherchait à se rapprocher

(1) A cette seconde assemblée furent présents, outre les prél.ils qui composaient celle de la veille, que nous venons de nommer, et qui s'y rendirent tous à l'exception de M. Je cardinal de Bausset, retenu chez lui par une indisposition : MM. de La Fare , archevêque de Sens ; de Bovet, archevêque de Toulouse ; de Beaulieu . archevêque d'Arles • de Boulogne, archevêque de Vienne ; de Chabot» ancien évêqnc de Mendc ; Mannav, ancien évêque de Trêves, nommé à Auxerre ; de Satomon , é\èque aÔrtbosie ra partibus , nommé à Belley ; de Latil, éVêqtre (FAttiyclée in parlibus, nommé à Chartres; et de La Tour , nommé à Bourges, le seul qui île fui pas sacré.

le plus possible de l'ancienne démarcation des diocèses.

Après cet exposé, la discussion s'étant ouverte sur les deux questions proposées parle ministère, la déclaration suivante fut adoptée à l'unanimité , et remise le lendemain aux ministres , mais sans signatures , comme la note de ceux-ci :

« Les cardinaux , archevêques et évêques , con- « voqués par ordre du roi , à l'effet d'examiner ce « qu'il convient de faire pour procéder à la nou- « velle circonscription des diocèses de l'Eglise de « France et à la réduction des archevêchés au « nombre actuel des départements , de telle sorte « qu'il ne puisse y avoir qu'un seul archevêché ou « évêché par département , estiment :

« i° Qu'il n'y a qu'à gémir sur cette proposition, « parce qu'elle est préjudiciable au bien de la re- « ligion et de l'Église;

« 2° Que si , cependant , cette réduction , telle « qu'elle est demandée, devient rigoureusement né- « cessaire pour le rétablissement de l'Eglise de France, « elle peut être absolument opérée ;

« 3° Qu'une circonscription ayant déjà été réglée « entre le pape et le roi , les évêques s'en rappor- « tent entièrement à la haute sagesse du souverain « Pontife et de Sa Majesté pour l'opérer selon les « formes canoniques.

« N'entendant, les cardinaux, archevêques et t évêques , rien préjuger de la volonté du souve- « rain Pontife à l'égard d'une nouvelle circons-

(49) « cription, ni approuver aucun des articles de loi « qui pourraient être contraires à la doctrine et « aux lois de l'Église, se réservant de demander au « roi la permission de lui présenter les observa- « tionsdont ces articles peuvent être susceptibles.»

Il était dificile de faire une réponse plus respectueuse, plus digne et plus ferme à-la-fois : il paraît cependant qu'elle ne remplit pas l'attente du ministère, bien que les évêques ne s'opposassent point à la réduction projetée ; car ils n'en donnèrent qu'une connaissance vague à la commission de la Chambre, à laquelle ils assuraient que tout était convenu d'un commun accord; et quand un membre de cette même commission, à qui elle fut communiquée, en eut exposé le vrai sens et le contenu, les réunions furent suspendues, le concordat abandonné, et la Chambre se sépara le 16 mai, sans s'en être occupée.

Nous ne pouvons passer sous silence, bien qu'elle ne se lie que d'une manière indirecte à l'histoire que nous écrivons, une circonstance grave qui fournit, sinon du motif, du moins un prétexte de plus à cette rupture.

Désirant s'éclairer des lumières qui ne sauraient égarer, un député, chrétien aussi consciencieux que sujet fidèle, M. le comte de Marcellus, membre de la commission nommée par la Chambre pour examiner la loi relative au concordat, avait écrit au pape pour lui exposer ses inquiétudes, ses scrupules, et solliciter de Sa Sainteté quelques con-

Irc PARTIE. '1

( 5o) seils sur ia conduite qu'il devait tenir dans une circonstance si difficile. — Le 20 février, le Saint- Père lui répondit par un bref (i) qui lui arriva la veille de la dernière séance de la commission. Il n'en fit d'abord usage que pour lui-même, après l'avoir communiqué seulement à M. le cardinal de Tallcyrand, en le priant de le transmettre au roi, auquel il ne devait pas cacher cette démarche; mais bientôi, des copies inexactes en ayant été publiées, il se crut d'autant plus obligé de le faire connaître d'une manière plus précise, que cette réponse du chef visible de l'Eglise pouvait être nécessaire pour éclairer les fidèles.

On se ferait difficilement une idée de l'i réprobation que souleva parmi les adversaires du concordat une démarche si naturelle et si simple. Peu s'en fallut qu'après avoir accusé le député religieux d'être un homme d'un autre temps; qu'après avoir blâmé la prétendue petitesse de ses vues; qu'après lui avoir reproché de manquer à nos libertés, d'offenser l'ancienne jurisprudence des parlements, on ne le traduisît devant les tribunaux comme ayant encouru la peine d'un mois à deux ans de prison et de 100 à 5oo francs d'amende, prononcée par l'article 207 du Code pénal conire « tout ministre • d'un culte (et non pas contre toute personne) qui « aura , sur des questions ou matières religieuses , « entretenu une correspondance avec une cour ou

(1) Vo Ur M£ pièce» juslificnlivrs l).~

( 5i j « une puissance étrangère, sans en avoir préalable- « ment informé le minisire du roi chargé de la « surveillance des cultes, et sans avoir obtenu son « autorisation. » — Singulière manière d'expliquer la loi, d'entendre la liberté de conscience et d'en appliquer les principes si vantés !

La publication de ce bref eut du moins un double avantage : elle mit un terme aux incertitudes de ceux qui pouvaient en conserver encore, en même temps que le langage de Sa Sainteté justifia complètement la conduite de l'épiscopat et l'opposition des hommes de bien aux nouvelles mesures proposées.

