‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 268 sur 326 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

trée à l'Assemblée. J'ai vu dans ce triomphe un signe évident de la miséricorde de Dieu, qui nous permettra au moins de périr avec honneur. Je crois que Falloux est prédestiné à être le chef de la phalange conservatrice dans ce pays. Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour que les catholiques avant tout lui obéissent et le suivent en cette qualité. Illum oportet crescere,me autemminui. Je regarde comme un grand bonheur d'avoir pu lui servir de précurseur, et surtout d'avoir été son ami et son associé. Le peuple qui encombrait hier les abords de l'Assemblée nous confond du reste dans son estime; on entendait dire aux blouses : « Nous ne serons contents que quand nous aurons pendu Falloux et Montalembert, ces deux jésuites, à la même lanterne. » Adieu, mon ami, il ne restera debout que l'Eglise, dont vous serez un des piliers. »

A cette lettre l'abbé Dupanloup répondit : « Ce que vous me dites de M. de Falloux me ravit. Je vous retrouve tout entier. Ces sentiments-là seront la bénédiction de votre vie. Mais je vous en veux de votre désespoir... Ce qui me réconcilie avec vous, c'est que je crois que vous savez aussi vivre et combattre. » Certes, c'était bien vrai.

Quant à lui, il continuait à relever les courages dans la presse, et à préconiser plus que jamais la politique de concorde et d'union, hors de laquelle il ne voyait rien de possible. Au lendemain même de cette orageuse séance du 24 mai, l'Assemblée Constituante expirait : elle allait être remplacée par une Assemblée nouvelle où le suffrage universel avait envoyé deux cents socialistes : c'était en face d'une telle Assemblée qu'il fallait faire l'expédition romaine ; c'était à elle qu'il fallait demander la loi sur la liberté de l'enseignement. Envisageant de sang-froid « la situation », l'abbé Dupanloup écrivit, sous ce titre, un article remarquable, destiné à combattre tout à la fois « les illusions de la confiance et les faiblesses du découragement ». — « La situation est grave, disait-il, très grave à l'intérieur comme à l'extérieur... Mais faut-il se voiler la tète et attendre la mort? N'y a-t-il plus de ressources, n'y a-t-il plus de force dans une société issue

des flancs du christianisme?... Marchons droit et ferme, allons au-devant du danger, hardiment et sans hésitation. Faisons appel a la concorde, à l'union de tous. Il s'agit de sauver la société : ce n'est pas trop d'y mettre toutes les forces religieuses et conservatrices du pays1. »

De l'expédition romaine, nous ne dirons que peu de chose, l'abbé Dupanloup, qui n'était pas député, n'y ayant eu personnellement qu'une coopération indirecte, par cette politique de concorde et d'union, par cette préparation de l'opinion publique dans la presse, et enfin par cette influence sur le ministre qui pesa le plus en ce sens dans le Conseil, et qui, après avoir eu une si grande part dans la décision au ^ein du cabinet, en eut une non moins efficace dans la discussion à la tribune.

La révolution à Rome suivait son cours: la déchéance du Pape el la République avaient ete proclamées le 8 février 1849 : el de Gaëte, Pie IX, le M du même mois, avait élevé une protestation solennelle contre cet attentat: Rome était tombée sous le joug de la pire démagogie et de la pire tyrannie. Une intervention, soit de l'Europe, soit de la France, devenait nécessaire. Et déjà, dès le 21 décembre 1848, dans une note diplomatique, l'Espagne proclamait la nécessité de celle intervention: et, dans la première des conférences de Gaëte, elle avail été décidée2. Mais obtenir qu'elle eût lieu par la France, et par la France seule, et que la République française elle-même allât briser la République romaine, était chose pleine de difficultés : il y en avait au sein du Conseil; il y en avait de plus terribles encore au sein de l'Assemblée.

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