‹ Vie de mgr de Quélen, archevêque de ParisChapitre 3 sur 61 · MO · texte numérisé non relu

MO

« Messieurs, mon cœur a parlé au vôtre. Je ne sache pas qu il eu soit d'une loi comme d'un jugement criminel, d'où toute miséricorde doit êtrebannie. Non, je ne saurais encore me le persuader, que cette loi de finance ait une telle inflexibilité, qu'elle repose irrévocablement sur cette maxime absolue : tout ou rien ; Lex est prœceptum bonum, justum, et stabile, etc. La première qualité d'une loi est la bonté; non-seulement cette bonté de justice qui ne passe qu'après, mais cette bonté paternelle d'humanité qui pourvoit au bonheur de tous autant qu'il est possible, tant le législateur doit chercher à faire concorder ensemble la miséricorde et la vérité , lu justice et la paix, de manière à ce qu'elles puissent s'embrasser étroitement.

« Vous prononcerez, Messieurs; j'ai dû tenter un effort en faveur de ceux que tant de motifs me rendent si intéressants et si chers. Si je me suis trompé, si j'ai manqué en quelque chose à des formes que je ne connaissais pas bien, ou si je me suis écarté des règles de la discrétion qu'il me convient toujours de garder, loin de m'en faire un crime, on me plaindra comme on plaint un père; permettez-moi de dire, après Fénélon, comme on plaint une mère, à qui l'on pardonne l'égarement de sa raison lorsqu'il s'agit de sauver, ou seulement de secourir les objets de sa tendresse. »

L'effet produit par ce discours plein de franchise et de modeslie fut le rejet de la loi, pour laquelle le scrutin donna C)\ voix contre isô.

Quand il le prononça, Dieu devait bientôt « com- «mander à la mort de frapper sur le trône, et la «mort allait obéir.» (1) Les longues et douloureuses infirmités du roi fesaient depuis long-temps redouter ce malheur. M. l'archevêque de Paris, qui, plus que personne peut-être, avait pu apprécier, dans les négociations difficiles auxquelles il avait pris part , l'esprit élevé et la haute sagesse de ce prince, assista à ses derniers moments avec M. le prince de Croï, grand-aumônier, et M. Frayssinous, évèque d'Hermopolis ; puis , bientôt après, fut invité à se rendre à Reims, où la présence de trenteun cardinaux, archevêques et évoques devait donner à la belle cérémonie du sacre de Charles X un éclat nouveau.

(i ) Mandement à l'occasion de la mort de Louis XVIII.

Il,

Voyage en Italie,

Les occupations multipliées auxquelles nous l'avons vu adonné à la grande-aumônerie; les fatigues excessives de la mission et de la visite pastorale ; les détails continuels d'une administration qui exigeait toute sa sollicitude, et auxquels venaient se joindre d'importantes missions que lui confiait la chambre des pairs, qui, entre autres circonstances où elle eut recours à ses lumières, le nomma, en 1825, membre de la commission chargée d'examiner la loi présentée par le ministère sur les communautés religieuses de femmes, (1) loi dans laquelle , sur sa proposition et après un discours de lui, la chambre adoj)ta des mesures moins res-

(1) Cette commission était composée , outre M. l'archevêque de Paris, de M le cardinal de La Fare, de M. l'étêque d'Évreus , de M. le duc Mathieu de Montmorency, et de M. le comte Desèzr.

( "3 ) trictives que colles du premier projet , tous ces travaux et mille autres que lui suggérait son zèle avaient gravement compromis la santé de M. de Quélen. Un malaise général, qui ne lui permettait presque plus aucune application, donnait à ses amis des inquiétudes d'autant plus vives que le prélat consultait moins ses forces affaiblies que son courage. Une réunion de médecins eut lieu sur la proposition de M. le docteur Caillard , médecin ordinaire de Sa Grandeur , et leur avis unanime ayant été que le repos, la distraction et un changement d'air momentané étaient indispensables , quel que fût d'ailleurs le lieu que M. l'archevêque préférerait visiter , un voyage à Rome fut aussitôt et tout naturellement décidé : on comprend avec quel empressement , puisqu'il devait s'éloigner pour quelque temps de son diocèse, le prélat saisit cette occasion d'aller se prosterner aux pieds du successeur de saint Pierre, d'aller vénérer cette chaire apostolique à laquelle il fut si constamment et si fidèlement attaché. Le )3 juin 1825, il alla prendre congé du roi , réunit MM. les curés de Paris et leur donna quelques instructions, présida son conseil., dans lequel , et comme pour suppléer à ses soins pendant son absence , il admit pour la première fois, en lui donnant le titre de vicaire - général , M. l'abbé Garnier, directeur du séminaire Saint- Sulpice, et partit le soir avec MM. Desjardins et Borderies, l'un et l'autre grands-vicaires.

On voulut, à cette époque, attribuer le voyage

lrc PARTIE. 8

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de WL l'archevêque à des raisons dont aucune n'avait eu la moindre influence sur sa détermination. Ce ne fut, en effet, ni un mécontentement, ni une disgrâce passagère qui le lui firent entreprendre, ni une mission secrète qui lui fit choisir Pvome plutôt que toutautrepays : sa santégravement compromise en fut l'unique motif; quanta celui qui lui fit diriger ses pas vers Rome, et au moment où on y célébrait le jubilé, quel catholique ne l'apprécierait pas?

Ce voyage, qui devait donner au pasteur du diocèse de si douces consolations, commença néanmoins sous de fâcheux auspices; à quelques heures de Paris sa voiture cassa ; puis l'essieu se brisa une seconde fois à cinquante lieues, et l'obligea à s'arrêter. Après avoir célébré la messe à Dijon, il arriva cependant à Genève le 18, passa le Simplon le 21, vit Milan le 22, y célébra la messe, offrit ses hommages à l'empereur d'Autriche et entra dans Rome le 27 à midi.

L'accueil du souverain pontife Léon XII, qui, n'étant encore que cardinal, avait connu M. de Quélenà Paris en 181 4, quand il y vint, avec le titre de nonce extraordinaire, présenter à Louis XY111 les félicitations de Pie VII, fut plein de bienveillance et d'affabilité. Le prélat en parlait en termes touchants dans une lettre qu'il écrivait le 19 juillet:

« Nous n'avons, y disait-il, qu'à rendre grâces à Dieu du succès de notre voyage; la chaleur, quoique forte, ne m'a pas paru insupportable. Aujourd'hui nous avons rempli les conditions \wcs-

crites pour gagner le jubilé, et nous espérons l'avoir gagné. Je n'ai pas besoin de vous dire que tout le diocèse de Paris nous était présent, et Dieu m'est témoin qu'il ne s'est pas passé un seul jour où je n'aie cherché à intéresser en sa faveur tant de saints et de saintes dont la mémoire est ici toute vivante. Ce que je ne veux pas vous laisser ignorer non plus, c'est la cordialité, la bienveillance, les attentions, les prévenances, et jusqu'aux délicatesses dont nous avons été et dont nous sommes ici continuellement l'objet. Le Saint Père, qui nous a accueillis avec tant de bonté, a voulu nous faire sortir de notre hôtel pour nous loger dans un palais attenant au séminaire dit l'Apollinaire. On a pourvu à tous nos besoins avec recherche; il a fallu nous laisser faire, et ne conserver d'empire que sur notre cœur pour sentir tous les mouvements de la reconnaissance, car nous n'avons pas assez de nos lèvres pour

l'exprimer 11 me tarde déjà de revenir, et je

n'aspire qu'à retourner ad oves mihi commissas, pour leur rendre, selon les forces que Dieu voudra me donner, tous les bons offices qu'elles ont droit de réclamer de moi. »

Le séjour du prélat à Piome ne se prolongea pas au-delà du terme qu'il avait d'avance fixé : il en partit le 10 pour se rendre à iNaplcs, revint le 18, prit congé du Saint Père , et quitta la capitale du monde chrétien le 21, afin d'être de retour à Paris pour célébrer à !Notre-Damo la procession du

( «i6 ) vœu de Louis XIII, à laquelle le roi devait assister. Il arriva en effet à Paris le 1 1 , fut reçu en audience particulière par Charles X le 14, et officia le i5 à la métropole, où ceux qui le virent purent se convaincre de l'effet merveilleux qu'avait eu sur sa santé délabrée le délassement qu'il venait de prendre avec tant de regrets et après tant d'hésitations.

Les bontés dont le souverain pontife avait comblé le premier pasteur de l'Eglise de Paris avaient fait sur son cœur, si naturellement reconnaissant et sensible, une impression dont nous trouvons un éclatant témoignage dans le mandement qu'il publia en 1829 pour annoncer à son diocèse la mort de ce saint pape. Après y avoir rapidement et fort éloquemment énuméré les services rendus par lui à l'Eglise, après avoir parlé avec effusion de ses vertus, il ajoutait ;

• A d'aussi puissants motifs d'un regret général, nous serait-il permis, nos très-chers frères, d'en ajouter qui nous soient personnels, et dont nous trouvons la source au fond de notre cœur ? Ah ! pourrions-nous donc jamais oublier les bontés dont ce tendre père nous a comblé, les doux entretiens dont il nous a honoré, l'hospitalité généreuse qu'il nous a donnée, les marques continuelles de bienveillance et d'affection qu'il nous a prodiguées, le dernier gage surtout que nous en avons reçu peu de semaines avant sa mort, lorsque, après avoir examiné le compte fidèle que nous lui avons rendu de toute

( "7 ) notre conduite dans un moment difficile, il nous fit assurer de sa satisfaction pleine et parfaite? Pourrions-nous oublier enfin tant de grâces spirituelles et temporelles dont nous croyons être spécialement redevable à sa bénédiction? non , jamais ce souvenir ne s'effacera de notre esprit; jamais notre cœur ne le laissera se perdre ou s'affaiblir : notre vie est désormais le terme de notre reconnaissance. Nous en avons déjà consigné les témoignages dans les actes de notre épiscopat; la métropole de Paris les conserve religieusement; le besoin de l'exprimer nous fait un devoir de les renouveler encore aujourd'hui que nous devenons l'interprète et l'organe de la douleur commune. » Ces témoignages que la métropole conservait religieusement sont effectivement une des preuves les plus incontestables de la bienveillance de Léon XII pour M. l'archevêque de Paris. Dans la dernière audience qu'il reçut de Sa Sainteté, le Saint Père voulut bien lui parler de deux bustes de saint Pierre et de saint Paul, en bronze doré , d'après le modèle des statues de Saint-Jean de Latran, et dont il avait l'intention de lui faire présent. Vers la fin de l'année, en effet, ces objets doublement précieux arrivèrent à Paris, et M de Quélen, voulant faire participer son chapitre à ce bienfait et lui faire aussi partager sa reconnaissance , les confia à perpétuité à sa garde , et le pria de les déposer dans le trésor de Notre-Dame, déjà si riche alors, et d'où ils ne devaient sortir que pour être exposés à la vénération

( "S ) des fidèles et portés solennellement dans les processions publiques. De nombreuses indulgences accordées aux dames qui se consacrent à l'œuvre si intéressante des séminaires furent un des fruits de ce voyage auquel on avait voulu donner une importance qu'il n'eut jamais, et dont une circonstance a été par la suite interprétée avec une révoltante perfidie, dans un moment où la fureur populaire poursuivait avec tant d'acharnement le pontife proscrit. Nous retracerons ici ces faits brièvement, afin de ne plus avoir à nous en occuper quand d'autres souvenirs plus douloureux encore rempliront toutes nos pages.