Le silence gardé dès-lors par le pouvoir sur l'exécution ou la non-exécution du concordat trompa cruellement la longue attente des catholiques ; ces diocèses qui s'étaient flattés de renaître; ces villes qui s'étaient félicitées de recouvrer leurs anciens sièges, tant de troupeaux privés de pasteurs virent s'évanouir leurs espérances: on se trouvait dans la position la plus singulière, entre deux concordats, l'un aboli , l'autre conclu et non exécuté. Des évêques avaient donné leur démission de leurs anciens sièges , et ne pouvaient prendre possession des nouveaux ; des bulles restaient comme suspendues entre les mains des ministres; les pat liinns envoyés aux nouveaux archevêques ne servaient plus qu'à attester l'empressement du souverain Pontife à pourvoir aux besoins de l'Eglise de France; l'état des membres du clergé désignés pour des sièges était fort pénible; l'Ami de la lie-

( 52 ) ligion l'exposait on des termes malheureusement trop exacts : (1) «Les ecclésiastiques nommés à des évêchés , qu'on avait appelés à Paris en toute hâte, et arrachés à leurs occupations et à leurs habitudes , se trouvaient dans une position embarrassante et précaire : on leur accorda un faible dédommagement en leur faisant payer une somme de 5,ooo francs, sur laquelle on déduisit le traitement dont ils pouvaient jouir d'ailleurs. Cette indemnité était d'autant plus nécessaire à plusieurs d'entre eux, qu'ils avaient déjà fait des avances pour des objets nécessaires à leur nouvelle dignité , et que la plupart n'étaient pas riches. Un d'eux, M. Pradelle , promu à l'évêché de Bayeux , était mort le 2 avril sans laisser de quoi faire les frais de ses funérailles; d'autres avaient vendu leurs meubles, et quelques évoques qui se trouvaient transférés à d'autres sièges avaient envoyé leurs effets dans les nouvelles résidences qu'on leur avait assignées. » Il fallait cependant mettre un terme à cet état de choses, qui ne pouvait se prolonger sans avoir pour l'Eglise de France les plus graves inconvénients. M. Porlalis, fils du ministre des cultes de INapoléon, un des commissaires nommés pour défendre le projet de loi présenté le 22 novembre, et qui, en cette qualité, avait constamment accompagné les ministres aux séances de la commission, était parti le 18 mai ( 1818) pour Rome ,

(1) Tome XXII. i>. 20.

( 53 ) afin de nouer de nouvelles négociations ; il arriva le 18 juin, et fut présenté à Sa Sainteté le 24» par M. le comte de Blacas. Mais le ministère ne faisant rien connaître de l'objet précis et du résultat de ses démarches; les représentations que M. le cardinal de Talleyrand avait faites au roi , les mémoires qu'il lui avait remis, et dans lesquels il parlait à Sa Majesté avec une liberté et une franchise qu'autorisait son long dévouement, et, on peut le dire aussi, la vieille et constante amitié de ce prince pour lui, n'ayant produit aucun effet, MM. les cardinaux de Talleyrand, de La Luzerne et de Bausset, trentedeux archevêques ou évêques, sacrés, institués ou simplement nommés , alors présents à Paris , et au nombre desquels se trouvait M. de Quélen , signèrent tous une lettre au roi , rédigée , dit-on , par M. le cardinal de La Luzerne, et dans laquelle ils demandaient humblement à Sa Majesté l'exécution du concordat , après lui avoir montré qu'aucune difficulté insurmontable à la puissance royale ne s'opposait à son exécution. (1)

Cette démarche ne produisit pas l'effet désiré, et jusqu'à la fin de novembre aucune nouvelle ouverture officielle ne fut faite au prélat que son âge et ses titres de cardinal, de grand-aumônier et d'archevêque nommé de Paris , plaçaient à la tête du clergé de France. (2) M. le duc de Richelieu, étant

(1) Voir aux pièces justiGcatives, E.

(2) Nous uc parlerons ici que pour mémoire d'uu bref qui lut

revenu le 28 du congrès d'Aix-la-Chapelle , écrivit dès le 00 à M. de Talleyrand pour lui communiquer un projet bien différent de celui proposé dans la réunion des évoques, le 1 2 mars précédent, et discuté dans celle du i5. Il n'était plus seulement question de la réduction de quatorze sièges ; on renonçait entièrement au concordat, dont on prétendait l'exécution impossible, et on revenait aux cinquante diocèses qui existaient en vertu de celui de 1801. — Nouveau mémoire au roi, dans lequel M. de Talleyrand exposa , le 5 décembre, toutes les difficultés que soulevait ce malheureux projet ; mais un changement de ministère ayant eu lieu le 29 du même mois , et la politique, les chambres et le budjet occupant exclusivement les membres du cabinet , dans lequel M. Decazes représentait seul le précédent, tout fut ajourné, pour n'être repris qu'au mois d'avril suivant, 1819. M. Decazes ayant pris alors le portefeuille de l'intérieur et s étant concerté avec M. le grand-aumônier , quelques évêques furent convoqués par le roi chez Son Eminence pour délibérer sur les propositions du gouvernement.

adressé, le 10 décembre, par le Pape, aux évoques pour leur demauder leur avis .sur les propositions faites à Sa Sainteté de la part du gouvernement, cette pièce n'étant jamais sortie des carions du ministère ; et d'une démarche faite , dans le commencement de novembre, par M. Laine auprès de M. de Talleyraud, qui répondit à ses ouvertures fort vagues qu'il ne pouvait rien taire saus avoir consulté ses collègues.

A la première séance, qui eut lieu le 10 mai, chez M. de Talleyrand, aux Tuileries (1), M. le a.inislre de l'intérieur exposa ses vues, qui consistaient à ne pourvoir qu'aux sièges vacants d'après la circonscription arrêtée par le concordat de 1801, le nouveau ministère persistant à juger, comme l'ancien, les obstacles qui s'opposaient à l'exécution du concordat de 1817 ^insurmontables; seulement, Son Excellence laissa entrevoir la possibilité de rétablir successivement ceux des anciens sièges qui seraient jugés les plus nécessaires.

