‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 217 sur 326 · Expression de M. de Salvandy · texte numérisé non relu

Expression de M. de Salvandy

semble merveilleux, qui est le christianisme même, c'est ce qu'il se plaisait à développer dans ses grandes stations. Et il n'exposait pas seulement la doctrine, il la justifiait, mais en partant des données de la foi, et par ce que nous appelons les raisons théologiques, celles qui, de Tordre surnaturel redescendant dans l'ordre naturel, découvrent les admirables harmonies des vérités révélées avec l'esprit et le cœur de l'homme. Même méthode pour les questions de morale, de pratique chrétienne : la lutte, le péché, la pénitence, le retour, la prière, ses sujets habituels, — tout l'Avent de 1846 à Saint-Sulpice fut sur la prière, — il les éclairait avant tout de la lumière des saintes Écritures: singulièrement heureux à ouvrir les textes sacrés, et à en faire jaillir des richesses inattendues. Cette base donnée à sa parole, il entrait alors au fond de ces questions, avec sa science étonnante du cœur humain — c'était là sa supériorité — et sa longue expérience des hommes et de la vie. Ajoutons à cela « les grandes vérités », les tins dernières qu'il prêchait souvent, et ses sermons sur la sainte Vierge, si célèbres, et qu'on appelait « les magnifiques » : « Allons entendre, disaiton, les magnifiques de l'abbé Dupanloup ; » et nous aurons le cycle entier de sa prédication.

C'était donc un orateur évangélique. Quant à sa méthode, il s'en tenait à la manière traditionnelle, mais assouplie, élargie et vivifiée par un accent nouveau; au sermon, mais avec des cadres moins scholasliques. Très solide au fond, très brillant dans la forme, quelquefois jusqu'à la poésie, quand le sujet le comportait, mais dans les limites d'un goût sobre et sur: très pur et correct dans sa diction, mais sans affectation ni recherche, quoique non pas sans quelque pompe oratoire. Plus moderne, par le mouvement, la chaleur et la couleur, sinon par la pensée, que les prédicateurs qu'il avait entendus dans sa jeunesse, il les continuait en les dépassant. Il était remarquable par l'éclat, la vigueur, l'élan; et surtout par ce privilège, qui séparera éternellement l'orateur du rhéteur, cet art d'entrer pour ainsi dire au fond des cœurs, et d'en toucher toutes les fibres vives. L'àme de ses audi-

Page 1