En quittant Rome pour regagner son diocèse, ]\1. l'archevêque s'arrêta à Florence, où il arriva le 24 juillet au matin. Or. le surlendemain, madame de Feuchères, dont le nom a eu depuis une si triste célébrité et qui logeait dans le même hôtel, écrivait au duc de Bourbon:

« L'archevêque, qui a refusé de venir en votre palais parce que fy étais, est venu me voir en se rendant à Paris pour la fête du i5 août, et a été fort aimable avec moi. Dans les vingt-quatre heures de son séjour ici, il noua a fait une seconde visite, tenant à la main un bouquet qu'il nous a laissé comme un petit souvenir. »

Cette lettre toute confidentielle n'eût sans doute jamais été connue, si, dans le procès suscité à l'occasion du testament du malheureux prince, l'avocat de madame de Feuchères ne l'avait lue en plein

( "9 ) tribunal, et n'avait prétendu y trouver une sorte cle justification de la conduite et de la position de sa cliente. M. de Quélen dut se souvenir alors du précepte de l'apôtre qui recommande avec tant d'instance de conserver aux yeux de tous une réputation sans tache; dans une lettre qu'il adressa le 2L\ décembre i83i à M. Debelleyme , président du tribunal devant lequel avaient lieu les débats, il rétablit les faits dans toute leur vérité.

Après avoir rappelé qu'invité par le prince à aller au Palais-Bourbon, il avait cru devoir s'abstenir cependant d'y paraître à cause de la présence de madame de Feuchères, il ajoutait:

« Seize mois s'étaient écoulés sans que j'eusse entendu seulement parler de la dame de Feuchères. Au mois de juin 1825. je fis le voyage d'Italie, uniquement pour ma santé ; en juillet je revins par Florence, où j'arrivai le dimanche 2/4, à dixheures du matin; je descendis à l'hôtel d'Angleterre; j'y pris un appartement au second. J'étais accompagné de mes grands-vicaires, M. Borderies, aujourd'hui évéque de Versailles, et M. Desjardins, lémoins l'un et l'autre de toutes mes démarches, de toutes mes actions, et presque de toutes mes pensées. Je n'ai passé que ï\ heures à Florence; madame deChoulot, née de Chabannes, l'une des petites-nièces du cardinal de Périgord, mon vénérable prédécesseur, vint seulement me rendre visite en présence de mes compagnons de/voyage; elle était logée au premier, au même hôtel. Après les pre-

miers compliments, elle m'apprit qu'elle voyageait elle-même avec la dame de Feuchères, et, balbutiant quelques paroles en faveur de cette dame, elle me demanda de la visiter et de la recevoir. Je m'y refusai; mais je ne crus pas devoir me dispenser de rendre sa visite à madame de Choulot ; je descendis donc chez elle, toujours avec mes grands-vicaires; j'y trouvai madame de Feuchères, que je vis alors pour la première fois de ma vie et que je n'ai pas revue depuis. II n'y eut pas de seconde visite. Trèscertainement je n'ai pas offert de bouquet; cette histoire et celle des autres particularités sont de pure invention. Après ce qui s'était passé à Paris, à qui persuadera-t-on que je pusse avoir d'aussi inconcevables pensées! — J'ignore, M. le président, quelle est l'intention qui a dicté cette lettre dont le tribunal a retenti, ainsi que celle qui lui a donné de la publicité; la justice et le bon sens public sauront l'apprécier : pour moi, tout en repoussant une calomnie qui emprunte une forme presque officielle et judiciaire, je ne veux cependant y voir qu'une injure de plus à pardonner. »

Cette lettre ne semblait pas devoir soulever une discussion nouvelle; il n'en fut rien cependant, et le 29 septembre madame de Feuchères adressa au prélat une lettre qui fut publiée, et dans laquelle, revenant sur ce qu'elle avait écrit de Florence, elle insistait sur toutes les circonstances auxquelles M. l'archevêque avait donné un démenti formel, soutenant que madame de Choulot étant chez elle

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(madame de Feuchères) , et non point elle chez madame de Choulot, c'était bien chez elle qu'il était venu, particularité à laquelle elle semblait attacher une importance bien grande , et que , dans tous les cas, M. de Quélen pouvait fort bien avoir ignorée. « Comme catholique, ajoutait-elle, j'aurais dû, je l'avoue, raconter les circonstances de la visite de Votre Eminence (1) avec moins de légèreté; mais j'espère trouver mon excuse dans le peu d'importance que j'attachais alors à des lettres écrites à la hâte, et qui ne devaient jamais être livrées à la publicité. »

Quant à l'histoire du prétendu bouquet offert à cette dame, elle assurait que Monseigneur l'avait reçu dans une de ses visites à des couvents, qu'elle l'avait apporté soigneusement à Paris et donné à une église.

Cette discussion fâcheuse menaçait de se prolonger; il fallait y mettre un terme. Le même jour M. l'archevêque répondit à M. Lavaux, avocat de madame de Feuchères, le même auquel il avait envoyé une copie de la lettre à M. le président du tribunal :

« En réponse à la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire le 20 de ce mois, je viens d'en recevoir

(1) Madame de Feuchères donne ce titre à M. l'archevêque dans toute la suite de sa lettre ; mais on sait qu'il est exclusivement réservé aux cardinaux, et qu'on dit seulement aux évoques et aux archevêques Votre Grandeur.

une de madame de Feuchères, qui, croyant ma mémoire infidèle, invoque mes souvenirs et ma loyauté sur les circonstances de la visite que j'ai faite à Florence , non à madame de Feuchères, mais à la nièce de mon vénérable prédécesseur le cardinal de Périgord, madame de Choulot, qui seule était venue me voir. — Je n'ai pas besoin d'un nouvel examen pour affirmer que les faits sont tels que je les ai consignés dans ma lettre à M. le président Debelleyme , lettre à laquelle je me réfère dans toutes ses parties. »

Là finit ce pénible débat, d'où résultèrent deux choses : que si M. l'archevêque s'était trouvé chez madame de Feuchères, il n'y avait rien là dont elle dût s'enorgueillir, le prélat ayant été convaincu qu'il allait chez madame de Choulot; et que ce bouquet, s'il était vrai qu'il eut été donné, n'aurait été qu'un objet de dévotion venant d'une église de Florence et déposé dans une église de Paris. Mais il importait à M. l'archevêque d'éloigner jusqu'à un soupçon si opposé à son caractère bien connu, et aux habitudes de toute sa vie; il lui importait qu'il ne fût pas possible de l'accuser d'un acte de légèreté ou d'irréflexion : c'est l'effet qu'obtinrent ses deux lettres. 11 ne s'agissait ici, il est vrai, que d'une lutte de réminicence; mais, entre ces deux affirmations également positives et formelles, lin certitude ne pouvait exister. Toute la vie de U. 1 archc\equc répondait de la sincérité de son allégation, et la prévention la plus aveugle eut seule pu admettre un instant un doute injurieux.

Nous nous serions arrêté moins long-temps sur une circonstance qui peut d'abord paraître insignifiante, mais qui, liée au système de calomnie suivi contre lui à l'époque à laquelle nous avons du nous reporter, n'est plus sans imjiortance et sans valeur. — Nous reprenons maintenant la suite de3 faits, et celle des principaux actes de son administration.

Une douleur cruelle attendait M. de Quélen à son retour. Madame la présidente Hocquart, sa tante, qui depuis i8o5 lui avait servi de mère, dont le mari avait péri sur l'échafaud révolutionnaire le 20 avril 1794, qui était elle-même restée en prison, destinée au même sort, jusqu'après le 9 thermidor, et qui , rendue à la liberté , avait consacré sa vie à toutes sortes de bonnes œuvres, lui fut enlevée d'une manière bien déplorable. Elle était allée à la rencontre du prélat qui rentrait en France et revenait à Paris par la Bourgogne, quand, le 17 août, sa voiture versa et la jeta sur le pavé où les roues lui passèrent sur la tête; elle expira quelques heures après. Son corps fut provisoirement déposé dans une église voisine du théâtre même de ce douloureux événement ; mais M. l'archevêque ayant témoigné le désir d'avoir auprès de lui les restes d'une personne à laquelle. il avait voué un attachement tout filial, on les transporta à Conflans au mois d'octobre , et on les plaça dans une chapelle soulcrrainedu château, ancienne maison de campagne des archevêques de

Paris, qu'il venait d'acheter 1 55, ooo francs et de donner à son diocèse et à ses successeurs. Il avait déjà fait élever un monument à M. de Juigné qui en fonda la chapelle, et à tous les évêques et archevêques de Paris , dans cette demeure épiscopale que nous verrons plus tard consacrée à une des plus belles œuvres de notre siècle.

Depuis son retour de Rome, en 1895, jusqu'aux ordonnances du lOjuin 18%8.

Il est souvent dans la vie d'un évêque des circonstances que le monde peut difficilement juger en parfaite connaissance de cause , et qui laissent des doutes se répandre sur les intentions les plus pures. La fermeté passe pour de l'entêtement ; la condescendance, pour de la faiblesse : chacun n'apprécie presque toujours les actes dictés souvent par la plus haute sagesse , qu'à travers des préjugés étroits, des passions mesquines qui les obscurcissent et les dénaturent. Telles furent, entre autres, les difficultés survenues entre M. l'archevêque de Paris et M. le grand-aumônier de France.

