CHAPITRE VII. ;i
rrgri:ls? il faul que je jouisse pleinement du plaib'iv de le voir.
fl Adieu, bonsoir, chères amies, j'embrasse ces cliers enfants; il me semble que je suis auprts de loul ce monde-là, qu'on m'embrasse, qu'on m'appelle Jules, mon oncle, ma biche, tous ces noms !»i rares pour moi depuis loo};temps. Mon Dieu ! que de grâces j'ai à vous rendre !..«. J'ai bien admiré, bonne amie, sa providence sur loi, il le mène
comme par la main • Nous nous plaisons
à inpporlcr ces détails, quelque petits qu*ils paraissent , ils peignent au nalurcl un cœur tendre et affectueux qui seprcle avec abandon aux joîrs simples et pures de la famille et de ramilié.
Deux années plus tard» en 1800, il conduisit le jeune de Sully aux eaux de Plombières. Il eût bien voulu pouvoir à son tour visiter sa sœur qui , comme nous l'avons dit , demeurait alors
en Suisse ■ J*ai passé bien près de loi,
mon enfant, lui écrivait-il, il ne m'eût fallu qu'une pt^lile journée pour aller l'embrasser; maïs il a fallu me contenter de penser à toi , et an plaisir que j'avais de me sentir dans ton voi" «iinage , s'e:!t bientôt joint le regret de ne pouvoir me réunira toi et de m'éloigner' davantage. En-' fin , me voici dans les gorges de Plombières pour deux mois au moins , et qui sait si la Providence nous permettra , au bout de ce terme , de nous revoir? Au moins lu peux être sûre, chère boane.
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que de près comme de loin , je l*aime en bon frère ei encore plus en véritable ami , et que je suis tout h toi. Je penserai à toi , tu ne m'oublieras pas» nos cœurs s'entendront toujours» et quoi* qu'à une grande distance , nos fimes demeureront
unies. » '^
M*** de Villers instruisait son frère en détail de tout ce qui avait rapport à ses enfants , elle le mettait au courant de leurs bonnes qualités , de leurs défauts , de ses craintes comme de ses espérances pour leur avenir, c Ce que tu me dis de tes enfants , lui répondait -il » me fait craindre que lu n'aies bien à travailler pour détruire le inal que la dissipation leur aura fiiit. Tu feras bien de veiller particulièrement sur le travail des mains et sur leur caractère» il faut leur donner rfaabitude d*étre continuellement occupées et de t'obéir sur-le-cbamp. Je te conseille de peu raisonner avec elles» d'exiger qu'on obéisse promptement et sans réplique , de parler le moins possible ; point de gronderies , rien n'est plus opposé an but; point d'impatience, les enfants s'en prévalent » ou au moins s'habituent au 'ion grondeur , ce qui est pire. Des ordres précis , si on n'obéit pas promptement, un mausiaehan , sans impatience» et accompagné d'un seul mot, obéisêez. Quand j'ai assez de courage pour prendre ce ton avec mon élève , il me réussit. Quand je raisonne » il se trouve qu'il en fait autant que
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moi el qu'eulriilaé par son oaractèro il oublie mon raisonnement et le sien et suit son penchant. Surtout diligenteles.et pour cela, commence par te dilîgenter toi-même; toi et moi nous aTons besoin de cette leçon. Il est urgent.quVIles prennent l'habitude de l'actiTité et de l'ordre à tout ce qu'elles font. J*aimorais mieux qu'elles ne sussent pas lire et qu'elles fussent rangées et exactes, c'est surtout dans leurs jambes et dans leurs doigts que doit être leur science ; le reste est d'agrément et ajoute la grice è l'édifice, mais les premières qualités sont tout le solide. »
La joie que gobtaient M. etM^'deSully à la vue du changement admirable qui s'était opéré dans leur fils, objet unique de leurs afiections, ne fut pas de loogue durée» et Dieu leur rappela bientôt que le bonheur ici* bas n'est jamais sans mélange, t Plu sieur^ fois, depuis longtemps^écrtrait M. de Simony h sa sœur , en voyant cette famille si unie » ce mari ai respectable » cette femme si rertueuso et si tendre , cet enfant qui annonçait dé si heureuses dispositions, le bonheur, me disais*jc, doit être au sein d'une semblable aotoo; mais ce calme profond n'est il pas le. précurseur de la tempête ? Je ne saurais te dire combien, de fois cette idée est Tenue trarerser la joie que j'éprouvais à l'aspect de ces oouds ai doux» et que la vertu elle-même s'était plu I former. •
Ces craintes ne tardèrent pas à se réaliser.
