‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 222 sur 326 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

laissera partout la trace immortelle de son passage sur !a terre.

j> Donnez-moi encore un saint Jérôme, cet héroïque vieillard, qui, sous ses cheveux blanchis par les années, sentait encore les feux des passions bouillonner dans son cœur, comme on voit sur les montagnes, dont le flanc est couronné de neiges blanchissantes, s'agiter quelquefois avec violence les derniers feux des volcans qui

Un saint Jérôme qui se frappait la poitrine avec des cailloux, se déchirait le corps avec des épines, et se plaignait encore de son imagination, qui le transportait malgré lui au milieu des plaisirs enchanteurs de Rome.

» Et puis, venez avec moi, venez voir la dernière communion du saint anachorète expirant : c'est tout le génie du christianisme saisi et dépeint par le pinceau inspiré du Dominiquin.

» Voyez -vous la foi vive et humble, l'espérance ardente et immortelle, dans les derniers regards du vieillard abattu, qui se soulève avec ses dernières forces pour adorer l'hostie sainte et vivante !

» Voyez-vous l'amour tendre, profond, divin, dans cette larme qui tombe de ses yeux avides et brillants d'un feu céleste, quoique humides et éteints dans les pleurs de la pénitence !

» El puis, ce corps pénitent et affaissé, et que soutiennent la foi, l'espérance et l'amour!

» Et puis, sur ce visage, sublime de souffrance et de génie, tant de souvenirs de la vie la plus glorieuse, humiliée si profondément par la foi aux pieds de Jésus - Christ, et s'exhalant dans un dernier et profond élan d'amour.

» Et puis enfin recueillez son dernier soupir pendant cette extase.

» Mais quelle est cette blanche et pure colombe qui s'échappe et monte vers les joies éternelles? » C'est l'âme du vieux solitaire, quatre-vingts ans captive, libre enfin, et toujours jeune de gloire eUi'immortalité, parce qu'elle fut toujours protégée pendant cette Ion-

gue vie par les travaux de la vertu, par les macérations et les jeûnes du désert.

y> Donnez-moi un saint Augustin... Vous êtes jeunes : eh bien! voici un jeune homme, né comme vous avec tout ce qu'il faut pour devenir un ange de lumière et monter jusqu'aux cieux, ou un ange de ténèbres et creuser jusqu'aux enfers.

» Il accourt de Carthage, des rives africaines, vers la riante et molle Italie, pour y jouir de son opulence et de ses délices : il traîne après lui la longue et pesante chaîne de ses passions, et il joue avec ses fers ; mais à trente ans, âge souvent favorable, il rougit de lui-même, il essaye de briser ses liens. Efforts inutiles! ses passions sont plus fortes.

» Il s'indigne, il s'irrite contre lui-même... Une longue et violente tempête s'élève dans son àme et le bat de tous ses flots.

» En proie à une effrayante agitation, il se lève, il va, il vient ; enfin il se jette de désespoir et de honte au pied d'un figuier...

» Quoi ! s"écrie-t-il, des ignorants ravissent le ciel sous nos yeux, et nous, Alype, ô mon ami, avec toute notre science, nous languissons dans le pins honteux esclavage ! Nous savons où est la source du vrai bonheur, et nous n'osons nous y plonger...

» Et pendant ce combat, Augustin, c'est lui qui nous l'apprend, suait à grosses gouttes, pleurait à grosses larmes, et se roulait dans la poussière.

» Tout à coup le vieil homme succombe, expire, tombe en ruines ! et de ces ruines, de cette cendre fumante, sort un homme nouveau... Que vois-je? C'est l'évêque d'Hippone ; c'est un aigle brillant qui fend les airs, domine et oublie la terre, va d'une aile sublime jusqu'au soleil de la vérité sans nuage ; arrivé là, demeure contemplant d'un œil fixe les splendeurs de la foi éternelle, et revient illuminer de ces feux divins la sainte Eglise catholique entière.

» Et son nom, aujourd'hui, protège encore la rive africaine, et brille à côté de la croix relevée enfin sur ces plages barbares par la valeur française. »

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