Cette question toute de juridiction , et par conséquent toute épiscopale , n'eût jamais eu peutêtre de retentissement, si l'absence du clergé au

convoi de Louis XVIII, en causant une surprise douloureuse, n'eût éveillé l'attention publique. On se demanda alors pourquoi ni le clergé paroissial, ni celui delà grande-aumônerie, n'avaient accompagné à la royale demeure de ses ancêtres le monarque dont la France pleurait la perle; et l'on apprit que M. l'archevêque avait dû, pour être fidèle au serment de son sacre et conserver tous les droits de son siège, s'opposer, comme il l'avait fait déjà plusieurs fois, à certaines prétentions de la grande-aumônerie, et que ce conflit n'ayant pu être vidé, aucun ecclésiastique n'avait paru aux royales funérailles. Nous nous trompons ; un membre du clergé soutint les droits de M. l'archevêque avec une présence d'esprit qui témoignait à-la-fois de son zèle et de son dévouement. Le cortège royal arrivait à Saint-Denis , et le chapitre se disposait à aller recevoir le corps du prince , quand un simple vicaire se présenta accompagné des enfanls de chœur, fit les prières d'usage qui entrent dans les attributions du clergé paroissial, et laissa ensuite le chapitre achever la cérémonie : ce prêtre, alors vicaire de Saint-Denis, était M. l'abbé Ollivier, bientôt après curé de Chaillot, puis de Saint-Etienne-du- Mont, et aujourd'hui de Saint-Roch.

Ces discussions entre l'archevêché et la grandeaumônerie n'étaient, au reste, pas nouvelles, et n'avaient point été soulevées par M. de Quélen. Avant même la révolution de 8(). des doutes s'étaient

( »27 ) élevés sur l'étendue des droits et de la juridiction que le grand-aumônier pouvait exercer, et les archevêques de Paris avaient plus d'une fois réclamé contre des prérogatives qui leur paraissaient abusives. Jamais , cependant , des difficultés aussi graves n'avaient été disculées , parce que jamais peut-être la cour n'avait pris parti dans ces questions toutes religieuses. M. l'archevêque de Paris fit toutes les concessions qu'il ne jugea pas incompatibles avec ses devoirs ; mais n'est-il pas à tout une limite où la condescendance doit s'arrêter? Il ne voulut pas la franchir. De là, cette fausse opinion qu'on eut pendant quelque temps de son caractère : de là, ces idées d'ambition qu'on lui prêta , quand il n'avait d'autre ambition que celle de conserver, pour les transmettre intacts à ses successeurs, les droits et les prérogatives de sa charge. On jugea cependant nécessaire de définir d'une manière bien exacte, et qui mît fin à toutes les discussions, les limites des deux autorités, et le roi chargea M. Frayssinous de préparer un projet et de le lui soumettre. L'illustre évêque d'Hermopolis s'entoura des lumières de plusieurs prélats alors à Paris , et présenta à Sa Majesté un règlement qui, approuvé par elle le 25 janvier 1826, définissait tous les points litigieux, à l'exception du chapitre de Saint-Denis et de la chapelle de la rue d'Anjou , pour lesquels on avait résolu de recourir au souverain pontife. Nous n'ajouterons ■ qu'un seul mol, mais il est la justification complète

de toute la conduite de M. l'archevêque. Ce règlement reconnaissait comme parfaitement régulières les prétentions qu'il n'avait fait valoir avec tant de force que parce qu'elles ne lui étaient pas personnelles, et accordait à la juridiction épiscopale une part aussi large que l'exigent les règles de l'Eglise.

Voilà donc déjà deux circonstances où nous voyons l'archevêque de Paris en opposition avec la cour : quand on a étudié sa vie , on doit comprendre combien il dut en coûtera son cœur ; mais dans l'une et dans l'autre occasion , il vit un devoir à remplir, et il n'hésita pas. Comment ne lui a-t-on pas tenu compte de cette noble conduite et de cette fermeté vraiment épiscopale?

On était alors dans un de ces moments de crise qui semblent présager un orage. L'abus funeste fait depuis dix ans des dispositions de la Charte sur la liberté de la presse et sur la liberté des opinions commençait à porter ses fruits. La religion était chaque jour outragée sous prétexte que la Charte autorisait toutes les religions ; les presses vomissaient à chaque instant des milliers de volumes et des journaux, où le cynisme le plus éhonté donnait la main à l'impiété la plus révoltante ; un débordement inoui de sophismes et de mensonges, de folies et d'horreurs, troublait les esprits faibles , exaltait les imaginations perverties et préparait cette révolution dont nous avons été témoins. Vnc multitude de faits propres à rendre

le clergé et la religion odieux ou ridicules était consignée chaque jour dans mille écrits populaires. On se plaisait à fixer sans cesse les yeux du peuple sur l'immoralité , les crimes , les délits prétendus des prêtres; à imputer à un évêque des instructions qu'il n'avait pas données ; àparodier les paroles d'un autre évêque ; à engager les citoyens à déserter les temples , où , disait-on , on prie Dieu avec scandale ; à les exhorter à se débarrasser de vieilles habitudes, de coutumes , de préjugés religieux ; à abjurer la religion de l'Église catholique , tantôt par l'exemple de toute la population d'une commune , tantôt par d'autres exemples particuliers ; là , offrant des prêtres moins inexorables ; ici , la charité d'un pasteur prolestant; partout, poursuivant, déchirant les personnes et les choses saintes. Les prêtres, les missionnaires, les ordres religieux, lesévéques, lesaintsiége étaient constamment en butte aux calomnies les plus odieuses. On prenait à tâche de présenter comme d'insoutenables prétentions, comme des actes de tyrannie, comme des attentats à l'ordre public, àlapaix des familles et aux libertés de l'Eglise gallicane, la fidélité de l'épiscopat aux lois canoniques et l'exercice indispensable de la juridiction spirituelle ; essayant ainsi tout ensemble et d'inspirer aux peuples de la défiance, du mépris, de la haine pour les pasteurs, etde plier au joug les pasteurs eux-mêmes, de les préparer , en les fatiguant , en les effrayant, à tout ce que , plus tard, on exigerait d'eux. Puis , ainsi qu'on préludait aux proscriptions révolution- Pc partie. 9

( >3o ) naircs par des sobriquets qui devenaient bientôt , pour ceux à qui on les appliquait, des arrêts dv; mort, on avait créé , sous le nom de fanatiques^ de jésuites, d'absolutistes, d'ultramontaîus , des classes de victimes futures contre lesquelles on invoquait déjà la rigueur des lois; et enfin, pour se dégager de toute espèce de gêne, on avait imaginé d'envelopper tous les catholiques dans une accusation commune, et de les représenter comme un parti qui, dirigé par Home , menaçait l'Etat, le roi , la société tout entière. Vieilles déclamations contre Rome, suppositions de complots, d'intrigues vastes et ténébreuses, la souveraineté du monarque et l'indépendance nationale en péril , tout était mis en œuvre pour émouvoir les imaginations timides.

Or, quels étaient ces conspirateurs, ces ennemis du trône et de l'État? L'épiscopat tout entier qu'on accusait de rejeter la déclaration de 1682. (1)

D'un autre côté, un écrivain auquel ses premiers ouvrages avaient fait une brillante réputation, et dont l'éloquence pleine de force et de vigueur entraînait et captivait, se jetant dans une route qui devait le conduire à un épouvantable précipice, développait une doctrine dont il était facile de prévoir les odieuses conséquences. (2)

Justement»? flïayés des suites déplorables quepou-

(1) Procès du Constitution/tel et du Courrier fronçais. (7) La Retigion considérée dans ses rapport* avec l'ordre politique et ciril , par M. «le La Mennais.

( >3> ) vait avoir pourla religion la discussion de questions ainsi soulevées, dans un moment surtout où l'on pronageait avec une ardeur incroyable le système de calomnie adopté contre ses ministres, les évoques présents à Paris se réunirent chez M. le cardinal de La Fare, et rédigèrent une déclaration doctrinale qui fut remise entre les mains du roi le 10 avril 1826, par MM. les cardinaux de Latil , archevêque de Reims, de Bausset, archevêque d'Àix , et par M. de Vichy, évêque d'Àutun. — Cette pièce est trop importante pour que nous ne la donnions pas ici tout entière.

Déclaration des cardinaux, archevêques et évêr/ues.

« Depuis trop long-temps la religion n'a eu qu'à gémir sur la propagation de ces doctrines d'impiété et de licence , qui tendent à soulever toutes les passions contre l'autorité des lois divines et humaines.

«r Dans leurs justes alarmes, îesévêques de France se sont efforcés de préserver leurs troupeaux de cette contagion funeste. Pourquoi faut-il que les succès qu'ils avaient le droit d'espérer de leur sollicitude soient compromis par des attaques d'une nature différente t il est vrai, mais qui pourraient amener de nouveaux périls pour la religion et pour l'État?

« Los maximes reçues clans l'Église de France sont dénoncées hautement comme un attentat contre la divine constitution de l'Eglise catholique , comme une œuvre souillée de schisme et d'hérésie, ccmme une profession d'athéisme.

« Combien ces censures, prononcées sans mission , sans autorité, ne paraissent-elles pas étranges quand on se rappelle les sentiments d'estime , de confiance et d'affection que les successeurs de saint Pierre, chargés comme lui de confirmer leurs frères dans la foi, n'ont cessé de manifester pour une Eglise qui leur a toujours été si fidèle!

« Mais ce qui étonne et afflige le plus , c'est la sécurité avec laquelle on cherche à faire revivre une opinion née autrefois du sein de l'anarchie et de la confusion où se trouvait l'Europe, constamment repoussée par le clergé de France , et tombée dans un oubli presque universel , opinion qui rendrait les souverains dépendants de la puissance spirituelle, même dans l'ordre politique, au point qu'elle pourrait , dans certains eas , délier leurs sujets du serment de fidélité.