Quand le ministre se fut retiré, M. de Talleyrand ayant fait un rapport détaillé sur tout ce qui s'était passé depuis le mois de mars 1818, les prélats délibérèrent et arrêtèrent :

i° De demander la communication d'un bref du 10 octobre précédent, dont on ne leur avait point donné connaissance;

2° De consulter leurs collègues qui se trouvaient à Paris, afin que l'avis qui serait adopté fut celui d'un grand nombre d'évèques.

En conséquence de cette délibération, M. le cardinal de Talleyrand réunit le lendemain chez lui tous les évèques qui n'y étaient pas la veille, et qui

(1) Tnizc évèques; avalèrent : MM. les cardiuaux de Talleyrand de La Luzerne et de Uausset ; MM. de l'n 's.-igny , de Bovel , lionrlier. M.mnay , Jaullret, de Latil , de QueUn , tous sacrés; et MM. de La Tour, de Loslan^es et du CliaUllin. nommé» à Lourdes ;» l'éri^ueux et à Laon.

( 56 ) s'y rendirent au nombre de vingt-cinq, savoir : sept évêques anciens ou nouveaux, quatorze institués le 1er octobre 1817, mais non sacrés, et quatre nommés depuis lors, mais non encore institués. — Leur avis fut le même que celui de leurs collègues : quelque douleur qu'ils éprouvassent de la non-exécution d'un traité si long-temps médité, si solennellement conclu, ils s'en rapportèrent à la sagesse du pape, qui déciderait ce que sembleraient exiger les circonstances, et se montrèrent personnellement disposés à faire tous les sacrifices qu'exigerait le bien de la religion. — On décida qu'une lettre collective serait écrite dans ce sens au souverain pontife ; mais quoiqu'un tel refus dût paraître aussi étrange en lui-même que peu convenable à l'égard et du Saint-Siège et du corps épiscopal , on ne put obtenir du ministre la communication du bref du 1 o octobre. La translation solennelle des reliques de saint Denis, à laquelle officia M. de Quélen, ayant réuni de nouveau les prélats le 26, ils profitèrent de cette circonstance pour délibérer, à l'issue de la cérémonie, sur les affaires de l'Église. Un projet de lettre au Pape fut lu dans cette réunion de quatorze évêques sacrés et de vingt institués ou nommés, (1)

(l) Les archevêques et évêques sacrés étaient : MM. le cardinal de TalJcyrand-F'crigord , archevêque de Paris; de La Fare , archevêque de Sens; de Coucy, archevêque de Reims; duChilleau, archevêque de Tours ; de Bovct , archevêque de Toulouse ; de Beaulicu , archevêque d'Arles ; de Clennont-Tonnerre, ancien évêque de Chàlons-sur- Marne: de Latil, évêque de Chartres; Manuay, ancien évêque de Trè-

puis remis à plusieurs d'entre eux chargés de l'examiner et de le revoir. — Les jours suivants, la lettre adoptée par cette commission fut discutée d'abord entre les treize prélats convoqués en premier lieu par les ordres du roi, ensuite par leurs collègues, enfin signée le 3o, jour de la Pentecôte, par quarante évoques, auxquels il faut joindre vingt évêques alors dans leurs diocèses, et dix-sept évoques nommés, qui y donnèrent leur adhésion ; en tout par soixante-dix-sept prélats. (1) 11 est impossible de montrer pour les intérêts de l'Eglise un dévouement plus absolu, pour le souverain Pontife une soumission plus fdiale, pour le roi un respect plus profond que ne le firent les évêques dans cette lettre, qui doit rester comme un des plus beaux monuments de l'histoire de la religion parmi nous. — Elle fut envoyée au Pape, accompagnée d'une lettre du roi.

ves; de Broglie, évêque de Gand ; Jauffret, évêque de Metz ; Salamon, évêque d'Orthosie in partibus, nommé à Belley; de Quélen, évêque de Samosate in partibus.

Les évêques nommés ou institués : MM. de La Tour, élu archevêque de Bourges ; de Boisville, élu évêque de Blois; de Bombelles, élupour Amiens; de La Myre , pour Troyes; de Fontenay , pour Nevers : de Vichy, pour Soissons; du Châtellier, pour Laon; de La Châtre, pour Beauvais; d'Andigné, pour TNantes; de Chabons , pour le Puy ; de La Lande, pour Rodez: de Bouille, pour Poitiers; de Lostanges, pour Périgueux : de Pins, pour Béziers; de Villèle, pour Verdun; de Montblanc , pour Saint-Diez; d'Astros , pour Orange; de Maillan , pour Saint-Flour ; de Sagey, pour Saint-Claude ; et Dubois, pour Aire.

(1) Voir aux pièces justificatives, F.

Peu satisfaits encore de cette démarche, et ne voulant pas qu'il pût être dit qu'ils avaient négligé aucun des moyens propres à atteindre le but qu'ils se proposaient, les mêmes évêques (1) crurent devoir écrire au roi, le i5 du mois suivant, pour, après l'avoir remercié des dons faits par Sa Majesté à l'église Saint-Denis, et de la pompe ordonnée par elle à l'occasion de la translation des reliques du saint évêque de Paris, lui exposer leurs alarmes et leurs vœux pour l'état de l'Église, et lui témoigner surtout leur douleur de voir la religion exclue de nos lois par l'adoption d'un projet de loi dans lequel on avait refusé de comprendre les outrages commis contre elle.

