‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 238 sur 326 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

en a aussi les qualités' généreuses; elle se prend quelquefois à s'irriter tout à coup contre ceux qui se moquent d'elle; elle ne les brise pas dans sa colère, mais elle a des dédains qui suffisent à sa vengeance.

» Je ne crains pas de le dire, il n'y a peut-être pas une nation chez qui le bon sens ait une puissance si vive, plus spontanée, et tout à coup plus irrésistible.

» Chez elle, les diverses époques d'un siècle peuvent être le jouet de la violence, de la mobilité et du caprice des opinions; mais le génie national se soutient toujours, et triomphe à la longue par le bon sens : c'est sur lui que les honnêtes gens, que les hommes de bonne foi doivent compter pour accomplir le grand ouvrage de la pacification religieuse. Qu'ils comptent aussi sur la Providence.

» Le bon sens est l'allié naturel de leur cause.

» La Providence est la grande alliée du bon sens. »

Certes, l'abbé Dupanloup avait fait là une brillante campagne : Pie IX l'en récompensa par les éloges les plus affectueux : « Nous vous adressons, lui disait-il dans un bref du 4 août 1847, des louanges bien méritées de ce que, dans votre haute piété et votre zèle des âmes, comme c'est le grand devoir d'un prêtre, vous n'avez rien eu de plus à cœur en vos derniers écrits que de procurer uniquement la gloire de notre très sainte religion et le bien de la société civile1. »

C'était, en deux mots, définir l'abbé Dupanloup, dont la vie entière, en effet, n'a été qu'un long dévouement à ces deux grandes causes, Dieu et la patrie.

Mais, chose étrange, les évêques qui avaient protesté avec tant d'énergie contre les deux projets de loi de M. Villemain, restaient muets devant le projet de M. de Salvandy : sauf les voix isolées du cardinal de Bonald et de Ms» Parisis, les journaux catholiques ne retentissaient plus

1. Te meritis laudibus prosequimur, quod eximià pietate, et zelo animarum, quemadmodum ecclesiasticum virum summopere decet, in hisce conscribendis operibus nihil antiquius habueris, quàm ut sanctissimœ nostrœ religionis gloriam, et civilis societatis bonum unice spectares. • v

comme autrefois de leurs éloquentes réclamations: et pas plus le Rapport de M. Liadières que la loi Salvandy, pas plus les écrits de l'abbé Dupanloup que ceux de M. de Montalemberl ne parvenaient à ranimer les anciennes ardeurs. < Était-ce lassitude dune lutte déjà bien longue pour des hommes dont le tempérament n'était pas militant? Était-ce difticulté de se remettre en train après la mésaventure de 1845 et ia trêve qui avait suivi? Était-ce certitude qu'avec les progrès déjà laits le succès final n'était qu'une question de temps, et que, tôt ou tard, le gouvernement se déciderait de lui-même à faire le dernier pas1? i Quoi qu'il en soit des causes de ce silence, les deux amis le déploraient : l'abbé Dupanloup gémissait de voir ainsi la lutte sans direction et les combattants sans chefs : « Je n'en prétends pas moins, disait-il, au moment même où l'évèque de Chartres lui parlait de cette invisible couronne que l'Église plaçait sur sa tète, je n'en prétends pas moins qu'une armée sans discipline est déplorable, parce qu'en une telle armée le gênerai luimême n'est plus qu'un gregaritu miles : le tout est un grex sans honneur et sans force. » A quoi M. de Montalemberl, taisant écho à ces plaintes, répondait : « Que ce silence est chose fatale! Je viens d'en écrire à Keims, et de lui dire que sa remontrance n'aura absolument aucune valeur tant qu'elle ne sera pas publique. De nos jours, le silence c'est le néant. » Et après la session de 1847, retiré à la Hoche en Brenil, il y appelait à grands cris Fabbe Dupanloup. « Je vous demande de venir, non pas tant pour traiter telle ou telle question ex professo, mais afin de nous voir, de nous contempler réciproquement dans le fond de l'âme, et de causer à notre aise de o m ni scibili...: notamment du Pape, des Jésuites, de Y Univers, et des dispositions de l'episjopat pour la loi Salvandy. A Paris, nous n'ayons et nous n'aurons jamais le temps de couler à fond les questions que nous débattons. Et cependant quoi de plus utile quand on est entré ensemble dans une

1. M. Paul Thureau-Dangin, L'Église et l'Etat sous la monarchie île Juillet.

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