« Sans doute le Dieu juste et bon ne donne pas aux souverains le droit d'opprimer les peuples , de persécuter la religion, et de commander le crime et l'apostasie; sans doute encore les princes de la terre sont, comme le reste des chrétiens, soumis au pouvoir spirituel dans les choses spirituelles ; mais prétendre que leur infidélité à la loi divine annulerait leur litre de souverains, que la suprématie

pontificale pourrait aller jusqu'à les priver de leur couronne et à les livrer à la merci de la multitude, c'est une doctrine qui n'a aucun fondement ni dans l'Évangile, ni dans les traditions apostoliques, ni dans les écrits des docteurs et les exemples des saints personnages qui ont illustré les plus beaux siècles de l'antiquité chrétienne.

« En conséquence, nous cardinaux, archevêques et évêques soussignés , croyons devoir au roi , à la France, au ministère divin qui nous est confié, aux véritables intérêts de la religion dans les divers États de la chrétienté, de déclarer que nous réprouvons les injurieuses qualifications par lesquelles on a essayé de flétrir les maximes et la mémoire de nos prédécesseurs dans l'épiscopat; que nous demeurons inviolablement attachés à la doctrine, telle qu'ils nous l'ont transmise, sur les droits des souverains, et sur leur indépendance pleine et absolue, dans l'ordre temporel, de l'autorité, soit directe, soit indirecte, de toute puissance ecclésiastique.

« Mais aussi nous condamnons , avec tous les catholiques, ceux qui, sous prétexte de liberté, ne craignent pas de porter atteinte à la primauté de saint Pierre et des Pontifes romains ses successeurs, instituée par Jésus-Christ, à l'obéissance qui leur est due par tous les chrétiens et à la majesté si vénérable aux yeux de toutes les nations du siège apostolique, où s'enseigne la foi et se conserve l'unité de l'Église.

« Nous faisons gloire, en particulier , de donner aux fidèles l'exemple de la plus profonde vénération , et d'une piété toute filiale envers le Pontife que le Ciel, dans sa miséricorde , a élevé de nos jours sur la chaire du prince des apôtres. »

Fait à Paris, le 5 avril 1826.

L'original de cette déclaration était signé de MM. les cardinaux de La Fare. archevêque de Sens ; de Latil, archevêque de Reims; deBausset, archevêque d'Aix; de M. deBovet, ancien archevêque de Toulouse ; de MM. les archevêques de Besançon et de Bourges, et de MM. les évêques de Montpellier, nommé à l'archevêché de Narbonne, d'Autun , d'Evreux, d'Amiens, de Nantes^ de Tulle, de Strasbourg et de Quimper.

Bientôt y adhérèrent MM. les cardinaux de Clermont-Tonnerre, archevêque de Toulouse, (1) et de Croï, archevêque de Rouen; MM. les archevêques d'Avignon, d'Albi, d'Auch; MM. les évêques d'Angers, de Versailles, de Cambrai, de Clermont, d'Arras, de La Rochelle , de Coutances , de Montauban , de Saint-Brieuc, de Poitiers, de Meaux , du Mans, de Nîmes, de Périgueux , de Dijon, d'Orléans, de Baveux, de Rodez, de Moulins, de

(1) M. de ClermonlTonnerre rappelait, dans son adhésion, sa lettre pastorale datée de Home, dans laquelle il annonçait à ses diocésains qu'il se proposait de supplier le roi de réparer les maux faits à l'tg.ise parla révolution , Lettre qui lut supprimée par un jugement dappel comme daims, rendu par le conseil d'État.

( >35) Blois, de Saint-Diez, de Soissons, de Carcassonne, deBeauvais, de Troyes , de Cahors, de Digne, de Saint-l'lour , de Séez , de Valence , de Bayonne , de Luçon ,de Mende , du Puy, de Belley, de Gap , d'Aire, de Saint-Claude, de Tarbes, de Verdun, de Fréjus, de Châlons , de Perpignan , d'Àngoulême> de Nancy, de Chartres, de Limoges, de Viviers et celui nommé de Grenoble : en tout soixante-huit cardinaux, archevêques ou évêques.

Si la signature de M. l'archevêque de Paris ne se lisait point au bas de la déclaration , c'est qu'une pure question de forme , tout-à-fait distincte du fond, une difficulté qui n'existait que dans quelques expressions sur lesquelles il n'avait pas porté le même jugement que ses vénérables collègues, et sur l'opportunité même d'une démarche collective, l'empêcha de joindre son nom au leur dans l'acte même remis au roi; mais, dès le 6 > il avait adressé à Sa Majesté la lettre suivante :

« Sire ,

« Les cardinaux , archevêques et évêques qui se trouvent en ce moment à Paris, ont cru qu'il était bon de rédiger collectivement un exposé de leurs sentiments sur l'indépendance de la puissance temporelle en matière purement civile. Quoique cet exposé ne porte point ma signature , je n'en professe pas moins la même opinion , et je prie Votre Majesté de me permettre d'en déposer entre ses

( i36 ) mains le témoignage par écrit, comme j'ai eu Thon neur de lui en faire la déclaration de vive voix.

« Les considérations que j'ai soumises au roi , et dans lesquelles la réflexion n'a fait que me confirmer davantage, ont pu seules m'empêcher de signer un acte qui renferme, touchant les bornes de l'autorité spirituelle, des principes sur lesquels j'ai eu plus d'une fois l'occasion de m'expliquer même en public, et au sujet desquels je ne connais point de discordance parmi les pasteurs et le clergé de mon diocèse.

« Je suis avec respect, sire, de Votre Majesté le très-humble, très-obéissant serviteur, et très-fidèle sujet.

Signé HYACINTHE , archevêque de Paris.

Une circonstance avait, favorisé les réunions des évêques dont la haute prudence jugea utile au bien de la religion une manifestation publique des sentiments du corps épiscopal. Une commission composée de M. le cardinal de La Fare, de M l'archevêque de Paris, deM. l'archevêque de Besançon, deM. l'ancien archevêque de Toulouse, de MM. les évêques de Montpellier, d'Amiens et de Quimper, et de MM. les abbés Desjardins, Brunier-Fontanel, de La Chapelle et Aug'er, venait d'être formée dans le but de dresser un règlement pour les hautes études qu'on avait le projet de régénérer à la Sorbonne, et tenait ses séances au Louvre.

Nous voyons ainsi, et nous verrons constamment

M. de Quélen occupé non seulement à faire refleurir dans son diocèse la foi et les bonnes mœurs par le zèle et la vigilance de son administration , mais appelé à prendre part à tout ce qui a été tenté en France, depuis^le commencement de ce siècle, dans l'intérêt de la religion. Il ne fallait rien moins qu'un motif aussi puissant pour l'éloigner une seconde fois, même pour bien peu de temps , de son diocèse.

Une auguste cérémonie se préparait à Annecy : la translation des reliques de saint François de Sales et de sainte Chantai. M. l'archevêque deParis, qui méditait depuis long-temps un projet analogue en l'honneur de saint Yincent de Paul, voulant se joindre aux prélats nombreux qu'allait attirer cette belle solennité, se rendit à Annecy avec MM. Gallard, vicairegénéral, et Quentin, chanoine de la métropole, officia le 21 août 1826 à la cérémonie de la translation, chanta la grand'messe, donna le salut, et revint à Paris,le25septembreJaprès avoir parcouruenpieux pèlerin une partie de la Suisse, et avoir recueilli partout des témoignages de respect et de vénération. Une perte douloureuse l'aflligea vivement à son retour : son frère, M. le comte Auguste de Quélen, venait d'être enlevé presque subitement à son affection. L'année précédente, après son voyage d'Italie, il avait eu à pleurer la perte d'une tante dont la tendresse pour lui avait été celle d'une mère ; il avait à prier cette année pour un frère auquel il était si affectueusement attaché.

\Jne seconde raison influa, du reste, beaucoup sur la détermination qu'il prit d'assister à la belle cérémonie d'Annecy. Le jubilé venait d'avoir lieu, et sa santé, si heureusement rétablie par son voyage de Rome, en avait été d'autant plus fortement ébranlée, qu'il avait commencé cette année à prêcher le carême à Notre-Dame, et que, pendant les exercices du jubilé, il y faisait tous les jours une instruction familière en forme d'homélie sur l'évangile de la messe. Nous venons de dire à quelles épreuves la religion était alors soumise : il est impossible de tracer le tableau de ce qui se passait autour de nous avec plus de vérité que ne le faisait le prélat dans son mandement pour le carême et pour le jubiié, pendant lequel il seconda d'une manière si active le clergé de son diocèse :

« Ne nous abusons pas, N. T. C. F., disait-il après avoir parlé des grâces de l'année sainte; ne serait-ce pas une illusion que de les attendre ces heureux fruits du jubilé, dans un temps semblable à celui où nous vivons, dans les circonstances où la religion se trouve placée? Les ressources sontelles en proportion avec les besoins, et les moyens ne sont-ils pas au dessous des obstacles? Hélas! combien le nombre des ouvriers pour la semé née et la moisson évangélique est insuffisant ! Tandis que la vieillesse, les infirmités et la mort ferment les yeux aux anciens , l'homme ennemi sème à pleines mains l'ivraie dans le champ du père de famille; elle a déjà crû; elle commence à étouffer

( l39 ) le bon grain ; l'empressement et les efforts de la jeunesse sacerdotale qui succède ne déracineront-ils pas le froment en voulant arracher la zizanie? Les esprits sont si susceptibles et si faciles à se prévenir ou à s'irriter! que fera le zèle le mieux dirigé et le plus constant? A quoi bon d'ailleurs tant de soins?' Les scandales se multiplient, leur débordement nous enveloppe, un déluge d'un nouveau genre menace de submerger les principes de la foi, la règle des mœurs et jusqu'aux fondements de la société! Les maximes hardies ont prévalu, les doctrines pestilenlielJes ont corrompu l'air que l'on respire, le poison des écrits pernicieux a circulé dans toutes les veines de manière à infecter plusieurs générations; effets déplorables d'une licence qui alarme, et que condamnent même les plus zélés partisans de cette liberté raisonnable dont il est si difficile aux plus sages de marquer à présent les justes bornes et de régler la mesure. Est-il possible de surmonter le mal? D'un côté, le relâchement poussé jusqu'à l'indifférence; de l'autre, unplau d'attaque conduit avec tant d'art. Prétendons-nous donc ressusciter les morts, ou, par une révolution subite, opérer un changement qui n'appartient pas même désormais à la longueur du temps et au travail des fidèles? Ah ! Seigneur, nous annonçons à votre peuple des choses vaines ; au lieu de chercher à le flatter par l'espoir du salut et de la paix , ne devrions-nous pas, au contraire, essayer de l'intimider et de l'abattre par la menace de vos châtiments et par le

bruit de votre tonnerre prêt à éclater? — Voilà ce que répètent mille voix différentes : notre devoir est de recueillir toutes ces paroles, d'en faire le sujet de nos méditations; ainsi nous le suggère notre tendre sollicitude pour vous, N. T. G. F.; car, dévoué comme vous savez que nous le sommes à vos intérêts éternels , et même à ceux qui regardent votre félicité présente , nous nous croyons obligé d'observer les temps, afin de reconnaître ce qu'ils nous permettent d'entreprendre et de dire pour préparer et pour assurer votre parfait bonheur. Ainsi le serviteur de l'Evangile, que le maître a placé à la tête de sa maison, calcule avec une prudence égale à sa fidélité les ressources dont la dispensation lui est confiée , observe les moments où il faut en faire usage , et la manière dont il doit les employer, afin de les distribuer à chacun selon qu'il est sage, convenable ou nécessaire. »