Tout resta dans une pénible incertitude jusqu'au 5 septembre; on ajyprit ce jour-là que, cédant à la considération de la détresse des finances de la France, le pape consentait à suspendre, provisoin nu nt , l'exécution de la dernière bulle de circonscription des diocèses, à supprimer quelques sièges dans le nombre des quatre-vingt-douze établis par suite du concordat de 1817 , et à adopter une division nouvelle. C'était dans un consistoire tenu le 25 août que Sa Sainteté avait fait connaître ses intentions au sacré Collège par une allocu-

(1) A l'exception de MM. de Beauliu, Jauffret, dcl'ontt n i\ , de Vichy et de Maillan, qui étaient partis de Paris dans L'intervalle des deux lettres ; d'un autre cote, M. de Girac , ancien évêque de li< unes, et M. de La Brunière, nommé à l'évêohé de Pamiers, qui n'avaient pu signer celle du 5o mai, apposèrent leur signature à celle-ci.

( 59) tion toute paternelle. Déjà le 19, elle avait répondu à la lettre des prélats français par un bref, (1) qui fut lu dans une réunion convoquée ad hoc, le 10 septembre, chez M. le cardinal deTalleyrand, et dans laquelle fut adoptée la déclaration suivante : « Nous soussignés , archevêques et évèques , après avoir lu avec la plus scrupuleuse attention le bref de Notre Très-Saint Père le pape Pie VII , à nous adressé en réponse à la lettre que nous avions écrite à Sa Sainteté le jour de la Pentecôte, 5o mai 1819 , et par laquelle nous l'avions prié de se rendre , dans les difficiles circonstances où nous nous trouvions , l'arbitre , le conciliateur et le médiateur que nous avions choisi, auquel nous nous étions confiés, et dont l'avis, la décision et le jugement devaient faire notre force , notre sûreté et notre consolation ; gémissant sur le malheureux état où se trouve l'Eglise de France par la viduité d'un grand nombre de sièges , sur les retards qu'ont éprouvés jusqu'à ce jour la publication et l'exécution des conventions passées en 1817 entre le souverain Pontife et le roi Très- Chrétien; désirant pourvoir au salut des fidèles , et , autant qu'il est possible, écarter tout prétexte de rompre l'unité catholique ; nous confiant en la parole royale de Sa Majesté; concevant de son amour pour la religion l'espoir d'un prompt et meilleur avenir , qui doit résulter de l'état stable

(l) Voir aux pièces justificatives. G.

(6o) et défini lif promis d'une manière positive et solennelle ; le saint nom de Dieu invoqué , avons unanimement résolu d'adhérer, comme nous déclarons adhérer pleinement aux mesures provisoires que Sa Sainteté a cru devoir être adoptées, et quelle nous a fait connaître par sa lettre devoir bientôt adopter, pour apporter quelque remède temporaire aux maux pressants de l'Eglise de France. C'est pourquoi nous invitons et conjurons , en Notre-Seigneur Jésus-Christ , le clergé et les fidèles des diocèses de France, de demeurer, à notre exemple, étroitement unis sous cette règle provisoire de discipline , les avertissant qu'ils ne pourraient s'en écarter, pour quelque cause que ce soit , sans rompre les liens de l'unité et sans abandonner la voie du salut. » (1)

Ainsi furent terminées ces négociations importantes : M. de Talleyrand prit possession de son siège le 8 octobre, et bientôt les évèqucs nommés et institués furent sacrés.

(1) Cette déclaration, datée du i3 septembre 1819 , fut signée par MM. les cardinaux de Talleyrand, de la Luzerne et de Bausset, et par MM. de Bcrnis, ancien archevêque d'Albi, nommé à l'archevêché de Rouen; du Chilleau, archevêque de Tours; de Pressigny. archevêque de Besançon; de La Fare, archevêque de Sens; de Bovet , archevêque de Toulouse; de Coucy, archevéquede Reims; deBeaulieu, archevêque d'Arles; de Boulogne, archevêque de Vienne; de Bonnac , ancien évêque d'Agen ; de ClermontTouncrre, ancien évêque de Chàlous-sur-Marue ; Mannay, ancien évêque de Trêves, nomme à Auxerre; de .Salamou, nommé à Bellcy; de Latil, évêque de Chartres;

(6, ) Nous avons dit assez longuement quelle fut à cette époque la conduite de l'épiscopat français , pour être obligés peut-être de justifier cette excursion dans le domaine de l'histoire générale de la religion en France au moment de la Restauration. Peu de mots suffiront à cet objet. — A Dieu ne plaise que, pour rehausser le mérite du pontife dont nous écrivons la vie toute apostolique , nous ayons jamais la pensée de méconnaître ni les vertus , ni les talents du prince de l'Eglise qui l'associa aux travaux nombreux de ses éminentes fonctions et de son double titre d'archevêque de Paris et de grand-aumônier ; nous devons le dire, cependant, l'âge de M. le cardinal de Talleyrand, tout en lui laissant la liberté de son esprit, n'avait pas égalelement respecté ses facultés corporelles , et s'il était encore la tête qui dirige, il avait besoin d'un bras pour agir. De là cette part si grande que prit M. de Quélen à toutes les affaires de l'Eglise de France à cette époque; de là son active influence

de Quélen, évêque de Samosate ; de La Tour, archevêque de Bourges; de Chabons, évêque du Puy; de Bombelies, évêque d'Amiens; de Pins, évêque de Béziers -, de La Châtre, évêque de Beauvais; dAiuligné, évêque de Mantes; de Fontenay , évêque de iNevers ; d'Aslros, évêque d'Orange ; de Lostanges , évêque de Périgueux ; de Bouille , évêque de Poitiers; de La Lande, évêque de Rodez: Saussol, évêque de Séez ; de Vichy, évêque dAutun; de Moutblanc, évêque de Saint- Diez ; de La Myre, évêque de Troyes ; de Villèle, évêque de Verdun ; Dubois, évêque d'Aire; de Cosnac , évêque de Mcaux ; de Sagey , évêque de Saint-Claude; de Neirac, évêque de Tarlx s.