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Bepuît qnelquo temps, la sanlé de M. de SuUy paraifMÎt s'affaiblir. Les médecins ordonnèreal les eaax de Plombières. M. de Sully avAÎi une répugnance irès-forle pour ce voyage dojU le lerme devait être aussi celui de sa ?îe. Cependant il le fit par obéissance. Ce fut pendant le Toyagc même que se déclara tout à coup la maladie qui devait le conduire au tombeau. Dès lors il ii*eut plus un moment qui ne fi^t marqué par d*affreuscs douleurs. « Dès lors, aussi , nous dit M. de Simony, témoin de ses maux ot de sn constance, il fit paraître un courage inébranlable , une résignation parfaite » un abandon lotal de lui-même au bon plaisir de Dieu , une bonté, une douceur, une sérénité qui ne le quillèrenl pas un seul instant. Un de ses médecins» par des remèdes peu mesurés , avait sans aucune utilité augmenté visiblement ses souffrances, et aggravé son état. M. de Sully ne répondit à cette imprudence qu*en témoignant h celui qui en était Tau teur plus de sensibilité et de reconnaissance pour les bons offices qu*il en recevait. Un seul ioatani il parut ému ; ce fut celui où faisant ses derniers adieux à sa famille , il se représenta Tétai de dé* laissement où sa mort allait laisser son épouse et son fils , et où, réunissant toutes ses forcei * il leva les mains sur la tête de son en&nt pour lui donner sa bénédiction et ses derniers avis. ^ M911 fils , lui ditU, sots bon chrétien , c*est le va^u le
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rdent de Ion père et le seul moyen d'ôire ûx en celle Vie eien Tautro. » li laissa alors |>ér quelques pleurs, tandis que tous ceux 1? ironnaientfondaient en larmes» Mais bienenanl à la pensée de Dieu^idont son cœur leîn , il reprit ce calme que rien ne fut plus e d'altérer jusqu^à son dernier moment, t le Simony, en nous retraçant la mort édidu duc de Sully» supprime nn trait qui lui op 4lionneur |k>iir ne pas être rappelé, ilien Je Sully s'empressa d'écrire» pour serfer» le* dernières paroles que sou père de lui adresser; Or, à la suite de celles que iFOOfl Miéei»-k 4uc de Sully ajouta :
ecte et aime bien ta mère, sois-lui tououmià, rends«la heureuse par ta conduite, is sa seule consolation. Aime bien aussi Simony, c'est lui qui désormais.te tiendra père. Tu as bien des grâces à rendre à )ur te TaToir donné» pour t'avoir mis enmains. C'est une bien grande consolation toi de penser qu'en mourant je te laisse un i. Tn as en bien des torts envers lui , tâche *éparer, de ne jamnis lui manquer^ soyez s bons amis, tu me promets bien tout on enfant. Tu es un bon enfant» je connais ir. Que Dieu soit toujours le mobile de ta e et ton soutien. Ne t'attache point k e, elle passe bien ?ite. J'espAre que nous
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serons bientôt réunis tous ensemble k côté de lui. • Ces dernières paroles a?aient quelque chose de prophétique. Sept ans plus tard , le jeune de Sully quittait la fie k la fleur de Tâge , et Tannée suivante , M*? de Sully» figée seulement de quarante ans, allait re}oiDdre , dans la tombe , son époux et son fils.
