‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 258 sur 326 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

à Saint-Jean-de-Latran TMais, qui que vous soyez, consul, président, souverain à un titre quelconque, vous ne pourriez demeurer un jour auprès de lui : qui ne prévoit vos ombrages perpétuels? Le Pape serait trop grand pour vous! 11 vous écraserait malgré lui, malgré vous, de son incomparable dignité; vous ne le pourriez souffrir; vous iriez bientôt vous cacher de désespoir et de honte!

j> Et cependant, que feriez-vous du Vatican et de cent autres merveilles, dont le Pape est l'hôte nécessaire et la gloire? Ne sentez-vous pas que, seuls, sans lui, vous errerez comme des ombres au milieu de ces espaces vides et immenses, où vous n'apparaîtrez que comme des pygmées au pied de ces monuments gigantesques faits pour une autre grandeur que la vôtre! Plus j'y songe, plus je m'étonne. Vous, régner dans Rome auprès du Pape, audessus du Pape! Non; ici les impossibilités se multiplient. Le Pape ne peut pas être votre sujet! la catholicité ne le peut tolérer; ni vous, ni d'autres ne nous inspirez assez de confiance. Il nous faut un Pape libre, indépendant, souverain: et qu'il le paraisse. Mais de plus, quand le Pape y consentirait un moment, la force des choses relèverait malgré lui au-dessus de vous, et vous n'y tiendriez pas. Certes, des hommes d'une autre taille que la vôtre n'y ont pas tenu. Constantin, Théodose, ces empereurs de glorieuse et triomphante mémoire, placés par la Providence à la tête d'un empire qui ne connaissait d'autres bornes que celles de la terre, sentirent qu'ils ne pouvaient demeurer près du Pape à Rome, et s'enfuirent à Byzance, à Milan, à Trêves, à l'Orient, à l'Occident. Le monde ne vous offrirait pas aujourd'hui de tels asiles, à vous ! Mais, bon gré, malgré, de deux choses l'une : Ou vous chasseriez de Rome le Pontife-Roi, et sa retraite vous laisserait anéantis et épouvantés de votre solitude, comme vous l'êtes aujourd'hui; ou le laissant à sa place, vous vous tiendriez à la vôtre. Et ce serait pour votre bonheur, pour votre honneur, et pour la paix du monde. »

Mais comme cet écrit a été fondu plus tard dans la Souveraineté pontificale, nous n'en dirons rien de plus en ce moment.

m VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.

C'est au milieu de ces vives émotions, et en face des grandes éventualités qui pouvaient se produire à Rome, qu'il fallait choisir un président. Le général Cavaignac avait pour lui la sincérité de son caractère, la victoire de l'ordre aux journées de Juin, cette noble initiative auprès du Saint-Père; mais il avait contre lui, aux yeux des conservateurs, le parti qui l'appuyait, et dont il ne se dégageait pas suffisamment. Et de plus, sa lettre du 3 décembre, si belle qu'elle fût, ne paraissait pas aux catholiques assez explicite sur le point qui les touchait le plus, l'autorité même du Saint-Père, la nécessité de son pouvoir temporel. Le prince Louis, maigre de déplorables antécédents et quoiqu'il fût une dynastie, était préféré par ceux qui, au fond, tels que M. Mole et M. Berner, n'ayant ' point foi à la République, ni aux destinées du Prince, le considéraient comme la préface de la monarchie. Les évêques de l'Assemblée étaient divisés; les catholiques incertains : Y Ami de la religion manœuvra avec habileté, ne s'engageant ni avec l'un, ni avec l'autre des candidats, cherchant à obtenir de tous les deux le plus de garanties possible pour la société et pour l'Eglise; et en particulier pour ce qui était alors la chose capitale à leurs yeux, l'autorité pontificale. Le prince Louis avait fait connaître qu'il prendrait pour ministre des cuites M. de Falloux : certes, c'était là un gage considérable donné aux catholiques; cependant l'abbé Dupanloup ne crut pas que ce fût encore assez : ((Comme on assure en même temps, écrivait-il dans Y Ami de la religion, que le Prince a offert le ministère de l'instruction publique à M. Barthélémy Saint-Hilaire, nous ne pouvons prendre ces démonstrations au sérieux. » On sut bientôt que M. de Falloux, s'il acceptait, serait à la fois ministre des cultes et de l'instruction publique. C'était donc la liberté d'enseignement qui ferait avec lui son avènement. Restait la question romaine sur laquelle le cousin du prince de Canino n'avait pas pris non plus de position nette et franche. Il fallait, pour que les suffrages des catholiques se décidassent à se porter sur lui, qu'il se décidât lui-même à aller plus loin que n'avait été sur ce point le général

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