( 62 ) et ces travaux poursuivis avec tant de zèle que nous verrons plus tard sa santé gravement altérée par suite de l'excessive fatigue qu'il en éprouva. En fallait-il davantage pour nous engager à entrer dans quelques détails sur ces négociations si délicates et si graves relatives au concordat de 1817, sur ces choix si excellents qui furent son ouvrage, sur ces réunions auxquelles il assista , sur ces lettres et sur cette déclaration qu'il signa comme les autres prélats et avec eux , mais auxquelles il prit une part bien plus réelle que ne sembleraient l'indiquer, si nous n'insistions pas sur ce point, et sa jeunesse et sa récente promotion à 1 episcopat. Nous pouvons le dire aujourd'hui , il fut l'âme de toutes ces réunions d'évêques, qui le chargeaient presque toujours de la rédaction des actes les plus importants, tant était grande déjà la confiance qu'ils avaient en leur jeune collègue.

Malgré cette abondance d'occupations qui eût amplement suffi au zèle de tout autre, celui de M. de Quélen, peu satisfait encore, cherchait de nouvelles occasions de se déployer. Nous l'avons vu déjà monter dans nos chaires pour y annoncer la parole de Dieu; peu de circonstances lui furent offertes d'évangéliser les fidèles sans qu'il en profitât avec empressement. — Ainsi, le 7 mai 1818, à l'installation des frères des écoles chrétiennes de la paroisse Notre-Dame, il prêcha sur la miséricorde;— le 2 .'| du même mois, il adressa une touchante exhortation, à l'École militaire, à des soldais

( 63 ) auxquels il fit faire la première communion et donna la confirmation ; — le 6 mars suivant , il fit, à Saint-Yincent-de-Paule , un sermon de charité sur le bonheur du ciel, sujet difficile, qu'il traitât avec beaucoup de talent et de succès ; — enfin, le 5o du même mois, il célébra dans l'église des Carmes les vertus, les services, le zèle sacerdotal et les œuvres nombreuses fondées par M. l'abbé Lcgris- Duval. Si nous ajoutons à ces travaux , et à ceux que lui imposait la charge de gouverneur et d'adminislraleur-général des Quinze- Vingts, les pieuses cérémonies auxquelles il présidait, et qui, presque chaque jour, l'appelaient, déjà à celte époque, dans quelques-unes de nos églises, nous pourrons nous former une idée à peu près exacte de cette vie toute épiscopale et exclusivement consacrée à la gloire de Dieu.

Depuis sa nomination à l'archevêché «le lia-

janople, en 181©, jusqu'à son arênement à

l'archevêché «ls Paris, en i*»*ïl.

Quand il eut pris possession du siège archiépiscopal de Paris, le vénérable cardinal deTalleyrand- Périgord ne tarda pas à sentir de quelle utilité serait pour lui, dans l'exercice des fonctions épiscopales et dans l'administration de cet important diocèse, un collaborateur actif et zélé sur lequel il pût se reposer d'une partie des charges nombreuses qu'il reconnaissait au-dessus de ses forces. Son choix ne pouvait être douteux. Celui qui depuis plusieurs années avait partagé sa sollicitude, celuilà devait naturellementêtre appelé à partager avec lui ses nouvelles obligations, et à recueillir plus tard son héritage. On fut donc peu étonné quand une ordonnance royale du 2-[ septembre 1819, rendue

•(65) sur la présentation de Son Eminence M. le cardinal de Talleyrand, nomma coadjuteur de Paris, avec future succession, M. de Quélen, évêquedeSamosale, et quand, dans un consistoire du 17 décembre, Sa Sainteté, par une bienveillance à laquelle l'archevêque de Paris n'était pas étranger , le promut à l'archevêché de Trajanople, titre qu'avait eu autrefois M. de Talleyrand lui-même lorsqu'il était coadjuteur de Reims , et qu'il avait porté depuis 1766 jusqu'en 1777. (1) Le 7 février suivant, le nouvel archevêque-coadjuteur prêta serment en cette qualité entre les mains du roi, et le 12 il fut installé à Notre-Dame par Son Eminence, en présence de M. le cardinal de La Luzerne, de M. l'archevêque de Nisibe, nonce de Sa Sainteté, de MM. les archevêques de Besançon et de Reims, de plusieurs évêques, des curés de Paris, des deux préfets, du corps municipal et d'une foule de personnes de distinction. 11 habita dès ce moment l'archevêché, et eut pour successeur au vicariat-général de la grande-aumônerie M. l'abbé Feutrier, précédemment secrétaire-général , fonctions auxquelles fut nommés M. l'abbé Gallard.

À peine avait-il été appelé à participer à l'administration d'un diocèse qui offre tout à-la-fois tant d'éléments de bien et de si grandes difficultés ,

(1) Après AI. de Quélen le litre d'évêque de Samosate a été donné â un prélat français, M. Dupont, depuis évêque de Saint -Dicz, et aujourd'hui archevêque d'Avignon.

lre PARTIE. 5

(66 ) qu'un grand malheur et un grand crime vint consterner la France : deux jours après, le 14 février, M. le duc de Berry tombait sous les coups d'un assassin, et le 14 mars on descendait son cercueil dans les caveaux de l'abbaye Saint-Denis, à côté de ceux de ses aïeux. Désigné par une auguste volonté pour prononcer, dans cette triste cérémonie, l'oraison funèbre du prince, objet de regrets si universels, M. de Quélen, qu'on avait déjà vu orateur éloquent, plein dame et de sensibilité, sut admirablement profiter de cette lugubre circonstance pour donner à son auditoire d'utiles leçons. Dans un discours qui dura plus d'une heure, et dont le texte, Convertaw feslivitatesvestrasin luclum, et omnia cantica vestra in planctum, ne pouvait être mieux choisi, il développa successivement à ses auditeurs émus le sujet de leurs douleurs et celui de leurs consolations. Abordant une odieuse prévention, qui faisait regarder les Bourbons comme les ennemis de la patrie, ce fut avec un mouvement de la plus haute éloquence qu'il s'écria :

« Les ennemis de la France ! quoi ! ce saint « Louis, le plus parfait modèle qu'offre l'histoire, • qui couvrit le royaume des monuments de sa « charité , et qui , avec le bruit de ses armes , « porta la renommée de ses largesses jusqu'aux « rives du Jourdain ! Ce bon Henri ! qu'au milieu « même de ses égarements la multitude se plaisait « à nommer le roi du peuple I Ce Louis XIII « plein de justice! Ce Louis-le-Grand . qui donna

(6? ) « son nom au beau siècle, magnifique en tout ,

« dans ses récompenses comme dans ses lois ,

« dans ses serviteurs comme dans sa personne ,

« dans les revers comme dans les succès , dont la

a main savait également élever un palais superbe

« pour la demeure des rois , et un superbe asile

« pour le soldat qu'il avait fatigué de victoires !

