Ami de la religion, t. CXXIX, p
avait vingt et un à la procession de clôture ; trente prédicateurs s'y tirent entendre ; il y avait jusqu'à vingt et un sermons par jour dans les différentes églises, et partout la foule affluait. Le P. Lacordaire, le P. de Ravignan et l'abbé Dupanloup, les trois plus grands prédicateurs de France, avaient été invités. L'abbé Dupanloup voulut mettre cette campagne apostolique sous le patronage de Notre-Dame de la Délivrande, et il y alla faire dans le mois de mai un nouveau pèlerinage : force lui fut, dans cette course en Normandie, d'accepter à Caen une prédication à laquelle assistèrent trois cents prêtres l. Il y lit entendre un de ses plus brillants discours, le sermon sur les épreuves de l'Eglise.
Le Jubilé s'ouvrit le 10 juin. Ce furent des fatigues prodigieuses. Le P. Lacordaire ne vint pas : le P. de Ravignan tomba presque aussitôt malade et y brisa ses forces pour longtemps; l'abbé Dupanloup put aller jusqu'à la fin : jamais il ne s'était plus abandonné au zèle; mais les bénédictions de Dieu le payèrent largement de ses travaux. Nous pourrions citer ici les récits enthousiastes des journaux: belges; nous préférons ces quelques lignes, simples et modestes, de lui à sa mère
« 24 juin : Notre Jubilé touche à sa lin ; l'affaire a été chaude, et je n'aurais jamais cru pouvoir y résister. Je suis demeuré à peu près seul debout. Je fais demain la clôture du Jubilé et mes adieux à la ville. On a été ici plus content de moi que je ne l'aurais supposé. » Quelques mots de l'abbé Debeauvais, ajoutés en post-scriptum à cette lettre, en disent un peu plus ; « Je me réjouis de pouvoir vous raconter bientôt la magnificence du Jubilé, et toutes les joies divines et humaines qui coulent ici plus abondantes que la Meuse ; les milliers d'étrangers qui arrivent à chaque minute, la beauté des processions, et tant de choses qui éblouissent les yeux, charment la piété, et font envie pour notre pays de France. Je dois vous avertir que M. votre fils est ici dans un triomphe perpétuel. »
Il prêchait à Saint-Sulpice la station suivante de l'Aven t.
t. Lettre à sa mère.
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Ce fut alors qu'il nous fut donné pour la première fois de l'entendre. Il était à l'apogée de son talent. Ce qu'il pouvait y avoir eu d'abord de trop ardent dans son débit, s'était adouci : toutes ses facultés oratoires étaient dans une belle et grande harmonie. C'est le moment peut-être de l'apprécier comme prédicateur.
Les orateurs illustres de la première période du siècle, MM. Frayssinous, Legris-Duval, Borderies, Mac-Carthy, n'étaient pas restés sans successeurs; de plus jeunes occupaient avec honneur la chaire chrétienne. Il y eut alors de grandes apparitions : il fut du nombre1. Mais la conférence, genre nouveau créé par M. Frayssinous. et transformé par le P. Lacordaire, et à sa suite par le P. de Ravignan, n'était pas le sien. Ses sujets, comme son auditoire, différaient. Il n'était pas conférencier: il était prédicateur. Tandis que, sous les voûtes étonnées de Notre-Dame, ces deux orateurs, si dissemblables, mais si puissants, réunissaient tout ce siècle confusément mêlé, la jeunesse catholique et la jeunesse irréligieuse, les croyants et les demeurants du dix-huitième siècle, se tenant pour ainsi dire au vestibule du temple, s'adressant surtout aux hommes du dehors, et parvenant plus d'une fois, à force de talent, à les l'aire entrer, l'abbé Dnpanloup, lui, orateur chrétien, parlait surtout aux fidèles, prêchait le dogme et la morale, n'abordait que des sujets évangéliques, et si sa parole était doctrinale et militante aussi, elle était surtout exhortative; elle glorifiait la religion, elle interprétait magnifiquement nos mystères. Nous l'avons vu, aux jours des grandes fêtes chrétiennes, Pâques, Noël, la Toussaint, à la suite d'un de ces discours qui avait tenu suspendu à ses lèvres un vaste auditoire, mettre toutes les âmes, pour ainsi dire, dans l'enthousiasme de la foi. Sans être rigoureusement enchaînés, ses sermons formaient cependant un ensemble doctrinal et moral. Il se posait au cœur même de nos dogmes: la création, la chute, l'Incarnation et la Rédemption, la croix, l'autel, l'Église, tout ceten-