CHAPITRE XXII. 4i
nous, au milieu des douleurs que nous inspire le spectacle du temps, la conduite de nos soldats a été une véritable consolation patriotique. (Acclamations sur les bancs de la majorité.)
» La France, une fois présente à Rome par son armée, ne pouvait commettre l'inconséquence de violenter ellemême le Saint-Père, qu'elle venait de délivrer de la violence d'une l'action. Elle a dû lui rendre son trône et sa liberté, sa liberté pleine et entière, car telle était sa mission. »
Le rapporteur, M. Thiers, acceptait donc purement et simplement le Motu proprio du Pape. Mais qu'on nous permette de le demander : si, dans les discussions préparatoires à la grande loi de l'enseignement, les catholiques de la Commission, l'abbé Dupanloup surtout, n'eussent gagné M. Thiers, s'ils n'avaient pu ou voulu s'entendre avec lui, si, par des prétentions exagérées et inflexibles, ils avaient fait échouer cette commission, auraient-ils obtenu, alors et plus tard, dans la question romaine, l'appui de cette puissante parole?
M. de Montalembert, dans ces grands débats, fit entendre, en appuyant le rapport, des accents d'une éloquence à laquelle il ne s'était pas encore élevé, pas même dans son discours sur le Sonderbund, et souleva des applaudissements tels qu'on ne se souvenait pas, dit le Journal des Débats, d'en avoir entendu de semblables dans les assemblées délibérantes. Ce fut alors qu'il prononça ces belles paroles :
« Sachez le, Messieurs, c'est la faiblesse même du Siège pontifical qui fait sa force et la rend insurmontable pour nous. Non, il n'y a pas, dans l'histoire du monde, un plus grand spectacle ni plus consolant que les embarras de la force aux prises avec la faiblesse. Permettez-moi une comparaison familière : Quand un homme est condamné à lutter avec une femme, si cette femme n'est pas la dernière des créatures, elle peut le braver impunément. Elle dit : Frappez, et vous vous déshonorerez, et vous ne me vaincrez pas. Eh bien, l'Eglise, c'est bien plus qu'une femme, c'est une mère!... »
Pie IX rentra à Rome sans conditions.
Si c'est pour M. de Falloux et M. de Montalembert une gloire immortelle que de tels discours, ce furent là aussi pour l'abbé Dupanloup les plus profondes et les plus heureuses émotions de sa vie : le retentissement de ces paroles dans son âme ne s'affaiblit jamais, et lorsque, dix ans plus tard, le trône pontifical étant de nouveau menacé, l'évêque d'Orléans fit, pour le défendre, les efforts que nous dirons, il aimait à rappeler ces grandes luttes soutenues par ses amis et compagnons d'armes, en 1849, moins encore pour leur rendre hommage, que pour redire par quels arguments et avec quels auxiliaires ils avaient vaincu, et tirer de ces souvenirs les leçons qu'ils contiennent et qui ne doivent pas être oubliées :
« Quand je me reporte par la pensée, disait-il, à ces mémorables séances, à ces luttes, à ces victoires éclatantes de la raison et de la justice, je ne puis m'empêcher de me dire, avec une conviction profonde : Non, jamais, à aucune tribune, la puissance de la parole humaine n'apparut avec plus de gloire. Les difficultés de ces temps terribles, où l'ordre social était si profondément troublé dans toute l'Europe ; l'accord imprévu des hommes éminents qu'on vit tout à coup se rallier sous le même drapeau ; la grandeur des choses elles-mêmes, la sainteté de la cause qu'il fallait défendre, l'importance des intérêts qu'il fallait sauver, l'intrépidité des défenseurs, l'acharnement des adversaires, le déchaînement des fureurs populaires, l'énergie des honnêtes gens, serrés ensemble au dedans et au dehors de l'Assemblée, et soutenant par l'appui moral de leur puissante union leurs combattants dans la mêlée, le succès enfin, qui fait trop souvent défaut icibas aux causes justes, et qui est toutefois le couronnement si désirable des grandes choses, tout fut grand dans ces solennelles séances, dont le souvenir est impérissable. Oui, fut donné là, je ne crains pas de le dire, l'exemple, à jamais salutaire, de ce que doivent faire les honnêtes gens de tous les pays en face des violences révolutionnaires, de la résistance qu'il faut opposer à la violence et aux passions au nom de ia raison et de la justice et enfin