« Quoi 1 ce Louis le Bien-Aimé, dont on cite mille

« traits de bienfaisance ! Peut-être aussi fut-il un

« tyran 3 ce monarque infortuné qui périt victime

« de la bonté de son coeur, et qui fut clément jusqu'à

« devoir s'en repentir ?... Ah! nous savons que la

« France eut des tyrans qui l'opprimèrent; mais

nous savons aussi que ce fut lorsque les Bour- « bons eurent cessé de la gouverner; lorsque, éloic gnés d'elle, ils ne pouvaient plus ni la consoler , « ni la secourir ; et nous savons encore qu'après . de longues souffrances, ce fut vers eux qu'elle

tourna ses regards affaiblis, qu'elle tendit ses

mains défaillantes, et que ce ne fut que par ■ eux qu'elle fut délivrée plusieurs fois de la ser- « vitude qui la menaçait. »

Puis, quand il eut montré, par des considérations générales, que la source de ce crime odieux, comme de toutes les autres calamités qui avaient pesé sur la France, était le résultat d'un système que l'impiété établissait par des principes et démontrait par des exemples; quand il eut prouvé que ce n'était pas seulement un fer criminel, mais mille plumes empoisonnées qui avaient arraché

( 68 ) cette précieuse vie, comme elle fut profonde l'impression qu'il produisit par cette touchante allocution au cercueil du malheureux fils des rois !

« 0 Prince ! on dit qu'à votre lit de «mort vous « regrettâtes, en présence des valeureux chefs de « l'armée, de n'avoir pas versé votre sang en com- « battant pour la France; mais si votre mort lui « ouvre les yeux, si elle lui découvre les véritables -< sources des tribulations qui pèsent sur elle, si « elle la détermine à les arrêter et à les tarir, si elle « apaise les discordes, si elle réunit les opinions « diverses dans un seul sentiment d'amour, si elle « affermit le trône, si, en renouvelant sa foi anti- « que, elle régénère, elle sauve cette belle et mal- « heureuse France que vous aimiez tant : ah! prince! « consolez-vous, ne regrettez ni la vie, ni la ma- « nière dont vous l'avez perdue; n'importe le lieu, « n'importe le temps, n'importe la main, vous au- « rez servi la patrie plus que vous ne l'eussiez fait « à la tète des légions triomphantes , plus que si « vous eussiez arrosé les champs de bataille de

« votre sang généreux! Vous pouvez dormir le

« glorieux sommeil de vos pères; car en mourant « vous aurez remporté la plus éclatante et la plus « désirable des victoires. »

Ce discours, dans lequel l'orateur, sans dissimuler les fautes du prince dont il avait à célébrer la mémoire, sut le montrer tour à tour vaillant, sensible, généreux, charitable, entraîné quelquefois par l'impétuosité de l'âge et du caractère, mais

conservant toujours la foi, respectant constamment la religion, et s'inclinant devant les signes destinés à en rappeler les divins mystères, fut imprimé et vendu au profit de l'œuvre des Sœurs de Saint-André, ou des Filles de la Croix, qui se consacraient à l'instruction dans les campagnes, et dont madame la duchesse de Berry était protectrice. Ce ne sera pas la dernière fois que nous verrons M. deQuélen faire tout à-la-fois et une bonne œuvre et un discours véritablement éloquent.

On peut se faire aisément une idée des travaux excessifs qui attendaient, à leur prise de possession, le nouvel archevêque de Paris et son coadjuteur. Quelque zèle qu'eussent déployé pendant la longue vacance du siège, MM. les vicaires-généraux chargés d'administrer le diocèse, l'absence du premier pasteur, prolongée pendant onze ans, avait eu de fâcheux résultats. Le premier soin du cardinal fut de former son conseil, pour la réunion duquel il choisit le lundi, jour que M. de Quélen conserva avec une fidélité scrupuleuse, et auquel il appela, outre son coadjuteur et MM. Jalabert, Desjardins et Borderies, ses grands-vicaires, MM. Duclaux, supérieur du grand séminaire de Saint-Sulpice, de Montmignon, chanoine de ÎNotre-Damc, ancien grand- vicaire de Soissons , Frayssinous , prédicateur du roi, Tinthoin, chanoine de Notre- Dame et grand pénitencier, et de Boislève, chanoine de Notre-Dame et officiai.

Il donna successivement au clergé deux re-

( 7° ) traites pastorales, l'une au séminaire de Saint-Sulpice, l'autre à celui de Saint-ÏNicolas du Chardonnet. Ce fut un spectacle bien consolant et bien touchant que celui offert pour la première fois aux fidèles j)ar la réunion de leurs pasteurs, se recueillant dans la retraite pour y renouveler et y raffermir leur piété, se rappeler l'étendue de leurs obligations, la sainteté de leur état, et resserrer les liens qui les unissaient à leurs chefs comme les membres au corps. Si M. le cardinal de Talleyrand présida tous les exercices de la première de ces deux retraites et une nartie de ceux de la seconde, ce fut à M. de Quélen qu'échut en partage le soin de faire, à la suite de chaque discours et de chaque conférence, quelques réflexions familières, analogues au sujet traité par l'orateur, et dans lesquelles il développait avec onction ses vues pratiques toujours pleine! de sagesse et de prudence. Dès cette éj)oque s'établit un usagebeaucoup trop ignoré même du public religieux, et que M. de Quélen a conservé avec un respect trop scrupuleux pour que nous ne le fassions pas connaître.

