CHAPITRE XVIII
C'est un autre accent, généreux et comme triomphant, dans le sermon sur les épreuves de l'Eglise :
c L'Eglise espère toujours : elle s'attriste quelquefois; mais, selon les promesses de Jésus-Christ, ses afflictions bientôt se changent en joies, et ses gémissements en actions de grâces; et dans ses plus profondes tristesses elle espère encore, et, selon l'énergique expression des Livres Saints, elle espère contre l'espérance même.
3> Oh î que l'espérance va bien à cette épouse immortelle du fils de Dieu! Je vous le demande, depuis dix-huit siècles. avez- vous vu quelquefois sa patience manquer et son front pâlir? Elle a rencontré des jours bien mauvais; elle a vieilli dans les luttes les plus terribles. Vous, qui l'attaquez aujourd'hui, vous n'êtes que des enfants ! Elle a vaincu les Néron et les Dioclétien, et vous avez beau faire, vous ne les valez pas ï
» Au milieu des plus violents orages, elle demeure debout, pensive, appuyée sur une croix, et le regard vers l'éternité.
» Les plus terribles efforts des persécutions humaines ne peuvent qu'une chose contre elle : ils lui font ployer le genou. Elle semble succomber : elle prie, et se retrempe dans sa prière. Elle prie en pleurant sur la pierre renversée d'un glorieux sépulcre, attendant avec confiance le troisième jour qui ne lui manque jamais ; et ceux qui la regardent de près voient briller dans ses yeux, à travers ses larmes, la sérénité de l'espérance et la certitude de la victoire. »
Mais voici une note plus grave, la note mâle et aus tère : le courage, l'énergie indomptable de la volonté, respirent dans ce magnifique discours sur la lutte morale, dans lequel on sent passer comme le souffle puissant d'une àme vigoureuse et accoutumée à ces rudes combats. Après avoir exalté la beauté souveraine de ces luttes de lame, il invoque trois grands exemples :
« Je ne craindrai pas de le dire, la palme même des martyrs, conquise rapidement par le combat d'un seul jour, par le sacrifice d'une seule vie, me paraît moins ,
radieuse et moins belle que la palme des héros chrétiens, des héros pacifiques, des martyrs silencieux de la vertu, de la pénitence, de la chasteté et de la justice.
» Je sais bien que tous n'ont pas à livrer de si violents combats, et n'arrivent pas à cette grande gloire ; il y a quelquefois des luttes plus faciles, des vertus de tempérament et d'habitude.
» Mais, donnez-moi des hommes chez qui le vieil homme soit fort et terrible, les passions sans frein naturel, la légèreté impétueuse et emportée, la mollesse violente, l'orgueil indomptable ;
» Donnez-moi un saint Paul, et vous verrez un beau spectacle !
» Vous verrez un homme qui, au retour du troisième ciel, gémissait encore sur la corruption de sa nature. Je châtie mon corps, s'écriait-il, Castigo corpus ineum; car c'est un esclave rebelle, et je veux le réduire en servitude : In servitutem redigo. Pourquoi? Afin qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois pas réprouvé moimême : Ne forte reprobus effîciar.
» Seigneur! s'écriait-il un jour, qui me délivrera de ce corps de mort? Qui* me liberabit de cor pore mortis hujus? Malheureux homme que je suis : Infelix ego homof Le Seigneur lui répondit : « Non, ma grâce te suffit : » Suffi cit tibi gracia mea.
)) Eh bien ! continuait saint Paul, c'en est fait : oubliant tout ce qui est en arrière et au-dessous de moi, Quœ rétro su ri t obliviscenSj je m'élancerai vers les choses qui sont en avant et au-dessus, je marcherai au prix et au but de ma vocation sublime : Ad destination persequor, ad bravium supernœ vocationis.
» Je courrai, non pas comme un homme qui court en vain : Curro non quasi in incertain : je combattrai, non pas comme un athlète qui frappe inutilement l'air, Pugno non quasi aerem verberans; et je saisirai la vie éternelle î
» Mais avant, il fera retentir, des extrémités de l'Orient, à travers l'Asie Mineure et les Gaules, jusqu'aux extrémités des Espagnes. la voix de Jésus-Christ, et