La religion» que le duc de Sully avait honorée par une fie toute de vertus» lui prodigua ses consolations au milieu de ses cruelles souffrances; il eut le bonheur d'être assisté au moment de sa mort par un confesseur de la foi » qui » depuis les premiers jours de la persécution, menait une vie errante» exposé it mille dangers pour secourir ses frères. Ce saint prêtre lui administra les derniers sacrements et ne le quitta que lorsqu'il eut passée une vie meilleure (16 octobre 1800)» en prononçant ces paroles de l'Écriture : ■ Que je meure de la mort des justes. •
H. de SImony était trop uni & la famille de Sully poor ne point ressentir vivement le coup qui veDaik de la frapper ; mais il était trop sincèrement chrétien » pour ne pas tirer de ce triate événement les graves leçons qu'il renfermait. C'est sous l'impression de ce double sentiment qu*ii écrivit à sa sœur» le i4 octobre : • Je viens me consoler avec toi , bonne amie » du spectacle de désolation qui m'environne; l'état de H. de Sully est désespéré » son heure dernière appro-
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che ; son fils fient de déposer dans mon sein sa profonde douleur. M*"* de Sully est auprès de «on mari » la désolation dans le cœur» le calme •ur le visage y et me donnant lout à craindre pour elle des suites de sa douleur et des fatigues inouïes qu'elle éprouve depuis près d'un mois. Le présent et l'avenir» tout est a£Digeant pour moi» quand je considère tout ce qui m'environne.
Ainsi » ma chère amie, il
n'est point de bonheur tant soi peu durable sur la terre; ainsi Dieu n'épargne point ici-bas ses plus fidèles serviteurs. Souvent il se plaît à les frapper des coups les plus terribles. Il est donc une autre vie que celle-ci où il paie avec usure l'intérêt de ce que sa providence nous f<iit éprouver de maux ici-bas. Ainsi celle vie n'est qu'un court passage où nous avons marché constitm* nient sur des épines , afin que nous ne soyons pas (entés de nous y établir. Les noms de plaisir» de bonheur» do contentement sont donc de vains noms sur la terre » et il ne faut s'attendre à en voir la réalîlè que dans Tautre vie. Voilà , chère amie» les réflexions toutes naturelles que j'ai faites constamment depuis que je suis témoin de tant de maux, et aussi de tant de courage et de résignation. Tii sentiras que le bol de la Provi* dence dans les maux de cette vie est d'en déti'* cher les justes pour se les attacher sans réserve » et de s*en faire aimer par-dessus toutes choses*
7 8 TI£ DE MOMêEIGnEVa DE SIMO^IY.
Tu no trouveras pas élonnaDiqae je te fasse part de mes réflcxioDS , car tu les entendras et tu les comprendras mieux que personne. Inculque • les bien dans le cœur de tes enfants , c'est Théritage le plus précieux que tu puisses leur laisser; donne-leur noD'Seulement de la religion, mais de la piété, elle est le gage du seul bonheur dont on puisse jouir sur la terre, et de celui auquel nous aspirons dans le ciel. »
Deux jours après, il lui envoyait ces quelques lignes : < Tu n'auras qu'un mot aujourd'hui et qu'il sera triste ! M. de Sully a fini ses jours hier. Dieu lui a donné la récompense de ses douleurs et de ses vertus. Juge de ma situation au milieu de cette famille désolée* Mon amie, il n'y a rien de bon et de solide que Dieu , lui seul est immuable, et lui seul peut donner de véritables consolations. Que M"** de Sully est grande au milieu de sa douleur ! Que de foi et de soumission !.... i» C'est ainsi que tout élevait jusqu'à Dieu cette âme généreuse et chrétienne. M. de Simony s'habituait à voir, dans chacune des peines que Dieu lui ménageait, l'impression de sa main divine qui voulait le détacher de plus en plus de tout ce qui est mortel , et le préparer, par des renoncements successifs, au sacrifice de tout lui-même. Il fut obligé da difi*érer encore ce sacrifice de quelques années , mais ce délai ne servit qu'à le rendre plus parfait.
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