Possesseur d'un riche patrimoine et du magnifique revenu de son siège , augmenté de celui de la grandc-aumônerie et de l'allocation affectée à la dignité de cardinal, M. de Talleyrand, dont les largesses étaient d'ailleurs proportionnées à sa fortune, et qui répandait en aumônes et en bonnes œuvres au-delà du superflu des biens dont il ne se regardait que comme le dispensateur et l'éeo-

nome, voulut pourvoir seul à tous les frais des trois retraites ecclésiastiques auxquelles il appela son clergé , et ne laisser , ni à la charge de ses prêtres, ni à celle des séminaires, ni même à celle de la caisse diocésaine, aucune partie des dépenses occasionnées par la réunion , pendant huit jours , de deux ou trois cents personnes. Elevé sur le. siège archiépiscopal, M. de Quélen, beaucoup moins riche cependant que son vénérable prédécesseur, suivit noblement son bel exemple, et offrit aux membres de son clergé , accourus autour de lui , une hospitalité digne et généreuse. Et plus tard, quand une double émeute eut saccagé son palais ', détruit toutes ses ressources et réduit à n'ayoir. pas où reposer sa tête le premier pasteur de la première ville du monde, il sut encore, au prix de mille sacrifices, et plus d'une fois avec des difficultés inouics, subvenir constamment à des frais que tous eussent été si heureux de se partager entre eux. Il est pénible de penser que l'impossibilité de pourvoir par lui-même aux dépenses de la retraite ait pu obliger M. l'archevêque de Paris à se priver une seule année du bonheur qu'il éprouvait à réunir ainsi une partie de son clergé.

Une circonstance qui dut toucher vivement son coadjuteur marqua l'épiscopat de M. de Talleyrand — Le local acheté par M. Emery pour y placer le séminaire de Saint-Sulpice après les orages révolutionnaires était loin de pouvoir suffire à celle

destination , surtout depuis que le nombre des élèves s'accroissait chaque année. Déjà, au mois d'août 1819, un projet de construction d'un nouveau séminaire avait été formé, les lieux visités par le ministre de l'intérieur et par M. de Quélen, alors vicaire-général de la grande-aumônerie, puis les études commencées, tes^plans dress.es, les .devis ' établis et adoptés. Enfin, le 21 navenibre j 830,. eut lieu la bénédiction de la première pierre des cet édifice par M. le cardinal-archevêque, et la pose par M. le comte Siméon, alors ministre de l'intérieur , après une procession solennelle à laquelle, présida lecoadjuteur, qui célébra la messe et qui vit«ainsi, avant même le commencement de sbn^pôntificat, * renaître de ses ruines la maison sainte cfifTa^alf été témoin de ses études, et à laquelle il avait voué dès-lors une si tendre affection.

Mille soins, mille travaux remplissaient sa vie à cette époque : c'étaient des établissements à visiter, des assemblées de charité à présider, des militaires à confirmer , des évêques même à sacrer et de nombreuses ordinations à faire, quand l'administration du diocèse lui permettait de vaquer à ces devoirs du ministère extérieur, et quand, la santé de Son Eminence s'opposant à ce qu'elle remplît elle-même ces fonctions pastorales, il était appelé à la remplacer. Mais ce temps devait être de courte durée, et, fort jeune encore, M. de Quélen allait se trouver bientôt à la tête du diocèse de Paris.

Déjà depuis plusieurs mois l'état de faiblesse de

M. de Talleyrand donnait des craintes sérieuses; à ses infirmités habituelles s'était jointe une maladie nouvelle , qui paraissait devoir hâter le terme de cette vie si longue et si honorablement remplie. Au commencement d'octobre les craintes redoublèrent ,-et avec elles, s'il est possible , les soins et la tendresse toute filiale dont M. de Quéleu ne cessait d'entourer le vénérable prélat qui avait eu pour lui toute l'affection et toute la sollicitude d'un père. Ce fut lui qui, le 14, lui administra les derniers sacrements, et lui adressa quelques paroles que son émotion arrêtait sur ses lèvres ; ce fut lui qui passa au chevet de son lit les dernières et pénibles nuits d'une longue et douloureuse agonie , les derniers jours , pendant lesquels les princes vinrent dire un dernier adieu au serviteur fidèle , à l'ami dévoué de leur auguste famille ; ce fut lui enfin qui , après plusieurs semaines de fatigues presque au dessus de ses forces , lui ferma les yeux le 20 octobre 1821 , à cinq heures du matin.

INé le 18 octobre 1706 , et âgé par conséquent de quatre-vingt-cinq ans et deux jours , Alexandre-Angélique de Talleyrand-Périgord, cardinal delà sainte Église Piomaine , archevêque de Paris, grand-aumônier de France , premier pair du royaume , grand cordon de l'ordre du Saint-Esprit, montra constamment, dans une carrière si longue et traversée par tant de malheurs, un zèle au dessus de tous les obstacles, une sagesse toujours proportionnée aux circonstances fâcheuses dont il

fut témoin, un esprit de foi qu'il manifestait dans toutes les occasions, o Une mort non moins « admirable par la patience et la piété qui « l'accompagnèrent devait couronner une vie « passée dans l'exercice des vertus chrétiennes , a dans la sainteté des fonctions pastorales , dans « les épreuves et la résignation. » (1) Sa vie était le plus bel héritage et le legs le plus précieux qu'il put laisser à son successeur : nous allons suivre celui-ci dans la carrière nouvelle qui s'ouvre devant lui , et où l'a précède ce digne prélat. Mais rappelons auparavant un fait que nous ne croyons pas fort connu.

