‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 144 sur 326 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Tandis qu'après ces grands actes accomplis par lui, on laissait M. de Talleyrand se reposer de l'effort qu'il avait dû faire, l'abbé Dupanloup, retiré à l'écart, tombait à genoux, pour rendre grâce à Dieu de ses miséricordes et lui demander d'achever son ouvrage; puis il courait porter à Ms1 de Quélen la plus grande joie qu'il désirât en ce monde, en lui remettant les deux pièces signées par le prince. Quand il revint à l'hôtel de M. de Talleyrand, il v trouva tout dans un mouvement extraordinaire; on attendait le roi, qui, l'expression est de M. de Barante, « cédant à limpulsion d'une ancienne amitié », vint en effet vers huit heures, accompagné de Madame Adélaïde, honorer le mourant de sa visite. M. de Talleyrand trouva encore assez de force pour témoigner sa respectueuse reconnaissance. « C'est un grand honneur, dit-il, que le roi fait à ma maison. » Le roi et Madame Adélaïde sortirent inondés de larmes.

L'émotion que lui causa cette visite fut suivie d'un long abattement. Après deux heures d'anxiété, l'abbé Dupanloup, qui venait de recevoir un billet de l'archevêque, s'approchant du lit : « Prince, dit-il, M?1' l'archevêque me charge de vous dire combien il est occupé de vous, combien votre état l'afflige, combien vous lui êtes cher. — Je suis bien sensible, dit le prince, d'une voix faible, aux bontés de M?r l'archevêque;... je le remercie... beaucoup... — Prince, continua l'abbé, vous avez donné ce matin à l'Eglise une grande consolation; maintenant je viens au nom de l'Eglise vous offrir les dernières consolations de !a foi, les derniers secours de la religion. Vous vous êtes réconcilié avec l'Eglise catholique que vous aviez offensée; le moment est venu de vous réconcilier avec dieu par un nouvel aveu et par un repentir sincère de toutes les fautes de votre vie. » « Alors, nous laissons ici parler l'abbé Dupanloup, il fit un mouvement pour s'avancer vers moi; je m'approchai, et aussitôt ses deux

» mon pontificat. >; Le lendemain le Pape m'envoya un chapelet magnifique en souvenir de la mort chrétienne de mon oncle, le prince de Talleyrand. » (Lettre de Mme de Castellane à l'auteur.)

raains saisissant les miennes, et les pressant avec une force et une émotion extraordinaires, il ne les quitta plus, pendant tout le temps que dura sa confession : j'eus même besoin d'un grand effort pour dégager ma main des siennes, quand le moment de lui donner l'absolution fut venu...

» Après son absolution, poursuit l'abbé Dupanloup, je ne pouvais me détacher de lui...: il fallut cependant le laisser se reposer d'une fatigue qui devait être très grande... Je voulais m'éloigner. C"est alors que levant ses yeux défaillants vers moi. il me rappela, et me prenant de nouveau les mains avec affection, il prononça très distinctement ces paroles : « Dites à M. l'archevêque... i M. le duc de Valençay et M. de Bacourt, qui soutenaient en ce moment sa tète, et moi, nous nous approchâmes, et je lui dis : « Prince, que désirez- vous que 'y dise a M. l'archevêque?... Il est certain que M. l'archevêque vous est profondément dévoué, à vous, à toute votre famille; et vous savez à quel point il aimait et vénérait le pieux cardinal de Périgord, voire oncle. - Et vous savez, mon oncle, reprit alors M. le duc de Valençay, combien M£r l'archevêque vous est, surtout a vous, toujours attaché. — Au point, repris-je, que ce matin encore il me disait qu'il donnerait volontiers sa vie pour vous. » Son émotion à ces mots fut extrême... et nous entendîmes distinctement ces paroles : < Dites-lui qu'il a un bien meilleur usage à en faire l. »

Quelque temps après l'abbé Dupanloup crut le moment venu de lui donner l 'extrême-onction. « il la reçut, ditil, avec une humilité, un attendrissement, une foi, qui me firent verser des larmes. » Puis, l'abbé Dupanloup,

1. On a récemment cité, sans le nommer, un gentilhomme, qui prétend avoir entendu raconter à l'abbé Dupanloup que M. de Talleyrand,

quand il s'est confessé, ne parlait déjà plus. Nous repoussons absolument ce témoignage. M. de Talleyrand avait si peu perdu, au moment de sa confession, l'usage de la parole, qu'il parla encore après avoir reçu l'absolution. Bien plus, Mme la marquise de Castellane (Pauline de Périgord) nous écrit et affirme, et d'ailleurs le récit de l'abbé Dupanloup le montre, qu'il parlait encore une heure avant sa mort. Il a donc parlé plusieurs heures après s'être confessé.

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