‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 247 sur 326 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

» C'est ainsi, Monseigneur, si vous lui laissez espérer votre suffrage, que Y Ami de la religion, approprié aux circonstances actuelles, se présenterait, aux enfants de l'Eglise et à ses adversaires , avec la force et la confiance d'un journal grave et impartial, toujours ferme et modéré dans le fond et dans la forme, étudiant mûrement et approfondissant les questions, mettant chaque chose à sa place, évitant tous les excès, travaillant de concert et en paix avec les autres journaux qui défendent la cause de l'Eglise; par-dessus tout dévoué au Saint- Siège, et recevant les inspirations de l'épiscopat avec une docilité sincère, et avec la réserve et la discrétion convenables.

» Si le clergé de France avait un tel journal, il faudrait bénir les évèques qui l'auraient encouragé, et, il nous sera permis de le penser, les hommes qui y auraient consacré leurs soins pourraient peut-être se rendre le témoignage d'avoir bien mérité de l'épiscopat et de l'Eglise... »

A cette invitation, les évèques répondirent par les lettres les plus flatteuses, que Y Ami de la religion, pendant plusieurs semaines, se fît un honneur d'insérer. Voici ce que disait M?r l'évèque de Langres l :

« On connaît tout le prix que j'attache au journalisme religieux; mais je ne me suis jamais dissimulé ni ses dangers ni ses fautes. J'ai donc peut-être plus qu'un autre le droit de me réjouir quand un journal déjà connu vient ,se placer sous le patronage collectif et sous la direction immédiate d'hommes aussi éminents en tout genre que MM. Dupanloup, de Ravignan, de Montalembert, de Falloux, de Champagny, etc.; car alors on espère et l'on doit espérer y trouver toujours, avec le zèle qui soutient et le talent qui éclaire, cette impartialité de justice, cette modération de sentiments, et cette parfaite orthodoxie de principes, sans lesquels un journal catholique est exposé à compremettre gravement la cause qu'il est chargé de défendre. »

1. M'jr l'archevêque de Cambrai allait plus loin encore, et il se faisait le propagateur actif du nouveau journal dans son grand diocèse. — ^

Les encouragements du Saint-Père ne firent pas plus défaut que ceux de l-'Ëpisropat à la direction nouvelle. L'abbé Dupanloup s'était hâte de taire connaître au Saint- Père, en lui demandant ses bénédictions, l'esprit dans lequel il entreprenait cette œuvre : « Nous ne nous présentons point dans la lice en agresseurs, disait-il, mais en défenseurs, qui non impugnare, sed propugnare soleant; voulant garder toujours avec le plus grand soin la fermeté dans la doctrine, la charité envers les personnes, la mesure dans 1rs choses, la convenance dans le langage..., et par-dessus tout, attaches du tond de nos entrailles à la chaire de Pierre, qui est le fondement et la colonne de la vérité, et ne croyant pas pouvoir combattre le bon combat, à moins que le Pasteur suprême des agneaux et des brebis ne nous ait bénis. »

Voici quelques extraits de la belle réponse que Pie IX lui adressa :

« ... Nous sentions avec douleur les ravages que cause la presse hostile, et nous souhaitions ardemment que des hommes distingués se réunissent de toutes parts, et prissent avec liberté la défense de la vérité foulée aux pieds1. Aussi le dessein que vous et vos amis avez formé de rendre au recueil périodique intitulé YAmi de la religion son ancien crédit et son ancienne dignité, nous a été grandement agréable... Mettez donc la main à l'œuvre, fidèles à la pensée que vous nous exprimez vous-mêmes, vous présentant dans la lice non connue des agresseurs mais comme des défenseurs; voulant observer la mesure dans les choses, et surtout la charité envers les personnes... Ce qui, plus que tout, Nous assure que cette entreprise sera d'une grande utilité pour la religion, c'est que vous,

Lettre de M. l'abbé Bernard, vicaire général de Cambrai, à l'abbé Dupanloup.

1. Dolebamus sane gravissima damna quœ ex evulgatls in dies improborttm hominum libellis oriuntur, idque vehementer exoptabamus ut insignes undique viri exadverso editis scriptis proculcatœ veritatis patrocinium libère susciperent — Au moment où ces lignes s'impriment nous lisons dans les feuilles publiques la belle Encyclique de Léon XIII, Etsi nos, où le Pape adresse aux catholiques les mêmes vives exhortations à défendre l'Église par la presse.

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