‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 237 sur 326 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

tance de lui donner quelques pages pour le prochain Correspondant, sur l'œuvre de ce Monsieur. Je me sentais assez en verve et cependant j'ai refusé, moitié par paresse, moitié aussi par crainte de me prodiguer et de m'emporter, car je sens que si je le frappais ce ne serait pas de main morte.

» Quant à vous, votre route est toute tracée ; ne publiez rien maintenant ; tout le monde est à la campagne ou en voyage, on ne peut ni recueillir, ni mesurer l'impression produite. Mais préparez votre écrit, de manière qu'il n'y ait pas une ligne à ajouter, pas un mot à corriger, et que vous puissiez l'envoyer à tous les députés le lendemain de la discussion de l'adresse, 7 janvier 1848. Vous ouvrirez ainsi le feu de la prochaine campagne. Je voudrais bien voir clairement ma propre ligne de conduite comme je vois la vôtre. » Et cependant sur les instances de son ami, M. Foisset, un des esprits les plus sages du groupe des catholiques militants, M. de Montalembert se décida à attaquer le Rapport, et le mit littéralement en pièces.

Quant à l'abbé Dupanloup, tout plein de cette grave question qu'il étudiait sous toutes les faces, outre cette réfutation générale de la loi Salvandy, qui avait été accueillie avec tant de faveur, il prépara en effet, et publia successivement deux autres écrits encore, sur deux points spéciaux et d'une capitale importance; les Petits Séminaires, la vérité simple sur cette question; et les Associations religieuses, le véritable état de la question.

Il examinait les questions suivantes : l'interdiction du baccalauréat aux élèves des Petits Séminaires; la liberté des vocations ; le port de l'habit ecclésiastique : les ordonnances de 1828. Ayant déjà traité de la nécessité et de la spécialité des Petits Séminaires dans ses lettres au duc de Broglie, il n'y revenait pas; mais il démontrait combien injustement on voulait en ce moment tourner cette spécialité contre l'Église.

Quant aux Congrégations, il en avait traité aussi, nous l'avons dit, dans un écrit spécial que la Pacification religieuse avait reproduit, mais il voulait cette fois épuiser pour ainsi dire la question devant l'opinion. « Dans les contro-

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verses humaines, disait-il, on n'en a jamais tini avec Terreur, et l'on est étonné de voir reparaître celle dont on croyait le règne à jamais terminé. » Hélas ! et sur cette même question, nous ne le voyons que trop aujourd'hui.

On ne lira peut-être pas sans intérêt la page éloquente par laquelle se terminait cet écrit:

« Pascal, le grand adversaire des Jésuites a dit : L'opinion est la reine du monde. C'est un mot vrai. Lopinion vaine et frivole règne trop souvent sur le monde, dicte ses lois, rend impérieusement ses arrêts, et contraint parfois les meilleurs esprits, les caractères les plus élevés, à plier sous sa misérable force. Maîtresse terreur, ajoute Pascal, d'autant plus fourbe, quelle ne l'est pas toujours. Mais l'empire de cette superbe puissance ennemie de la raison est heureusement passager. L'opinion n'est qu'une reine éphémère, et il y a un pouvoir supérieur au sien, qui brise, quand il le faut, son sceptre d'un jour, cest le bon sens, que Bossuet, de la hauteur de son génie, appelait le maître véritable de la vie humaine. Ce mot est plus grand, et heureusement pour l'humanité, plus vrai que le mot de Pascal. On l'oublie quelquefois; on se soulève contre le bon sens ; mais après les bruyantes révoltes, il faut se soumettre enfin, et reconnaître son profond et mystérieux pouvoir.

:>> Il y avait, parmi Jes anciens, un peuple chez qui on a dit que le bel-esprit courait les rues, et qu'on cherchait en vain le bon sens dans les académies savantes.

» On dit que, parmi les peuples modernes, il y a une nation brillante et généreuse, ardente et fière, mais quelquefois aussi vaine, spirituelle et légère ; qui estime dans le fond et dans le vrai la probité et le bon sens, et chez qui la raison vaincue reprend tôt ou tard son empire, mais qui, trop souvent, préfère l'esprit riant et moqueur, lit avec avidité les fables qu'elle méprise, se plaît aux erreurs imaginaires, capable de résister à tout, excepté à un nom frauduleusement inventé pour lui faire peur en l'amusant.

y> Quoi qu'il en soit, il faut qu'on y prenne garde : c'est périlleux. Si elle a les défauts brillants de la jeunesse, elle

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