Ecoutons-le maintenant parlant à son clergé et lui donnant les conseils d'une sagesse bien supérieure à celle du monde :

« Nous n'hésitons pas à vous recommander de ne jamais oublier de quel esprit vous êtes et à quelle milice vous appartenez ; quelles sont les armes qui vous "sont confiées, et avec quelle précaution vous devez vous en servir , de peur que les moyens employés à la défense de la foi ne deviennent une occasion de trouble ou des prétextes d'éloignenienl et de haine. Le zèle qui n'est pas tempéré par la prudence n'est qu'un zèle humain que Dieu ne

bénit pas; il brûle et consume, au lieu de réchauffer et dé vivifier. Plus les jouis sont mauvais > plus notre circonspection doit être grande /plus on nous observe, plus nous devons nous tenir sur nos gardes , afin de n'être repris ni dans nos actions , ni dans nos paroles. Quenotre conduite soit la justification de nos discours, et que nos discours eux-mêmes ne manquent jamais de ce sel de la sagesse qui réveille le goût sans irriter l'humeur. Si nous ne devons jamais courber la tête pour recevoir avec complaisance les parfums des pécheurs ,- si l'encens de leurs louanges ne doit jamais obscurcir à nos yeux la vérité, nous ne devons pas non plus, nouveaux enfants du tonnerre, ne nous montrer ardents que pour détruire et pour perdre. Point de pacte sans doute avec l'impiété ; il n'en faut souscrire ni par la crainte de sa censure, ni par l'espérance de ses éloges ; mais aussi sachons employer avec persévérance l'heureux secret des gémissements, des supplications, des larmes, des prières; ne nous lassons pas d'opposer la douceur à la violence , d'échanger les bénédictions contre les malédictions, les bienfaits contre l'injustice et les calomnies ; en un mot, ne cessons de mettre en œuvre celte charité plus forte que la mort et plus invincible que l'enfer, dont les admirables inventions ramènent quelquefois l'impie , le désarment souvent , ou parviennent du moins à calmer les accès de son chagrin et de ses emportements. »

Ces conseils et ces sages avis , qui ne sont, du

reste, que l'écho de ceux qu'il ne cessait de donner au clergé dans les circonstances difficiles où on se trouvait alors, et qui faisaient redouter à tous les esprits judicieux quelque prochaine catastrophe , étaient admirablement fortifiés par les instructions que le prélat prodiguait lui-même à son peuple tous les vendredis de Carême , et qu'il continua jusqu'en i85o. La Passion du Sauveur, sujet habituel de ses exhortations touchantes , semblait surtout convenir à son éloquence toute du cœur , et à son ardente charité ; il était impossible d'être plus touchant , plus pathétique , de parler plus à l'âme et moins à l'esprit.

INous verrons bientôt l'archevêque de Paris insister avec une fermeté confiante pour qu'il lui soit permis de porter processionnellement dans leur magnifique reliquaire les restes vénérés de l'humble Vincent de Paul; ce ne sera pas la première fois que son influence toute morale aura sur le peuple une puissante autorité.

Pendant les exercices du jubilé, quand on vit ces réunions immenses de chrétiens, tantôt écoutant la parole divine avec une avidité insatiable, tantôt traversant avec un imperturbable recueillement les rues et les places bruyantes de la cité, pour accomplir les conditions imposées à leur piété aussi généreuse que docile; tantôt, en des jours plus solennels, rangés a\ec ordre comme une milice sacrée sous l'étendard de la croix, animés par les plus augustes exemples, suivant les pas de

( *43 ) leurs pasteurs et de leurs guides, faisant retentir les airs des cantiques de la pénitence, et prolongeant les saintes invocations de l'Eglise, on comprit combien ce moment de ferveur serait favorable à l'expiation publique du plus grand crime que la France ait à déplorer, cérémonie à la fois civile et religieuse qui devait être et une éloquente protestation et une promesse solennelle. La pose de la première pierre du monument de la place Louis XV fut donc décidée, et eut lieu en effet le 3 mai, grâces aux sollicitations de l'archevêque de Paris qui répondit de tout, et se fit garant de la tranquillité publique. On sait que tout se passa comme il l'avait prédit, mais on ignore une des particularités de cette journée qui fait le plus d'honneur au prélat.

Quand parut l'ordonnance du 27 avril qui ordonnait l'érection du monument destiné à couvrir la terre sur laquelle avait coulé le sang du roi martyr, l'archevêque de Paris se rendit auprès de madame la duchesse d'Augoulème et lui fit part du généreux désir qu'il avait conçu. 11 demandait que S. A. R., puisant dans la religion une force surhumaine, accompagnât le roi sur la fatale place où s'était dressé l'échafaud de son auguste père, et que là, se jelant aux genoux de Sa Majesté, elle lui demandât le rappel de ceux qui l'avaient fait mourir et l'oubli de leur crime. Cette noble pensée fut comprise, et la pieuse princesse promit cette glorieuse démarche, Mais plus le moment approchait.

plus elle sentait son courage faiblir, et quand elle se vit enfin sur le point d'arriver en face de ce lieu qui lui rappelait de si cruels souvenirs, ses forces l'abandonnèrent, elle sentit qu'elle mourrait avant de parvenir aux pieds du roi, et elle fut contrainte de rentrer aux Tuileries par le guichet de la rue de l'Échelle.

Ceux qui ont si impitovablement poursuivi l'archevêque de Paris de leurs outrages, ont-ils connu ce trait de charité ?

Quand nous avons cité , comme empreints d'une grande sagesse , les conseils donnés par M. de Quélen à son clergé, qu'on ne croie pas qu'il nous fût difficile de signaler mille autres occasions où , même sur des questions politiques une prudence égale ne lui ait dicté des paroles de paix. En voici, ce nous semble, un exemple frappant.

La chambre des députés venait d'être dissoute ; des élections générales allaient avoir lieu ; des prières publiques étaient ordonnées dans toute la France : M. de Quélen les annonce en ces termes à ses diocésains.

•- Si c'est un devoir recommandé avant toutes choses par l'apôtre saint Paul , qu il se fasse des supplications , des prières , des pénitences et des actions de grâces pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité , afin que , Dieu leur faisant la grâce de bien user de l'autorité qu'il leur a confiée, nous menions une vie aussi paisible que sainte , il est des temps , il est des circonstances qui ap-

( >45) pellent les chrétiens à remplir ces devoirs avec un redoublement de ferveur et de zèle.

«Déjà vous nous avez compris, N. T. C. F. ; peutêtre que vous nous avez prévenu. Il n'est pas une âme pieuse parmi vous qui , dans ce mouvement général donné du haut du trône à tout le royaume , n'ait porté ses regards et ses vœux vers cette providence éternelle qui tient en sa main le sort des nations , qui prépare elle-même et dirige tous les événements selon ses désirs , qui sait employer à l'accomplissement de ses volontés des intruments souvent aveugles , et qui peut faire servir les passions les plus redoutables des hommes à la manifestation de ses plus grands bienfaits.

«iVous devons seconder les désirs de votre foi, N. T. C. F.; nous devons encourager votre confiance et l'affermir : Nui n'a espéré au Seigneur et na été confondu dans son attente : c'est l'oracle de l'esprit saint, et il l'a justifié pour nous en mille manières; renouvelons-nous donc dans ces sentiments , purifions nos cœurs ; anéantissons-nous devant la majesté suprême qui ne voit que de loin les superbes, mais qui regarde favorablement les humbles; dans cet état, venons demander sans hésiter à la miséricorde divine de présider à l'élection générale des députés du royaume. Tandis que les uns se confient dans les ressorts de la politique, les autres dans l'arrangement de leurs calculs , ceux-ci dans la promptitude des communications , ceux-là dans le pouvoir de l'influence, nous, pour qui va se pas- I" partik. 10

ser cette grande action, (car tout est ici bas pour tes élus; tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu,)

NOUS QUI N'AVONS d'âUTRE PART A Y PRENDRE QUE PAR

la prière et les larmes, nous invoquerons le Seigneur Dieu cle bonté, nous mériterons ainsi qu'il nous relève pleins de joie et pénétrés de reconnaissance à la vue du nouveau secours qu'il aura envoyé , et du salut qu'il nous annonce.

• Daigne ce Dieu unique et tout-puissant, qui confondit autrefois le langage des hommes, poulies disperser ensuite en peuples différents et fonder les diverses sociétés, réunir aujourd'hui toutes les opinions pour le maintien de la foi , l'affermissement du trône, la perpétuité de la paix et la gloire de la France.»

La presse irréligieuse ne pouvant rien trouver, ni dans les actes administratifs, ni dans les paroles évangéliques du pasteur à son troupeau qui fournît des armes contre lui, eut alors recours à la calomnie. Les suppositions injurieuses qu'elle jeta dans le public donnèrent lieu à une manifestation si honorable et pour M. l'archevêque de Paris et pour le chapitre métropolitain, qu'on nous pardonnera de la rappeler avec quelques détails, d'autant plus que nous y trouverons une occasion de parler de la dévotion au Sacré-Cœur, dévotion que le prélat avait remise en vigueur, et qui, grâce à son zèle, est aujourd'hui celle de tous les fidèles du diocèse.