Depuis plusieurs années , Napoléon demandait qu'on autorisât un prêtre catholique à se rendre et à demeurer auprès de lui. Déjà on mai 1818, le cardinal Fesch avait fait connaître au cardinal Consalvi que son neveu , ainsi que les personnes qui l'avaient accompagné à Sainte-Hélène , s'affligeaient de n'avoir pas de ministre de la religion, et sollicitaient la protection du Saint-Père pour obtenir qu'un ecclésiastique leur fut envoyé. Le pape ordonna avec le plus grand empressement de commencer auprès du gouvernement britannique les démarches convenables , joignant à la recommandation de les suivre avec toute l'insistance propre à les faire réussir, des paroies remplies de charité,

(1) Miiadcmciil di M. île Oui-lcn, aimoiuanl la mort dv M. de Tali<) ranci.

de bonté et de généreux intérêt. (1) Cette négociation traînant en longueur, et Napoléon sentant peut-être sa fin approcher , s'adressa en 1820 au gouvernement français, et sollicita de lui ce qu'il n'avait pu encore obtenir , ajoutant que son plus cher désir était d'avoir un prêtre français Lue telle demande était trop juste pour qu'un ministère catholique la rejetât ; mais , ne sachant sur qui fixer son choix, le ministre de l'intérieur se rendit auprès de M. de Quélen , déjà eoadjuteur de Paris , afin de lui faire part de l'embarras dans lequel il se trouvait, et de le prier de lui désigner un ecclésiastique propre à cette mission.

L'archevêque de Trajanople réfléchit un instant; sans doute il se rappela alors et les ouvertures que lui avait jadis faites l'empereur sur ses projets schismatiques, et la brutalité avec laquelle, irrité de ses observations, il l'avait jeté à la porte de son cabinet; aussi répondit-il au ministre:

« Je connais quelqu'un qui acceptera cette, mission de grand cœur, et qui, j'espère, sera favorablement accueilli à Sainte-Hélène. Ecrivez pour le proposer; j'obtiendrai l'agrément du roi et je partirai aussitôt, car c'est de moi que je vous parle. »

On conçoit sans peine que cette proposition n'eut pas d'autre suite, et que le ministre n'eut garde de favoriser le pieux empressement de M. de Quélen, qui, à la veille de devenir titulaire du siège

(1) lliitoire du pope Pie VII, par M. Artaud, t. II, p. fgi,

( 76) de Paris, demandait, avec une sublime abnégation,

à changer un si beau titre contre les modestes fonctions d'aumônier d'un empereur déchu , et d'un empereur dont il avait eu tant à se plaindre. Jusqu'ici nous n'avons vu M. de Quélen que dans une position secondaire, et pour ainsi dire dépendante : vicaire-général de la grande-aumônerie, évoque de Samosate, coadjuteur de Paris, s'il exerçait une active et constante influence, d'autres en avaient le mérite mais aussi la responsabilité. Arrivés à cette époque de sa vie, où nous le trouvons élevé sur le premier siège de France, jetons un regard en arrière, et nous nous convaincrons sanspeine qu'il s'était préparé à exercer dignement la charge qui va lui être imposée. Si les travaux du ministère paroissial ne lui étaient pas familiers , ceux de l'administration avaient été son occupation constante : l'expérience des hommes et des choses pouvait aisément suppléer et supléait en effet chez lui à une pratique dont la nécessité n'est pas si invinciblement prouvée qu'on puisse la croire indispensable. Malheureusement il a été dans la destinée de M. de Quélen de voir ses intentions et ses plus innocentes démarches constamment méconnues. En montant sur le siège de Paris, il trouve une ordonnance de son prédécesseur qui prescrit une mission : convaincu que rien ne serait plus blâmable que d'annuler, par le premier acte de son épiscopat, une disposition du vénérable pontife qui l'avait adopté pour son successeur, il fait ouvrir cette mission, qui,

loin de produire sans obstacles tout le bien qu'on s'était proposé, devint, comme nous le verrons bientôt, une occasiondelroublesetdescandales,donton le rendit injustement responsable. ftommépair par Louis XVIII, il arrive à la Chambre précisément pour faire échouer un projet de finances auquel le ministère et la cour attachaient la plus grande importance, mais auquel il se voit obligé de refuser son assentiment dans l'intérêt de ses diocésains. La révolution de juillet éclate tout-à-coup, après des ordonnances dont il n'avait certes pas eu connaissance, ordonnances rendues par un cabinet dont il a refusé de faire partie avec une obstination dont on n'a pas su apprécier les sages motifs, et dans son aveugle fureur le peuple trompé lui reproche les cruels événements qui en sont la suite. Comme si, lors de la dissolution de la garde nationale par Charles X , il n'avait pas seul élevé la voix avec une fermeté respectueuse et une hardiesse toute épiscopale, et répondu au roi qui lui demandait la cause de sa tristesse : Sire, lorsque le troupeauestviolemment frappé, le pasteur doit être dans la consternation.

Mais nous nous apercevons qu'au lieu de jeter un coup d'œil en arrière nous devançons le cours des événements. Reprenons-en la suite au moment de l'avènement de M. de Quélcn à l'archevêché de Paris.

Depuis son avènement à l'archevêché «le Paris < » 1 s*ï 1 jusqu'à son voyage en Italie, en ivj.v

Successeur légitime et immédiat de cent vingtdeux pontifes, (cent dix évêques et douze archevêques ) parmi lesquels six sont honorés comme saints et treize ont été cardinaux, (1) le nouvel archevêque de Paris eut, au milieu de la vive douleur que lui causait la mort de M. de Talleyrand- Périgord , la consolation de voir commencer sous les plus favorables auspices un pontificat qui devait être, hélas! si cruellement agité. — Après s'être rendu, pour y prier, auprès du corps de Son Éminence , le chapitre de Notre-Dame, que nous verrons toujours animé pour M. de Quélen du plus respectueux dévouement, fut admis à lui pré-

(1) Voir aux pièces justificatives, H.

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