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des mains aussi habiles que malveillantes, et en présence d'une population malheureusement fort disposée, depuis les derniers événements, à y applaudir. Jusqu'ici M. l'archevêque de Paris a eu le courage de supporter ce genre de persécution, qui a été exercé sur lui avec un acharnement jusqu'à présent inoui; on l'a habitué à supporter tout ce que la rage portée au plus haut degré peut inventer de bassesse et d'horrible calomnie. Mais toutes ces craintes ne sont plus pour sa personne; il a à craindre en ce moment pour la religion, qui certainement éprouvera un nouveau préjudice, puisque le refus du serment doit immanquablement fournir les armes les plus redoutables aux ennemis de cette religion. Tels sont, Saint- Père , les motifs qui ont engageai, l'archevêque de Paris à prendre l'initiative, et à se présenter seul devant vous. Des événements de la plus haute importance s'étant succédés avec rapidité dans un si court espace de temps en France, peut-être la connaissance exacte des causes qui ont amené ces événements n'est-elle pas encore parvenue à Votre Sainteté. Comme elles sont très importantes à connaître par rapport à la décision que je soliicite auprès de vous, je vous prie , Saint-Père, de vouloir bien lire l'exposé que je vais en faire le plus brièvement possible.
Trois opinions se partagent aujourd'hui la France : il y a d'abord l'opinion républicaine , la plus faible des trois , si on la considère sous le rapport du nombre , et cependant très dangereuse par le fanatisme et l'audace qui anime ses sectateurs. Cette opinion se trouve présentement dans un grand discrédit , parce qu'on connaît par expérience les moyens dont elle s'est servie jusqu'à présent pour arriver jusqu'au pouvoir, moyens qui ne sont autres que la ruine du trône et de l'autel; moyens, par conséquent, qui ne pourraient réussir en ce moment
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qu'après d'effroyables convulsions et des flots de sang ; car, à moins que d'être complètement aveugles, ou de commettre l'erreur grave de vouloir juger l'esprit religieux de nos provinces par celui qui règne à Paris, il est avéré que l'opinion de la France est essentiellement monarchique et religieuse.
Une autre opinion est celle des partisans de l'ancienne monarchie ; opinion bien différente du parti républicain , qui ne se compose en presque totalité que de jeunes gens inexpérimentés, de personnes peu instruites, ou même d'hommes tarés qui désirent un renversement afin de s'emparer du gouvernement et d'en faire la conquête à leur profit Le parti de l'ancienne monarchie est, au contraire, composé de la haute noblesse et de la presque totalité du clergé. Si ce parti est respectable par sa composition non moins que par les motifs honorables sur lesquels il fonde son opinion , on ne peut néanmoins se dissimuler que ses vacillations continuelles, sa manière de gouverner constamment équivoque, et surtout l'inconcevable maladresse avec laquelle, en aussi peu de jours, il s'est laissé arracher le sceptre , l'ont jeté dans le discrédit le plus complet. Ce parti , par suite de la double abdication du roi et du dauphin , veut une régence et le maintien de la succession en ligne directe. Si le droit est pour cette opinion, qui oserait assurer que l'exécution en soit possible ? Presque toutes les régences ont été, en France, des époques de troubles graves ; il n'y en a pas une seule qui n'ait favorisé l'envahissement du trône. J'ose le demander à Votre Sainteté , qui le défendrait, ce trône, s'il était occupé par un enfant en bas âge, isolé de sesproches, entouré de factions puissantes, et se trouvant pour toutes un objet d'animosilé et de défiance? Où d'ailleurs pourrait-on trouver un homme capable de gouverner la France dans l'état où elle se trouve.
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avec un titre si précaire que le serait celui de régent? Ajoutez à cela, Saint Père , que , si l'on considère attentivement et avec impartialité noire él it actuel, il est impossible de ne pas convenir que , si on venait à échouer dans un plan qui n'est pas soutenu, et qu'on peut même dire être réprouvé de la nation presque entière, on s'exposerait à tomber dans la guerre civile et dans l'anarchie, dont la plus heureuse issue serait le despotisme militaire, c'est à dire dans toute la série d'événements qui ont si long-temps ensanglanté la France et l'Europe. Doit-on s'exposer à de pareils malheurs pour l'exécution rigoureuse d'un principe qui n'a pas même toujours été respecté dans ces derniers temps ? Je laisse à votre haute sagesse, très Saint-Père, à prononcer si nous ne serions pas plutôt dans une de ces rares circonstances qui ordonnent de faire des exceptions à ce principe, pour ne consulter que l'intérêt public seul.