Les tribunaux retentissaient des débats de l'affaire du sieur Dumonteil, qui, engagé dans les

( i47) ordres sacrés, demandait à la justice humaine de le délier de ses serments religieux, et de l'autoriser à contracter un mariage que réprouvent également les lois de l'Eglise et celles de l'Etat. Le Constitutionnel, qui semble s'être donné l'odieuse mission de poursuivre de ses calomnies tout ce qu'il y a de vénérable dans les rangs du sacerdoce, et de ses éloges tout ce qui fait l'effroi des gens de bien, scpposa qu'une division manifeste avait éclaté entre l'archevêque et son chapitre, dont les membres, blessés de n'avoir point été consultés dans des occasions où peut-être il eût été du devoir du prêtai de le faire 3 avaient refusé de se rendre à une réunion convoquée par lui pour délibérer sur cette affaire, prétendant que c'était à celui qui soulevait les difficultés à les résoudre 3 et que, d'ailleurs, l'affaire grave sur laquelle onvoulait les appeler à délibérer n'était pas de leur compétence^ ) . Une réponse signée deM. Jalabert , vicairegénéral et président du chapitre, et de M. Lucotte, chanoine et secrétaire du même corps, n'ayant été insérée dans ce journal qu'avec une espèce de réticence qui annonçait l'intention des rédacteurs de persévérer dans une affirmation aussi contraire à la vérité, le chapitre s'assembla, délibéra, et, ne voulant laisser exister aucun doute 3 même le plus léger, sur ses principes, non plus que sur les rapports de bienveillance de la part de M. C archevêque envers lui, et de respect et dévouement du cknpi'.re envers Sa Grandeur,

\i) Constitutionnel du 1). mai 1828.

adopta une déclaration dans laquelle, après avoir donné le démenti le plus formel à tout ce qu'on avait faussement dit au sujet du mariage du sieur Dumonteil, il ajoutait :

«Quant à la dévotion au Sacré-Cœur, le chapitre déclare, contre la narration du Constitutionnel, qu'il est absolument faux que cette dévotion ait été introduite dans le diocèse de Paris sans la participation et contre le gré du chapitre. Tout au contraire, cette dévotion étant ancienne dans le diocèse, et M. l'archevêque désirant lui donner une plus grande solennité, il en a conféré plusieurs fois avec le chapitre, et il a trouvé dans les esprits et dans les cœurs des sentiments et des principes conformes aux siens et à la doctrine du Saint-Siège apostolique, qui a ouvert le trésor des indulgences en faveur de cette dévotion.

« Le chapitre l'a formellement et capitulairement adoptée dans ses délibérations relatives à la nouvelle édition du bréviaire de Paris, dont l'office du Sacré- Cœur fait partie , et au mandement donné pour l'institution de cette fête, laquelle est célébrée tous les ans dans l'église métropolitaine avec la plus grande solennité.

» Le chapitre saisit cette circonstance pour exprimer sa profonde vénération et son respectueux dévouement envers la personne de M. l'archevêque de Paris, et pour rendre hommage à la bienveillante bonté dont il a reçu de Sa Grandeur les témoignages les plus touchants et les plus affectueux.

» Enfin le chapitre a surtout à cœur de consigner dans ses registres la déclaration de son union religieuse et cordiale avec son premier pasteur , voulant être invariablement uni, par lui et avec lui, à l'épiscopat , comme le sont tous les chapitres par leur union avec leurs évêques respectifs, et par eux au saint-siège, centre de l'unité catholique. »

Cette déclaration , signée de MM. les vicaires-généraux et de tous les chanoines de Notre-Dame , un seul excepté , alors à l'agonie, fut remise au prélat le 2 juin par le chapitre en corps, auquel il répondit , après en avoir entendu la lecture : Messieurs ,

« Je n'ai jamais douté de vos sentiments pour moi. Mon cœur m'a toujours dit qu'ils étaient parfaitement d'accord avec la haute estime et la tendre affection dont je fais profession pour le chapitre et pour chacun des membres qui le composent.

« Votre foi , votre attachement à la discipline de l'Eglise et votre amour pour l'unité catholique ne m'étaient pas moins connus. Les preuves que vous en avez données jusqu'à présent ne sont pas équivoques, et vous n'aviez pas besoin qu'une aussi triste circonstance vînt vous fournir l'occasion de les manifester encore ; mais puisque la religion semble appelée a supporter de nouvelles épreuves, il est glorieux pour la métropole de Paris de donner la première un exemple solennel de dévouement à ses intérêts et à sa gloire.

<r Je me ferai un devoir et un honneur, messieurs,

( iSo ) de porter à la connaissance du souverain Pontife et des évêques de France la délibération que le chapitre vient de prendre et qu'il dépose entre mes mains ; elle sera reçue du Saint Père comme un sujet de consolation, comme une marque de votre piété filiale et de votre attachement au saint-siége apostolique; lepiscopat français y reconnaîtra le témoignage de votre respect pour lui ; le clergé du diocèse y trouvera un modèle à suivre . et les fidèles la recueilleront comme" une règle de conduite, n

Yeut-on savoir quelle était son affection pour les membres non seulement de son chapitre, mais pour ceux de son clergé ? Nous en trouvons une preuve frappante à cette même époque où tant de mensonges étaient si obstinément répandus.

11 venait d'appeler un jeune prêtre à une cure de Paris : aussitôt un journal de crier au scandale , et d'attribuer au nouveau pasteur d'une paroisse dans la circonscription de laquelle se trouvaient précisément plusieurs collèges et un grand nombre d'institutions , un propos absurde contre tous les membres du corps universitaire. — Ce ne fut pas le curé calomnié qui réclama, ce fut son archevêque, et voici en quels termes :

« Les prêtres de mon diocèse sont pour moi dès amis et des frères. Si mon affection pour eux n'est pas assez aveugle pour laisser sans avertissement et sans réprimande les imprudences elles fautes qu'ils auraient le malheur de commettre , je regarde aussi

( '5, ) comme un devoir de défendre contre d'injustes accusations leurs paroles et leurs personnes. Les toucher , c'est me toucher la prunelle de l'œil. »

M. l'archevêque avait parlé, dans sa réponse au chapitre , des nouvelles épreuves que la religion semblait appelée à supporter. Ces épreuves, qui ne tardèrent pas à contrister et les pasteurs et les fidèles, ouvrirent une nouvelle carrière à son zèle apostolique et firent éclater de nouveau «cette pénétration, cette habileté qui avaient leur principe dans les talents dont Dieu l'avait doué, mais qu'il avait développées par l'étude de son propre cœur , par une observation judicieuse des hommes, surtout de ceux qui , placés à la tête des affaires , influent davantage sur la double destinée de l'Eglise et de l'Etat. » (i)

( 1) Mandement de MM. les \ icaires-généraux ea[iitulaires du diocèse de Paris, du 2 janvier iS^o.

Depuis la promulgation «les ordonnances

du 1<> juin !**•*<* jusqu'aux journées

de juillet 1S30.

Le moment approchait où les exigences d'un parti qui dissimulait ses intentions hostiles sous un masque hypocrite allaient recevoir une éclatante satisfaction. L'opinion publique, égarée par les pamphlets dont on ne cessait d'inonder la France depuis quelques années , s'était habituée à regarder comme redoutable ce fantôme de partiprêtre dont on ne se lassait pas de l'épouvanter. Après l'avoir ainsi préparée à admettre plus facilement des calomnies nouvelles, on attaqua les séminaires, afin de ruiner l'arbre sacerdotal dans ses racines ; on feignit des craintes ridicules, on multiplia les exagérations les plus monstrueuses, on parvint enfin à obtenir du nouveau ministère

dont les intentions ont été pures, nous ne saurions en douter, mais dont la faiblesse devait avoir de si terribles conséquences, des 'mesures qui étaient une nouvelle satisfaction donnée aux clameurs des ennemis de la religion.

Avant d'arrêter les bases définitives du projet qu'il méditait, le ministère Martignac voulut cependant s'entourer de nouvelles lumières ; afin de connaître plus exactement le véritable état des choses , il composa une commission mixte, partie clergé et catholiques zélés , partie opposants reconnus et avoués, et la chargea de lui donner son opinion et de lui faire un rapport détaillé sur la situation réelle des affaires, et sur les modifications qu'elles lui paraîtraient exiger. Deux questions lui furent soumises , l'une relative aux maisons des Jésuites, dont on poursuivait la clôture, l'autre aux petits séminaires, auxquels on voulait imposer des conditions restrictives de la liberté d'enseignement.

Cette commission fut composée de MM. l'archevêque de Paris, Feutrier, évèque de Béarnais, Laine, Mounier et Séguier, pairs de France ; Alexis de Noailles, de La Bourdonnaie et Dupin aîné, députés ; de Courville, membre du conseil royal de l'Université. M. l'archevêque de Paris fut nommé président, et eut, dès le premier jour, l'influence la plus positive et la plus directe sur ce que nous appellerions volontiers le côté droit de la commission. Elle se réunit deux fois par semaine, tantôt au Louvre, tantôt à l'archevêché ; se mit en rap-

( i«4 ) port direct avec les évêques, dont les réponses unanimes fortifièrent la conviction d'une partie de ses membres, reçut de plusieurs d'entre eux des communications importantes; et, la majorité s'étant enfin déclarée pour une opinion conservatrice, grâce à l'habileté avec laquelle M. de Quélen avait dirigé les délibérations , un rapport favorable en tous points à l'existence des Jésuites dans les diocèses où ils étaient établis, étala liberté d'enseignement dans les petits séminaires, fut adopté par cinq voix contre quatre, et remis au ministre.

Malheureusement le ministère n'adopta pas les conclusions de cette commission , qui , par une transaction pleine de sagesse avait accordé quelques points à l'Université afin d'en obtenir d'autres dans l'intérêt de la religion et du clergé, et bientôt parurent les ordonnances qui expulsaient les membres de la compagnie de Jésus , limitaient le nombre des élèves des petits séminaires à un maximum de vingt mille , défendaient d'y admettre des externes , imposaient aux internes l'habit ecclésiastique , les privaient de la faculté d'être admis au baccalauréat, exigeaient enfin des membres du corps enseignant une déclaration qui montrait plus encore que tout le reste le but de ces mesures. (1)

Dès la veille du jour où parurent ces fatales ordonnances, M. l'archevêque s'était rendu auprès

(1) Voir aux pièces justificatives . J.

