‹ Vie de mgr de Quélen, archevêque de ParisChapitre 29 sur 61 · I. (Page 95J · texte numérisé non relu

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EXTRAIT DC DISCOURS DE RECEPTION DE M. DE QCELEN A l'académie FRANÇAISE.

Quel spectacle, Messieurs, plus capable de porter dans l'àme le sentiment du bonheur que celui que nous présentent la religion , les lettres, les sciences et les arts se prêtant un mutuel appui et se fortifiant de toute leur puissance? La religion enflammant le génie par ses inspirations célestes, et en réglant l'emploi par ses invariables préceptes; donnant les pensées sublimes, et modérant l'enthousiasme; élevant l'âme jusqu'aux plus hautes conceptions, et la guidant, pour l'empêcher de s'égarer, dans l'usage des plus nobles facultés de son intelligence ; découvrant à l'homme mille moyens de satisfaire une émulation généreuse, et d'obtenir dans tous les genres une célébrité jusqu'à présent inaccessible; car elle est In bèAÛÏê Ibdj&tlt-i muiennr et toujours nouvelle; mais aussi, la religion la précauliounant contre les précipitations de la médiocrité , contre les inquiétudes de l'ambition, contre les singularités de l'orgueil etconîre l'intempérance des passions : à leur tour, les lettres , les sciences et les arts , pleins d'une tendre reconnaissance et d'un respect filial pour cette suprême dispensatrice et cette régulatrice souveraine des talents véritables, s'empressant autour d'elle, afin de recueillir de sa bouche, de lire

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dans ses yeux, de saisir sur ses traits l'infaillible secret d'une gloire pure et sans mélange; sortant d'auprès d'elle pour aller écrire ses leçons avec la plume de l'éloquence , les graver avec le burin de l'histoire , les faire vivre sous le ciseau, les animer sur la toile, et venir ensuite lui faire hommage de ses propres dons.

Ah! s'il m'était donné, Messieurs, de soulever un moment devant vous les voiles de l'avenir, et de vous montrer la gloire de notre patrie sous le règne d'un monarque dont la piété est forte comme la puissance, et dont la foi, plus solide encore que le pouvoir, a résisté aux longues et violentes secousses qui avaient ébranlé son trône et renversé sa couronne ; vous la verriez, cette gloire dont nous devons tous être si jaloux, sortir comme d'une source abondante du sein de cette docte assemblée, où la volonté intelligente d'un Roi réparateur a réuni, sous une loi commune, quoique avec des règlements divers, l'élite des sectateurs des sciences , des lettres et des arts , digne cortège d'un prince dont l'Europe a connu le savoir. Oui , que la religion répande constamment sur nous son esprit vivifiant, et sans cesse on verra se reproduire parmi nous les plus étonnantes merveilles. Alors on verra, pour parler avec un de nos célèbres poètes latins, lever et se multiplier, comme les épis d'une riche moisson , de nombreux apôtres, qui s'élanceront dans la vaste carrière des connaissances humaines avec ce courage, cette assiduité, cette persévérance que la religion inspire plus que l'amour de la louange , de la fortune ou du plaisir, mais aussi avec ce calme, ce désintéressement sincère, cette chaste retenue et cette probité vigoureuse, qui n'appartiennent qu'à elle. On verra renaître et s'affermir le règne du bon goût, qui va s'atfaiblissant toujours et finit par disparaître avec l'empire de la religion. On verra les étincelles du talent , dispersées par le souffle des oura-

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gans sacrilèges , se ranimer et se réunir autour d'un Institut français et religieux, afin de lui emprunter ses ardeurs et salumière, et lui servir en même temps d'aliment perpétuel. On verra enfin se succéder sans interruption, au sein des quatre académies, une suite de maîtres achevés, qui rivaliseront avec ceux qui les ont précédés, et les surpasseront de tout l'avantage que leur aura donné une divine influence. Ils atteindront cette perfection idéale , dont on ne se rapproche qu'à mesure qu'on s'en croit toujours plus éloigné, lors même qu'on la poursuit avec une modestie courageuse et un opiniâtre labeur. Ils formeront des disciples semblables à eux, qu'ils enverront comme des hérauts fidèles, proclamer, avec les talents et la vertu, la renommée de la France aux quatre coins de l'univers. Ils auront servi la religion, et la religion ne sera pas ingrate. Ils auront cherché sa gloire , et ils trouveront la leur ; elle les récompensera par leurs propres services , en imprimant sur leurs ouvrages le sceau de son unité et son caractère de vérité , principe de tout ce qui est beau et de tout ce qui est bien en la terre comme au ciel.

Non , Messieurs , il me serait facile d'en fournir des preuves irrécusables sans sortir de cette enceinte; il n'est point de talents naturels que la religion ne développe, qu'elle ne polisse, qu'elle n'encourage, qu'elle ne cultive, qu'elle ne perfectionne. Elle leur communique quelque chose de ce charme inimitable qui lui est propre, et que l'hypocrisie la mieux déguisée ne saurait feindre; toujours elle les purifie, elle les préserve des erreurs qui trop souvent les déshonorent , et de la ruine où les conduisent quelquefois l'orgueilleuse impiété, le froid égoïsme , l'indifférence glaciale, l'amour-propreen dépit , la jalousie en fureur, et le vice dont les mains hon teuses souillent tout ce qu'elles ont touché; tandis que

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