La troisième opinion, celle dont il me reste à parler à Votre Sainteté, est sans contredit celle qu'on doit regarder comme dominante , puisqu'elle est celle de la classe mitoyenne presque tout entière; classe d'autant plus influente aujourd'hui, que c'est chez elle que se trouvent réunis presque tous les talents et la majeure partie des richesses. I, 'opinion de cette classe n'est pas, à la vérité, d'une uniformité parfaite. : elle est subdivisée en nuances qui se rapprochent plus ou moins des principes populaires ou monarchiques; mais la connaissance de ces nuances diverses est d'une faible utilité pour parvenir à une juste appréciation de l'esprit qui domine en ce moment en Fiance, puisque dès l'instant que les partisans de la république ou ceux de l'ancienne monarchie se montreraient hostilement , toutes ces nuances s'eflaceraient pour se réunir : vous en trouverez un exemple frappant dans la dernière révolution, si vous voulez con-
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sidérer avec quelle facilité le sceptre a été arraché en trois jours à l'un et à l'autre parti.
Cette troisième opinion, qui, je le répèle , l'emporte infiniment en nombre et en moyens sur les deux autres, et qui est, on ne peut se le dissimuler, l'opinion nationale, veut une monarchie; mais elle la veut limitée au pouvoir de faire exécuter les lois résolues par les deux Chambres, conjointement avec le roi; elle établit l'aptitude des Français à toutes les places; elle exige des juges inamovibles et le jury; elle défend de soustraire qui que ce soit au juge que lui assigne la loi; elle salarie le culte catholique, parce qu'il est la religion du plus grand nombre , sans altérer en rien la liberté qu'elle donne à tous les cultes ; elle veut la liberté de la presse sans restrictions autres que les lois établies pour en réprimer les abus. Voilà, très Saint-Père, dans un court exposé, les principaux articles de la Charte dont l'opinion publique poursuit impérieusement l'exécution , laquelle Charte est peu différente de celle donnée par Louis XVIII, et jurée par son successeur. M. l'archevêque m'avait chargé de vous en présenter un exemplaire : heureusement je l'ai oublié à Paris ; car, après les recherches continuelles et minutieuses qui ont été faites dans mes papiers pendant mon voyage, j'aurais très certainement été compromis gravement si elle y eût été trouvée ; c'est cette omission qui m'a engagé à vous en présenter les principaux articles.
Je m'abstiens de tout ce qui pourrait être dit pour ou contre cette Charte, pareeque cette discussion serait tout-à-fait inutile pour arriver à la solution de la question principale, qui est de savoir si cette Charte , bonne ou mauvaise, réunit ou non l'assentiment de la grande majorité des Français. Plusieurs faits aussi notoires qu'irrécusables semblent le prouver.
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Sans alléguer l'esprit qui a dominé dans les dernières élections , on ne peut nier que la facilité avec laquelle se sont opérés les derniers changements, le peu d'opposition qu'ils ont éprouvé, (puisqu'il serait difficile, dans le grand nombre de révolutions auxquelles nous avons été successivement exposés , d'en citer une seule où il y ait eu moins de résistance) ne prouvent évidemment que ces changements se trouvent en harmonie avec l'opinion générale. Une autre preuve de la force de cette opinion , c'est que, devenue dominante, les noms de ceux qui lui ont été les plus contraires n'ont pas été, suivant l'usage des autres révolutions, inscrits sur des tables de proscription; elle a fait plus: loin d'imposer silence aux journaux qui lui sont le plus opposés, elle leur laisse pleine et entière liberté , quoique ces journaux , au lieu d'adoucir leur langage hostile envers elle , l'aient encore augmenté. Une pareille tolérance n'aurait pas lieu si le parti qui domine actuellement en France n'avait pas la conscience de sa force, car ce n'est pas ainsi que procède la faiblesse.
Enfin, ce qui doit démontrer que l'esprit dans lequel ont été faits les derniers changements est véritablement conforme à celui de la France, c'e9t la persévérance avec laquelle cette même France sollicite et combat, depuis plus de quarante années, pour obtenir précisément et à peu de chose près le gouvernement qu'elle possède aujourd'hui. Vous en serez persuadé, très Saint-Père, en reconnaissant que la Charte de i85o se trouve basée sur les mêmes principes que ceux adoptés, il y a plus de quarante années, par l'Assemblée constituante; fait véritablement étonnant chez une nation qu'on accuse d'inconstance et de légèreté; fait de la plus grande importance pour la solution de la question que je prends la liberté d'exposer à Votre Sainteté. En effet, si, après