( l^5 ) du roi pour le supplier de ne pas y donner son adhésion: quand elles furent publiées, il réunit à l'archevêché les archevêques et les évoques présents à Paris, rédigea, de concert avec eux, et soumit à ses collègues auxquels leur éloignement n'avait pas permis de participer à leur délibération, un projet de Mémoire au roi qui fut admis par tous, et présenté à Sa Majesté par M. le cardinal de Clennont-Tonnerre, qui le signa au nom de l'épiscopat français et comme son doyen (i). 'L'archevêque de Paris fit plus encore : il défendit aux aumôniers des collèges de son diocèse de signer la déclaration , leurs fonctions dans ces établissements étant purement spirituelles, et ne les plaçant sous les ordres que de l'autorité ecclésiastique , défense à laquelle le ministre donna son approbation pour tous ceux de MM. les aumôniers qui ne participaient pas à d'autres titres à l'enseignement.

La résistance de l'épiscopat tout entier à des mesures qu'il ne pouvait en conscience ni approuver ni adopter , fit faire aux dépositaires du pouvoir des réflexions sérieuses, et si les ordonnances ne furent pas rapportées, on les exécuta du moins de manière à en rendre les dispositions moins funestes. « Une de ces graves questions qui troublèrent si souvent la concorde du sacerdoce et de l'empire, disait M. de Quélcn dans une lettre

(1) Voir aux pièces justificatives, K.

( i56 ) pastorale du 1 1 novembre 1828 , avait été malheureusement soulevée parmi nous ; afin d'en prévenir les conséquences funestes , pour concilier tous leurs devoirs avec toutes leurs affections , les évêques dans leur anxiété , ont à-la-fois réclamé des adoucissements et des lumières qui leur permissent de satisfaire tout ensemble au besoin de leur conscience et à celui de leur cœur; les augustes chefs de l'Église et de l'État se sont communiqué leurs pensées et leurs désirs ; le Seigneur, inclinant vers lui ces deux volontés suprêmes, les a réunies dans un même esprit de sagesse et de conciliation; enfin l'épiscopat français, presque unanime cette fois comme la première , malgré les obscurités qui enveloppaient une affaire si délicate et si pénible, s'est cru suffisamment autorisé à se soumettre à des mesures que, d'un côté, l'intervention pacifique et persuasive du vicaire de Jésus-Christ , et de l'autre la noble et pieuse condescendance du fils de saint Louis paraissent avoir rendues désormais tolérables à la conscience. »

La mort de Léon XII, auquel nous avons vu déjà le premier pasteur du diocèse de Paris payer un si juste tribut de regrets et de vénération , lui offrit l'occasion de prémunir les fidèles contre un nouveau danger qui menaçait l'Église.

«Cette douleur, déjà par elle-même si juste et si légitime, disait-il à ses diocésains en leur parlant de la mort du souverain pontife, s'augmente encore par les graves circonstances où se trouvent placées la

( >57 ) religion et l'Eglise de France en particulier. Chaque jour ses soupirs et ses gémissements sont consignés au livre des douleurs. Celui des consolations doit-il bientôt s'ouvrir pour elle? Hélas! aurait-il donc été scellé de nouveau et fermé sur latombe de Léon XII ! Qui pourrait n'être pas attendri au récit de ses longues infortunes ? qui pourrait n'être pas effrayé à la vue de ce qui lui reste à souffrir ! Après ses anciens malheurs, à côté de ses tribulations récentes, quelle source nouvelle d'embarras et de chagrins semble jaillir encore! Quelle semence de discorde et de maux n'apercevons-nous pas s'élever et se développer dans son propre sein? Tandis que nous croyions n'avoir à craindre que de l'audace ou des embûches de nos ennemis déclarés, qui ne nous laissent ni trêve ni relâche , voilà que l'esprit de système , triste et dangereuse tentation des plus beaux talents, s'est introduit, se manifeste dans les camps du Seigneur, et nous menace d'une guerre intestine ; non content de cette vaste carrière des innocentes disputes, que la vérité elle-même laisse à ses enfants la liberté de parcourir , mais dont elle leur défend de franchir les limites, il veut ériger en dogmes ses propres opinions, en nous accusant sans justice de dépasser nous-mêmes les bornes de ce qui a été défini par l'autorité infaillible de l'Eglise.

« Non content de s'ériger en censeur amer de ceux dont on doit du moins toujours respecter le caractère et les intentions , il se fait hardiment le détracteur d'un de nos plus grands rois et du plus

( *58 ) savant de nos pontifes; il proclame sans autorité comme sans mission, au nom du Ciel, des doctrines subversives de l'ordre que Jésus-Christ a établi sur la terre , en partageant son pouvoir souverain entre deux puissances distinctes, indépendantes l'une de l'autre , chacune dans l'ordre des choses qui lui ont été confiées : Doctrines qui , selon le sens naturel qu'elles présentent, ne tendent à rien moins, malgré les intentions les plus louables, qu'à ébranler la société tout entière dans ses fondements , en détruisant l'amour de la subordination dans le cœur des peuples , et en semant dans celui des souverains la défiance contre leurs sujets; doctrines qui, loin de servir la religion, ne peuvent que lui susciter des persécutions de tous les genres, en la représentant comme une dominatrice inquiète et jalouse , qui foule tout à ses pieds; doctrines d'ailleurs qui ne sont appuyées sur aucune preuve solide, dont on ne trouve pas de monuments successifs et durables dans l'antiquité, qui ne portent point avec elles ce caractère d'universalité tjui distingue la foi de l'Église et son enseignement de celui de toutes les sectes; doctrines que nous n'avons reçues ni de Jésus - Christ , ni de ses Apôtres , qui n'ont pour elles ni l'autorit(! de l'Ecriture, ni celle de la tradition; doctrines, par conséquent, que nous gémissons d'entendre annoncer , fût-ce par le plus habile écrivain , par le plus profond puhliciste, par le plus grand génie, et, si nous osions le dire après l'apôtre saint Paul, par un

( >5S ) ange même descendu du ciel : doctrines que nous nous sommes efforcés d'arrêter tantôt par notre silence, tantôt par nos protestations réitérées et publiques ; doctrines enfin que nous repoussons avec toute la loyauté d'un cœur français , sans croire rien perdre pour cela de l'intégrité d'une âme catholique. »

L'auteur auquel le prélat fesait allusion dans ce passage, et qui venait de publier son livre Des Progrès de la révolution et de la guerre contre l'Eglise , ouvrage, plein de paradoxes , où l'on trouve entre autres propositions inqualifiables celle-ci : quiconque adhère au premier article ( de la déclaration de 1682 ) adhère à l'abolition complète ^ absolue de la religion catholique et de toute religion , loin de se renfermer dans un silence que le respect et les règles de la subordination ne lui imposaient pas moins que les plus simples comenances , fit alors paraître , au grand scandale des fidèles , ses Lettres à l'archevêque de Paris, et voulut engager une controverse dans laquelle il avait mis par avance tous les torts de son côté. Ironie amère, conseils plein de fierté et presque de dédain , persé\érance à soutenir des opinions condamnées par l'épiscopat tout entier , voilà à quoi se réduisait un factum dans lequel la mauvaise foi la plus évidente (1) le disputait à la plus formelle insu-

(1) M. de La Mennais se faisait une arme contre M. l'archevêque do Pari-, (I Uni' faut- d'Impression du mandcun ut rectifiée par une circulaire ad //(«(.

( *6o ) bordination. Un évêque attaqué par un simple prêtre, et d'une manière aussi outrageuse, ne peut descendre ni à se justifier , ni à discuter : il sait pardonner les injures , il ne doit pas compromettre son ministère. Ce double devoir , M. de Quélen le remplit par son silence au moment qui nous occupe , et par la lettre la plus charitable, la plus paternelle , quand les égarements du prêtre qui avait si gravement méconnu envers lui les plus simples obligations de son état le précipitèrent dans l'abîme où nous le retrouverons plus tard. Mais n'anticipons pas sur les événements, et quelque belle que soit la lettre écrite par M. l'archevêque de Paris à M. de La Mennais , réservons-la pour l'époque où nous aurons à citer plus d'un témoignage touchant de sa sollicitude pastorale.

Elle lui inspirait alors une des plus belles cérémonies dont il nous ait été donné d'être témoins , et le portait à honorer par un acte solennel et public la mémoire du saint fondateur de tant d'asiles où tant d'enfants abandonnés retrouvent de nouvelles mères , où tant de pauvres malades recouvrent à-la-fois et le repos de la conscience et la santé du corps. Rien de plus touchant que le mandement par lequel l'archevêque de Paris annonça la translation dés reliques de saint Vincentde-Paule, de cet homme qui a réduit au silence les ennemis les plus implacables et les plus ardents persécuteurs ; au pied des images duquel l'impiété s'est abaissée; auquel un siècle impitoyable

( >6i ) et cruel a pardonné sa vertu ; devant lequel tomba prosternée l'orgueilleuse rivale de la religion, cette philosophie aussi dédaigneuse qu'elle est stérile en bonnes œuvres , et qui, désespérée de ne pouvoir ni se passer de ses ouvrages ni s'en approprier la gloire, se vit forcée de lui ériger une statue.

« Qui- sait, disait le prélat, qui sait si dans son délire elle n'avait pas eu la pensée de lui décerner les honneurs de son Panthéon ! Dieu ne l'a pas permis. Tandis que les restes impurs des plus coupables corrupteurs de la société, que les honteux cadavres d'hommes de sang étaient insolemment portés en triomphe et placés dans le temple du Très-Haut ; tandis que les ossements des pontifes et des rois, tirés de leurs sépultures, devenaient le jouet de brutales fureurs ; tandis que, pour éprouver notre foi, le Seigneur souffrait que les reliques de ses saints fussent dispersées, détruites ou livrées à la dérision des impies , il défendait de toute atteinte le corps de saint Vincent-de-Paul , et la divine bonté réservait à notre épiscopat la consolation de le replacer avec pompe sur les autels, dans une église nouvellement bâtie sous son invocation. »

Cette belle cérémonie eut lieu en effet le 2 5 avril 182g, et, là encore, la fermeté de l'archevêque de Paris dut résister à la faiblesse et aux craintes des dépositaires du pouvoir, qui songeaient, pour éviter quelque manifestation hostile, à interdire la procession extérieure, quand, avec une confiance qui l'honore, il déclara prendre tout sur lui, répondre Pe Pau ni.. 1 1

( >62 ) de tout , et ne vouloir d'autres troupes que celles nécessaires pour donner plus d'éclat à cette glorieuse solennité.

À trois heures commença cette marche triomphale du saint et modeste prêtre dont le nom réveille de si beaux souvenirs. Elle s'ouvrait par une députation des habitants de Clichy, où il avait été curé, et qui avaient voulu venir en corps, avec leur bannière paroissiale, prendre part aux honneurs rendus à leur ancien pasteur. Les associations d'hommes de Sainte-Geneviève et de Saint-Joseph suivaient avec leurs bannières et en chantant des cantiques. Les frères des écoles chrétiennes précédaient, fort nombreux, les élèves des séminaires de Saint-Sulpice (de Paris et d'issy), de Sainl-Nicolas, du Saint-Esprit, de Picpus et des Irlandais. Après eux venaient les ecclésiastiques des paroisses, des collèges, des couvents, les curés de la banlieue, ceux de la ville en étole, les prêtres de la congrégation de la mission, dignes enfants de saint Vincentde-Paul, qui devaient avoir une place distinguée dans une pareille cérémonie, et qui escortaient en quelque sorte la châsse (1) portée au milieu d'eux par des associés de Sainte-Geneviève, revêtus d'aubes et formant trois divisions qui se chargeaient alternativement du précieux fardeau. Un groupe

(1) Cette châsse, en argent massif, et au dessus de laquelle le saint est représenté s'élevant vers le ciel entouré (.langes, est à jour sur les côtés, et laisse voir les habita saccrdolauv dont le corps est re\èlu.

( i63 ) de plusieurs centaines de filles de la Charité, tant de leur maison principale que de leurs autres établissements de Paris et des environs, accompagnait et suivait le corps , qui était ainsi entouré de sa famille, à laquelle on avait eu l'heureuse pensée de joindre quelques enfants - trouvés , nouvel hommage rendu à celui qui leur avait ouvert un asile. Les chanoines de divers chapitres précédaient ceux du chapitre métropolitain; puis venait la chapelle du roi, et enfin les prélats au nombre de dixsept et dans l'ordre suivant : MM- les évèques de Versailles, de La Rochelle, de Grenoble, de Bayeux, de Soissons, de Chartres, de Nancy, de Samosate, de Chàlons, de Moulins ; M. l'ancien évoque de Tulle; MM. les évèques de Belles, d'Amiens, d'Evreux, de Luçon, de Montauban ;M. l'archevêque nommé de Sens, et M. l'archevêque de Paris, en chape et en mitre, assisté de deux de ses grandsvicaires, er suivi d'une foule de personnages de distinction et de hauls dignitaires de l'Etat.

Malgré les elforts de plusieurs journaux, qui ne cessaient depuis plusieurs jours de déclamer contre l'illégalité des processions, de contester l'authenticité d'une relique reconnue avec un soin qui ne permet pas le moindre doute, (1) et de se permettre les plus indignes et les plus révoltantes plaisanteries, la population qu'on eut dit s'être ébranlée tout entière, tant les rues et jusqu'aux fenêtres de

(<) Les procès -verbaux en ppl ■ lt publiés au mois de m;ii suniuit

( i64 ) toutes les maisons étaient encombrées de spectateurs, semblait protester par son silence contre toutes les tentatives faites pour l'égarer , et autorisait le vénérable prélat à se réjouir et à dire dans l'expansion de sa joie:

« Voilà , N. T. C. F. , ce qui a été vu par plus de trois cent mille témoins, à la tête desquels nous devons citer avec un juste éloge vos magistrats si recommandables et tant d'illustres personnages qui se sont fait un devoir et un honneur de donner en cette circonstance l'éclatant témoignage d'une religion sans faiblesse comme sans ostentation ; nous ne disons pas assez : voilà ce que la population presque entière de cette immense capitale peut attester. Partout sur le passage des reliques de X homme de Dieu, depuis l'église métropolitaine, où la foule s'était succédée pendant un jour entier, jusqu'à la chapelle de Saint-Lazare, où elle n'a cessé d'abonder pendant toute la neuvaine, partout, dans les rues, jusque sur le toit des maisons, comme l'Evangile remarque qu'on le voyait sur le passage de Jésus-Christ, l'affluence , le respect, les transports; partout, l'allégresse sur les visages, et sur les murailles elles-mêmes les signes les moins équivoques de religieux hommages et d'une vive satisfaction. »

Le résultat de cette grande solennité prouve combien M. l'archevêque était encore populaire : une circonstance peu connue témoigne de la confiance que donnait en lui, quelques mois auparavant, cette incontestable popularité.

Quand, au mois d'août 1829, avait été formé le ministère de M. de Polignac , celui-ci avait été chargé de faire, de concert avec M. de La Bourdonnaye, une démarche auprès de M. de Quélen pour obtenir de lui qu'il acceptât le portefeuille des affaires ecclésiastiques.

M. l'archevêque connaissait trop bien et les hommes et les choses pour se faire illusion sur les difficultés immenses qu'allait rencontrer à chaque pas l'administration nouvelle, et pour se dissimuler que sa présence dans le conseil ne ferait qu'augmenter les embarras d'uneposition déjà si délicate. Il refusa.

llesté seul avec lui, M. de La Bourdonnaye insista de nouveau avec plus de force, proposa même une combinaison qui, en excluant du cabinet le prince de Polignac, donnerait la présidence du conseil à l'archevêque de la première ville du royaume; tout fut inutile; il aima mieux laisser accuser son dévouement, laisser mettre en doute des senti timents auxquels il devait faire bientôt de si généreux et de si nobles sacrifices, que d'entrer dans des vues dont il redoutait les suites, dans un système qu'il ne pouvait approuver. — Ce fut ce ministère, dont il avait refusé de faire partie, qui lui fit donner, au mois de mai suivant, le cordon de l'ordre du Saint-Esprit, seule décoration qu'il ait jamais eue.

Cependant les circonstances prenaient un caractère de gravité qui fesait naître de vives inquiétudes. Dissoute par le roi, auquel elle avait refusé son concours, la Chambre des députés allait être

renouvelée ; nos soldats se dirigeaient sur Alger pour y venger l'insulte faite à la France dans son représentant.

Voici comment parlait l'archevêque de Paris dans ces deux occasions :

« Tandis que nos généreux guerriers vont affronter les dangers de la mer, l'ardeur d'un climat brûlant et les impétueuses attaques du Sarrasin farouche, pour venger l'honneur français et pour arborer le pavillon du roi sur les rivages de l'Afrique, nous verrons ce même drapeau sans tache, déployé au sein de la patrie, flotter avec assurance au milieu de ces oscillations politiques qui se renouvellent dans certaines circonstances déterminées par la volonté du monarque, au milieu de ce mouvement général des opinions en sens divers, suite inévitable de notre système représentatif, combat nécessaire, quelquefois incertain, dont les plus habiles eux-mêmes redoutent les résultats, à cause des passions qui luttent sans cesse contre l'ordre et le bon droit, et parce que la prudence humaine est toujours en défaut de quelque côté. Mais l'esprit de foi se rassure lorsque tout s'agite ou s'inquiète autour de lui, parce que toujours il se confie dans la protection du Seigneur et dans l'assistance de la sagesse divine, qui sait faire servir les passions les plus redoutables des hommes aux plus miséricordieux desseins. 1. a bannière des lis. inséparable de la croix, sortira cette fois encore victorieuse et triomphante de ces orages passagers. »

Bientôt, en effet, la bannière des lis était arborée sur la plage africaine , et le prélat disait :

« Le ciel a entendu nos prières , le Seigneur a exaucé nos vœux, Dieu a béni nos armes, Alger est pris !!! Le pavillon du roi (lotte sur ses remparts; l'insolent pirate courbe maintenant la tête sous l'épée victorieuse de la France, et se rend à discrétion. Trois semaines ont suffi pour humilier et réduire à la faiblesse d'un enfant ce musulman naguère si superbe ; ainsi soient traités , partout et toujours, les ennemis de notre seigneur et roi, ainsi soient confondus tous ceux qui osent se soulever contre lui : Fiant sicut puer inimici Domini mei régis, et universi qui consurgunt aduersds eum in malum.

Quelques jours après, le roi se rendà Notre-Dame; M. l'archevêque le reçoit et lui adresse ce discours dont les dernières lignes ont eu une si fausse et si funeste interprétation.

« Sire, que de grâces en une seule! quel sujet plus digne de notre reconnaissance aussi bien que de notre admiration , que celui qui amène aujourd'hui Votre Majesté dans le temple de Dieu et aux pieds des autels de Marie !

«La France vengée, apprenant encore une fois qu'elle peut se reposer sur vous du soin de sa gloire comme de son bonheur; l'Europe affranchie d'un odieux tribut , bénissant votre sagesse et votre puissance; la mer purgée de pirates, abaissant sous vos voiles ses Ilots paisibles; le commerce tranquille . saluant avec amour voire pavillon partout

respecté ; l'humanité triomphant de la barbarie ; la croix victorieuse du croissant ; les déserts de l'Afrique retentissant des hymnes de la foi ; la religion long-temps captive sur une terre désolée vous proclamant son libérateur ! ! Fils de saint Louis, quel motif plus légitime de consolation et de joie pour votre cœur noble et généreux , et pour nous, vos sujets fidèles, quelle juste cause d'allégresse et de transport!

« Ainsi le Tout-Puissant aide au roi Très-Chrétien qui réclame son assistance. Sa main est avec vous, Sire : que votre grande âme s'affermisse de plus en plus : votre confiance dans le divin secours et dans la protection de Marie, mère de Dieu, ne sera pas vaine. Puisse Votre Majesté en recevoir bientôt encore une nouvelle récompense! Puisse-t-elle bientôt venir encore remercier le Seigneur d'autres merveilles non moins douces et non moins éclatantes. »

Nous allons voir bientôt, par la suite des événements que non seulement M. l'archevêque n'a point été et n'a point pu être le fauteur des ordonnances de juillet , mais qu'il ne les a pas même connues avant leur promulgation , et que la colère du peuple , en dévastant sa demeure et en menaçant sa vie , a été doublement injuste et aveugle.

Ici se termine la première période de l'épiscopat de M. de Quélen. C'est maintenant proscrit et persécuté que nous allons le suivre, c'est-à-dire offrant au monde étonné un des plus nobles et des plus beaux caractères qu'ait inspiré la religion.

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